Le retour empreint de persécutions des réfugiés syriens dans leur pays d’origine

Des centaines de milliers de réfugiés syriens qui ont fui la guerre civile sont rentrés chez eux (Photo fournie).
Des centaines de milliers de réfugiés syriens qui ont fui la guerre civile sont rentrés chez eux (Photo fournie).
Short Url
Publié le Mardi 05 mars 2024

Le retour empreint de persécutions des réfugiés syriens dans leur pays d’origine

  • Des responsables de l'ONU ont fait état de violations des droits de l'homme et d'abus commis par les autorités syriennes à l'encontre des rapatriés
  • Selon les experts, l'hostilité et l'aggravation des difficultés économiques des communautés d'accueil poussent de nombreuses familles syriennes à rentrer chez elles

LONDRES: Confrontés à une multitude de défis économiques, sécuritaires et réglementaires dans les pays voisins, des centaines de milliers de réfugiés syriens qui ont fui la guerre civile sont rentrés chez eux, en dépit de la situation sombre qui les attend sur le plan sécuritaire et humanitaire.

Pour beaucoup, cette décision a été lourde de conséquences. Un rapport récent du Bureau des droits de l'homme des Nations unies constate que de nombreux réfugiés qui ont fui le conflit vers les pays voisins au cours de la dernière décennie sont maintenant «confrontés à des violations flagrantes des droits de l'homme et à des abus lorsqu'ils retournent en Syrie».

Le rapport, publié le 13 février, fait état d'incidents survenus dans diverses régions du pays et perpétrés par les autorités de facto, le gouvernement syrien et un ensemble de groupes armés.

«La situation dans ces pays d'accueil est devenue tellement horrible que les gens décident encore de retourner en Syrie malgré tous les défis», a déclaré Karam Shaar à Arab News (Photo, AFP).

Les rapatriés sont exposés à une multitude de menaces de la part de «toutes les parties au conflit», notamment les disparitions forcées, les arrestations arbitraires, la torture et les mauvais traitements en détention, ainsi que la mort en détention, indique le rapport.

De nombreux rapatriés interrogés par le Bureau des droits de l'homme des Nations unies ont déclaré qu'ils avaient été convoqués pour être interrogés par les services de sécurité syriens après leur retour en Syrie.

D'autres ont signalé avoir été arrêtés et détenus par les autorités gouvernementales dans les zones tenues par le régime, par Tahrir al-Cham ou par des groupes armés affiliés à la Turquie dans le nord-ouest, et par les Forces démocratiques syriennes dans le nord-est.

Toutes les personnes qui sont retournées en Syrie ne l'ont pas fait de leur plein gré.

Ce dimanche, des informations ont été diffusées sur les réseaux sociaux concernant quatre détenus syriens de la prison libanaise de Roumieh, près de Beyrouth, qui menaçaient de se suicider après que le frère et codétenu de l'un d'entre eux a été remis aux autorités syriennes le 2 mars.

Selon Samer al-Deyaei, président-directeur général et cofondateur de l'Association des avocats syriens libres, qui a publié des images de la manifestation dans la prison sur les réseaux sociaux, ces hommes reçoivent des soins médicaux et ont obtenu l'assurance que leur dossier sera réexaminé.

Depuis que la violence a éclaté en Syrie, plus de 14 millions de personnes ont fui leur foyer (Photo, AFP).

Toutefois, le différend a mis en évidence la volonté des autorités libanaises de placer les réfugiés syriens sous la garde de fonctionnaires du régime, malgré des cas bien documentés d'abus dans les prisons syriennes, mettant ainsi le Liban en infraction avec le principe de non-refoulement.

Le non-refoulement est un principe fondamental du droit international qui interdit à un pays accueillant des demandeurs d'asile de les renvoyer dans un pays où ils risqueraient d'être persécutés.

Mais la crainte de la persécution n’a pas empêché des milliers de Syriens qui avaient trouvé refuge à l’étranger de rentrer chez eux ces dernières années.

Depuis 2016, l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), a vérifié ou surveillé le retour en Syrie d'au moins 388 679 Syriens des pays voisins au 30 novembre 2023.

