Mettre fin à la guerre à Gaza est essentiel pour la sécurité régionale

Marche des Houthis à Sanaa, au Yémen, le 7 mars 2024, en soutien aux Palestiniens au milieu de la guerre à Gaza (Photo AFP).
Marche des Houthis à Sanaa, au Yémen, le 7 mars 2024, en soutien aux Palestiniens au milieu de la guerre à Gaza (Photo AFP).
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Publié le Samedi 09 mars 2024

Mettre fin à la guerre à Gaza est essentiel pour la sécurité régionale

Mettre fin à la guerre à Gaza est essentiel pour la sécurité régionale
  • La déclaration du CCG à l'issue des réunions de dimanche a appelé à un cessez-le-feu immédiat et a condamné fermement la poursuite de l'assaut israélien sur Gaza
  • Il est clair que plus la guerre se poursuit à Gaza, plus il est probable que le paysage de la sécurité régionale s'effiloche également

Cette semaine, les ministres des Affaires étrangères du Conseil de coopération du Golfe (CCG) ont tenu à Riyad avec leurs homologues d’Égypte, de Jordanie et du Maroc plusieurs réunions qui portaient sur la guerre à Gaza et sur ses répercussions régionales.

Ces rendez-vous de Riyad font partie d'une série de rencontres qui visent à désamorcer la guerre et à parvenir à un cessez-le-feu avant le mois sacré du ramadan, qui commence la semaine prochaine. Les ministres des Affaires étrangères ont également discuté du long chemin à parcourir pour résoudre le conflit israélo-palestinien sous-jacent. La question de savoir comment éteindre les incendies allumés dans toute la région dans le contexte de cette guerre dévastatrice figurait également en bonne place à l'ordre du jour.

Le cheikh Mohammed ben Abderrahmane al-Thani, Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, a présidé les réunions. Il s'est ensuite directement envolé pour Washington afin de poursuivre les efforts qui ont pour but de sortir les pourparlers entre Israël et le Hamas de l'impasse dans laquelle ils se trouvent.

La déclaration du CCG à l'issue des réunions de dimanche a appelé à un cessez-le-feu immédiat et a condamné fermement la poursuite de l'assaut israélien sur Gaza, qui a tué ou blessé plus de 100 000 personnes, tout en déplaçant et en affamant la quasi-totalité de la population. Elle a rejeté les prétextes invoqués par Israël pour poursuivre l'anéantissement de Gaza et a exprimé sa déception face à l'incapacité du Conseil de sécurité des nations unies à mettre un terme à la guerre, en grande partie à cause des vetos répétés des États-Unis. La déclaration a également déploré l'apparente politique de «deux poids, deux mesures» qui tolère la punition collective des Palestiniens de Gaza et sous-estime leur vie.

L'unique résolution, adoptée en décembre, du Conseil de sécurité des nations unies sur la guerre n'a pas été mise en œuvre, Israël continuant à bloquer l'assistance humanitaire, à attaquer les convois d'aide et à assassiner les Palestiniens qui essaient de les atteindre.

Le CCG a réitéré son appel à la communauté internationale pour qu'elle protège la population palestinienne de Gaza et de Cisjordanie. Il a exprimé son soutien résolu à l'Office de secours et de travaux des nations unies (Unrwa) et a appelé les donateurs à poursuivre le financement de cette organisation essentielle.

«Les ministres des Affaires étrangères du CCG ont souligné la nécessité de convoquer d'urgence une conférence internationale sur le processus de paix.»

- Abdel Aziz Aluwaisheg

Le CCG a salué les efforts déployés par l'Afrique du Sud afin de porter plainte contre Israël pour génocide devant la Cour internationale de justice (CIJ) et a appelé à ce que Israël soit tenu pleinement responsable des actes commis. Il a également salué les plaintes déposées auprès de la CIJ par de nombreux pays sur la question distincte de l'illégalité de l'occupation continue des territoires palestiniens par Israël.

En ce qui concerne le conflit plus large, les ministres ont appelé toutes les nations à reconnaître l'État de Palestine. Il s’agit actuellement de 140 pays, mais, depuis le début de la guerre actuelle, en octobre dernier, plusieurs autres États ont indiqué qu'ils étaient prêts à franchir le pas. Ils ont exhorté le Conseil de sécurité des nations unies à agir rapidement pour permettre à la Palestine de devenir un État membre à part entière des Nations unies. Ils ont soutenu l'initiative de l'Arabie saoudite qui vise à relancer le processus de paix, en coordination avec la Ligue arabe et l'Union européenne (UE) et ont souligné la nécessité de convoquer d'urgence une conférence internationale pour accélérer ce processus.

