Comment la guerre à Gaza a privé les Palestiniens de leurs rituels favoris du ramadan

Autrefois habitués à des iftars copieux pendant le mois sacré du ramadan, les Gazaouis sont désormais confrontés à l’insécurité alimentaire sous blocus israélien. (AFP)
Autrefois habitués à des iftars copieux pendant le mois sacré du ramadan, les Gazaouis sont désormais confrontés à l’insécurité alimentaire sous blocus israélien. (AFP)
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Publié le Vendredi 05 avril 2024

Comment la guerre à Gaza a privé les Palestiniens de leurs rituels favoris du ramadan

  • Les habitants de Gaza, jadis habitués aux banquets généreux, pendant le mois sacré, sont désormais contraints à des conditions de quasi-famine
  • Alors que la famine menace le nord, l’aide qui parvient au sud de Gaza est «de mauvaise qualité» et «manque de nutriments»

LONDRES: Ce qui devrait être en principe un moment de célébration en famille pour les musulmans de Gaza s’est plutôt transformé en peur, en faim et en chagrin: les familles sont contraintes de renoncer aux festivités du mois sacré du ramadan cette année en raison du conflit en cours. 

Yara Mahdi, une étudiante de 19 ans du sud de Gaza, déclare que le ramadan qu’elle a connu et chéri depuis son enfance n’est plus qu’un vague souvenir en raison de la destruction, des déplacements ainsi que des pénuries de nourriture et de fournitures essentielles découlant de la guerre. 

«Le ramadan à Gaza était mon mois préféré et la période la plus belle de l’année. C’était le moment des réunions de famille, des festins généreux et des nuits empreintes de rire, d’amour et de vie. Il ne ressemblait en rien aux images que vous voyez aujourd’hui», confie Yara à Arab News. 

Les habitants de Gaza, jadis habitués aux banquets généreux, aux décorations de rue colorées et aux guirlandes scintillantes pendant le mois sacré, sont désormais soumis à des conditions de quasi-famine, avec la perte d’êtres chers et la destruction de leurs maisons. 

Un rapport soutenu par l’ONU et publié le 18 mars avertit qu’en raison des restrictions israéliennes sur le montant de l’aide autorisée à entrer à Gaza, la population du territoire, qui compte 2,3 millions d’habitants, se trouve confrontée à une insécurité alimentaire aiguë. Environ 300 000 personnes sont au bord de la famine, coincées dans le nord de la bande.

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Des gens achètent des produits auprès de vendeurs dans un marché en plein air au milieu des destructions dans la ville de Gaza. (AFP) 

Le 11 mars, premier jour du mois sacré, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exhorté les combattants «à honorer l’esprit du ramadan en faisant taire les armes et en supprimant tous les obstacles pour garantir l’acheminement de l’aide vitale rapidement et à l’échelle requise». 

Bien que le Conseil de sécurité de l’ONU ait adopté le 25 mars une résolution qui exige un cessez-le-feu immédiat pendant le mois sacré, le carnage à Gaza continue malgré tout de faire rage. 

Depuis que les attaques menées par le Hamas contre Israël le 7 octobre ont provoqué des représailles aériennes et terrestres de l’armée israélienne à Gaza, près de 33 000 Palestiniens ont été tués, selon le ministère de la Santé de Gaza. 

Pour les milliers de familles palestiniennes accablées par le chagrin, la joie qu’elles ont ressentie lors des célébrations du ramadan des années précédentes semble faire partie d’une autre vie. 

«L’esprit du ramadan était présent partout à Gaza tout au long du mois», affirme Yara, qui se souvient avec nostalgie des rassemblements de l’année dernière. 

 

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L’année dernière, la famille élargie de Yara se réunissait pour un iftar pendant le ramadan. (Photo fournie) 

 

«À partir du milieu du ramadan, nous avons organisé des iftars animés, dans une ambiance familiale et chaleureuse. Après le repas principal, nous prenions des boissons fraîches, du café et des desserts, comme la kunafa de Naplouse, la kunafa arabe, les qatayef et le kullaj, pour n’en nommer que quelques-uns. Pendant le ramadan, nous mangions des desserts tous les soirs.» 

