Bombardements israéliens sur la bande de Gaza, l'armée accentue sa pression sur Rafah

Les Palestiniens fuient le quartier de Tal al-Sultan à Rafah avec leurs affaires à la suite de nouvelles frappes israéliennes dans la ville du sud de la bande de Gaza le 28 mai 2024, dans le contexte du conflit en cours entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas. (AFP)
Les Palestiniens fuient le quartier de Tal al-Sultan à Rafah avec leurs affaires à la suite de nouvelles frappes israéliennes dans la ville du sud de la bande de Gaza le 28 mai 2024, dans le contexte du conflit en cours entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas. (AFP)
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Publié le Vendredi 31 mai 2024

Bombardements israéliens sur la bande de Gaza, l'armée accentue sa pression sur Rafah

  • En tout, quelque 300 combattants du Hamas ont été tués depuis le début de l'offensive à Rafah, d'après l'armée
  • Le déploiement terrestre à Rafah, longtemps épargnée par les combats, a permis à Israël de prendre le contrôle d'une zone tampon de 14 kilomètres bordant la frontière égyptienne au sud de la bande de Gaza

RAFAH: L'armée israélienne a mené vendredi une série de frappes meurtrières du nord au sud de la bande de Gaza, tout en accentuant sa pression sur Rafah, où ses soldats opèrent dans le centre de la ville contre les combattants palestiniens du mouvement islamiste Hamas.

Aux premières heures de la journée, des témoins ont signalé des frappes israéliennes près de Rafah, à la lisière sud de la bande de Gaza, nouvel épicentre de la guerre qui oppose Israël au Hamas depuis bientôt huit mois.

L'armée a confirmé sa présence dans le centre de Rafah, indiquant que ses "commandos opérant" dans le secteur y avaient découvert "des lance-roquettes" du Hamas, des "tunnels" et des "armes", et "détruit un entrepôt d'armes".

Toujours à Rafah, une frappe aérienne a "ciblé et éliminé" un combattant du Hamas. L'armée a aussi annoncé la mort de deux soldats dans Gaza, portant à 292 le bilan de ses militaires tués depuis l'entrée des troupes israéliennes fin octobre dans le territoire palestinien.

Dans le centre de la bande côtière, des frappes nocturnes sur deux sites distincts ont fait 11 morts parmi lesquels deux enfants, selon des sources médicales à Deir al-Balah et dans le camp de Nousseirat. L'armée a affirmé elle avoir "éliminé plusieurs terroristes" dans cette zone.

Malgré la vague d'indignation internationale soulevée par le bombardement dimanche d'un camp de déplacés à Rafah, qui a fait 45 morts selon le Hamas, l'armée poursuit son offensive meurtrière dans cette ville surpeuplée, lancée le 7 mai avec l'objectif déclaré d'éliminer les derniers bataillons du mouvement palestinien.

En tout, quelque 300 combattants du Hamas ont été tués depuis le début de l'offensive à Rafah, d'après l'armée.

Dans un entretien réalisé à distance avec la chaîne française LCI, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a qualifié de "calomnies antisémites" les accusations selon lesquelles Israël ciblerait délibérément ou affamerait des civils à Gaza.

Il a ajouté que "le nombre de pertes civiles relatives aux pertes de combattants" palestiniens représentait "le taux le plus bas qu'on a vu dans une guerre urbaine".

Crise humanitaire 

Le déploiement terrestre à Rafah, longtemps épargnée par les combats, a permis à Israël de prendre le contrôle d'une zone tampon de 14 kilomètres bordant la frontière égyptienne au sud de la bande de Gaza.

"Le couloir de Philadelphie servait de tuyau d'oxygène au Hamas, par lequel il faisait transiter régulièrement des armes vers la bande de Gaza", a fait savoir le porte-parole de l'armée israélienne, Daniel Hagari.

Or, l'Egypte a démenti l'existence de tels tunnels sous la frontière, accusant Israël de chercher à justifier son offensive à Rafah.

Le Caire et Israël se renvoient aussi la responsabilité du blocage de l'acheminement de l'aide humanitaire par le poste-frontière de Rafah, seul point de passage entre le territoire palestinien et l'Egypte, fermé depuis que l'armée israélienne s'est arrogé son contrôle du côté palestinien début mai.

