«Nous ne ménagerons aucun effort pour protéger l’Unrwa», déclare le chef de l’agence

Le commissaire général de l’Office de secours et de travaux des nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), Philippe Lazzarini, s’exprime lors d’une réunion du Conseil de sécurité des nations unies sur l’Unrwa au siège de l’ONU à New York, le 17 avril 2024. (AFP)
Le commissaire général de l’Office de secours et de travaux des nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), Philippe Lazzarini, s’exprime lors d’une réunion du Conseil de sécurité des nations unies sur l’Unrwa au siège de l’ONU à New York, le 17 avril 2024. (AFP)
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Publié le Mercredi 24 avril 2024

«Nous ne ménagerons aucun effort pour protéger l’Unrwa», déclare le chef de l’agence

  • Philippe Lazzarini soutient que de nombreux partisans des deux camps dans le conflit sont incapables de ressentir la moindre empathie pour ceux de l’autre
  • Il exige que les responsables du «mépris flagrant» témoigné à l’égard des locaux, du personnel et des opérations de l’ONU dans la bande de Gaza soient tenus responsables

NEW YORK: Le chef de l’agence des Nations unies qui fournit aide et développement aux réfugiés palestiniens a déclaré, mardi, à Arab News, qu’aucun effort ne serait épargné pour la protéger des «attaques féroces» de ses détracteurs.

Alors que les manifestations en lien avec la guerre à Gaza continuent de provoquer des frictions à travers le monde, notamment des querelles croissantes dans les universités américaines, Philippe Lazzarini, commissaire général de l’Office de secours et de travaux des nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa), soutient que de nombreux partisans des deux camps dans le conflit sont incapables de ressentir la moindre empathie pour ceux de l’autre et les diabolisent donc.

«En soi, le processus de paix ne suffit pas», ajoute-t-il. «Nous avons surtout besoin d’apaisement.»

M. Lazzarini est étonné de constater que «l’empathie dans cette partie du monde est la plupart du temps unilatérale. Il s’agit soit d’empathie uniquement envers les Palestiniens, sans comprendre les Israéliens et le traumatisme que le 7 octobre a créé dans le pays, soit d’empathie uniquement envers les Israéliens, sans aucune forme d’empathie envers les Palestiniens.»

Son message principal aux étudiants américains est la nécessité de faire preuve de «compassion et d’empathie» envers les deux peuples, «parce qu’en fin de compte, nous espérons que les Israéliens et les Palestiniens vivront – et méritent d’ailleurs de vivre – en paix et en sécurité».

L’Unrwa n’a jamais été aussi souvent attaqué que ces derniers mois, poursuit M. Lazzarini.

«Jamais auparavant dix-huit pays n’avaient revu ou gelé simultanément leurs contributions», ajoute-t-il. «L’Unrwa n’a jamais été la cible d’une campagne ouverte en vue de démanteler totalement ses activités à Gaza, et peut-être au-delà. Ce que nous vivons est particulièrement brutal.»

Les membres du personnel de l’agence et les communautés qu’ils servent sont «profondément inquiets» quant à la possibilité qu’elle soit affaiblie, voire démantelée, précise-t-il, en faisant allusion à un sondage d’opinion au cours duquel entre 80 et 90% des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie ont exprimé de telles craintes.

«Nous ne ménagerons aucun effort pour éviter le démantèlement de l’agence», affirme Philippe Lazzarini.

Il ajoute que c'est l'état d'esprit qui prévaut depuis que la crise à laquelle l’agence fait face a été portée à l’attention de l’Assemblée générale des nations unies en mars et qu’il s’est à nouveau manifesté la semaine dernière lors d’une réunion du Conseil de sécurité demandée par la Jordanie en réponse à des tentatives répétées des autorités israéliennes pour forcer l’agence à quitter Gaza.

«Nous étudions désormais le meilleur moyen de protéger l’organisation de ce type d’attaques», précise-t-il.