Il y avait une activité que Yara appréciait encore plus que les iftars familiaux: c’étaient les prières nocturnes du Tarawi, qu’elle récitait dans la mosquée pendant le mois sacré avec ses amis. 

«Depuis que je suis toute petite, je vais à la mosquée Abou Khadra. L’année dernière, j’ai assisté aux prières du Tarawi avec mes amis tous les soirs, même si la marche était longue après que notre maison a été bombardée pendant la guerre de 2021 et que nous avons dû déménager.» 

«Les longues promenades étaient ponctuées de discussions et de rires. Pendant les dix derniers jours du ramadan, nous restions à la mosquée jusqu’au lever du soleil; nous prenions le repas du sahour et nous récitions la prière du Fajr.» 

Les opérations militaires israéliennes qui ont lieu en ce moment à Gaza ont privé Yara de ses rituels favoris du ramadan; la mosquée Abou Khadra fait partie des plus de mille mosquées du territoire qui ont été endommagées ou détruites depuis le 7 octobre. 

Rim, médecin palestinien qui a emménagé en Angleterre en 2019, se souvient, émue également, des célébrations passées du ramadan. Elle soutient que le mois sacré est la période la plus appréciée de l’année dans sa ville natale de Gaza, où les festivités commencent souvent une semaine plus tôt. 

«Les marchés étaient animés, avec des magasins qui exposaient notamment différents types de dattes, de noix, de fruits secs et de jus en abondance, tandis que les rues étaient animées de gens qui faisaient leurs courses en prévision du ramadan et qui rendaient visite à leurs proches», confie-t-elle à Arab News. 

«Les rues étaient ornées de lumières magnifiques et de décorations du ramadan, comme des lanternes. Les magasins et les restaurants diffusaient des chansons islamiques, renforçant ainsi cette atmosphère enchanteresse.» 

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Les habitants de Gaza, autrefois habitués aux banquets généreux, sont désormais contraints à des conditions de quasi-famine. (AFP) 

En repensant à ses activités préférées du ramadan, Rim se rappelle que, dans la ville de Gaza, «les restaurants étaient remplis de clients qui profitaient des buffets ouverts proposés tout au long du mois». 

Elle ajoute: «La rue Rimal était animée tout au long des nuits du ramadan. Les restaurants et les magasins fermaient le matin et pendant une partie de la journée, mais, après le coucher du soleil, le quartier regorgeait de convives et de clients. 

Les gens se rassemblaient dans la rue Rimal pour des repas d’iftar, des promenades tranquilles avec des amis ou des virées shopping dans les centres commerciaux, beaucoup se préparant pour l’Aïd al-Fitr.» 

Rim se souvient que, parmi les restaurants haut de gamme fréquentés par sa famille, il y avait Mazaj et Lighthouse. Tous deux proposaient des buffets composés de spécialités du ramadan. Le front de mer était également une destination prisée, parsemée de restaurants animés. 

«Après avoir rompu leur jeûne, de nombreuses personnes avaient l’habitude de se promener en bord de mer dans le quartier d’Al-Mina, où elles savouraient une glace ou une boisson fraîche jusqu’à l’heure des prières du Tarawi. Beaucoup se rendaient ensuite dans les mosquées ou se retiraient chez eux pour prier et se préparer pour le lendemain», se rappelle-t-elle. 

Évoquant l’hospitalité et la générosité des habitants de Gaza, elle explique que sa famille «recevait souvent des invités à la maison et se rendait chez des amis et des parents. Chaque iftar était un festin délicieux. Non seulement les gens [à Gaza] faisaient des dons aux pauvres au cours du mois, mais ils distribuaient aussi de la nourriture et des douceurs aux voisins et aux proches». 

