Le gouvernement Netanyahu de la tromperie et de la diversion

Selon l'UNICEF, plus de 97 % des écoles ont été endommagées ou détruites. (Archive/AFP)
Selon l'UNICEF, plus de 97 % des écoles ont été endommagées ou détruites. (Archive/AFP)
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Publié le Jeudi 15 janvier 2026

Le gouvernement Netanyahu de la tromperie et de la diversion

Le gouvernement Netanyahu de la tromperie et de la diversion
  • Malgré un cessez-le-feu revendiqué, la situation humanitaire et éducative à Gaza reste catastrophique, les ONG jouant un rôle vital face à la destruction massive des infrastructures et à la poursuite des violences
  • En s’attaquant aux organisations humanitaires, le gouvernement Netanyahu affaiblit l’aide aux civils, viole les principes humanitaires et agit contre ses propres intérêts stratégiques et internationaux

La semaine dernière, après deux très longues années, des enfants de Gaza sont enfin retournés en classe, principalement dans des écoles de fortune. Il est quelque peu réconfortant de voir ces enfants, après les pertes et les traumatismes qu’ils ont subis, revenir là où ils devraient être et faire ce qu’ils devraient faire à leur âge : poursuivre leur éducation et construire leur avenir, plutôt que de se réfugier pour échapper aux bombes et aux balles.

En temps de guerre, personne ne souffre plus que les enfants, qui resteront marqués à vie. Pire encore, malgré le soi-disant cessez-le-feu en cours, des enfants continuent d’être tués par des frappes aériennes israéliennes.

Selon l’UNICEF, plus de 97 % des écoles ont été endommagées ou détruites et nécessiteront soit une reconstruction complète, soit une réhabilitation intensive pour répondre aux besoins éducatifs des 658 000 enfants scolarisables de Gaza, qui ont eu un accès très limité à l’enseignement en présentiel tout au long de la guerre.

L’éducation, comme de nombreux autres services publics, est assurée à Gaza et en Cisjordanie par des agences de l’ONU et d’autres organisations non gouvernementales internationales. On pourrait légitimement penser que la puissance occupante illégale de ces territoires, qui a des obligations morales et juridiques de garantir les services publics aux populations occupées de force, serait reconnaissante que d’autres assument une facture qui incombe à Israël. Or, c’est loin d’être le cas ; c’est même exactement l’inverse : ces organisations sont constamment attaquées par Israël, de manière à la fois inconsidérée et éhontée.

Le gouvernement israélien prospère en cherchant la confrontation avec ceux qui ne sont pas d’accord avec lui et avec quiconque ose critiquer sa conduite. 

                                             Yossi Mekelberg

La dernière illustration du projet du gouvernement israélien visant à saper l’action humanitaire est la révocation des licences de 37 organisations internationales à but non lucratif opérant à Gaza et en Cisjordanie. Israël affirme qu’elles n’ont pas respecté de nouvelles exigences d’enregistrement auprès du gouvernement. Si une coordination entre le gouvernement israélien et les acteurs de l’aide humanitaire est nécessaire, ce qu’Israël exige aujourd’hui de ces organisations est, dans les circonstances actuelles, draconien.

Ce qui irrite et inquiète principalement les ONG concernées est l’exigence d’Israël qu’elles fournissent des informations personnelles « complètes » sur leur personnel — une demande qui a été, à juste titre, rejetée sans équivoque. Transmettre de telles données sensibles à une partie au conflit, comme l’ont souligné 53 organisations dans une pétition, « constituerait une violation des principes humanitaires, du devoir de protection et des obligations en matière de protection des données ».

Il existe peu de pays au monde dotés d’un système de surveillance aussi sophistiqué qu’Israël, que ce soit dans les territoires occupés ou bien au-delà de ses frontières. Il est donc parfaitement raisonnable de soupçonner qu’il s’agit d’une nouvelle tentative creuse d’un gouvernement israélien discrédité de faire inutilement étalage de sa force afin de détourner l’attention de ses propres échecs. L’affirmation selon laquelle il s’agirait d’écarter des employés d’ONG ayant des liens avec des groupes terroristes vise clairement à jeter l’opprobre sur l’ensemble du secteur humanitaire opérant à Gaza et en Cisjordanie.

