Nous assistons à un nettoyage ethnique à Gaza – Israël nous a déjà prévenus

Des manifestants lors du rassemblement «Ne touchez pas à Rafah, cessez-le-feu maintenant, arrêtez le génocide!» à New York, le 2 mars 2024. (AFP).
Des manifestants lors du rassemblement «Ne touchez pas à Rafah, cessez-le-feu maintenant, arrêtez le génocide!» à New York, le 2 mars 2024. (AFP).
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Publié le Lundi 04 mars 2024

Nous assistons à un nettoyage ethnique à Gaza – Israël nous a déjà prévenus

Nous assistons à un nettoyage ethnique à Gaza – Israël nous a déjà prévenus
  • Quel objectif poursuit Israël en affamant et en bombardant systématiquement les Palestiniens?
  • Ne feignons pas l’indignation dans les mois à venir si la population restante de Gaza est dispersée aux quatre vents

Quel objectif poursuit Israël en affamant et en bombardant systématiquement les Palestiniens? Dépeuplement total de Gaza et, par conséquent, de la Cisjordanie. Comment le savons-nous? Parce que le régime du Premier ministre Benjamin Netanyahou nous avait mis en garde. Le massacre, la semaine dernière, de plus de cent Palestiniens désespérés et affamés à Gaza n’est qu’un exemple de plus de cette stratégie sinistre.

Le ministre de la Défense d’Israël, Yoav Gallant, a déclaré au mois d’octobre dernier: «J’ai ordonné un siège complet de la bande de Gaza. Il n’y aura ni électricité, ni nourriture, ni carburant. Tout est fermé.» Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, avait renchéri: «La seule chose qui doit entrer à Gaza, ce sont des centaines de tonnes d’explosifs largués par l’armée de l’air. Pas une once d’aide humanitaire.» Netanyahou avait lui-même affirmé: «Si nous voulons atteindre nos objectifs de guerre, l’aide fournie devra être minimale.» Israël a peut-être fait peu de progrès vers l’objectif d’éradication du Hamas, mais le processus d’éradication de Gaza est quant à lui bien engagé.

Les partisans d’Israël soulèvent fréquemment la question rhétorique qui consiste à se demander pourquoi les États arabes ne se contentent pas d’ouvrir leurs frontières s’ils se soucient tant des Palestiniens. Mais ce serait évidemment le coup de grâce pour la cause palestinienne, répétant ce qui s’est produit en 1948, lorsqu’un grand nombre de personnes ont fui vers les États arabes voisins – pour ne jamais revenir. Combien de fois les camarades extrémistes de Netanyahou n'ont-ils pas fantasmé sur un tel scénario! À quoi d’autre pouvons-nous nous attendre dans la mesure où la population de Gaza est affamée et ensevelie sous les décombres et que cette situation durera encore plusieurs mois? Les politiciens occidentaux expriment leur frustration face à l’absence d’un plan clair pour gouverner Gaza après la guerre, mais de nombreux dirigeants qui soutiennent les idées de Netanyahou envisagent un avenir dans lequel la ville palestinienne de Gaza n’existerait plus.

En 2023, l’Azerbaïdjan a chassé la population arménienne du territoire contesté du Haut-Karabakh en l’assiégeant et en l’affamant puis en la bombardant, ce qui a provoqué la fuite de l’ensemble de la population. Le régime meurtrier de Netanyahou cherche à reproduire ce scénario de nettoyage ethnique à Gaza. Les forces de sécurité et les colons extrémistes ont entamé des campagnes de vol de terres, de blocus, de violence et de répression à travers la Cisjordanie dans un même but ultime, voler l’intégralité des territoires. Il ne s’agit pas là de semer la peur: tout est là, ouvertement annoncé dans les programmes des partis politiques au pouvoir.

«Si cela ressemble à un génocide et a des conséquences génocidaires, alors il s’agit probablement d’un génocide.»

- Baria Alamuddin

Human Rights Watch accuse Israël d’utiliser «la famine comme arme de guerre». À la fin du mois de janvier, Ben-Gvir a ordonné à la police de permettre aux manifestants israéliens de fermer le principal poste-frontière de Kerem Shalom. Netanyahou a également cherché à diaboliser et à bloquer l’aide internationale à l’Office de secours et de travaux des nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), qui, avec ses centres de distribution et ses 13 000 employés à Gaza, est la seule entité capable, sur le plan logistique, de distribuer des fournitures essentielles. Ainsi, le dernier massacre et l’aggravation de la famine généralisée sont le résultat direct et prévisible des politiques calculées du régime de Netanyahou, élaborées pour affamer une population entière jusqu’à ce qu’elle disparaisse. Des enfants meurent déjà de faim. Selon l’Unicef, à Gaza, environ 10% des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë.