Depuis le début de la guerre de Gaza, Israël a intensifié les tensions en Cisjordanie en autorisant la construction de logements supplémentaires sur des terres palestiniennes saisies. Alors que le ramadan approche, les ministres ont exprimé leur inquiétude face à la possibilité d’une répétition de l’escalade annuelle dans les Lieux saints de Jérusalem, alors qu’Israël prévoit de restreindre sévèrement le nombre de Palestiniens pouvant aller prier à la mosquée Al-Aqsa pendant le mois sacré, tout en autorisant à un nombre croissant de colons fanatiques de pénétrer illégalement dans l’enceinte d’Al-Aqsa et de harceler les fidèles musulmans.

Même s’ils se sont concentrés sur la guerre d'Israël à Gaza et ses escalades en Cisjordanie, particulièrement à Jérusalem, les ministres ont évoqué des escalades qui ont lieu dans d'autres parties du Moyen-Orient. Comme on pouvait s'y attendre, en utilisant l'agression d'Israël comme prétexte, les mandataires régionaux de l'Iran et ses acteurs affiliés ont intensifié leurs activités déstabilisatrices.

Dans les îles des Émirats arabes unis, longtemps occupées par l'Iran, des projets d'installation supplémentaire d'Iraniens ont été récemment annoncés. Mohammed Mokhber, le premier vice-président iranien qui fait l'objet de sanctions américaines, a annoncé le 11 janvier dernier l'achèvement d'un plan de «développement» des îles qui comprend des projets de logement et d'autres infrastructures. Cette annonce a été suivie d'une déclaration d'escalade du président, Ebrahim Raïssi, le 4 février. Ces développements, qui s'ajoutent aux exercices militaires organisés sur les îles occupées, ont soulevé des questions sur les engagements déclarés de l'Iran en faveur de la diplomatie et de la réconciliation régionale.

«Utilisant l'agression israélienne comme prétexte, les mandataires régionaux de l'Iran et ses acteurs affiliés ont intensifié leurs activités déstabilisatrices.»

- Abdel Aziz Aluwaisheg

En Irak, des partis affiliés à l'Iran ont lancé des appels belliqueux remettant en cause l'indépendance du Koweït, demandant l'annulation des accords conclus de longue date entre les deux pays au sujet de la navigation dans le canal de Khor Abdallah et, de manière absurde, revendiquant une participation dans le champ gazier d’Al-Durra, situé à des centaines de kilomètres de l'Irak et de l'Iran et détenu exclusivement par le Koweït et l'Arabie saoudite.

Le CCG a condamné les attaques de plus en plus audacieuses menées à la frontière entre la Jordanie et la Syrie par des trafiquants de drogue qui seraient affiliés à des milices pro-iraniennes qui opèrent en Syrie. Ces attaques compromettent l'accord conclu en mai dernier avec le gouvernement syrien pour lutter contre le trafic de drogue.

Au Yémen, les Houthis ont intensifié leurs attaques contre les navires, perturbant les flux commerciaux dans la mer Rouge et causant des ravages économiques dans le monde entier. Les attaques des États-Unis et de leurs partenaires n'ont pas réussi à dissuader les Houthis, en partie parce qu'elles sont menées indépendamment du processus de paix en cours au Yémen. Le CCG a appelé à une désescalade «rapide», à la retenue et à la liberté de navigation.

Il est clair que plus la guerre se poursuit à Gaza, plus il est probable que le paysage de la sécurité régionale s'effiloche également. Si la fin du conflit à Gaza est une priorité extrêmement importante en soi, pour mettre fin aux souffrances des Palestiniens qui subissent la machine de guerre massive d'Israël, la désescalade est également nécessaire pour contenir le conflit et empêcher sa propagation à d'autres parties de la région.

La relance du processus de paix entre Israël et les Palestiniens devrait être un objectif clé à court terme pour éviter une répétition de la guerre de Gaza, mais le processus de paix au Yémen sous l'égide de l'ONU devrait également être une priorité. Les efforts de réconciliation entre l'Iran et ses voisins devraient s'accélérer afin de trouver un modus vivendi pour tous les acteurs régionaux.

 

Le Dr Abdel Aziz Aluwaisheg est le secrétaire général adjoint du Conseil de coopération du Golfe, en charge des affaires politiques et des négociations. Les opinions exprimées dans cet article sont personnelles et n’expriment pas nécessairement celles du CCG. X: @abuhamad1

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com