Le point de passage de Rafah est crucial pour l'entrée de l'aide humanitaire, dont la population de la bande de Gaza a désespérément besoin. Car le spectre de la famine plane sur le territoire palestinien assiégé, où l'aide entre au compte-goutte, notamment via le passage israélien d'Erez.

De nombreux Palestiniens, pour la plupart déjà déplacés plusieurs fois par la guerre, continuent de fuir Rafah, emportant leurs affaires sur leurs épaules, dans des voitures ou sur des charrettes tirées par des ânes.

La fermeture des passages de Rafah et "de Kerem Shalom a aggravé la crise humanitaire en empêchant 22.000 blessés et malades de sortir de Gaza pour être soignés, et en empêchant l'aide d'entrer", a déploré vendredi le bureau des médias du gouvernement de Gaza.

Chypre, pays de l'Union européenne le plus proche des côtes gazaouies, a assuré que l'aide humanitaire acheminée par voie maritime était maintenue, après qu'une jetée construite par les Etats-Unis eut été endommagée par le mauvais temps.

"Notre objectif est de pouvoir aider un demi-million de personnes par mois, et nous pensons que cet objectif est réalisable", a déclaré le porte-parole du gouvernement chypriote, Konstantinos Letymbiotis.

«Pas négociables»

La guerre a été déclenchée par une attaque sans précédent du Hamas en Israël le 7 octobre, qui a entraîné la mort de plus de 1.189 personnes, majoritairement des civils, selon un décompte réalisé par l'AFP à partir des dernières données officielles disponibles. Sur les 252 personnes emmenées comme otages pendant l'attaque, 121 sont toujours retenues à Gaza, dont 37 sont mortes, d'après l'armée.

En représailles, Israël a juré d'anéantir le mouvement islamiste, qu'il considère comme une organisation terroriste, tout comme les Etats-Unis et l'Union européenne. Son offensive tous azimuts a fait jusqu'à présent 36.224 morts dans la bande de Gaza, essentiellement des civils, selon le ministère de la Santé de l'administration du Hamas.

Alors que les négociations indirectes pour un cessez-le-feu sont au point mort, le chef politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, a indiqué vendredi que "la résistance" avait "informé les médiateurs une fois de plus que les exigences" du mouvement, notamment un cessez-le-feu permanent et un retrait total d'Israël de Gaza, n'étaient "pas négociables".

Le dirigeant installé au Qatar a accusé Israël de "se servir des négociations comme d'une couverture pour poursuivre son agression".


Qatar: une explosion dans un complexe gazier fait 54 blessés, 18 disparus

Le complexe de Ras Laffan avait subi d'importants dégâts à la suite des attaques menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe en riposte à l'offensive israélo-américaine, contraignant le Qatar à suspendre sa production de gaz. (Photo d'illustration)
Le complexe de Ras Laffan avait subi d'importants dégâts à la suite des attaques menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe en riposte à l'offensive israélo-américaine, contraignant le Qatar à suspendre sa production de gaz. (Photo d'illustration)
  • Selon QatarEnergy, l'installation de Barzan a une capacité de production de 1,4 milliard de pieds cubes standards de gaz commercialisable par jour, destinés à alimenter les centrales électriques, les usines de dessalement et les industries locales
  • Le site dispose également d'une capacité de production d'éthane, de condensats, de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et de soufre destinés aux marchés locaux et à l'exportation

DOHA: Une puissante explosion dans un immense complexe gazier au Qatar a embrasé le ciel et fait 54 blessés, ont indiqué lundi les autorités, tandis que 18 personnes sont toujours portées disparues.

"Un incident technique" est à l'origine de la déflagration survenue dimanche soir dans la zone industrielle de Ras Laffan, qui abrite le plus grand centre mondial de production de gaz naturel liquéfié (GNL), a indiqué le ministère de l'Intérieur.

L'explosion s'est produite dans une installation alimentant les entreprises locales, et a été entendue jusqu'à Doha, la capitale.

Un journaliste de l'AFP, qui se trouvait à une vingtaine de kilomètres du site, a vu des flammes illuminer le ciel nocturne et un panache de fumée s'élever au-dessus de la zone.