Karam Shaar, chercheur principal au Newlines Institute for Strategy and Policy, un groupe de réflexion non partisan de Washington, estime que la situation difficile dans les pays d'accueil, tels que le Liban et la Turquie, est la principale raison du retour volontaire de nombreux réfugiés syriens.

«La situation dans ces pays d'accueil est devenue tellement horrible que les gens décident encore de retourner en Syrie malgré tous les défis», a-t-il déclaré à Arab News.

 «Ils sont donc entre le marteau et l'enclume. Et le plus triste, c'est que personne ne les écoute vraiment», a-t-il ajouté.

Depuis 2016, l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a vérifié ou surveillé le retour en Syrie d'au moins 388 679 Syriens des pays voisins au 30 novembre 2023 (Photo, AFP).

Bien que les Syriens aient bénéficié d'une plus grande sympathie internationale au début de la guerre civile, qui a débuté en 2011, et lorsque les extrémistes de Daech ont conquis des zones entières du pays en 2014, le conflit est désormais considéré comme un «conflit prolongé que peu de gouvernements sont réellement intéressés à examiner», a indiqué M. Shaar.

Depuis que la violence a éclaté en Syrie, plus de 14 millions de personnes ont fui leur domicile, selon les chiffres de l'ONU. Parmi elles, quelque 5,5 millions ont cherché refuge en Turquie, en Jordanie, en Irak, au Liban et en Égypte, tandis que plus de 6,8 millions sont toujours déplacées à l'intérieur du pays.

Les Syriens vivant dans ces pays d'accueil ont également été victimes d'hostilité et de discrimination de la part des communautés locales. Cet environnement hostile a été aggravé par la montée de la rhétorique anti-réfugiés.

«Les politiciens des pays voisins capitalisent toujours sur ces réfugiés et tentent de tirer parti de leur présence sur le plan politique et même économique, comme en Jordanie et en Égypte», a mentionné M. Shaar.

Dans l'étude des migrations, il existe plusieurs «facteurs d'incitation et d'attraction» qui contribuent à la «décision d'une personne de migrer ou de rester», a-t-il révélé.

Dans le cas du Liban, par exemple, «les facteurs d'attraction des syriens sont pratiquement inexistants», car un rapatrié pourrait être persécuté, les services de base sont au bord de l'effondrement, le chômage est généralisé et l'inflation est élevée.

«Toutefois, tout bien considéré, cette décision n'a de sens que parce que les facteurs d'incitation sont encore plus difficiles à surmonter», a ajouté M. Shaar.

«Au Liban, par exemple, ces facteurs d'incitation comprennent l'impossibilité de trouver un emploi, le fait que le gouvernement libanais harcèle désormais le HCR et lui demande de ne pas enregistrer les réfugiés, les difficultés liées à l'éducation des enfants dans les écoles publiques, etc.», a-t-il spécifié.

Pour les réfugiés syriens, «la situation en Turquie devient également extrêmement désastreuse», a-t-il affirmé.

De nombreux rapatriés interrogés par le Bureau des droits de l'homme des Nations Unies ont révélé qu'ils avaient été convoqués pour être interrogés par les agences de sécurité syriennes après leur retour en Syrie (Photo, AFP).

La question des réfugiés a occupé le devant de la scène lors de l'élection présidentielle turque de mai dernier, plusieurs candidats de l'opposition ayant fait campagne en promettant d'expulser les réfugiés.

Bien que le pays accueille environ 3,6 millions de réfugiés syriens enregistrés, les Syriens ne se sont pas vus offrir une place dans les débats politiques turcs sur leur sort.

De même, au Liban, les réfugiés syriens vivent dans la crainte constante d'être expulsés, en particulier depuis que les forces armées libanaises ont expulsé sommairement des milliers de Syriens en avril 2023, dont de nombreux mineurs non accompagnés.

Cette décision a été condamnée par des organisations de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International et Human Rights Watch.

QUELS SONT LES PAYS QUI ACCUEILLENT LES RÉFUGIÉS SYRIENS?

- 3,6 millions en Turquie

- 1,5 million au Liban

- 651 000 en Jordanie

- 270 000 en Irak

- 155 000 en Égypte

Source: HCR

Cependant, Jasmin Lilian Diab, directrice de l'Institut d'études sur les migrations à l’université libano-américaine, estime que le manque d'opportunités économiques dans les pays voisins est le principal facteur qui a poussé les Syriens à rentrer chez eux ou à émigrer ailleurs.

