Comment la guerre à Gaza a privé les Palestiniens de leurs rituels favoris du ramadan

Autrefois habitués à des iftars copieux pendant le mois sacré du ramadan, les Gazaouis sont désormais confrontés à l’insécurité alimentaire sous blocus israélien. (AFP)
Autrefois habitués à des iftars copieux pendant le mois sacré du ramadan, les Gazaouis sont désormais confrontés à l’insécurité alimentaire sous blocus israélien. (AFP)
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Publié le Vendredi 05 avril 2024

Comment la guerre à Gaza a privé les Palestiniens de leurs rituels favoris du ramadan

  • Les habitants de Gaza, jadis habitués aux banquets généreux, pendant le mois sacré, sont désormais contraints à des conditions de quasi-famine
  • Alors que la famine menace le nord, l’aide qui parvient au sud de Gaza est «de mauvaise qualité» et «manque de nutriments»

LONDRES: Ce qui devrait être en principe un moment de célébration en famille pour les musulmans de Gaza s’est plutôt transformé en peur, en faim et en chagrin: les familles sont contraintes de renoncer aux festivités du mois sacré du ramadan cette année en raison du conflit en cours. 

Yara Mahdi, une étudiante de 19 ans du sud de Gaza, déclare que le ramadan qu’elle a connu et chéri depuis son enfance n’est plus qu’un vague souvenir en raison de la destruction, des déplacements ainsi que des pénuries de nourriture et de fournitures essentielles découlant de la guerre. 

«Le ramadan à Gaza était mon mois préféré et la période la plus belle de l’année. C’était le moment des réunions de famille, des festins généreux et des nuits empreintes de rire, d’amour et de vie. Il ne ressemblait en rien aux images que vous voyez aujourd’hui», confie Yara à Arab News. 

Les habitants de Gaza, jadis habitués aux banquets généreux, aux décorations de rue colorées et aux guirlandes scintillantes pendant le mois sacré, sont désormais soumis à des conditions de quasi-famine, avec la perte d’êtres chers et la destruction de leurs maisons. 

Un rapport soutenu par l’ONU et publié le 18 mars avertit qu’en raison des restrictions israéliennes sur le montant de l’aide autorisée à entrer à Gaza, la population du territoire, qui compte 2,3 millions d’habitants, se trouve confrontée à une insécurité alimentaire aiguë. Environ 300 000 personnes sont au bord de la famine, coincées dans le nord de la bande.

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Des gens achètent des produits auprès de vendeurs dans un marché en plein air au milieu des destructions dans la ville de Gaza. (AFP) 

Le 11 mars, premier jour du mois sacré, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exhorté les combattants «à honorer l’esprit du ramadan en faisant taire les armes et en supprimant tous les obstacles pour garantir l’acheminement de l’aide vitale rapidement et à l’échelle requise». 

Bien que le Conseil de sécurité de l’ONU ait adopté le 25 mars une résolution qui exige un cessez-le-feu immédiat pendant le mois sacré, le carnage à Gaza continue malgré tout de faire rage. 

Depuis que les attaques menées par le Hamas contre Israël le 7 octobre ont provoqué des représailles aériennes et terrestres de l’armée israélienne à Gaza, près de 33 000 Palestiniens ont été tués, selon le ministère de la Santé de Gaza. 

Pour les milliers de familles palestiniennes accablées par le chagrin, la joie qu’elles ont ressentie lors des célébrations du ramadan des années précédentes semble faire partie d’une autre vie. 

«L’esprit du ramadan était présent partout à Gaza tout au long du mois», affirme Yara, qui se souvient avec nostalgie des rassemblements de l’année dernière. 

 

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L’année dernière, la famille élargie de Yara se réunissait pour un iftar pendant le ramadan. (Photo fournie) 

 

«À partir du milieu du ramadan, nous avons organisé des iftars animés, dans une ambiance familiale et chaleureuse. Après le repas principal, nous prenions des boissons fraîches, du café et des desserts, comme la kunafa de Naplouse, la kunafa arabe, les qatayef et le kullaj, pour n’en nommer que quelques-uns. Pendant le ramadan, nous mangions des desserts tous les soirs.» 