La compagnie publique QatarEnergy a indiqué que l'incident s'était produit "lors du redémarrage des opérations dans la cité industrielle de Ras Laffan,  provoquant une explosion et un incendie dans l'installation d'approvisionnement local en gaz de Barzan".

Tard dimanche, elle a affirmé que l'incendie avait été maîtrisé après l'intervention des équipes de secours et d'urgence.

Le complexe de Ras Laffan avait subi d'importants dégâts à la suite des attaques menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe en riposte à l'offensive israélo-américaine, contraignant le Qatar à suspendre sa production de gaz.

Le ministère de l'Intérieur a d'abord fait état d'une "explosion interne" avant de préciser, dans un second communiqué, qu'un "dysfonctionnement technique" était en cause.

La détonation a été entendue par des journalistes de l'AFP à Doha, à une soixantaine de kilomètres de la côte nord où se situe le complexe.

"Un total de 54 personnes ont été blessées dans l'incident", a écrit le ministère sur X, précisant que les recherches étaient en cours pour retrouver "18 disparus".

Selon QatarEnergy, l'installation de Barzan a une capacité de production de 1,4 milliard de pieds cubes standards de gaz commercialisable par jour, destinés à alimenter les centrales électriques, les usines de dessalement et les industries locales.

Le site dispose également d'une capacité de production d'éthane, de condensats, de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et de soufre destinés aux marchés locaux et à l'exportation.

Le projet est détenu à 93% par QatarEnergy et à 7% par la compagnie américaine ExxonMobil, selon le site de l'entreprise américaine.

Le Qatar, qui partage le champ gazier de South Pars/North Dome avec l'Iran, est l'un des plus grands producteurs de GNL au monde, avec les Etats-Unis, l'Australie et la Russie.

Mais le petit Etat du Golfe a interrompu sa production le 2 mars après des frappes de drones iraniens sur des installations énergétiques clés.

De nouvelles attaques le 18 mars ont réduit de 17% les capacités d'exportation du pays, des dégâts dont la réparation devrait nécessiter trois à cinq ans, avait alors affirmé le ministre de l'Energie, Saad al-Kaabi.

Des pays importateurs comme la Chine, la Corée du Sud, l'Italie et la Belgique figuraient parmi les plus susceptibles d’être affectés, a-t-il déclaré en mars.

 

 


Le président syrien dément vouloir intervenir au Liban

Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer. (AFP)
Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer. (AFP)
  • "Nous recherchons des canaux économiques entre le Liban et la Syrie et non des canaux militaires", a affirmé le chef de l'Etat syrien dans un entretien diffusé sur la chaîne de télévision Al Mashhad
  • Le même jour, Donald Trump a déclaré à Fox News être "déçu qu'Israël ne parvienne pas à vaincre le Hezbollah" libanais pro-iranien, ajoutant, au sujet de la lutte contre ce groupe armé: "Je suis sur le point de la confier à la Syrie"

DAMAS: Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer.

"Nous recherchons des canaux économiques entre le Liban et la Syrie et non des canaux militaires", a affirmé le chef de l'Etat syrien dans un entretien diffusé sur la chaîne de télévision Al Mashhad.

Le même jour, Donald Trump a déclaré à Fox News être "déçu qu'Israël ne parvienne pas à vaincre le Hezbollah" libanais pro-iranien, ajoutant, au sujet de la lutte contre ce groupe armé: "Je suis sur le point de la confier à la Syrie".

Peu auparavant, au sommet du G7 en France, le président américain avait dit: "si Israël ne peut pas faire le boulot sans tuer tout le monde, il (M. al-Chareh, ndlr) le fera".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars en tirant des roquettes sur Israël pour venger l'assassinat, quelques jours plus tôt, du guide suprême iranien Ali Khamenei, son soutien, au cours de frappes américano-israéliennes.

Israël a riposté par des bombardements aériens et une offensive terrestre.

L'accord irano-américain signé cette semaine visant à mettre fin au conflit au Moyen-Orient inclut le Liban, où les combats se sont arrêtés samedi soir.

Dans son interview dimanche, le chef de l'Etat syrien a assuré que son pays avait "proposé aux Etats-Unis que la guerre cesse", ajoutant : "il faut trouver diverses solutions, notamment économiques, politiques et sociales, y compris le rétablissement des relations et de l'axe économique vital entre la Syrie et le Liban".