Quelque 90% des réfugiés syriens au Liban vivent dans une extrême pauvreté, dont 20% dans des conditions déplorables, selon la Commission européenne, citant des données du HCR.

En raison de l'effondrement économique du pays, de l'insuffisance des fonds humanitaires et du rejet par le gouvernement de l'intégration locale ou de l'établissement des réfugiés, ces Syriens se retrouvent de plus en plus vulnérables.

Les réfugiés syriens interrogés par l'équipe de Mme Diab ont déclaré qu'ils retourneraient dans leur pays parce qu'ils sont «fatigués d'attendre dans le pays d'accueil pour peu de choses».

Affirmer que «tous les Syriens du Liban peuvent revenir» n'est «pas un récit sûr ni un message sûr à propager», a indiqué Jasmin Lilian Diab (Photo, AFP).

Soulignant qu'il ne s'agit pas «d'une majorité écrasante», Mme Diab a clarifié que «de nombreuses personnes sont rentrées du Liban parce que, après 12 ans, il n'y a pas vraiment de perspectives

«L'écrasante majorité des réfugiés syriens ne préféreraient pas rester ou rentrer, mais s'engageraient plutôt dans une migration vers d’autres pays», a-t-elle ajouté.

Décrivant la situation actuelle de la plupart des réfugiés syriens au Liban comme un «vide juridique», Mme Diab a indiqué qu'«il n'y a actuellement aucune volonté d'intégrer cette population».

Les municipalités locales du Liban ont également imposé aux Syriens des mesures qu'Amnesty International a qualifiées de «discriminatoires». Il s'agit notamment de couvre-feux et de restrictions sur la location de logements.

Les Syriens au Liban dépendent du marché du travail informel et de l'aide humanitaire pour survivre. Cette population est principalement employée dans l'agriculture, l'assainissement, les services et la construction.

En raison des ressources limitées et du manque de perspectives d'intégration, Mme Diab estime que pour de nombreux réfugiés, le retour en Syrie «se justifie».

La peur des persécutions n'a pas empêché des milliers de Syriens qui s'étaient réfugiés à l'étranger de rentrer chez eux ces dernières années (Photo, AFP).

«Même si des rapports font état de persécutions et de détentions, les personnes qui sont rentrées l'ont fait par l'intermédiaire de leurs propres réseaux familiaux. La majorité des personnes à qui nous avons parlé ne reviennent pas dans le vide ou ne s'aventurent pas seules», a signalé Mme Diab.

«Elles le font sur la recommandation d'un membre de leur famille qui est resté sur place pendant toute la durée du conflit et qui leur dit qu'ils peuvent maintenant rentrer en toute sécurité ou qu'ils ont obtenu un emploi ou un moyen de subsistance pour eux», a-t-elle expliqué.

Mme Diab a indiqué qu'une autre stratégie employée par les rapatriés consiste à se rendre en Syrie «par vagues», ce qui signifie que le principal soutien de famille, principalement un homme, rentre seul dans un premier temps pour «vérifier la situation». Le reste de la famille reste sur place, «attendant son feu vert» pour le rejoindre.

Alors que plusieurs gouvernements hôtes ont discuté de l’élaboration de plans pour le rapatriement des réfugiés syriens en Syrie, le HCR a déclaré l’année dernière que le pays n’était pas adapté à un retour sûr et digne.

Appelant à une résolution politique du conflit syrien, le roi Abdallah de Jordanie a déclaré en septembre 2023 à l'Assemblée générale des Nations unies que la «capacité de son pays à fournir les services nécessaires aux réfugiés a dépassé ses limites».

Il a fait remarquer que «les réfugiés sont loin d’être de retour» et que les organismes des Nations unies qui les soutiennent ont été confrontés à un manque de fonds, les forçant à réduire ou à supprimer complètement leur aide.

Le gouvernement libanais a annoncé en 2022 un plan de rapatriement de 15 000 réfugiés syriens en Syrie par mois, sous prétexte que «la guerre est terminée» et que «le pays est devenu sûr».