Nourhane Attallah, nutritionniste et pharmacienne dans le sud de Gaza, confie que le ramadan était «un mois très productif et lucratif, où travail et passion battaient leur plein» au cours des années précédentes. 

«En tant que nutritionniste, j’ai accepté des clients tout au long de l’année et j’ai diffusé des vidéos et des conseils pour une alimentation saine sur les réseaux sociaux», déclare-t-elle à Arab News. 

«Pendant le ramadan, le nombre de clients augmentait considérablement. De nombreuses personnes cherchaient à suivre un régime alimentaire sain, que ce soit pour perdre du poids ou pour rester en bonne santé pendant le mois de jeûne. Ce travail supplémentaire me permettait de couvrir le budget du ramadan, souvent plus élevé que le reste de l’année.» 

«La nourriture était abondante à Gaza avant la guerre et je trouvais facilement tous les ingrédients dont j’avais besoin pour concocter des plats sains.» 

La nourriture que l’on peut trouver actuellement, dans le sud de Gaza, sous blocus strict d’Israël, est de «très mauvaise qualité» et les «choix sont extrêmement limités», déplore Nourhane. 

«Il n’y a aucune protéine animale et, même si nous parvenions à en trouver, les prix monteraient en flèche. Par exemple, un kilo de bœuf coûte aujourd’hui 70 dollars environ. Avant le 7 octobre, il valait 20 dollars au maximum [1 dollar = 0,92 euro].» 

Lorsque certains de ses clients habituels lui ont demandé comment rester en bonne santé pendant le ramadan cette année, Nourhane leur a dit qu’elle «ne pouvait élaborer de régime alimentaire avec la nourriture disponible dans le sud de Gaza». 

Elle ajoute: «Je me sentais désespérée, parce que je ne pouvais pas m’adapter et exercer correctement mon métier dans cette situation.» 

«Je suis moi-même incapable de suivre une alimentation saine avec la nourriture dont nous disposons. Les options sont très limitées et cela n’a rien à voir avec les revenus d’une personne. Qu’ils soient riches ou pauvres, tous les habitants de Gaza sont touchés par les pénuries de nourriture et d’eau.» 

en chiffres

  • Plus de 32 000 Palestiniens ont été tués à Gaza depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, le 7 octobre. 

  • 80% des 2,3 millions d’habitants de Gaza ont été déplacés. 

  • 70% de la population du nord souffre déjà atrocement de la faim. 

Les agences des Nations unies et d’autres organisations humanitaires accusent Israël d’utiliser la famine comme arme de guerre à Gaza, ce qui équivaut à un crime de guerre. Les autorités israéliennes rejettent cette accusation, insistant sur le fait qu’elles autorisent l’entrée dans l’enclave d’une quantité suffisante de nourriture et de produits de première nécessité. 

Cependant, des tonnes de fournitures humanitaires absolument nécessaires à destination de Gaza sont bloquées au poste-frontière de Rafah, à la frontière avec l’Égypte, alors qu’Israël continue de limiter le flux de camions entrant sur le territoire, ce que le chef de l’ONU, Guterres, qualifie de «scandale moral». 

Une petite aide parvient effectivement à atteindre les populations du sud du territoire, mais, selon Nourhane, «la qualité de la nourriture et de l’eau est horrible. Ajoutez les conditions de vie difficiles et la surpopulation dans le sud de Gaza: tout cela a contribué à la montée en flèche de la malnutrition». 

«L’aide est très insuffisante et ne couvre pas les besoins nutritionnels essentiels. Nous n’avons pas besoin d’aide seulement parce que nous avons faim. Nous avons besoin d’aliments nutritifs qui comblent les besoins de notre corps. Nous avons besoin d’aliments riches en minéraux et en vitamines.» 

 

Désormais, les habitants de Gaza dépendent principalement pour leur survie de glucides, comme le riz, les pâtes et les pommes de terre, ainsi que d’aliments en conserve, qui «manquent de nutriments», souligne Nourhane. 