La politique officielle d’Israël est, depuis belle lurette, de mentir, de nier, de rejeter la faute sur les autres, de bloquer l’accès aux journalistes et d’inonder les médias de sa version des faits. Mais les millions de personnes qui ont assisté sur les réseaux sociaux au massacre de la semaine dernière alors que des Palestiniens affamés se précipitaient pour chercher de la nourriture dans un camion humanitaire près de la ville de Gaza ne sont pas stupides. Les images n’étaient pas seulement choquantes à cause des dizaines de corps éparpillés, mais aussi à cause du désespoir, du traumatisme et de l’humiliation des visages décharnés des survivants, qui vivent ces horreurs depuis cinq mois.

Même les politiciens occidentaux sont désormais moins enclins à reprendre automatiquement des versions manifestement absurdes des événements racontées par les responsables de Netanyahou. Les propos de son conseiller principal, Mark Regev, qui avait initialement affirmé qu’il n’y avait pas de troupes israéliennes présentes sur les lieux du massacre, ont été rapidement rectifiés par les militaires. Mais les creuses déclarations occidentales de «préoccupation» et de «condamnation» ne font que remuer le couteau dans la plaie. Pourquoi les pays ne retireraient-ils pas leurs ambassadeurs ou n’adopteraient-ils pas le genre de mesures punitives qui auraient été systématiquement mises en œuvre si n’importe quel autre pays au monde avait perpétré des crimes de guerre aussi évidents, au vu et au su de tous?

Même si les réductions d’aide américaine sont les bienvenues, Oxfam a fait remarquer qu’elles servaient principalement «à soulager la mauvaise conscience des hauts responsables américains, dont les politiques contribuent aux atrocités en cours et au risque de famine».

Le secrétaire à la défense des États-Unis, Lloyd Austin, a déclaré la semaine dernière devant le Congrès qu’Israël avait tué plus de 25 000 femmes et enfants à Gaza, bien que son propre bureau ait immédiatement fait marche arrière en rejetant cette statistique, considérée comme une estimation du ministère de la Santé de Gaza. Cela contredit maladroitement Austin, qui a par ailleurs informé le Congrès que les États-Unis avaient fourni 21 000 munitions «à guidage de précision» à Israël depuis le début de sa guerre.

Si un cessez-le-feu temporaire devait se concrétiser, cela ne ferait que prolonger l’agonie, en particulier si les habitants endeuillés de Gaza n’ont pas le moindre espoir de commencer à reconstruire leurs vies brisées, et encore moins de demander une compensation pour leurs pertes. Le président américain, Joe Biden, devrait plutôt utiliser l’énorme levier dont il dispose pour imposer un arrêt immédiat et permanent des massacres avant qu’il ait le sang de dizaines de milliers d’autres personnes sur les mains.

Si cela ressemble à un génocide et a des conséquences génocidaires, alors il s’agit probablement d’un génocide. La députée et ancienne ministre du Likoud, Galit Distal Atbaryan, a appelé à «effacer Gaza de la surface de la Terre», affirmant: «Gaza doit être anéantie.» L’ancien député du Likoud Moshe Feiglin a exhorté l’armée israélienne à «détruire complètement Gaza avant de l’envahir», évoquant «une destruction similaire à celle de Dresde et de Hiroshima».

Les alliés les plus proches de Netanyahou, qui prônent haut et fort la famine et le génocide, ne pourront avancer aucun argument lorsque la communauté internationale et même la Cour internationale de justice aborderont ces incitations odieuses avec le plus grand sérieux.

Ne feignons pas l’indignation dans les mois à venir si la population restante de Gaza est dispersée aux quatre vents. Les propres dirigeants d’Israël nous auront prévenus.

Baria Alamuddin est une journaliste et animatrice qui a reçu de nombreux prix au Moyen-Orient et au Royaume-Uni. Elle est rédactrice en chef du Media Services Syndicate et a interviewé de nombreux chefs d’État.

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com