Mais Mme Diab estime que le gouvernement libanais n’a pas «évalué le sens de la sécurité».

Toutes les personnes qui sont retournées en Syrie ne l'ont pas fait de leur plein gré (Photo, AFP).

«Je ne pense pas qu'il y ait actuellement suffisamment d'efforts pour faciliter un retour en toute sécurité », a-t-elle jugé, soulignant que le gouvernement libanais «homogénéise la population des réfugiés syriens» et n'évalue pas la situation des individus afin de déterminer ceux qui pourraient être en mesure de rentrer et ceux pour qui la Syrie n'a jamais été sûre.

«Aujourd'hui, parce que nous mettons tous les Syriens dans le même sac au Liban, les conversations sur la sécurité sont très difficiles à avoir», a-t-elle souligné.

«Prétendre que «tout Syrien au Liban peut revenir» n’est «pas un récit sûr ou un message sûr à propager», a soutenu Mme Diab.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trois journalistes libanais, dont un de la chaîne du Hezbollah, tués par une frappe israélienne

Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
Short Url
  • Trois journalistes ont été tués dans une frappe israélienne au sud du Liban, suscitant de vives condamnations des autorités libanaises, qui dénoncent un « crime de guerre »
  • Le conflit entre Israël et le Hezbollah s’intensifie, avec de lourdes pertes civiles, des attaques contre des secouristes et une aggravation de la crise humanitaire

BEYROUTH: Trois journalistes libanais, dont un correspondant vedette de la chaîne al-Manar du Hezbollah, ont été tués samedi au Liban, les autorités dénonçant un "crime flagrant".

L'armée israélienne a affirmé avoir tué Ali Shoeib, qu'elle qualifie de membre de la force al-Radwan, unité d'élite du Hezbollah, opérant "sous la couverture d'un journaliste".

Depuis que le Liban a été entraîné le 2 mars dans la guerre régionale par une attaque du Hezbollah pro-iranien contre Israël, 1.189 personnes ont été tuées, dont 124 enfants et 51 secouristes et membres du personnel de santé, dans les frappes israéliennes massives, et plus d'un million ont été déplacées.

Les trois journalistes ont été tués par une frappe qui a visé leur voiture dans la région de Jezzine, éloignée de la frontière, dans le sud du Liban, selon une source militaire et les médias pour lesquels ils travaillaient.

Outre Ali Shoeib, correspondant de guerre de longue date d'al-Manar dans le sud du Liban, la journaliste d'al-Mayadeen, chaîne proche du Hezbollah, Fatima Ftouni, et son frère, le caméraman Mohammed Ftouni, ont été tués.

Le Hezbollah a dénoncé dans un communiqué l'assassinat de son reporter, tandis que des journalistes ont organisé un rassemblement dans le centre de Beyrouth.

- "Crime de guerre" -

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette frappe de "crime flagrant" et a rappelé que "les journalistes bénéficient d'une protection internationale en temps de guerre".

Le premier ministre Nawaf Salam a quant à lui dénoncé "une violation flagrante du droit international humanitaire".

"Ces actes relèvent de la catégorie des crimes de guerre", a fustigé le ministre de l'Information, Paul Morcos.

Cette attaque intervient alors que deux journalistes de la chaîne russe RT ont été blessés le 19 mars dans une frappe israélienne, qui n'était pas "accidentelle" selon Moscou.

Le 17 mars, le directeur des programmes politiques d'al-Manar, Mohammed Cherri, avait été tué aux côtés de sa femme dans une frappe ayant visé son appartement du centre de Beyrouth, et blessé ses enfants et petits-enfants.

Ce n'est pas la première fois que des journalistes de ces deux chaînes sont visés par l'armée israélienne. En octobre 2024, trois reporters, deux d'al-Mayadeen et un d'al-Manar avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud.

En novembre 2023, deux autres journalistes d'al-Mayadeen avaient été tués par une frappe israélienne dans le sud du pays.

Un mois plus tôt, une frappe a tué le vidéaste de l'agence Reuters, Issam Abdallah, et blessé six autres reporters, dont deux de l'AFP, Dylan Collins et Christina Assi, amputée de la jambe droite.

