Israël peut-il être contenu au Liban ?

De la fumée s'élève du site d'une frappe aérienne israélienne à Sohmor, dans le sud du Liban. 15 janvier 2026. (Archive/AFP)
De la fumée s'élève du site d'une frappe aérienne israélienne à Sohmor, dans le sud du Liban. 15 janvier 2026. (Archive/AFP)
Short Url
Publié le Mercredi 21 janvier 2026

Israël peut-il être contenu au Liban ?

Israël peut-il être contenu au Liban ?
  • Le cessez-le-feu israélo-libanais est largement fictif : Israël poursuit ses opérations, viole les résolutions de l’ONU et échappe à toute pression internationale
  • Une paix durable exige un retrait israélien complet, le désarmement du Hezbollah et un État libanais pleinement souverain

Au milieu du tsunami écrasant d’événements mondiaux et régionaux déroutants que 2026 nous a déjà infligés, beaucoup auront manqué les derniers développements — positifs comme négatifs — à la frontière israélo-libanaise.

Cela fait désormais 14 mois qu’un accord de cessez-le-feu a officiellement mis fin au conflit entre Israël et le Hezbollah, qui se poursuivait à des degrés d’intensité variables depuis octobre 2023. Mais les violations sont quasi quotidiennes. La Force intérimaire des Nations unies au Liban a recensé plus de 10 000 violations israéliennes du cessez-le-feu, avec plus de 300 morts.

Pourtant, comme à Gaza, ce cessez-le-feu n’en a que le nom. Comme à Gaza également, une seule partie — Israël — mène activement des opérations militaires avec peu ou pas de retenue. Comme à Gaza, Israël a refusé de respecter son obligation de se retirer des territoires qu’il occupe. Dans le cas du Liban, il s’agit de cinq collines dans le sud. Comme à Gaza, Israël viole plusieurs résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, notamment les résolutions 1701 et 2790. Comme à Gaza, l’armée israélienne attaque régulièrement des agences onusiennes, en particulier la FINUL, comme ce fut le cas le 10 décembre, le 26 décembre et le 2 janvier. Comme à Gaza, toute la pression s’exerce sur les autorités libanaises, et absolument aucune sur Israël.

Le Liban, à l’inverse, a rempli ses obligations. Le 8 janvier, le Premier ministre Nawaf Salam a confirmé que l’armée libanaise avait achevé la première phase du plan de désarmement en cinq phases et qu’elle détenait désormais le monopole de l’usage de la force dans la zone située au sud du fleuve Litani. Une exception subsiste bien sûr pour la FINUL, mais surtout il existe encore des zones sous contrôle militaire israélien. Le Hezbollah n’est donc plus militairement actif dans cette région.

Comme à Gaza, toute la pression s’exerce sur les autorités libanaises, et absolument aucune sur Israël. 

                                                          Chris Doyle

Les cyniques seraient en droit de remettre au moins partiellement cette affirmation en question. La FINUL a confirmé le retrait de nombreuses armes et la destruction de tunnels. Mais le Hezbollah n’est plus non plus la force qu’il était autrefois. Il a été lourdement affaibli lors de l’offensive israélienne de 2024, avec la décapitation de sa direction et la destruction d’une grande partie de son arsenal militaire.

Israël accuse le Hezbollah de se réarmer. Mais est-ce réellement le cas ? Le gouvernement libanais est censé, en vertu de l’accord de cessez-le-feu, empêcher cela, notamment par un meilleur contrôle de ses frontières, tant maritimes qu’avec la Syrie. Cette affirmation mérite toutefois d’être interrogée. Le régime Assad, allié du Hezbollah et trop disposé à faciliter le transfert d’armes iraniennes vers le Liban, n’est plus au pouvoir en Syrie. Les nouvelles autorités syriennes considèrent le Hezbollah comme une force hostile. L’Iran lui-même est affaibli, moins capable d’armer et de financer ses alliés dans la région, y compris le Hezbollah. Israël a, par ailleurs, fourni très peu de preuves étayant ses accusations. Tout réarmement éventuel est probablement sans commune mesure avec le passé, même s’il doit néanmoins être empêché.

L’échec à instaurer un véritable cessez-le-feu a des conséquences majeures sur le terrain dans le sud du Liban. De nombreux Libanais attendent de pouvoir rentrer chez eux. Un vaste effort de reconstruction est nécessaire, mais il est freiné par l’absence de sécurité.

Ce qui sous-tend l’ensemble de la situation, ce sont les ambitions divergentes de toutes les parties. Le gouvernement libanais a défini des priorités très claires. Il a fait preuve d’une réelle détermination à faire de l’armée libanaise le seul acteur armé au Liban. Il exige la fin des attaques israéliennes et le retrait complet des forces israéliennes du territoire libanais. Les Libanais réclament également la libération d’environ 15 prisonniers libanais détenus par Israël.

L’échec à instaurer un véritable cessez-le-feu a des conséquences majeures sur le terrain dans le sud du Liban. 

                                        Chris Doyle

Pour le Hezbollah, la survie est essentielle. Se retirer du sud du Litani est une chose, mais se désarmer — y compris dans son bastion du sud de Beyrouth — en est une autre. Il lui faut une couverture politique pour cela, un retrait total d’Israël du Liban constituant un minimum.

L’agenda israélien est, quant à lui, moins clair. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a ses propres vues, mais d’autres au sein de son entourage dirigeant ne les partagent pas. Les dirigeants israéliens envisagent-ils un État libanais fort, capable de contrôler son territoire souverain, ou un Liban fragmenté et affaibli qu’Israël pourrait exploiter ? Alors que la partie libanaise pourrait être disposée, une fois la frontière délimitée, à envisager un accord de sécurité avec Tel-Aviv, elle est loin d’être prête à offrir ce dont rêvent de nombreux Israéliens et le président américain Donald Trump : une normalisation totale. La position libanaise est que l’Initiative de paix arabe de 2002 doit d’abord être mise en œuvre, ce qui impliquerait pour Israël la fin de toutes ses occupations.

La crainte est que Netanyahu, en année électorale en Israël, considère qu’un retour du Liban à l’enfer serve ses intérêts, et qu’il privilégie une option militaire visant à écraser les derniers vestiges du Hezbollah. Ou peut-être estime-t-il avoir déjà vaincu le Hezbollah. Comme souvent, il envisage le Liban à travers le prisme de ce qui se joue en Iran.

L’espoir est que les acteurs internationaux, au premier rang desquels les États-Unis, convainquent Israël de jouer le jeu et de parvenir à une paix durable, incluant un retrait israélien complet, un Hezbollah désarmé et démilitarisé, et un gouvernement libanais pleinement souverain sur son territoire. 

Chris Doyle est directeur du Conseil pour la compréhension arabo-britannique à Londres.

X : @Doylech

NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com