L’agence, qui fournit de l’aide et d’autres services à des millions de réfugiés palestiniens à Gaza et dans toute la région, a été plongée dans la crise au mois de janvier lorsque Israël a affirmé que douze employés de l’Unrwa avaient participé aux attaques menées par le Hamas contre Israël le 7 octobre.

Dans un rapport publié lundi, une équipe d’enquêteurs indépendants, dirigée par l’ancienne ministre française des Affaires étrangères, Catherine Colonna, a rapporté que les autorités israéliennes n’avaient pas encore fourni de preuves pour étayer leurs allégations et n’avaient pas auparavant exprimé d’inquiétudes concernant les individus nommés sur les listes du personnel de l’Unrwa qu’ils reçoivent depuis 2011.

Immédiatement après les allégations israéliennes, les États-Unis, le plus grand bailleur de fonds de l’agence, et plusieurs autres donateurs majeurs ont immédiatement suspendu leur financement. Au total, dix-huit États membres de l’ONU ont suspendu leur financement, tandis que d’autres ont imposé des conditions, mettant en péril l’avenir même de l’agence. Beaucoup ont ensuite repris leur financement.

S’adressant aux journalistes à la fin de sa visite officielle à New York, M. Lazzarini a une fois de plus déclaré qu’il pensait que les attaques contre l’Unrwa n’étaient pas véritablement motivées par des préoccupations concernant la neutralité de son personnel, mais que leur objectif principal était plutôt de priver les Palestiniens de leur statut de réfugiés.

Israël accuse depuis longtemps l’agence de perpétuer délibérément le statut de réfugié de millions de Palestiniens, une allégation que Philippe Lazzarini qualifie d’«absurde».

«Au fond, c’est comme si l’on disait que la réponse humanitaire dans une zone de conflit perpétue le conflit», s’indigne-t-il.

«La réalité est que le conflit se perpétue en raison de l’absence de solution politique. L’Unrwa a été conçu comme une organisation temporaire, qui espérait mettre fin à ses activités le jour où une solution politique durable et juste serait trouvée. Et nous voici, soixante-quinze ans plus tard; ce n’est certainement pas l’Unrwa qui perpétue ce statut, mais notre incapacité collective à promouvoir une solution.»

«Si nous souhaitons sincèrement une solution à deux États et que nous réactivons la mise en œuvre d’une telle solution, le caractère temporaire de l’Unrwa peut être rétabli et l’agence pourra ainsi ouvrir la voie au futur État palestinien afin qu’il puisse lui-même assurer les services qu’elle fournit.»

Depuis le début de la guerre à Gaza en octobre, cent quatre-vingts membres du personnel de l’agence ont été tués, plus de cent soixante bâtiments de l’ONU ont été endommagés ou détruits et au moins quatre cents personnes ont été tuées alors qu’elles cherchaient refuge sous la bannière de l’ONU.

Les locaux que le personnel de l’Unrwa a été contraint d’abandonner auraient été repris et utilisés à des fins militaires par l’armée israélienne, le Hamas ou d’autres groupes armés. Plusieurs travailleurs intérimaires ont été arrêtés ou maltraités, certains ont même été torturés.

M. Lazzarini exhorte le Conseil de sécurité à mener une enquête indépendante. Il exige que les responsables du «mépris flagrant» témoigné à l’égard des locaux, du personnel et des opérations de l’ONU dans la bande de Gaza soient tenus responsables, afin «d’éviter de tels incidents dans les futures situations de conflit».

Les attaques contre l’Unrwa et ses activités se poursuivent même si les craintes selon lesquelles le réchauffement climatique entraînerait des maladies et d’autres risques pour la santé sont de plus en plus importantes. C’est particulièrement préoccupant dans le sud de Gaza – le dernier refuge de plus d’un million de personnes qui ont été contraintes de fuir d’autres parties du territoire en raison des combats. Philippe Lazzarini déclare que «le ramassage des ordures est devenu une priorité pour nos collègues afin de prévenir l’apparition de maladies», à la lumière de «l’anxiété majeure» au sein de la population face à la menace, «peut-être imminente, d’offensive militaire» d’Israël, «qui semble être remise sur la table».