- Neuf secouristes tués -

Le secteur de la santé est aussi durement touché par l'offensive israélienne: samedi, neuf secouristes ont été tués dans plusieurs frappes israéliennes, selon le ministre de la Santé.

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué 46 secouristes et cinq membres du personnel soignant, a précisé Rakan Nassereddine, ajoutant que 75 attaques ont visé des services de secours et de santé.

Samedi, Israël a poursuivi ses frappes aériennes sur plusieurs localités du sud du Liban, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Le Hezbollah a annoncé des attaques contre les forces israéliennes qui progressent dans la région frontalière.

Il a notamment dit avoir frappé un char Merkava à l'aide d'un drone dans la localité de Debel, à majorité chrétienne, où certains habitants sont restés malgré la guerre.

Près de cette localité, un homme qui conduisait sa voiture et son fils ont été tués par "des tirs israéliens", selon l'Ani.

L'armée israélienne a de son côté annoncé poursuivre ses frappes "contre les infrastructures terroristes du Hezbollah à travers le Liban".

Elle a aussi tenté de larguer des tracts au-dessus de Beyrouth, mais le conteneur ne s'est pas ouvert en vol et est tombé sur un immeuble au sud de Beyrouth, selon un journaliste de l'AFP.

L'armée israélienne a ajouté avoir frappé pendant la nuit des dizaines de cibles du Hezbollah et avoir tué vendredi deux responsables de l'unité de communications du mouvement dans une frappe à Beyrouth.

L'armée libanaise, qui reste à l'écart des violences, a annoncé samedi la mort d'un soldat de 29 ans dans une frappe israélienne dans la région de Nabatiyeh.

Il n'était pas en service, selon un porte-parole de l'armée joint par l'AFP.


Au Liban, un demi-million d'élèves privés d'école à cause de la guerre et des déplacements forcés

Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • La guerre au Liban prive près de 500.000 élèves d’école, beaucoup étant déplacés et contraints de suivre des cours à distance dans des conditions précaires
  • Les difficultés d’accès à internet et le manque de ressources aggravent les inégalités, faisant craindre abandon scolaire, fracture numérique et risques accrus pour les élèves les plus vulnérables

BEYROUTH: Dans une salle d'un lycée transformé en centre d'accueil pour déplacés, Ahmad Melhem essaye tant bien que mal de suivre sur sa tablette un cours préenregistré. Comme des centaines de milliers d'élèves libanais, il est privé d'école en raison de la guerre.

"Nous essayons, avec les moyens du bord, de continuer à étudier pour réaliser nos rêves", explique à l'AFP cet adolescent de 17 ans, alors que certains cours à distance ont repris.

Avec sa famille, ils ont dû fuir la banlieue sud de Beyrouth, pilonnée par l'armée israélienne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël, pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au premier jour de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.

Avec d'autres familles, ils ont trouvé refuge dans cette salle du lycée Abdel Kader, au coeur de la capitale.

"On a pris des risques pour aller chercher nos livres scolaires", alors que les frappes israéliennes sont quotidiennes sur la banlieue sud, raconte encore Ahmad Melhem, qui veut à tout prix terminer le lycée.

- "La guerre a tout détruit" -

Au total, près de 500.000 élèves ont dû cesser de se rendre en classe depuis le 2 mars, selon l'Unicef; quelque 350 écoles publiques ont été transformées en centre d'accueil, et les établissements scolaires dans les quartiers et localités bombardés par Israël ont fermé leurs portes pour une durée indéterminée.

Les frappes israéliennes ont tué plus de 1.100 personnes, dont 122 enfants, et déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités libanaises.

Dans la salle de classe où s'étalent matelas et couvertures, Ahmad, qui espère plus tard suivre des études d'ingénieur, s'est aménagé un coin avec ses livres et un écran d'ordinateur, mais il ne dispose pas de connexion internet.

Son école privée de la banlieue sud de Beyrouth a fini par reprendre des cours à distance, deux semaines après le début de la guerre, mais avec des aménagements: les matières facultatives restent suspendues, et les cours durent moins longtemps.

Une ONG a installé une connexion internet dans la cour, qui grouille d'enfants en train de jouer et d'adultes qui discutent autour de narguilés, mais Ahmad dit avoir a du mal à se concentrer.