«Nous mangeons des fèves tous les jours. Littéralement, nous ouvrons une boîte de fèves lors de chaque sahour parce qu’elles sont abordables et disponibles. C’est éprouvant.» 

Pour les habitants du nord de Gaza qui n’ont pas d’accès fiable aux denrées alimentaires, même les plus élémentaires, la mauvaise nutrition provoque des maladies et nuit à la croissance ainsi qu’au développement des enfants. 

«Quand les gens voient sur les réseaux sociaux mes messages relatifs aux méfaits des aliments en conserve que nous recevons, ils disent que nous sommes ingrats. Ils disent que je devrais être reconnaissante pour l’aide qu’on reçoit», explique Nourhane. 

«Oui, nous sommes reconnaissants, mais nous avons besoin d’une aide qui nous soit bénéfique plutôt que de nuire à notre corps.» 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Yémen : l’aide vitale de 346 millions de dollars accordée par l’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
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  • Un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens vise les salaires, les pénuries de liquidités et la stabilité de l’État à un moment charnière pour le gouvernement d’Aden
  • Le soutien économique renforce la dynamique des réformes et positionne la sécurité comme fondement du redressement à long terme du Yémen

​​​​​​LONDRES : Lorsque Riyad a annoncé mercredi un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens (346,6 millions de dollars) pour soutenir le budget du gouvernement yéménite, les salaires et les coûts opérationnels, il s’agissait de bien plus qu’un simple geste financier. Cela réaffirmait une doctrine constante : la diplomatie par la stabilisation économique.

L’engagement militaire et humanitaire de l’Arabie saoudite au Yémen attire depuis longtemps l’attention internationale. Pourtant, son rôle économique — à travers un soutien budgétaire direct, des dépôts et de vastes projets de développement — a été tout aussi central dans l’orientation du fragile chemin du pays vers la reprise.

Cette dernière aide traduit la conviction de Riyad que la stabilité budgétaire est le socle d’un progrès politique et sécuritaire durable.

Le Royaume a déployé de nombreuses initiatives économiques et humanitaires ces dernières années.

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Des soldats gouvernementaux circulent à l’arrière d’un pick-up dans la ville portuaire de Mukalla, sur la mer d’Arabie. (Reuters/File)

Le projet Masam, programme de déminage financé par l’Arabie saoudite et lancé en juin 2018 sous l’égide de KSrelief en partenariat avec le Centre exécutif yéménite de lutte antimines, a permis de neutraliser plus de 450 000 engins explosifs.

En septembre 2025, KSrelief et l’agence des Nations unies pour les migrations, Organisation internationale pour les migrations (OIM), ont lancé deux projets d’un montant total de 4,45 millions de dollars : l’un remplaçant l’acheminement coûteux d’eau par camion à Ma’rib par des systèmes d’approvisionnement permanents, l’autre réhabilitant des établissements scolaires à Aden, Lahj et Taëz pour les communautés affectées par le conflit.

Cela s’appuie sur le portefeuille du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen (SDRPY), qui comprend des centaines de projets d’infrastructure couvrant l’éducation, la santé, l’eau, l’énergie, les transports, l’agriculture, la pêche et le renforcement des capacités institutionnelles, offrant une bouée de sauvetage à des millions de personnes au cœur de ce que l’ONU qualifie souvent de pire crise humanitaire au monde.

Cependant, cette orientation, impulsée par les dirigeants saoudiens et mise en œuvre par le SDRPY, intervient à un tournant pour la gouvernance yéménite.

Fraîchement remanié à la suite de récents changements à sa tête, le pays fait face à de graves tensions économiques. Les institutions publiques sont confrontées à de sévères pénuries de liquidités et à des arriérés de salaires qui menacent d’éroder la confiance déjà fragile envers l’État.