"Parallèlement, il est nécessaire de mettre en place des mesures de sécurité qui répondent en priorité aux préoccupations syriennes et libanaises mais aussi à celles d'Israël", a-t-il poursuivi.

Le Hezbollah a combattu pendant la guerre civile en Syrie aux côtés de l'ex-président Bachar el-Assad.

De ce fait, Ahmad al-Chareh, qui a renversé ce dernier en 2024, est profondément hostile à ce mouvement.

La Syrie a dominé le Liban pendant des décennies à la suite de l'intervention de son armée au moment de la guerre civile de 1975-1990, ne se retirant qu'en 2005, ce qui rend toute nouvelle implication militaire extrêmement délicate.

"La Syrie dispose de nombreux moyens pour avoir un impact positif au Liban mais cela dépend avant tout de l'accord du Liban", a encore dit le chef de l'Etat.

"La Syrie est très préoccupée par la situation intérieure du Liban car la sécurité et la stabilité du Liban sont indissociables de celles de la Syrie", a martelé Ahmad al-Chareh.

Interrogé sur la possibilité de dialoguer avec le Hezbollah, il a répondu : "si cela sert les intérêts du Liban et préserve ceux de la Syrie, pourquoi pas?".


Liban: le chef du Hezbollah dit refuser toute zone de sécurité israélienne dans le sud

  • "Israël est un agresseur et doit partir. Les Etats-Unis assument l'entière responsabilité" des actions israéliennes, a réagi Naïm Qassem
  • "Même si Israël multiplie ses actes criminels, nous (nous) défendrons", a-t-il assuré

BEYROUTH: Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a refusé dimanche toute zone de sécurité israélienne dans le sud du Liban, après qu'Israël a dit vouloir y maintenir son armée.

Le maintien de forces israéliennes sur le sol libanais est "impossible" et "il n'y a pas de zones de sécurité pour Israël", a déclaré le chef du groupe pro-iranien dans une adresse télévisée.

"Nous avons une armée libanaise seule à même de se déployer et responsable de la sauvegarde de la souveraineté" du Liban, "et c'est avec elle que nous coopérons", a-t-il ajouté.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars par le Hezbollah, en soutien à Téhéran visé par une offensive israélo-américaine.

Depuis, l'armée israélienne mène une offensive terrestre dans le sud du pays et opère dans ce qui est présenté comme une zone de sécurité d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de la frontière, devant protéger les habitants du nord d'Israël.

Un cessez-le-feu avait été annoncé vendredi, après un précédent qui n'avait pas été respecté.

L'armée israélienne restera dans le sud du Liban "aussi longtemps que nécessaire", a déclaré dimanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, sur fond de négociations entre l'Iran et les Etats-Unis en Suisse pour mettre fin au conflit dans la région.

Le ministre de la Défense, Israël Katz, a en outre affirmé que les troupes israéliennes pouvaient agir "sans aucune restriction" pour "éliminer les menaces" au Liban.

"Israël ne se retirera pas de la zone de sécurité au Liban", a-t-il répété.

"Israël est un agresseur et doit partir. Les Etats-Unis assument l'entière responsabilité" des actions israéliennes, a réagi Naïm Qassem.

"Même si Israël multiplie ses actes criminels, nous (nous) défendrons", a-t-il assuré.

Le chef du Hezbollah a tenu ces propos après l'ouverture en Suisse dimanche des pourparlers censés finaliser un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran.

L'Iran, qui a dit qu'aucun accord avec les Etats-Unis ne serait possible sans cessation des hostilités au Liban, avait annoncé samedi une nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz en représailles aux attaques israéliennes sur ce pays.

Le Liban connaît depuis samedi soir une accalmie, l'armée israélienne ayant reçu l'ordre de cesser les affrontements avec le Hezbollah.

"J'invite le pouvoir libanais à tirer profit du protocole d'entente", a affirmé Naïm Qassem.

L'Iran "a fermé le détroit d'Ormuz pour le Liban. C'est une arme entre vos mains (...). Utilisez-la", a-t-il ajouté.

Sous la pression des Etats-Unis, le Liban a entamé en avril des pourparlers directs avec Israël à Washington, que le Hezbollah rejette. Un cinquième cycle de négociations doit débuter la semaine prochaine.