L’Iran fait dérailler les efforts de désescalade de ses voisins

Une explosion provoque un incendie à la suite d’une frappe près d’une installation d’Aramco, à Riyad, en Arabie saoudite. (Reuters)
Une explosion provoque un incendie à la suite d’une frappe près d’une installation d’Aramco, à Riyad, en Arabie saoudite. (Reuters)
Short Url
Publié le Samedi 21 mars 2026

L’Iran fait dérailler les efforts de désescalade de ses voisins

L’Iran fait dérailler les efforts de désescalade de ses voisins
  • Les frappes iraniennes pendant la réunion de Riyad ont compromis les efforts régionaux de désescalade et fragilisé la diplomatie en cours
  • Malgré les tensions, les pays de la région restent engagés en faveur du dialogue, tout en se rapprochant politiquement face au conflit

Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, s’est rendu mercredi à Riyad, où l’Arabie saoudite a accueilli une réunion de ministres des Affaires étrangères de pays arabes et islamiques pour discuter de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Cette rencontre visait à explorer des pistes diplomatiques pour désamorcer le conflit en cours.

Au cours de la réunion, l’Iran a lancé des missiles balistiques visant Riyad et la province orientale. Les défenses aériennes du Royaume ont intercepté les projectiles. Par la suite, Téhéran a lancé une deuxième vague d’attaques, incluant une frappe contre une importante installation gazière au Qatar. Il est difficile de se souvenir d’un moment où des dirigeants réunis pour la diplomatie ont vu l’une des parties en saper aussi efficacement les efforts.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, a déclaré que ces attaques n’étaient pas fortuites mais délibérément planifiées pour coïncider avec la réunion. Selon lui, elles illustrent l’approche de l’Iran en matière de diplomatie — une approche qui mine le dialogue par l’escalade.

La réunion de Riyad était la première rencontre ministérielle en présentiel depuis le début de la guerre. Dans un effort collectif pour donner une nouvelle chance à la diplomatie, les États du Conseil de coopération du Golfe, ainsi que des représentants de l’Égypte, de la Jordanie, de la Turquie, du Pakistan, de la Syrie, du Liban et de l’Azerbaïdjan, se sont réunis pour exprimer leur inquiétude commune face à l’évolution du conflit.

En ciblant Riyad pendant la réunion, l’Iran a compromis la voie déjà difficile vers la diplomatie que les États de la région tentaient de construire. Toute initiative régionale visant à éviter ou désamorcer cette guerre a été ignorée par Téhéran. Les tentatives précédentes — notamment celles menées par la Turquie pour faciliter des discussions entre Washington et Téhéran à Istanbul — ont également échoué, en raison de la réticence de l’Iran à inclure les acteurs régionaux dans les discussions, notamment sur des sujets sensibles comme ses réseaux alliés et son programme de missiles balistiques.

En frappant Riyad, l’Iran a également fragilisé un rapprochement déjà précaire avec l’Arabie saoudite, amorcé avec l’accord de Pékin de 2023. La confiance, déjà limitée, a été fortement érodée.

Le timing des attaques ajoute une contradiction symbolique : alors que les responsables iraniens invoquent régulièrement la solidarité islamique, ces frappes ont visé des pays musulmans pendant le mois sacré du Ramadan. L’Iran commet ainsi une grave erreur en affaiblissant son soutien régional.

Au milieu des attaques contre Riyad, Hakan Fidan — l’un des rares responsables régionaux à maintenir un canal direct avec Téhéran — s’est entretenu par téléphone avec son homologue iranien, Abbas Araghchi. Selon certaines informations, l’échange a été tendu, le ministre turc exprimant son agacement face aux actions iraniennes. Cela montre toutefois que les canaux de communication restent ouverts. La partie turque aurait signalé que, malgré une patience mise à rude épreuve, les États de la région restent engagés en faveur de solutions diplomatiques.

La visite de Hakan Fidan à Riyad s’inscrivait dans une tournée régionale plus large incluant le Qatar et les Émirats arabes unis. L’objectif était probablement d’évaluer la situation et d’examiner la faisabilité d’une proposition de sortie de crise à présenter aux États-Unis. Pour l’heure, une percée diplomatique semble encore hors de portée.

Même si les États de la région atteignent les limites de leur patience, ils restent déterminés à poursuivre des solutions diplomatiques. 

                                                          Dr. Sinem Cengiz

Les responsables turcs estiment que le régime iranien est loin de s’effondrer et qu’il peut soutenir le conflit pendant des mois — un scénario que Ankara souhaite éviter. Cette perspective pousse la Turquie à poursuivre ses efforts de désescalade, malgré des contraintes liées aux dynamiques internes du système iranien. Il devient de plus en plus difficile d’identifier les centres de décision en Iran, notamment concernant les frappes de missiles, ce qui complique les efforts diplomatiques.

Certains observateurs voient dans la réunion de Riyad le signe d’un rapprochement régional inédit. Des pays autrefois opposés, comme l’Égypte et la Turquie, se retrouvent aujourd’hui alignés. Sans constituer une alliance militaire formelle, cette convergence traduit une volonté politique forte.

Cet alignement suscite des inquiétudes en Israël, où des responsables estiment qu’Ankara cherche à former un axe « similaire à celui de l’Iran ». Tel-Aviv redoute un isolement croissant au Moyen-Orient face à l’opposition régionale à ses ambitions. Toutefois, les conditions d’une alliance de défense structurée ne sont pas encore réunies. La coopération devrait plutôt passer par des partenariats bilatéraux et un partage accru du renseignement.

Au-delà des enjeux sécuritaires, la coopération économique sera essentielle pour atténuer les effets de la guerre. La perturbation des flux énergétiques, notamment via le détroit d’Ormuz, constitue un enjeu majeur. L’Irak explore ainsi des routes alternatives pour ses exportations pétrolières via la Syrie, la Jordanie et la Turquie. Ces préoccupations économiques pourraient rapprocher les États de la région et contribuer, à terme, à mettre fin au conflit.

En résumé, la réunion de Riyad a mis en évidence une volonté claire de désescalade parmi les acteurs régionaux. Mais les actions de l’Iran ont compromis ces efforts, au risque d’éroder davantage son soutien dans la région. 

Sinem Cengiz est une analyste politique turque spécialisée dans les relations de la Turquie avec le Moyen-Orient. 

X: @SinemCngz

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com