Le rapport soumis par l’équipe de Colonna après son enquête, ordonnée par l’ONU pour évaluer si l’Unrwa faisait tout son possible pour garantir la neutralité de plus de trente-deux mille travailleurs, comprend plus de cinquante recommandations, notamment des améliorations du contrôle interne, un renforcement de la formation des personnes et un soutien supplémentaire des pays donateurs.

M. Lazzarini a salué le rapport et il s’est dit déterminé à mettre en œuvre ses recommandations. Il ressort clairement de ses conclusions, déclare-t-il, que «l’agence, en réalité, dispose déjà d'un certain nombre de systèmes pour traiter les questions de neutralité, bien en avance sur la moyenne des agences des Nations unies ou même des organisations non gouvernementales. En raison de la complexité de l’environnement dans lequel nous évoluons, nous devons être extrêmement vigilants et nous pouvons déployer toujours plus d’efforts.»

Il espère que, grâce au rapport et aux mesures qui seront mises en place, «le dernier groupe de donateurs aura la confiance nécessaire pour se tourner de nouveau» vers l’agence.

Cependant, il note que les États-Unis ne fourniraient plus de dons avant au moins mars 2025 en raison d’un manque de soutien politique à l’Unrwa à Washington. Il ajoute: «Ma tâche est désormais d’essayer de combler le déficit de financement qui existe actuellement» et «de faire en sorte que ce financement soit couvert jusqu'à la fin du mois de juin».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


De Riyad à Paris : pourquoi les Saoudiens reviennent toujours en France

Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
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  • Pour les voyageurs saoudiens, la France offre bien plus que ses monuments, avec une culture, une histoire et une gastronomie qui laissent une impression durable
  • Des lunes de miel aux carrières dans la pâtisserie, en passant par des années d’études à Paris, les visiteurs racontent des expériences qui continuent de les attirer en France

RIYAD : Le secteur touristique français a franchi une étape remarquable en 2025, en accueillant 102 millions de visiteurs internationaux et en confortant sa position de destination la plus visitée au monde.

Pour de nombreux voyageurs saoudiens, la France n’est pas simplement une destination incontournable : c’est une expérience enrichissante, façonnée par les rencontres avec sa culture, son histoire, sa gastronomie, son art et sa vie intellectuelle.

Les deux pays sont de plus en plus connectés grâce à des liaisons aériennes directes. Saudia assure des vols directs entre Paris et Riyad ainsi qu’entre Paris et Djeddah. Dans le même temps, Air France a lancé sa liaison directe Paris-Riyad à l’été 2025, élargissant les possibilités de voyage entre les deux capitales.

Pour les visiteurs saoudiens, ces liaisons ouvrent la porte aux attractions emblématiques, mais surtout à une ville qui peut se découvrir à travers sa culture, son histoire, ses musées, sa gastronomie et la vie quotidienne.

Marwan Alrasheed, traducteur et consultant culturel, s’est rendu en France à l’automne 2025, animé précisément par cette curiosité.

« Je suis venu découvrir la richesse culturelle de Paris, qu’elle soit artistique, historique, philosophique ou culinaire », a-t-il déclaré à Arab News, décrivant Paris comme occupant « une place prépondérante dans l’histoire de la culture humaine ».

Alrasheed a séjourné pendant dix jours dans le Quartier latin, près de la Sorbonne, l’un des quartiers les plus étroitement associés à l’histoire intellectuelle de la ville.

Son itinéraire, riche et varié, reflétait ces centres d’intérêt. Il s’est notamment rendu aux Deux Magots, le célèbre café associé à des écrivains, artistes et philosophes tels que Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et Albert Camus.

Il a également exploré le Louvre, où il a admiré la Joconde de Léonard de Vinci et la Victoire de Samothrace.

Alrasheed s’est aussi arrêté à Shakespeare and Company, la librairie anglophone de la rive gauche associée à plusieurs générations d’écrivains, qualifiant son voyage d’« hors du commun et instructif ».

La gastronomie a constitué une autre manière de découvrir la ville.