La principale organisation visée par ces accusations, en particulier depuis le 7 octobre, est l’UNRWA, qui fournit la majeure partie de l’aide humanitaire dans les territoires occupés. Israël a accusé plusieurs de ses employés d’avoir participé à l’attaque meurtrière de 2023. Même si, pour les besoins de l’argumentation, cela s’avérait exact, il s’agirait au pire d’une poignée d’individus parmi les 12 000 employés de l’agence à Gaza — et leur responsabilité serait personnelle, non celle de l’organisation dans son ensemble.

De même, si Israël dispose d’informations crédibles concernant l’implication d’employés de ces ONG dans des activités terroristes ou militantes, il devrait les rendre publiques. Il ne fait guère de doute que ces organisations n’ont aucun intérêt à employer quiconque compromettrait leur capacité à remplir leur mission.

Partager les données personnelles des employés exposerait probablement la plupart de ces organisations à des poursuites judiciaires. Le faire au profit d’un gouvernement qui défie le droit international, méprise de plus en plus son propre droit interne et viole constamment les normes démocratiques, tout en exerçant une pression considérable sur les garants de ces normes, relèverait d’une imprudence et d’une négligence criminelles.

Le gouvernement israélien actuel prospère en cherchant la confrontation avec ceux qui ne sont pas d’accord avec lui et avec quiconque ose critiquer sa conduite. Compte tenu de la catastrophe humanitaire infligée par ses forces de sécurité à Gaza — et, dans une moindre mesure mais de façon néanmoins extrêmement préoccupante, en Cisjordanie — ce n’est pas le monde humanitaire qui doit répondre à des questions difficiles, mais bien le gouvernement israélien.

Cette affaire est un nouvel exemple d’un gouvernement qui fait preuve d’une cruauté manifeste tout en agissant contre ses propres intérêts. 

                                                        Yossi Mekelberg

Ces organisations humanitaires ont accompli un travail remarquable dans des circonstances extrêmement difficiles pour atténuer, même modestement, la catastrophe humanitaire à Gaza, alors qu’environ 500 de leurs membres ont été tués dans l’enclave au cours des deux dernières années en accomplissant ce devoir sacré. Malheureusement, la mentalité du gouvernement israélien actuel consiste à entretenir un sentiment permanent de siège et de paranoïa au sein de sa population, allant jusqu’à présenter les humanitaires comme des ennemis, afin de maintenir le récit selon lequel ce gouvernement serait la seule entité capable de sauver Israël de ses ennemis, qu’ils soient réels ou imaginaires.

Comme si Israël ne faisait pas déjà face à suffisamment de défis internationaux, s’en prendre au monde humanitaire est l’une des tactiques les plus préjudiciables — et les plus autodestructrices. L’organisme militaire israélien chargé de la coordination dans les territoires occupés, le COGAT, a tenté de minimiser l’impact des ONG interdites en affirmant que leur contribution globale à l’aide ne représentait que 1 %. Or, les chiffres de l’ONU dressent un tableau tout autre : ces organisations gèrent ou soutiennent 60 % des hôpitaux de campagne de Gaza, représentent 12 % des médicaments envoyés l’an dernier, plus de la moitié de l’aide alimentaire et des centaines de milliers d’articles d’hébergement, parmi d’autres services essentiels.

Sans leur action, davantage d’enfants — et d’adultes — souffriraient de malnutrition aiguë et d’autres maladies, et l’éducation continuerait de se détériorer. En outre, plusieurs ONG financent également le déminage, une tâche cruciale qui, après plus de deux ans de guerre, demeure essentielle pour éviter de nouvelles victimes civiles.

Ironiquement, toutes ces activités servent aussi les intérêts d’Israël, puisqu’elles allègent une partie de ses responsabilités en tant que puissance occupante. Déjà, une déclaration conjointe des ministres des Affaires étrangères du Royaume-Uni, de la France, du Canada, du Danemark, de la Finlande, de l’Islande, du Japon, de la Norvège, de la Suède et de la Suisse a qualifié la décision israélienne d’« inacceptable » et exprimé une « vive inquiétude » face à une « nouvelle détérioration de la situation humanitaire » à Gaza, susceptible d’entraîner des conséquences « catastrophiques » cet hiver.

Cette affaire, qui pourrait coûter encore davantage de vies et provoquer plus de souffrances, est une nouvelle illustration du mode opératoire du gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu : une cruauté assumée, exercée au détriment même de ses propres intérêts, comme s’il s’agissait de la seule méthode dont il soit capable. 

Yossi Mekelberg est professeur de relations internationales et membre associé du programme MENA à Chatham House.

X : @YMekelberg

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com