Il y avait une activité que Yara appréciait encore plus que les iftars familiaux: c’étaient les prières nocturnes du Tarawi, qu’elle récitait dans la mosquée pendant le mois sacré avec ses amis. 

«Depuis que je suis toute petite, je vais à la mosquée Abou Khadra. L’année dernière, j’ai assisté aux prières du Tarawi avec mes amis tous les soirs, même si la marche était longue après que notre maison a été bombardée pendant la guerre de 2021 et que nous avons dû déménager.» 

«Les longues promenades étaient ponctuées de discussions et de rires. Pendant les dix derniers jours du ramadan, nous restions à la mosquée jusqu’au lever du soleil; nous prenions le repas du sahour et nous récitions la prière du Fajr.» 

Les opérations militaires israéliennes qui ont lieu en ce moment à Gaza ont privé Yara de ses rituels favoris du ramadan; la mosquée Abou Khadra fait partie des plus de mille mosquées du territoire qui ont été endommagées ou détruites depuis le 7 octobre. 

Rim, médecin palestinien qui a emménagé en Angleterre en 2019, se souvient, émue également, des célébrations passées du ramadan. Elle soutient que le mois sacré est la période la plus appréciée de l’année dans sa ville natale de Gaza, où les festivités commencent souvent une semaine plus tôt. 

«Les marchés étaient animés, avec des magasins qui exposaient notamment différents types de dattes, de noix, de fruits secs et de jus en abondance, tandis que les rues étaient animées de gens qui faisaient leurs courses en prévision du ramadan et qui rendaient visite à leurs proches», confie-t-elle à Arab News. 

«Les rues étaient ornées de lumières magnifiques et de décorations du ramadan, comme des lanternes. Les magasins et les restaurants diffusaient des chansons islamiques, renforçant ainsi cette atmosphère enchanteresse.» 

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Les habitants de Gaza, autrefois habitués aux banquets généreux, sont désormais contraints à des conditions de quasi-famine. (AFP) 

En repensant à ses activités préférées du ramadan, Rim se rappelle que, dans la ville de Gaza, «les restaurants étaient remplis de clients qui profitaient des buffets ouverts proposés tout au long du mois». 

Elle ajoute: «La rue Rimal était animée tout au long des nuits du ramadan. Les restaurants et les magasins fermaient le matin et pendant une partie de la journée, mais, après le coucher du soleil, le quartier regorgeait de convives et de clients. 

Les gens se rassemblaient dans la rue Rimal pour des repas d’iftar, des promenades tranquilles avec des amis ou des virées shopping dans les centres commerciaux, beaucoup se préparant pour l’Aïd al-Fitr.» 

Rim se souvient que, parmi les restaurants haut de gamme fréquentés par sa famille, il y avait Mazaj et Lighthouse. Tous deux proposaient des buffets composés de spécialités du ramadan. Le front de mer était également une destination prisée, parsemée de restaurants animés. 

«Après avoir rompu leur jeûne, de nombreuses personnes avaient l’habitude de se promener en bord de mer dans le quartier d’Al-Mina, où elles savouraient une glace ou une boisson fraîche jusqu’à l’heure des prières du Tarawi. Beaucoup se rendaient ensuite dans les mosquées ou se retiraient chez eux pour prier et se préparer pour le lendemain», se rappelle-t-elle. 

Évoquant l’hospitalité et la générosité des habitants de Gaza, elle explique que sa famille «recevait souvent des invités à la maison et se rendait chez des amis et des parents. Chaque iftar était un festin délicieux. Non seulement les gens [à Gaza] faisaient des dons aux pauvres au cours du mois, mais ils distribuaient aussi de la nourriture et des douceurs aux voisins et aux proches». 

Nourhane Attallah, nutritionniste et pharmacienne dans le sud de Gaza, confie que le ramadan était «un mois très productif et lucratif, où travail et passion battaient leur plein» au cours des années précédentes. 

«En tant que nutritionniste, j’ai accepté des clients tout au long de l’année et j’ai diffusé des vidéos et des conseils pour une alimentation saine sur les réseaux sociaux», déclare-t-elle à Arab News. 

«Pendant le ramadan, le nombre de clients augmentait considérablement. De nombreuses personnes cherchaient à suivre un régime alimentaire sain, que ce soit pour perdre du poids ou pour rester en bonne santé pendant le mois de jeûne. Ce travail supplémentaire me permettait de couvrir le budget du ramadan, souvent plus élevé que le reste de l’année.» 