Passionné d’histoire, Alrasheed a participé à une visite consacrée aux boulangeries historiques parisiennes, explorant l’univers culinaire de la capitale parallèlement à ses visites de musées et de lieux littéraires.

Pris dans leur ensemble, ces expériences ont durablement marqué sa perception de Paris et lui ont donné toutes les raisons d’y revenir. « La gastronomie, la culture, l’art et l’histoire vous invitent tous à revenir », a-t-il déclaré.

Pour Dania Halawani, originaire de Djeddah, la France a offert un autre type de lien personnel. Sa première visite a eu lieu pendant sa lune de miel, lorsqu’elle a passé une semaine à voyager entre Paris, Versailles et Marseille.

« En plus d’être d’une beauté à couper le souffle et incroyablement riche en culture à chaque coin de rue, c’est un pays absolument romantique », a-t-elle déclaré à Arab News.

Versailles a été l’un des temps forts du voyage. « Nous avons parcouru le palais et nous avions l’impression de revivre son histoire et de la respirer », a-t-elle raconté.

Le séjour lui a également permis de se familiariser davantage avec la langue française, l’anglais ne lui permettant pas toujours de communiquer, et elle a commencé à apprendre des mots et des expressions au fil de son voyage.

Pour d’autres visiteurs saoudiens, la France a été une source d’inspiration professionnelle.

Les voyages répétés à Paris de la cheffe pâtissière saoudienne Al-Batoul Al-Maddah l’ont aidée à transformer son intérêt pour la pâtisserie en véritable carrière.

« Je voyageais à Paris à chaque vacances et je découvrais de nouvelles pâtisseries et de nouvelles saveurs, car la pâtisserie ressemble à la mode : tout est question de nouvelles tendances », a-t-elle déclaré à Arab News.

Elle a ensuite choisi d’étudier à Paris, attirée par la culture culinaire de la ville et la créativité de sa scène pâtissière.

« Ma vie étudiante à Paris a été remarquable et j’ai eu la chance d’en apprendre davantage sur ce que j’aime vraiment », a-t-elle déclaré.

Pour Hadeel Al-Nufaiey, l’expérience est allée encore plus loin. Elle a vécu cinq ans à Paris pendant ses études à l’université Paris Descartes, décrivant cette période comme une expérience culturelle, éducative et sociale déterminante.

La vie à Paris l’a amenée à participer à des conversations sur l’Arabie saoudite avec des personnes qui connaissaient peu le Royaume.

Elle a expliqué qu’elle se retrouvait souvent à présenter la société et la culture saoudiennes à des personnes dont la perception était largement façonnée par la couverture médiatique.

« J’ai essayé de contribuer au changement autant que possible et j’espère avoir représenté l’Arabie saoudite de la meilleure manière », a-t-elle déclaré.

À son retour à Riyad, la France était également devenue une partie de sa vie familiale : ses deux jeunes enfants parlent couramment français.

Cafés philosophiques, bibliothèques historiques, pâtisseries et bien d’autres découvertes sont autant d’expériences que les voyageurs saoudiens rapportent de France. Ce qui les relie souvent, c’est le sentiment que le pays offre bien plus qu’une simple liste d’attractions incontournables : il offre la possibilité de découvrir des idées, des goûts et des traditions qui continuent de façonner leurs souvenirs longtemps après la fin du voyage. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Retour sur plus de 100 ans de relations diplomatiques entre l’Arabie saoudite et la France

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (à droite) accueillant le président français Emmanuel Macron (à gauche) dans la ville côtière de Djeddah, sur la mer Rouge, en Arabie saoudite, le 4 décembre 2021. (Archives/AFP)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (à droite) accueillant le président français Emmanuel Macron (à gauche) dans la ville côtière de Djeddah, sur la mer Rouge, en Arabie saoudite, le 4 décembre 2021. (Archives/AFP)
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  • Un siècle de relations officielles a transformé les liens bilatéraux en un vaste partenariat stratégique
  • Les échanges diplomatiques ont renforcé la coopération dans les domaines de la défense, du commerce, de la culture, de l’investissement et de la sécurité régionale

RIYAD : L’Arabie saoudite et la France entretiennent et ont renforcé une relation officielle vieille de 100 ans, à travers des partenariats dans les domaines politique, économique, culturel et de la défense, ainsi que de nombreuses visites d’État réciproques.