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Des habitants se promènent dans le marché traditionnel de Mukalla, dans le Hadramout, au Yémen. (Reuters/File)

Le programme du SDRPY vise à renforcer la stabilité économique, financière et monétaire, à améliorer les capacités gouvernementales, la gouvernance et la transparence, et à donner au secteur privé les moyens de stimuler une croissance durable.

Avec un produit intérieur brut de seulement 19 à 20 milliards de dollars, classé environ au 125e rang mondial, ce plan entend relancer une économie yéménite exsangue et briser le cercle vicieux où l’effondrement alimente la dépendance à l’aide, rendant l’État quasiment ingouvernable.

« Il ne fait aucun doute que le récent soutien saoudien au gouvernement yéménite intervient à un moment important, après la formation du nouveau gouvernement dirigé par le Dr Shaea Al-Zandani et son retour dans la capitale provisoire Aden pour gérer les affaires depuis l’intérieur du pays », a déclaré l’analyste du Golfe Abdulhadi Al-Habtoor à Arab News.

« Comme l’a annoncé le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, ce soutien vise à couvrir les dépenses opérationnelles et les salaires, répondant aux besoins urgents du gouvernement yéménite.

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Un Yéménite déplacé pose pour un portrait avec ses filles dans leur abri à l’intérieur d’un camp à Marib, au Yémen. (Reuters/File)

« À mon avis, cette aide permettra également au gouvernement de poursuivre les réformes économiques engagées récemment, en mettant l’accent sur la transparence, la lutte contre la corruption et l’unification des recettes de l’État sous l’autorité de la banque centrale yéménite. »

La masse salariale publique du Yémen — pilier vital de toute société — s’est presque effondrée. Enseignants, soldats, personnels médicaux et fonctionnaires dans les zones contrôlées par le gouvernement ont passé des mois sans être payés.

Même lorsque les salaires sont versés, la forte dépréciation du rial yéménite en a érodé la valeur, contraignant les familles à emprunter, vendre leurs biens ou sauter des repas pour survivre.

Sur le plan économique, le programme cible le défi structurel le plus grave du Yémen : l’incapacité à rémunérer régulièrement environ un demi-million de fonctionnaires.

Des responsables saoudiens ont indiqué que les fonds soutiendront le volet salarial du budget yéménite, garantiront des décaissements réguliers et poseront les bases d’une stabilité financière à long terme.

« Le Yémen demeure la priorité régionale numéro un de l’Arabie saoudite », a affirmé Salman Al-Ansari, chercheur saoudien en géopolitique, à Arab News. « L’Arabie saoudite est le principal partenaire humanitaire et de développement du Yémen dans le monde, ayant fourni plus de 20 milliards de dollars d’aide au cours de la dernière décennie.

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KSrelief distribue 390 bons d’habillement dans la province de Lahj, au Yémen. (KSrelief)

« Plus de deux millions de Yéménites vivent et travaillent dans le Royaume, reflétant les liens humains profonds entre nos peuples. Le paiement des salaires à nos frères et sœurs au Yémen n’est qu’un volet d’un engagement saoudien plus large visant à aider les Yéménites à reconstruire leur vie et à restaurer la stabilité. »

Les implications dépassent la seule question des salaires. En injectant des liquidités dans les différentes régions du Yémen, le programme vise à restaurer le pouvoir d’achat, stabiliser les revenus des ménages et raviver la confiance dans les marchés locaux.

À terme, cela pourrait relancer les petites entreprises, renforcer les chaînes d’approvisionnement et affaiblir les économies parallèles contrôlées par des milices et des réseaux informels — apportant un semblant de normalité à un pays où le désespoir semblait omniprésent.

« Il ne faut pas oublier que ce soutien saoudien intervient après les récents événements dans l’est du Yémen (Hadramout et Al-Mahra) et les troubles provoqués par le Conseil de transition du Sud avant sa dissolution — des développements qui ont eu un impact négatif sur les conditions de vie des habitants », a ajouté Al-Habtoor.