«La nourriture était abondante à Gaza avant la guerre et je trouvais facilement tous les ingrédients dont j’avais besoin pour concocter des plats sains.» 

La nourriture que l’on peut trouver actuellement, dans le sud de Gaza, sous blocus strict d’Israël, est de «très mauvaise qualité» et les «choix sont extrêmement limités», déplore Nourhane. 

«Il n’y a aucune protéine animale et, même si nous parvenions à en trouver, les prix monteraient en flèche. Par exemple, un kilo de bœuf coûte aujourd’hui 70 dollars environ. Avant le 7 octobre, il valait 20 dollars au maximum [1 dollar = 0,92 euro].» 

Lorsque certains de ses clients habituels lui ont demandé comment rester en bonne santé pendant le ramadan cette année, Nourhane leur a dit qu’elle «ne pouvait élaborer de régime alimentaire avec la nourriture disponible dans le sud de Gaza». 

Elle ajoute: «Je me sentais désespérée, parce que je ne pouvais pas m’adapter et exercer correctement mon métier dans cette situation.» 

«Je suis moi-même incapable de suivre une alimentation saine avec la nourriture dont nous disposons. Les options sont très limitées et cela n’a rien à voir avec les revenus d’une personne. Qu’ils soient riches ou pauvres, tous les habitants de Gaza sont touchés par les pénuries de nourriture et d’eau.» 

en chiffres

  • Plus de 32 000 Palestiniens ont été tués à Gaza depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas, le 7 octobre. 

  • 80% des 2,3 millions d’habitants de Gaza ont été déplacés. 

  • 70% de la population du nord souffre déjà atrocement de la faim. 

Les agences des Nations unies et d’autres organisations humanitaires accusent Israël d’utiliser la famine comme arme de guerre à Gaza, ce qui équivaut à un crime de guerre. Les autorités israéliennes rejettent cette accusation, insistant sur le fait qu’elles autorisent l’entrée dans l’enclave d’une quantité suffisante de nourriture et de produits de première nécessité. 

Cependant, des tonnes de fournitures humanitaires absolument nécessaires à destination de Gaza sont bloquées au poste-frontière de Rafah, à la frontière avec l’Égypte, alors qu’Israël continue de limiter le flux de camions entrant sur le territoire, ce que le chef de l’ONU, Guterres, qualifie de «scandale moral». 

Une petite aide parvient effectivement à atteindre les populations du sud du territoire, mais, selon Nourhane, «la qualité de la nourriture et de l’eau est horrible. Ajoutez les conditions de vie difficiles et la surpopulation dans le sud de Gaza: tout cela a contribué à la montée en flèche de la malnutrition». 

«L’aide est très insuffisante et ne couvre pas les besoins nutritionnels essentiels. Nous n’avons pas besoin d’aide seulement parce que nous avons faim. Nous avons besoin d’aliments nutritifs qui comblent les besoins de notre corps. Nous avons besoin d’aliments riches en minéraux et en vitamines.» 

 

Désormais, les habitants de Gaza dépendent principalement pour leur survie de glucides, comme le riz, les pâtes et les pommes de terre, ainsi que d’aliments en conserve, qui «manquent de nutriments», souligne Nourhane. 

«Nous mangeons des fèves tous les jours. Littéralement, nous ouvrons une boîte de fèves lors de chaque sahour parce qu’elles sont abordables et disponibles. C’est éprouvant.» 

Pour les habitants du nord de Gaza qui n’ont pas d’accès fiable aux denrées alimentaires, même les plus élémentaires, la mauvaise nutrition provoque des maladies et nuit à la croissance ainsi qu’au développement des enfants. 

«Quand les gens voient sur les réseaux sociaux mes messages relatifs aux méfaits des aliments en conserve que nous recevons, ils disent que nous sommes ingrats. Ils disent que je devrais être reconnaissante pour l’aide qu’on reçoit», explique Nourhane. 