"Les travaux de groupe et les projets scientifiques me manquent", confie le lycéen, qui décrit les cours en présentiel comme "plus stimulants".

Sa mère, Amira Salameh, 41 ans, tente d'aider son fils cadet, huit ans, à suivre lui aussi l'école en ligne.

"Si je laisse tout seul, il se met à rêvasser", dit-elle.  "La guerre a tout détruit, l'éducation est la seule chose qu'il reste à mes enfants."

- "Fracture numérique" -

L'Unicef s'est en particulier inquiété pour les lycéens comme Ahmad qui doivent passer le baccalauréat cette année, craignant qu'ils ne puissent rejoindre les rangs de l'université l'an prochain.

Autre sujet d'inquiétude: un possible abandon de l'école par les filles et adolescentes sous la menace de "mariages forcés", explique le directeur de l'éducation de l'Unicef au Liban, Atif Ratique.

Dans un lycée professionnel de la banlieue nord de Beyrouth, à Dekwaneh, Aya Zahran, 17 ans, passe ses journées "à cuisiner et à travailler à rendre l'endroit vivable", après avoir elle aussi fui la banlieue sud avec sa famille.

"Nous n'avons qu'un téléphone que l'on partage avec mes frères et soeurs" pour suivre les cours en ligne, et souvent, les liens transmis par l'école publique ne fonctionnent pas, dit l'adolescente.

Une illustration du manque de moyens de ces établissements publics, qui n'ont pas les ressources pour donner des cours à distance, et de la "fracture numérique" entre élèves, notamment ceux du sud du pays, les plus affectés par la guerre, selon M. Rafique.

Ces lacunes ont poussé le ministère de l'Education et l'Unicef à lancer une plateforme en ligne de cours préenregistrés. Un service d'assistance par téléphone où les élèves peuvent joindre un professeur sans avoir besoin de connexion internet a aussi été mis en place par l'Unicef et une ONG libanaise.

"Mes enfants sont d'excellents élèves, je ne veux pas qu'ils arrêtent l'école comme nous quand nous étions enfants", clame Nassima Ismaël, déplacée de l'est du pays, en évoquant sa propre enfance pendant la guerre civile (1975-1990).


L'armée israélienne dit faire face à un tir de missile du Yémen

Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • L'armée israélienne a détecté un missile tiré depuis le Yémen par les Houthis, première menace directe depuis un mois de conflit, déclenchant l'activation des systèmes de défense anti-aérienne
  • Les Houthis, alliés à l'Iran et à l'"axe de la résistance", menacent d'intervenir militairement contre Israël et les États-Unis en cas d'escalade régionale

JERUSALEM: L'armée israélienne a indiqué samedi avoir détecté un tir de missile depuis le Yémen, une première en un mois de guerre au Moyen-Orient, après que les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont menacé de se joindre au conflit.

Les forces israéliennes ont "identifié le tir d'un missile depuis le Yémen en direction du territoire israélien, les systèmes de défense anti-aérienne sont en action pour intercepter cette menace", a indiqué l'armée sur Telegram.

Les Houthis sont alliés à Téhéran au sein de ce que l'Iran a baptisé "axe de la résistance", aux côtés du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien et de groupes armés irakiens pro-iraniens.

"Nous sommes prêts à une intervention militaire directe en cas de nouvelle alliance avec les Etats-Unis et Israël contre l'Iran (...), de conduite d'opérations hostiles à l'Iran ou tout pays musulman depuis la mer Rouge (...), et en cas de poursuite de l'escalade contre la République islamique" d'Iran, a déclaré vendredi le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, dans une vidéo diffusée sur X.

Ces insurgés pro-iraniens, qui contrôlent une grande partie du Yémen, avaient mené de nombreuses attaques contre Israël et les navires commerciaux en mer Rouge pendant la guerre entre Israël et le Hamas palestinien à Gaza, entre 2023 et 2025.

Leurs tirs de missiles et de drones avaient fortement perturbé le trafic dans cette voie maritime stratégique, aujourd'hui utilisée notamment par l'Arabie saoudite pour exporter son pétrole sans passer par le détroit d'Ormuz, où la navigation est bloquée par Téhéran.