« Ce dernier soutien devrait rétablir la normalité dans les provinces libérées, renforcer l’unité des rangs du gouvernement légitime et consolider les efforts pour faire face au groupe terroriste houthi, qui contrôle toujours la capitale yéménite, Sanaa. »

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De la fumée s’élève après une frappe aérienne de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite dans le port sudiste de Mukalla, au Yémen. (SABAA/Reuters)

L’approche de Riyad se distingue par sa continuité.

Depuis 2012, l’Arabie saoudite a injecté environ 12,6 milliards de dollars d’aide économique au Yémen — sous forme de dépôts à la banque centrale, de transferts monétaires et de subventions directes — afin d’éviter un effondrement budgétaire et de freiner la spirale inflationniste qui a sapé la gouvernance locale.

Cette aide s’inscrit dans le récit régional central du Royaume : sécurité et développement sont indissociables.

Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, a récemment souligné que le soutien de Riyad « incarne l’engagement du Royaume à renforcer la sécurité et la stabilité et à contribuer à bâtir un avenir meilleur pour le Yémen et son peuple ».

Cette logique façonne une grande partie de la stratégie actuelle de l’Arabie saoudite au Yémen : privilégier une réhabilitation économique progressive — via un soutien en liquidités et des projets ciblés — plutôt que de vastes promesses de reconstruction.

La déclaration du ministère de la Défense en janvier indiquant que l’Arabie saoudite avait lancé 28 projets de développement d’une valeur de 1,9 milliard de riyals dans des secteurs clés tels que la santé, l’énergie et l’éducation a consolidé cette approche intégrée : stabiliser les services essentiels tout en redynamisant les infrastructures publiques.

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Un projet du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen. (SDRPY)

Au Yémen, de telles mesures revêtent un poids social et politique profond. Des salaires réguliers et un financement opérationnel signalent une forme de légitimité, maintenant les employés publics liés à l’appareil d’État et empêchant l’érosion de la gouvernance.

Dans un paysage longtemps marqué par l’autorité fragmentée, la continuité financière devient un acte simple mais essentiel de construction étatique.

Les critiques soulignent toutefois que l’ampleur des besoins dépasse largement le montant de l’aide. L’économie yéménite — fonctionnant à une fraction de sa capacité d’avant-guerre, confrontée aux blocages des exportations pétrolières, aux flambées inflationnistes et à la baisse du soutien des donateurs — devrait se contracter de 1,5 % en termes réels en 2025 et demeure institutionnellement divisée.

Cependant, du point de vue de Riyad, la stabilisation à court terme doit précéder le changement structurel, une philosophie qui fait écho à ses propres doctrines économiques internes, où les marges budgétaires ouvrent la voie à la diversification.

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Une clinique médicale mobile de KSrelief à Hajjah, au Yémen. (KSrelief)

Le soutien de 346 millions de dollars agit ainsi sur deux fronts étroitement liés : une bouée humanitaire pour des millions de personnes confrontées à l’insécurité salariale, et une ancre géopolitique préservant la souveraineté du Yémen face à un effondrement supplémentaire.

Les analystes y voient une diplomatie calibrée : moins une aide transactionnelle qu’un leadership soutenu dans un voisinage volatil vital pour les intérêts saoudiens.

Alors que le Yémen entame une nouvelle année d’incertitudes, le dernier soutien de l’Arabie saoudite ne résoudra peut-être pas la crise, mais il réaffirme un principe devenu central dans la politique étrangère de Riyad : l’endurance économique est la pierre angulaire de la sécurité.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Echange de 86 détenus entre Damas et des factions druzes à Soueïda

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
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  • Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile
  • Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas"

SYRIE: Le gouvernement syrien et des factions druzes de la province méridionale de Soueïda ont procédé jeudi à un échange de 86 détenus, a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Ces hommes étaient détenus depuis les violences meurtrières survenues à l'été 2025 dans ce bastion des druzes, une minorité arabophone professant une foi issue d'un islam hétérodoxe.

Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile.

Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas".

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange.