«Oui, nous sommes reconnaissants, mais nous avons besoin d’une aide qui nous soit bénéfique plutôt que de nuire à notre corps.» 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


L'armée libanaise annonce avoir achevé le désarmement du Hezbollah près de la frontière avec Israël

Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le personnel de sécurité inspecte le site d'un bâtiment détruit par une frappe israélienne dans la zone industrielle de la ville de Ghazieh, près de la ville côtière de Sidon, dans le sud du Liban, le 6 janvier 2026. (AFP)
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  • L’armée libanaise annonce avoir achevé la première phase du désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani, malgré le refus du mouvement de rendre ses armes dans le reste du pays
  • Le processus reste fragile : Israël maintient une présence militaire sur plusieurs points frontaliers et poursuit ses frappes, tandis que Washington accentue la pression sur Beyrouth

BEYROUTH: L'armée libanaise a annoncé jeudi avoir achevé "la première phase" de son plan pour le désarmement du Hezbollah pro-iranien, qui couvre la région entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Dans un communiqué, l'armée affirme avoir atteint "les objectifs de la première phase" de son plan qui doit s'étendre par la suite au reste du territoire libanais.

Le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'une guerre meurtrière avec Israël, refuse de remettre ses armes dans le reste du pays.

L'armée précise dans son communiqué qu'elle "contrôle" désormais la partie sud du Litani, "à l'exception des territoires et positions toujours occupés par Israël" près de la frontière.

Malgré le cessez-le-feu en vigueur depuis plus d'un an, qui prévoit son retrait du territoire libanais, Israël continue d'occuper cinq points stratégiques près de la frontière.

L'armée israélienne mène en outre des frappes contre le Hezbollah qu'elle accuse de chercher à se réarmer et met en doute l'efficacité des opérations de désarmement de l'armée libanaise.

Selon l'accord de cessez-le-feu, le Hezbollah doit retirer ses forces au nord du fleuve Litani et voir ses infrastructures militaires démantelées dans les zones évacuées.

L'armée libanaise précise que ses opérations vont se poursuivre au sud du Litani pour "achever le traitement des munitions non explosées" et rechercher des "tunnels", creusés par le Hezbollah.

Elle ajoute qu'elle va prendre des mesures pour "empêcher définitivement les groupes armés de reconstruire leurs capacités".

Le commandant en chef de l'armée Rodolphe Haykal doit informer jeudi après-midi le gouvernement des progrès accomplis dans l'exécution de son plan pour désarmer le Hezbollah.

Le gouvernement libanais est soumis à une intense pression des Etats-Unis pour désarmer la formation pro-iranienne, sur fond de crainte d'une escalade des attaques israéliennes.

Le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar a salué dimanche sur X les "efforts" du gouvernement et de l'armée libanaise, ajoutant toutefois qu'ils étaient "loin d'être suffisants".

Un comité auquel participent les États-Unis, la France, le Liban, Israël et les Nations unies est chargé de surveiller le cessez-le-feu.


Israël met en péril la sécurité mondiale, avertit le ministre somalien de l’Information

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  • Les actions de Tel-Aviv renforcent les groupes terroristes, affirme Daud Aweis Jama dans un entretien exclusif à Arab News
  • Il accuse Tel-Aviv de vouloir relocaliser des Palestiniens de Gaza dans la région

​​​​​​RIYAD : La reconnaissance du Somaliland par Israël et sa présence croissante dans la région risquent d’envenimer la situation, en permettant aux groupes terroristes de saper la sécurité et la stabilité régionales, a déclaré le ministre somalien de l’Information, de la Culture et du Tourisme, Daud Aweis Jama.

Dans un entretien exclusif accordé à Arab News, Jama a insisté sur le fait que la décision sans précédent d’Israël, prise le 26 décembre, de reconnaître le Somaliland comme État souverain constitue un revers majeur pour la lutte de Mogadiscio contre des organisations terroristes telles qu’Al-Shabab et Daech.

« La présence d’Israël sera exploitée par les groupes terroristes pour étendre leurs opérations dans la région. Ils disposeront d’un prétexte pour diffuser leurs idéologies », a-t-il déclaré.

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Le président du Somaliland, Abdirahman Abdullahi Mohamed, s’exprime lors d’une conférence de presse avec le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, au palais présidentiel à Hargeisa. (Bureau présidentiel du Somaliland/AFP)

« C’est un autre facteur qui met en danger la sécurité mondiale et la stabilité régionale, alors que nous étions arrivés à la phase finale pour surmonter les défis posés par les groupes terroristes Al-Shabab et l’État islamique », a-t-il ajouté, utilisant un autre terme pour désigner Daech.

