Cinq mois de souffrances n’empêcheront pas les Palestiniens de revendiquer leurs droits

Une femme assise avec un enfant dans un camp de Palestiniens déplacés, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 mars 2024 (Photo, Reuters).
Une femme assise avec un enfant dans un camp de Palestiniens déplacés, à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 mars 2024 (Photo, Reuters).
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Publié le Vendredi 08 mars 2024

Cinq mois de souffrances n’empêcheront pas les Palestiniens de revendiquer leurs droits

Cinq mois de souffrances n’empêcheront pas les Palestiniens de revendiquer leurs droits
  • Certains pays de l'Union européenne ont refusé d'adhérer à la fausse solidarité qui s'est construite au fil des années
  • Malgré sa douleur et ses souffrances, le fier peuple palestinien, avec ses partisans du monde entier, émergera de cette blessure

Au cours de l’automne 2023, Israël semblait vouloir déployer tous ses efforts pour court-circuiter les droits des Palestiniens en étendant son processus de normalisation avec les pays arabes. Le pays disposait d’un avantage politique, financier et militaire écrasant sur l’ensemble de la région. L’équilibre des forces paraissait en sa faveur, bon nombre des pays les plus puissants du monde et leurs médias semblaient lui être acquis, et sa supériorité idéologique juive semblait occuper le devant de la scène à un coût politique minime, voire nul. 

Il y a cinq mois, tout cela a changé. 

La violente guerre de vengeance génocidaire contre les Palestiniens après l’opération «Déluge d’Al-Aqsa», menée le 7octobre par le mouvement islamiste Hamas, a détruit la vie des Palestiniens, en particulier à Gaza. Une communauté entière a été ravagée, des centaines de familles palestiniennes ont été anéanties et de nombreux correspondants de presse, du personnel médical, des artistes, des écrivains, des femmes et des enfants ont perdu la vie. En plus des 30000morts et près du triple de mutilés, des millions de personnes ont été contraintes à l’exil intérieur, abandonnant leurs maisons, aujourd’hui démolies pour la plupart, pour vivre dans des tentes en attendant une trêve ou un cessez-le-feu pour commencer à recouvrer ce qui leur reste de vie. Les structures culturelles et religieuses palestiniennes ont été détruites et le peu qu’il restait de l’économie de Gaza a été totalement dévasté. 

Les Palestiniens de Cisjordanie et même d’Israël ont également souffert de la barbarie et de la vengeance israéliennes. Les prisonniers sont devenus la proie facile des ministres racistes de la police israélienne et la vie quotidienne de tous les Palestiniens a été la cible d’actes de vengeance racistes et systématiques. 

Le coût élevé que les Palestiniens ont payé du fait de la guerre de vengeance israélienne a déclenché une réaction internationale sans précédent. Un plus grand nombre de personnes que jamais auparavant reconnaissent et soutiennent la cause palestinienne, un mouvement de boycott ad hoc a été lancé contre les entreprises et les pays qui soutiennent l’agression israélienne et une division est apparue entre Israël et son soutien occidental autrefois inébranlable. 

«Le coût élevé de la guerre de vengeance israélienne a suscité une réaction internationale sans précédent.» 

Daoud Kuttab 

Certains pays de l'Union européenne (UE) ont refusé d'adhérer à la fausse solidarité qui s'est construite au fil des années. Ils se sont prononcés en faveur des droits des Palestiniens et de leur opposition à la guerre génocidaire contre laquelle l'Afrique du Sud a réussi à plaider devant la Cour internationale de justice (CIJ). 

L’attitude flagrante de «deux poids, deux mesures» entre l’opposition de l’Occident à la guerre russe contre l’Ukraine et sa réaction à la guerre israélienne en Palestine est devenue le sujet d’interventions politiques, et parfois comiques, dans le monde entier. 

Les médias occidentaux, qui se vantaient autrefois de leur neutralité, de leur vérification des faits et de leur objectivité, étaient embarrassés d'être obligés de s'excuser à plusieurs reprises. Ils ont fait face à des manifestants qui bousculaient cette ancienne figure emblématique du service public, tout aussi influencée par la pression gouvernementale que les autres médias officiels quelle mettait d’habitude en cause. La mascarade de la BBC, qui n'a pas couvert le premier jour des accusations de génocide présentées par l’Afrique du Sud contre Israël devant la CIJ tout en diffusant les réfutations israéliennes et la partialité, visibles sur CNN et dans TheNew York Times, a démasqué les médias occidentaux, censés être un modèle pour le monde. 

Les fissures qui sont apparues dans les pays occidentaux et leurs institutions, y compris dans leurs institutions religieuses, ont été mises au grand jour, et tous les efforts visant à calmer les manifestations antisémites n’ont pas réussi à prendre racine. De nombreux Juifs, en Amérique et dans d’autres pays, ont non seulement rejeté les allégations d’antisémitisme, mais se sont publiquement et héroïquement rangés aux côtés des musulmans et des chrétiens palestiniens. Les efforts d’Israël pour assimiler la résistance palestinienne à Daech ont lamentablement échoué, le drapeau palestinien et les droits de la Palestine à l’autodétermination éclipsant toutes les attaques trompeuses. 

«Le drapeau palestinien et les droits de la Palestine à l’autodétermination ont éclipsé toutes les fausses attaques.» 

Daoud Kuttab 

En cinq mois, un tremblement de terre politique s'est produit, ébranlant des pouvoirs autrefois inattaquables et leurs justifications mensongères, qui justifiaient soixante-quinze ans d'exclusion palestinienne, cinquante-six ans d'occupation et seize ans d’état de siège non autorisé sur Gaza. 

Cependant, tout ce qui s’est produit jusqu’à présent n’a pas réussi à contrer une partie du soutien aveugle aux occupants ni même les actions malavisées de certains pays arabes, qui ont violé leurs propres engagements à ne pas normaliser leurs relations avec Israël avant son retrait des territoires occupés. 

Malgré sa douleur et ses souffrances, le fier peuple palestinien, avec ses partisans du monde entier, émergera de cette blessure. Tous mettront de l’ordre dans l’hécatombe provoquée par les violentes forces d’occupation et se lèveront une fois de plus pour exiger leur libération de l'oppression. Ils insisteront sur leur droit à la dignité et à l'égalité. L’autodétermination palestinienne n’est plus un slogan politique, elle est devenue une exigence mondiale qui ne peut être simplement ignorée ou utilisée comme verbiage politique dans le discours de soutien à la solution à deux États, ou dans d’autres charabias politiques dépourvus de toute réelle croyance en cette dernière 

Il y a cinq mois, Gaza était inconnue de nombreuses personnes dans le monde et l'objectif des Palestiniens qui consistait à libérer leur terre et à vivre en liberté semblait irréaliste. Les Palestiniens ont payé un prix élevé leur acharnement en faveur de leurs droits inaliénables et il n’existe aujourd’hui aucun pouvoir sur Terre qui les empêchera de réaliser leur aspiration nationale à la liberté.
 

Daoud Kuttab est un journaliste palestinien plusieurs fois primé. Il est directeur du Community Media Network. X: @daoudkuttab 

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue d’Arab News en français. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com