Le Hezbollah doit savoir qu’il a été vaincu

Une fresque murale représentant le défunt chef du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, à Caracas, au Venezuela, le 17 octobre 2024. (Reuters)
Une fresque murale représentant le défunt chef du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, à Caracas, au Venezuela, le 17 octobre 2024. (Reuters)
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Publié le Vendredi 09 janvier 2026

Le Hezbollah doit savoir qu’il a été vaincu

Le Hezbollah doit savoir qu’il a été vaincu
  • Affaibli militairement depuis la guerre de 2024 avec Israël, le Hezbollah subit désormais un revers financier majeur avec la perte du Venezuela, base clé de ses activités criminelles et logistiques internationales
  • Le Hezbollah reste capable de menacer le Liban, et son désarmement complet, y compris la neutralisation de ses réseaux financiers et idéologiques, est considéré comme essentiel pour la stabilité du pays

Le Hezbollah enchaîne les revers. Non seulement il a perdu l’essentiel de sa puissance militaire lors de la guerre de 2024 avec Israël, mais aujourd’hui — enfin — ses activités criminelles internationales sont indirectement affectées par l’éviction de Nicolas Maduro de la présidence du Venezuela.

Comme de nombreux rapports l’ont souligné, le Venezuela constituait une base clé des opérations mondiales du Hezbollah. Les développements de la semaine dernière sont une bonne nouvelle, mais ils placent le mouvement dans une situation encore plus désespérée. Il reste toutefois suffisamment puissant pour menacer la population libanaise.

Malgré la déclaration cette semaine du ministre libanais des Affaires étrangères affirmant que l’armée du pays est capable de faire face au Hezbollah si nécessaire, la réalité est que la milice reste en mesure d’infliger de lourds dommages au Liban, même si, à terme, comme tous les groupes similaires dans l’histoire, elle est vouée à disparaître.

Étant donné que le Hezbollah dépend largement de ses activités illégales pour son financement, le départ de Maduro aura un impact réel. Les opérations du Hezbollah au Venezuela font désormais face à de graves perturbations. Il est largement établi que le groupe y opérait un réseau d’activités financières et logistiques illicites avec la complicité de l’État. Cela inclut le blanchiment d’argent, le trafic de stupéfiants et l’exploitation d’économies informelles et illégales.

Des rapports récents indiquent également que le Hezbollah a bénéficié de passeports et de documents d’identité délivrés par le gouvernement vénézuélien, permettant à ses membres de voyager et d’opérer sous couverture. Des responsables américains ont déjà décrit le Venezuela comme un point d’ancrage stratégique du Hezbollah en Amérique du Sud, un centre majeur de financement en Amérique latine et un nœud opérationnel essentiel.

Si le financement iranien demeure, le changement de régime au Venezuela représente néanmoins un revers majeur — estimé par les analystes à plusieurs dizaines de millions de dollars — pour les réseaux régionaux du groupe.

C’est toutefois au Liban que s’écrira le dernier chapitre, si le plan de désarmement est pleinement mis en œuvre.

Aujourd’hui, alors que Téhéran fait face à ses propres difficultés en raison de manifestations massives, le Hezbollah devrait saisir l’occasion pour rendre les armes. Des pays de la région lui ont conseillé de le faire. Pourtant, les partisans pro-Hezbollah sur les réseaux sociaux ont choisi un ton de défi, démontrant que l’organisation continue de se croire dominante, non seulement sur sa propre communauté au Liban, mais sur l’ensemble du pays.

Tout au long de ce mois, les voix pro-Hezbollah et les médias qui lui sont alignés ont continué de rejeter les efforts de désarmement du gouvernement, les présentant systématiquement comme l’exécution des volontés d’Israël et des États-Unis. Enfermés dans une géopolitique jurassique, ils sont aveuglés par l’illusion de l’axe dit de la résistance.

De plus, sans l’énoncer explicitement, ils adressent des menaces voilées à l’ensemble des Libanais en répétant qu’ils recourraient à une défense féroce si nécessaire. L’usage d’expressions telles que « par tous les moyens » suffit à comprendre le message du Hezbollah. Mais il ne fait aucun doute que même la communauté chiite en a assez de ce cercle de mort et aspire à la reconstruction définitive du pays.

C’est ce cycle sans fin de destruction que le Hezbollah et ses alliés imposent au Liban depuis des décennies qui doit cesser. Combien de fois ce groupe a-t-il entraîné tout le pays dans la guerre sans aucune raison valable ? Combien de dégâts a-t-il causés au Liban ? Combien de vies ont été brisées ? Et au-delà, combien d’infrastructures ont été détruites puis reconstruites, avant d’être à nouveau anéanties ?

Étant donné que le Hezbollah dépend largement de ses activités illégales pour son financement, le départ de Maduro aura un impact. 

                                                  Khaled Abou Zahr

Il n’y a aucun pouvoir dissuasif dans cet arsenal, seulement la mort et l’isolement. La rhétorique employée par le groupe ne fonctionne plus. Seuls les endoctrinés y croient encore. Cet endoctrinement devra lui aussi être démantelé ou neutralisé. La prochaine bataille de l’État libanais consiste à mettre fin à l’endoctrinement sous toutes ses formes.

À la lumière de ce que nous avons observé au Venezuela — l’imbrication des finances et de l’organisation du Hezbollah avec des activités criminelles — le plan du gouvernement libanais pour le désarmer doit également viser à cibler et à paralyser l’ensemble de ses activités commerciales et financières. C’est à travers ces structures parallèles que le groupe maintient sa base en otage. L’an dernier, la Banque centrale libanaise a publié une circulaire interdisant aux banques et institutions financières agréées toute relation directe ou indirecte avec des entités non agréées liées au Hezbollah. Cela ne suffit pas. Des mesures directes doivent être prises pour fermer ces circuits.

Dans un message publié sur les réseaux sociaux avant l’action américaine au Venezuela, la Maison-Blanche a utilisé une scène du film Gladiator de Ridley Scott. Je ferai référence à une autre réplique du même film, lorsque Maximus Decimus Meridius, incarné par Russell Crowe, conscient de la supériorité militaire de son armée, déclare : « Les gens devraient savoir quand ils sont en train d’être vaincus. » 

Cette phrase s’applique en tous points au Hezbollah : il doit savoir qu’il a été vaincu. Nous ne pouvons pas laisser le Hezbollah entraîner le Liban dans sa chute en continuant de nier cette réalité.

Khaled Abou Zahr est le fondateur de SpaceQuest Ventures, une plateforme d'investissement axée sur l'espace. Il est PDG d'EurabiaMedia et rédacteur en chef d'Al-Watan al-Arabi.

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com