Jama a poursuivi : « Nous avons mobilisé toutes nos ressources et consacré tout notre temps à finaliser les dernières étapes de la lutte contre Al-Shabab. Si un autre facteur vient nous perturber, cela signifie que nous ne pourrons plus nous concentrer pleinement sur ces opérations. Et cela offre davantage d’opportunités à Al-Shabab ou à d’autres organisations. »

Selon Jama, les conséquences de cet affaiblissement de la capacité de la Somalie à lutter contre le terrorisme ne se limiteront pas à ses frontières, mais s’étendront à toute la région et au-delà.

« Cela pourrait attirer d’autres groupes terroristes extérieurs dans la région, car ils profiteront de cette crise pour tenter de reprendre le contrôle de zones qui avaient déjà été libérées », a déclaré le ministre.

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Des habitants de Mogadiscio brandissent des drapeaux somalien et palestinien lors d’un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Nous pensons que cela intervient à un moment qui affectera la sécurité de notre gouvernement, celle de la Corne de l’Afrique, du golfe d’Aden, de la mer Rouge, du Moyen-Orient et la stabilité mondiale. Il s’agit d’une zone stratégique majeure par laquelle transite le commerce mondial. »

Le ministre a souligné que la reconnaissance d’Israël et l’élargissement de sa présence dans la région créent davantage de défis, « ajoutant de l’huile sur le feu des problèmes persistants, notamment en Somalie ». Il a ajouté : « À ce stade, cela ne concerne plus uniquement la Somalie, mais représente un défi qui risque de se propager comme un incendie dans toute la région et dans le monde entier. »

Jama a déclaré à Arab News qu’Israël poursuit d’autres objectifs stratégiques à travers la reconnaissance du Somaliland, notamment la relocalisation forcée de Palestiniens de Gaza.

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Une femme passe devant des étals vendant des articles ménagers au marché de Waheen à Hargeisa. (AFP)

« Selon des sources fiables issues des renseignements que nous avons recueillis, l’une des conditions posées par Israël (pour reconnaître le Somaliland) était de disposer d’un lieu pour installer les habitants de Gaza », a-t-il affirmé.

« Nous considérons également cela comme une violation des droits du peuple palestinien, car nous croyons fermement à son droit à l’autodétermination. La solution à deux États, soutenue par la communauté internationale, doit être respectée et mise en œuvre. »

Le gouvernement de coalition israélien, le plus à droite et le plus religieusement conservateur de son histoire, comprend des responsables d’extrême droite qui prônent l’annexion de Gaza et de la Cisjordanie, et encouragent les Palestiniens à quitter leur terre.

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Un homme brandit un drapeau du Somaliland devant le monument commémoratif de la guerre à Hargeisa. (AFP)

L’ambassadeur de la Somalie auprès de l’ONU, Abukar Dahir Osman, a déclaré que les membres du Conseil de sécurité — l’Algérie, le Guyana, la Sierra Leone et la Somalie — « rejettent sans équivoque toute mesure visant à faire avancer cet objectif, y compris toute tentative d’Israël de relocaliser la population palestinienne de Gaza vers le nord-ouest de la Somalie ».

Israël est devenu le mois dernier le premier pays à reconnaître le Somaliland comme nation indépendante. En plus de trois décennies depuis sa déclaration unilatérale d’indépendance en 1991, aucun État n’avait reconnu ce territoire du nord-ouest comme distinct de la Somalie.

Mogadiscio a immédiatement rejeté la décision israélienne, aux côtés de nombreux pays à travers le monde.

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Des soldats de l’Armée nationale somalienne (SNA) sécurisent un village qui aurait été détruit par des insurgés en retraite lors de la visite d’officiers supérieurs à Awdheegle. (AFP/Archives)

L’Arabie saoudite a réaffirmé son rejet de toute tentative d’imposer des entités parallèles contraires à l’unité de la Somalie, ainsi que son soutien aux institutions légitimes de l’État somalien et son attachement à la stabilité du pays et de son peuple.