Les deux pays accordent une grande importance à la diplomatie et à la politique étrangère, partageant l’objectif commun de promouvoir la sécurité et la stabilité régionales.

Pour comprendre l’histoire de leurs relations, il faut remonter au XIXe siècle à Djeddah, qui marque le début des relations politiques entre la France et la péninsule Arabique. Celles-ci se sont concrétisées avec l’établissement du consulat de Djeddah en 1839, premier poste diplomatique français dans la région.

En 1926, les relations diplomatiques complètes ont officiellement débuté lorsque la France est devenue l’un des premiers pays à reconnaître le Royaume du Hedjaz et du Nejd, avant son unification en 1932. De nombreuses visites réciproques ont eu lieu dès les premières années, avec des discussions portant sur les moyens de développer la coopération dans les domaines de la défense, de l’énergie, de l’investissement et de la culture.

Les relations ont suivi une trajectoire stable pendant le mandat de l’ancien ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Abdulaziz Al-Saud. Toutefois, les liens diplomatiques entre les deux pays ont été rompus en 1956. Le roi Saoud a mis fin aux relations diplomatiques officielles en solidarité avec l’Égypte, alors envahie par la France, la Grande-Bretagne et Israël. Il a également rompu les relations avec le Royaume-Uni et suspendu les livraisons de pétrole aux deux pays.

Il a fallu six ans pour rétablir les canaux diplomatiques officiels entre Riyad, Paris et Londres. En 1963, l’Arabie saoudite et la France ont commencé à renforcer leur relation avec la signature d’un accord de coopération culturelle et technique.

Cette initiative émanait du prince Faisal, devenu roi par la suite, dans le cadre de ses efforts visant à diversifier les partenariats internationaux de l’Arabie saoudite au-delà des États-Unis et du Royaume-Uni. En conséquence, l’École française internationale a ouvert ses portes à Djeddah en 1966, devenant la première d’une série d’écoles françaises à travers le Royaume.

Les relations saoudo-françaises sont entrées dans une nouvelle phase après la visite du roi Faisal bin Abdulaziz en France en 1967 et sa rencontre avec le président français de l’époque, Charles de Gaulle. Cette visite historique a élargi la coopération bilatérale dans de nombreux secteurs afin de faire progresser les intérêts communs des deux pays.

La visite coïncidait avec la guerre des Six Jours, menée du 5 au 10 juin entre Israël et une coalition de pays arabes. L’Arabie saoudite a maintenu une position ferme en faveur de la Palestine, tandis que la France a publiquement condamné les offensives israéliennes et gelé ses livraisons d’armes à Israël.

Cette évolution a renforcé les relations saoudo-françaises, tandis que les discussions entre le roi Faisal et le président de Gaulle ont servi de catalyseur à un fort rapprochement stratégique.

En janvier 1972, l’Arabie saoudite et la France ont approfondi leur coopération en matière de défense avec la signature d’un accord historique d’assistance militaire. Cet accord a permis au Royaume de diversifier son arsenal et a constitué une étape majeure des relations bilatérales, faisant de la France l’un des principaux fournisseurs d’équipements militaires de l’Arabie saoudite.

Pendant la guerre israélo-arabe de 1973, le roi Faisal a effectué une visite d’État en France, où il a été reçu à Paris par le président Georges Pompidou. Leurs discussions de haut niveau ont porté sur les acquisitions militaires, notamment les avions Mirage français, ainsi que sur l’approvisionnement à long terme de la France en pétrole saoudien destiné à alimenter son industrie.

En janvier 1977, les relations entre les deux pays ont franchi une nouvelle étape majeure lorsque Valéry Giscard d’Estaing est devenu le premier président français à effectuer une visite officielle en Arabie saoudite.

Ce qui a véritablement eu un impact mondial et amplifié le poids géopolitique croissant du Royaume sur la scène internationale n’a pas été la visite elle-même, mais le discours historique du président français, dans lequel il a salué l’Arabie saoudite comme une puissance mondiale.