A un point de contrôle de la localité d'Al-Mtouna, dans le nord de la province et sous contrôle gouvernemental, une équipe de l'AFP a vu deux bus transportant des détenus en provenance de la prison d'Adra, près de Damas.

Escortés par les forces syriennes et le CICR, ils ont pris la route de Soueïda, accompagnés d'une ambulance et d'un véhicule de la Croix-Rouge.

Peu après, un bus transportant des membres des forces de sécurité et de l'armée détenus par la Garde nationale - faction armée druze de Soueïda - est arrivé.

Le chef du CICR en Syrie, Stephan Sakalian, a dit espérer que l'opération ouvre la voie à d'autres libérations et à un dialogue sur le sort des personnes portées disparues depuis les violences de juillet.

Des affrontements avaient alors opposé combattants druzes et bédouins sunnites avant l'intervention des forces de sécurité et de tribus venues d'autres régions pour prêter main forte aux bédouins.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ces violences ont fait plus de 2.000 morts, dont 789 civils druzes. Elles ont été marquées par des exactions et des exécutions sommaires visant cette minorité, d'après des témoignages de survivants et des ONG.

Après la fin de l'échange, Tarek al-Maghoush, chargé du dossier au sein de la Garde nationale, a parlé de négociations indirectes "difficiles".

Le porte-parole de la Garde nationale, Talal Amer, a déclaré à l'AFP que les négociations s'étaient déroulées via les Etats-Unis et "sous la supervision" d'Israël, pays qu'il a remercié pour son "soutien total" lors des violences.

En 2025, Israël, où vivent plus de 150.000 druzes, était intervenu en Syrie en bombardant les forces gouvernementales au nom de la défense de la communauté druze dans le pays voisin.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 20 juillet, mais la situation demeure tendue et l'accès à Soueïda difficile.

Des habitants accusent le gouvernement d'imposer un siège aux zones hors de son contrôle, qui accueillent des dizaines de milliers de déplacés, ce que dément Damas. Plusieurs convois d'aide ont toutefois pu entrer depuis.


Israël vise à imposer «un changement démographique permanent» en Cisjordanie et à Gaza, selon l'ONU

Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
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  • "Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève
  • Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens

GENEVE: Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk.

"Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève.

Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens.

"Les forces de sécurité israéliennes continuent à faire un usage non nécessaire et disproportionné de la force" en Cisjordanie, a ajouté M. Türk.

Les violences ont flambé en Cisjordanie occupée depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

M. Türk a indiqué que, selon des chiffres vérifiés par son bureau, 1.020 Palestiniens avaient été tués depuis cette date "par les forces de sécurité israéliennes" en Cisjordanie.

Pendant la même période, 45 Israéliens, y compris des soldats, ont été tués lors d'attaques palestiniennes, selon les chiffres officiels israéliens.

Le gouvernement israélien a annoncé depuis le début février une série de mesures visant à renforcer son contrôle sur la Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, en facilitant notamment l'achat de terre par des Israéliens.

Ces mesures ont suscité de nombreuses condamnations à l'international. Une haute responsable de l'ONU a estimé qu'elles équivalaient à une "annexion progressive de facto".

Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme a par ailleurs souligné que depuis le début du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, le 10 octobre 2025, "des attaques israéliennes ont tué plus de 600 Palestiniens et en ont blessé plus de 1.600, selon le ministère palestinien de la Santé" de ce territoire.

"N'importe où ailleurs, cela serait considéré comme une crise majeure", a-t-il affirmé.

La quasi-totalité des plus de deux millions d'habitants de Gaza ont été déplacés au moins une fois depuis le début de la guerre, qui a réduit en ruines une grande partie du territoire.

"L'intensification des attaques, la destruction méthodique de quartiers entiers, (...) le refus d'apporter une aide humanitaire (...) conjugués aux transferts forcés qui semblent viser à un déplacement permanent, suscitent des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique à Gaza et en Cisjordanie", avait écrit le Haut-Commissariat dans un rapport la semaine dernière.