Un groupe de ministres des Affaires étrangères de pays arabes et islamiques, aux côtés de l’Organisation de la coopération islamique, a également rejeté fermement l’annonce israélienne. Dans une déclaration conjointe, ils ont averti que cette décision comporte « de graves répercussions sur la paix et la sécurité dans la Corne de l’Afrique et la région de la mer Rouge », et qu’elle porte atteinte à la paix et à la sécurité internationales.

La Ligue arabe, qui compte 22 membres, a rejeté « toute mesure découlant de cette reconnaissance illégitime visant à faciliter le déplacement forcé du peuple palestinien ou à exploiter les ports du nord de la Somalie pour établir des bases militaires », a déclaré son ambassadeur auprès de l’ONU, Maged Abdelfattah Abdelaziz, devant le Conseil de sécurité.

Dans le dernier développement des relations Israël–Somaliland, moins de deux semaines après la reconnaissance de Tel-Aviv, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, s’est rendu mardi dans la région afin de formaliser publiquement les relations diplomatiques.

« La reconnaissance par Israël d’une région de la République fédérale de Somalie comme État indépendant constitue une violation flagrante de la souveraineté somalienne », a souligné Jama. « Il s’agit d’une violation totale du droit international, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la Somalie. »

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Des habitants de Mogadiscio participent à un rassemblement dénonçant la reconnaissance du Somaliland par Israël. (AFP)

« Dès le départ, nous avons choisi la voie diplomatique. Cela a commencé par une réunion réussie du Conseil de sécurité de l’ONU, qui a soutenu l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Somalie, suivie par d’autres acteurs internationaux tels que la Ligue arabe, l’Organisation de la coopération islamique, l’Union africaine, ainsi que des organisations régionales comme la Communauté d’Afrique de l’Est et l’IGAD.

« Le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a également réitéré l’importance de soutenir la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Somalie. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Syrie: écoles et administrations fermées à Alep, accrochages intermittents

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté. (AFP)
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  • Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien
  • L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté

DAMAS: Les écoles, les administrations et l'aéroport sont restés fermés mercredi à Alep, la grande ville du nord de la Syrie où des accrochages sporadiques opposent les forces gouvernementales et kurdes, au lendemain de violences qui ont fait neuf morts, selon les médias officiels.

Les affrontements de mardi sont les plus violents entre les deux parties, qui ont échoué jusqu'à présent à appliquer un accord signé en mars et prévoyant l'intégration des institutions de l'administration autonome kurdes au sein du nouvel Etat syrien.

"C'était une ville fantôme cette nuit, aucune activité, les magasins fermés, les rues plongées dans le noir en raison des coupures de courant", a raconté à l'AFP Abdel Karim Baqi, un homme de 50 ans qui a fui avec sa femme le quartier kurde d'Achrafieh pour se réfugier chez des proches.

L'agence officielle Sana a fait état de bombardements à partir des quartiers kurdes sur des zones tenues par les forces gouvernementales mercredi matin, ajoutant que ces dernières avaient riposté.

Le représentant de l'autorité autonome kurde à Damas, Abdel Karim Omar, a déclaré à l'AFP que "des efforts sont en cours pour calmer la situation, car l'escalade n'est dans l'intérêt de personne".

Il a ajouté que les deux quartiers kurdes d'Achrafieh et cheikh Maqsoud étaient "encerclés" et démenti tout bombardement depuis ces zones, soulignant qu'elles sont tenues par les forces de sécurité intérieures kurdes (Asayish) "qui ne disposent que d'armes légères".

Face aux violences, les autorités avaient décidé mardi soir de suspendre pour 24 heures tous les vols de l'aéroport de la deuxième ville de Syrie et de fermer mercredi les écoles, universités et services gouvernementaux.

Les affrontements de mardi "nous ont rappelé la guerre. Nous n'avons nulle part où fuir", a déclaré à l'AFP Joud Serjian, une mère de famille de 53 ans habitant le quartier syriaque d'Alep.

Au cours de la guerre civile en Syrie (2011-2024), Alep avait connu des combats entre les rebelles et les forces du président Bachar al-Assad avant qu'il ne reprenne le contrôle de la cité en 2016.

Les affrontements ont éclaté mardi alors que les discussions patinent pour la mise en oeuvre de l'accord signé en mars, qui était censé intégrer avant fin 2025 les Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde) au sein de l'Etat syrien.