Le 4 juin 1977, la coopération économique saoudo-française a franchi une nouvelle étape lorsque le roi Khalid bin Abdulaziz Al-Saud a publié un décret royal établissant Banque Saudi Fransi en 2002 en tant que société par actions saoudienne.

La nouvelle entité a repris les activités du groupe bancaire français Banque de l’Indochine et de Suez dans le Royaume. Cette opération a donné naissance à une coentreprise dans laquelle les actionnaires saoudiens détenaient la majorité du capital, tandis que l’institution française conservait une participation minoritaire ainsi que le contrôle de la gestion technique.

Une autre étape importante des relations bilatérales a été franchie en 1978, lorsque le roi Khalid s’est rendu à Paris pour sa première visite d’État en France, élargissant les échanges dans les domaines de la sécurité et de la culture.

Au cours des années suivantes, l’élan diplomatique de haut niveau s’est poursuivi avec de fréquentes visites d’État réciproques.

Le président Giscard d’Estaing s’est de nouveau rendu à Riyad en mars 1980, suivi par le président nouvellement élu François Mitterrand en septembre 1981, pour sa première visite officielle hors d’Europe. En 1984, le roi Fahd Abdulaziz Al-Saud a effectué sa première visite d’État en France en tant que souverain de l’Arabie saoudite.

Au cours des six dernières décennies, les deux pays ont continuellement approfondi leur collaboration culturelle, qui s’est étendue à des projets communs dans le développement des musées, l’industrie cinématographique et la préservation du patrimoine.

En avril 1997, le prince Salman bin Abdulaziz, alors gouverneur de la province de Riyad et futur roi d’Arabie saoudite, a rencontré à Paris le président français de l’époque, Jacques Chirac, pour signer une charte de coopération et d’amitié entre les deux capitales.

L’accord a facilité le partage de connaissances entre les autorités municipales de Riyad et de Paris afin de faire progresser la planification urbaine et le développement des infrastructures. Il a également établi une plateforme officielle pour les échanges culturels et patrimoniaux.

Le Conseil d’affaires saoudo-français a été créé quelques années plus tard, en 2001, faisant progressivement évoluer le cadre économique bilatéral vers des partenariats directs entre acteurs du secteur privé. Le conseil a réuni dirigeants d’entreprise et investisseurs des deux pays afin de favoriser les coentreprises.

En avril 2005, le prince héritier Abdullah Al-Saud a effectué une visite officielle à Paris. Ce déplacement a marqué sa dernière grande visite d’État en Europe avant son accession au trône en août de la même année.

En 2006, la France et l’Arabie saoudite ont signé un accord de coopération en matière de défense, actualisant le cadre militaire établi en 1972 entre les deux pays. Peu après, en juin 2007, le roi Abdullah est retourné à Paris pour une visite officielle et a rencontré le président français Nicolas Sarkozy.

L’Arabie saoudite et la France ont davantage développé leur coopération énergétique en janvier 2008, lors d’une visite d’État de deux jours du président Sarkozy, qui a donné lieu à la signature d’accords bilatéraux dans les secteurs du pétrole, du gaz et des mines.

Les liens entre les peuples se sont renforcés en 2010 avec l’ouverture en Arabie saoudite de centres de l’Alliance française, institution officielle dédiée à l’enseignement du français comme langue seconde.

En décembre 2013, le président français François Hollande a rendu visite au roi Abdullah à Riyad. Cette visite de deux jours était consacrée au développement de la coopération commerciale et à la réaffirmation d’un engagement commun en faveur de la sécurité et de la stabilité régionales au Moyen-Orient.

Le 1er septembre 2014, le prince héritier Salman bin Abdulaziz, alors vice-Premier ministre, a effectué une visite officielle de quatre jours en France afin de renforcer la coopération.

Le 5 mai 2015, le président Hollande a rencontré le roi Salman à Riyad et s’est adressé au premier sommet entre le Conseil de coopération du Golfe et la France, s’engageant à « travailler de toutes mes forces pour approfondir cette relation et ce partenariat stratégique, avec vos États membres et avec votre organisation, à tous les niveaux ».

