Les défis post-crise du détroit d’Ormuz pour le CCG

La réouverture du détroit d’Ormuz est considérée comme une première étape nécessaire vers une fin globale de la guerre (File/AFP)
La réouverture du détroit d’Ormuz est considérée comme une première étape nécessaire vers une fin globale de la guerre (File/AFP)
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Publié le Vendredi 08 mai 2026

Les défis post-crise du détroit d’Ormuz pour le CCG

Les défis post-crise du détroit d’Ormuz pour le CCG
  • Le CCG cherche à passer d’une gestion réactive des crises à une architecture de sécurité collective intégrée (défense antimissile, partage de renseignement, logistique commune)
  • La stabilité régionale est désormais liée à des conditions concrètes : réouverture d’Ormuz, désescalade vérifiable et redéfinition des règles de sécurité face à l’Iran

La 19e réunion consultative des dirigeants des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) s’est tenue à Djeddah le 28 avril, avec la participation du prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Les dirigeants ont publié une déclaration abordant les attaques iraniennes contre les États du CCG et la Jordanie, la fermeture du détroit d’Ormuz et la perturbation du transport maritime ainsi que des chaînes d’approvisionnement, en plus de la nécessité de dispositifs conjoints du Golfe allant au-delà des réactions immédiates pour construire plutôt une vision stratégique de long terme.

Dans ce contexte, le message politique central a souligné l’importance de trouver « une voie diplomatique pour mettre fin à la crise » et de préparer le terrain à « des accords et des entendements qui répondent aux sources de préoccupation des États du CCG ». Cela reflète une volonté des pays participants d’aller vers un règlement réel et historique permettant de traiter les racines de la menace iranienne, persistante depuis la révolution de 1979, et de conditionner toute désescalade à des garanties sécuritaires et politiques vérifiables.

Le sommet a cherché à élargir le concept de « sécurité du Golfe » afin qu’il ne se limite plus à la protection des frontières, mais englobe également la navigation, les ports, les aéroports, les chemins de fer, l’énergie, l’eau, les réserves stratégiques et les chaînes d’approvisionnement. Cela signifie que toute attaque ou perturbation dans l’un de ces secteurs vitaux affecterait les autres, créant un déséquilibre sécuritaire global, ces éléments formant un système interdépendant qui ne peut être traité isolément.

Il existe une volonté d’aller vers un règlement réel et historique permettant de traiter les racines de la menace iranienne.

                                       Hassan Al-Mustafa

Les attaques iraniennes visant des installations civiles et des infrastructures ont été décrites dans la déclaration du sommet comme des violations de la souveraineté, du droit international et des principes de bon voisinage. Le texte note que ces actions ont entraîné une « forte perte de confiance des États du CCG envers l’Iran », rendant le rétablissement de la confiance de la responsabilité de l’Iran, devant se traduire par des actes et non des engagements verbaux.

La fermeture du détroit d’Ormuz a été un point central du sommet, la déclaration rejetant « les mesures illégales de l’Iran visant à fermer le détroit et à entraver la navigation », tout en jugeant illégale « l’imposition de frais, en toutes circonstances ou sous quelque appellation que ce soit, pour le passage des navires ». Elle appelle à un retour de la situation dans le détroit à ce qu’elle était avant le 28 février.

La réouverture du détroit d’Ormuz est considérée comme une première étape nécessaire vers une fin globale de la guerre. Le détroit n’est pas une question marginale de négociation soumise à la coercition iranienne, mais une artère vitale pour l’énergie, le commerce et le transport maritime. Toute menace à sa sécurité implique la possibilité pour l’Iran de continuer à utiliser l’économie mondiale comme levier à l’avenir.

Riyad a cherché à donner un fort élan politique au sommet consultatif et à le positionner comme une base pour la phase post-crise, en façonnant les futures structures de coopération afin de protéger les États du Golfe contre d’éventuelles attaques.

Une personnalité saoudienne proche du dossier, que j’ai interrogée, a souligné l’engagement du prince héritier en faveur de la « consultation avec les dirigeants du CCG », du renforcement de « l’intégration du Golfe et de l’action commune », et de la coordination des efforts pour contenir les répercussions sécuritaires et économiques. Elle a également indiqué que le sommet s’est tenu « à un moment extrêmement sensible ayant entraîné un changement majeur du système de sécurité régional », nécessitant « l’élaboration d’une stratégie globale du Golfe pour renforcer les mécanismes de gestion des crises ».

Les États du Golfe devront gérer les conséquences de la guerre différemment de la période d’avant-guerre. 

                               Hassan Al-Mustafa

Il en ressort que les États du Golfe devront gérer les conséquences de la guerre dans différents secteurs d’une manière différente de la période d’avant-guerre. Cela nécessite non seulement l’arrêt des attaques iraniennes et la levée du blocus du détroit d’Ormuz, mais aussi une redéfinition des règles de conduite régionale ayant permis des menaces contre la souveraineté et les intérêts vitaux du Golfe.

L’étape suivante pourrait consister à transformer la sécurité du Golfe en une structure défensive commune. La déclaration a affirmé que la sécurité des États du CCG est indivisible et que toute attaque contre un État membre « est une attaque directe contre tous ». Elle appelle également à « intensifier l’intégration militaire » et à « accélérer l’achèvement d’un système d’alerte précoce contre les missiles balistiques ».

Concrètement, cela implique la mise en place d’un système intégré de défense antimissile du Golfe, d’un centre unifié d’alerte précoce et de détection, ainsi que le partage en temps réel de renseignements via des systèmes radar interconnectés et des protocoles opérationnels communs pour faire face aux menaces de missiles, de drones, maritimes et cybernétiques.

La dissuasion militaire du Golfe sera incomplète sans profondeur logistique. Celle-ci peut être assurée par une harmonisation économique et une coopération logistique étroite, comme l’ont montré les peuples du Golfe durant cette guerre, l’Arabie saoudite ayant ouvert ses passages, aéroports et ports au service des États du CCG et de leurs citoyens. Les ports saoudiens de la mer Rouge sont devenus une alternative aux ports du Golfe menacés par les frappes iraniennes.

Les camions de transport terrestre, les chemins de fer et les aéroports ont également joué un rôle efficace pour compenser les perturbations causées par la fermeture du détroit d’Ormuz. Ainsi, l’accélération du projet de chemin de fer du Golfe, le raccordement des ports, l’unification des normes de transport, la facilitation de la circulation des marchandises et la création de zones de stock stratégique deviennent des éléments essentiels de la sécurité globale du Golfe, nécessitant une mise en œuvre urgente.

Ces axes doivent avancer en parallèle : politiquement, militairement, économiquement et logistiquement. Si les visions futures doivent respecter la souveraineté de chaque État, elles doivent aussi prendre en compte leur sécurité collective et les menaces entourant le Golfe afin de construire des politiques communes efficaces et applicables, répondant aux aspirations des populations du CCG et les protégeant des guerres futures. 

Hassan Al-Mustafa est un écrivain et chercheur saoudien qui s'intéresse aux mouvements islamiques, à l'évolution du discours religieux et aux relations entre les États du Conseil de coopération du Golfe et l'Iran.

X : @Halmustafa

NDLR: les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com