La visite d’une journée du président turc Recep Tayyip Erdogan en Arabie saoudite mardi a montré que ces deux puissances régionales moyennes, dotées d’avantages compétitifs forts et de systèmes économiques complémentaires, mettent en œuvre un plan solide pour étendre leurs liens économiques — mais pas seulement. La visite a démontré qu’Ankara et Riyad parlent la même langue : commerce, investissement, développement et action.
Il n’est pas surprenant que les considérations économiques soient des facteurs clés façonnant le nouvel élan des relations turco-saoudiennes, qui sont, par nature, multifacettes. À travers les accords signés, il est devenu évident qu’Ankara et Riyad s’engagent dans des efforts prometteurs pour renforcer leurs liens économiques, tout en plaçant leurs relations sur une trajectoire plus durable et institutionnalisée.
Dans le cadre de la visite d’Erdogan, l’Arabie saoudite et la Turquie ont signé un accord de 2 milliards de dollars pour développer de grands projets solaires en Turquie. Selon cet accord, des entreprises saoudiennes construiront des centrales solaires à Sivas et Karaman, avec une capacité de 2 gigawatts lors de la première phase. La capacité totale des centrales solaires et éoliennes construites par les sociétés saoudiennes devrait atteindre 5 GW. Les centrales solaires devraient couvrir les besoins en électricité de 2,1 millions de foyers en Turquie.
Cet accord vise non seulement à renforcer la coopération entre les deux pays dans les domaines des énergies renouvelables et des technologies vertes — auxquels le Royaume accorde une importance particulière —, mais il soutient également les objectifs de diversification des deux pays en matière de sécurité énergétique et de stratégies d’investissement. Cet accord figure parmi les exemples les plus significatifs d’investissement direct étranger dans le secteur énergétique turc. Il concrétise également un accord signé en 2023 entre les deux États pour faire progresser leur coopération dans les secteurs de l’énergie, du pétrole et de l’exploitation des minéraux stratégiques.
Les deux pays cherchent à orienter leurs plans d’investissement et leur collaboration de manière plus stratégique.
Dr. Sinem Cengiz
Lors du grand forum d’investissement tenu le jour de la visite d’Erdogan à Riyad, les responsables des deux parties ont déclaré viser 10 milliards de dollars d’échanges bilatéraux d’ici 2026, et 30 milliards à plus long terme. En 2023, les ministres du Commerce turc et saoudien s’étaient mis d’accord pour mettre en œuvre un « plan solide » visant à accroître le commerce bilatéral, notamment via des investissements mutuels dans des secteurs divers. Nous commençons à voir ce plan se concrétiser.
La Turquie (via sa vision « Century of Turkey ») et l’Arabie saoudite (via Vision 2030) reconstruisent leurs économies respectives. Les deux pays cherchent donc à orienter leurs plans d’investissement et leur collaboration de manière plus stratégique. Ces accords et ententes montrent une volonté forte des deux parties de renforcer la coordination des investissements, ce qui pourrait encourager des partenariats privés. Ils reflètent également le développement de la confiance mutuelle entre les deux pays. La confiance mutuelle se renforce lorsque deux pays adoptent pleinement les politiques de l’autre, tant sur le plan politique qu’économique — c’est le cas de la vision régionale turco-saoudienne depuis un certain temps. Je crois que cette confiance mutuelle est désormais établie, grâce au mécanisme de consultation opérationnel mis en place.
La priorité principale du dynamisme économique turco-saoudien croissant est de se concentrer sur des stratégies d’investissement à long terme. Mais cela ne s’arrête pas là. Les élites politiques des deux pays veulent accélérer les relations commerciales tout en dépassant les simples chiffres du commerce. Ce que nous comprenons de cette visite, c’est que les deux dirigeants voient la coopération économique non seulement comme un flux de capitaux, mais aussi comme un outil pour renforcer la collaboration institutionnelle.
Cette collaboration institutionnelle impliquera le transfert de savoir-faire et d’expertise entre entreprises et institutions. Même dans des secteurs comme l’industrie de la défense, souvent perçus comme purement stratégiques, il existe des opportunités commerciales pouvant renforcer la coopération économique entre les deux pays. Par exemple, les produits de l’industrie de défense turque sont largement présentés lors de salons et expositions de défense dans le Golfe, y compris le World Defense Show à Riyad, qui ouvre dimanche.
La stabilité au sein de ces pays est essentielle pour l’investissement et le développement, mais la stabilité régionale l’est tout autant.
Dr. Sinem Cengiz
Le lendemain de sa visite à Riyad, Erdogan a annoncé que l’Arabie saoudite pourrait investir conjointement dans le projet turc de chasseurs KAAN. Comme pour le commerce, la coopération en matière de défense encourage la planification conjointe, la normalisation et les partenariats institutionnels, ouvrant la voie à l’implication de plusieurs secteurs.
Cependant, la durabilité de la confiance mutuelle et des objectifs visant à améliorer l’environnement des investissements nécessite cohérence, prévisibilité et, surtout, stabilité économique et politique. La prévisibilité, politique et économique, est la préoccupation majeure des investisseurs des deux côtés, car les expériences négatives passées laissent des traces sur les relations. Ainsi, la construction de la confiance à long terme était une tâche importante pour les deux dirigeants — et le momentum actuel montre que les résultats commencent à apparaître.
Cependant, si la stabilité politique et économique de ces pays est essentielle pour l’investissement et le développement, la stabilité régionale l’est tout autant. Dans le contexte géopolitique actuel, les frontières entre économie et sécurité deviennent de plus en plus floues. Les intérêts économiques ne sont jamais séparés des considérations sécuritaires et, par conséquent, la recette d’une région sûre réside dans une économie intégrée par la coopération, avec des menaces éliminées à la fois à l’intérieur et à l’extérieur.
Il n’est pas surprenant que la sécurité régionale soit souvent mentionnée par les dirigeants turc et saoudien, même lors de la signature d’accords commerciaux. Aujourd’hui, la Turquie et l’Arabie saoudite partagent des intérêts régionaux convergents et considèrent leur propre sécurité et stabilité comme indissociables de celles de la région plus large, du Soudan à la Syrie, du Yémen à la Somalie. Cette vision partagée constitue une base solide pour le renforcement actuel des liens économiques.
Sinem Cengiz est une analyste politique turque spécialisée dans les relations de la Turquie avec le Moyen-Orient.
X: @SinemCngz
NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com