En juin 2015, le vice-prince héritier et ministre de la Défense Mohammed bin Salman a rencontré le président Hollande à Paris, alors que la France et l’Arabie saoudite signaient d’importants accords commerciaux d’une valeur de 12 milliards de dollars.

En novembre 2017, le président français Emmanuel Macron s’est rendu en Arabie saoudite pour rencontrer le prince héritier Mohammed bin Salman, à la suite d’une attaque de missile des Houthis soutenus par l’Iran contre Riyad. Il s’est engagé à « travailler avec l’Arabie saoudite afin de garantir la stabilité de la région et de lutter contre le terrorisme ».

En avril 2018, le prince héritier a effectué sa première visite officielle en France, où il a rencontré le président Macron afin de consolider les liens économiques bilatéraux et de sécuriser des contrats commerciaux entre des entreprises saoudiennes et françaises d’une valeur de 18 milliards de dollars. Lors de cette visite, les deux pays ont également établi un partenariat historique visant à faire d’AlUla une destination de premier plan pour la culture, le patrimoine et le tourisme durable.

La période 2018-2019 a marqué une étape majeure de la coopération saoudo-française autour d’AlUla. Des programmes de formation ont été lancés avec Campus France afin de former des Saoudiens appelés à travailler dans le secteur de l’hospitalité à AlUla. Parallèlement, l’agence française Afalula a été créée à Paris pour soutenir le développement de la région.

En février 2019, le projet touristique d’AlUla a été lancé avec la planification d’un complexe hôtelier de luxe conçu par l’architecte français Jean Nouvel, lauréat du prix Pritzker, dont l’ouverture était alors prévue pour 2023.

Dans le domaine de la coopération culturelle, l’exposition « AlUla : Merveille d’Arabie », organisée à l’Institut du monde arabe à Paris, a mis en lumière les trésors culturels du Royaume en octobre 2019.

En mars 2020, l’Arabie saoudite a accueilli le G20. Le président Emmanuel Macron figurait parmi les dirigeants mondiaux ayant participé à la réunion virtuelle consacrée à la COVID-19.

Une visite d’État historique a eu lieu en décembre 2021, lorsque le président Macron s’est rendu à Djeddah et a rencontré le prince héritier pour signer plusieurs accords stratégiques, culturels et touristiques. Au cours de cette visite, les deux pays ont signé un accord entre le ministre du Tourisme Ahmed Al-Khateeb et le ministre français délégué chargé du Commerce extérieur et de l’Attractivité, Franck Riester, afin de renforcer la coopération touristique.

Lors de la signature, le ministre du Tourisme a déclaré : « Je suis heureux que la France soit notre partenaire proche dans le développement de notre activité touristique. Nous avons déjà une longue histoire et une relation solide, et cet accord permettra de renforcer notre coopération dans le domaine du tourisme. »

L’année 2021 a également été marquée par un échange de visites ministérielles et d’État de haut niveau entre l’Arabie saoudite et la France. Le 17 mai, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, a dirigé la délégation du Royaume à la Conférence internationale de soutien au Soudan et participé au Sommet de Paris sur le financement des économies africaines, organisé par le président français.

Les visites du prince héritier et Premier ministre en France en juillet 2022 et en juin 2023, ainsi que la visite du président Macron dans le Royaume en décembre 2021, ont contribué à élargir le champ de coopération entre les deux pays.

Sur le plan commercial, les exportations non pétrolières de l’Arabie saoudite vers la République française ont atteint 1,3 milliard de riyals saoudiens, tandis que les importations se sont élevées à 14,7 milliards de riyals en 2022.

En décembre 2024, le président Macron a effectué une visite d’État en Arabie saoudite. Les deux pays ont convenu de faire progresser trois objectifs prioritaires : le développement national et la défense, la stabilité régionale et mondiale, ainsi que les grandes questions internationales, à commencer par le changement climatique.

En septembre 2025, l’Arabie saoudite et la France ont conjointement soumis à l’Assemblée générale des Nations unies une décision visant à relancer la Conférence internationale de haut niveau sur la solution à deux États et la question palestinienne.

En juillet 2026, Paris est devenue la première ville hôte internationale de l’Esports World Cup en dehors de Riyad, accélérant l’ambition à long terme de la Fondation Esports d’établir une rotation mondiale de l’événement.

Pour l’avenir, les deux pays sont engagés dans un plan d’action conjoint pour la période 2023-2028. Celui-ci met l’accent sur l’intelligence artificielle, la logistique verte et la stimulation du développement dans les secteurs du tourisme, du sport et du divertissement.

Au cours de leurs 100 années de relations bilatérales officielles, la France a considéré le Royaume comme un allié fiable, jouant un rôle essentiel dans la préservation de la paix et de la stabilité dans la région. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le président libanais à Rome jeudi pour évoquer l'avenir de la force de l'ONU

Le président libanais Joseph Aoun a déclaré que le Liban privilégiait une prolongation du mandat de la Finul, une option à laquelle Israël s’oppose. (Archives/Agence de presse libanaise)
Le président libanais Joseph Aoun a déclaré que le Liban privilégiait une prolongation du mandat de la Finul, une option à laquelle Israël s’oppose. (Archives/Agence de presse libanaise)
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  • Le président libanais Joseph Aoun se rendra à Rome pour discuter de l’avenir de la Finul, dont le mandat expire fin 2026
  • Beyrouth privilégie une prolongation de la mission de l’ONU, mais envisage une force internationale alternative avec la France et l’Italie pour éviter un vide sécuritaire

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun se rendra à Rome jeudi pour des discussions sur le futur de la force de maintien de la paix dans son pays, dont le mandat expire fin 2026, a affirmé à l'AFP un responsable libanais.

La visite intervient après que la France et l'Italie, qui fournissent d'importants contingents de militaires à cette Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), ont dit en juin vouloir établir une coalition internationale pour lui succéder.

M. Aoun doit rencontrer son homologue Sergio Mattarella et la Première ministre Giorgia Meloni pour discuter de "l'avenir des forces internationales, notamment à la lumière de l'initiative franco-italienne visant à mettre en place une force pour remplacer la Finul", a indiqué le responsable sous couvert d'anonymat.

Selon lui, le président libanais rencontrera également le pape Léon XIV au Vatican et l'informera "des contacts que le Liban a établis depuis le début des négociations" avec Israël.

Le Liban et Israël ont mené au printemps des pourparlers directs, accueillis à Rome à deux reprises, et ont abouti en juin à la conclusion d’un accord-cadre sous l'égide des Etats-Unis, qui prévoit le désarmement du Hezbollah, un retrait progressif des forces israéliennes du sud du Liban et le déploiement de l'armée libanaise dans la région, en commençant par des "zones pilotes".

Le Liban avait été entraîné début mars dans le conflit entre l'Iran d'une part, Israël et les Etats-Unis d'autre part, lorsque le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à Téhéran, avant de subir une riposte aérienne et terrestre.

M. Aoun a déclaré que le choix privilégié du Liban est une prolongation du mandat de la Finul, à laquelle Israël s'oppose. Le Liban et plusieurs autres pays redoutent un vide sécuritaire si la Finul se retire sans alternative.

Lundi, le président libanais a indiqué que "le second choix consiste à adopter une formule qui garantisse la présence continue des forces internationales dans le sud" du pays, aux côtés de l'armée libanaise "et en coordination avec elle".

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU, proposant trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme.

Le mois dernier, 86 députés libanais ont signé une lettre exhortant le Conseil de sécurité de l'ONU à maintenir les Casques bleus.

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays. Présente au Liban depuis 1978, elle n'a pas empêché la résurgence des conflits.

Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis juin, Israël mène encore des frappes ponctuelles au Liban. Les forces israéliennes ont établi dans le sud du Liban ce qu'elles désignent comme une "zone de sécurité", sur une bande d'environ 10 kilomètres de large, le long de la frontière.