Le ministère syrien de la Défense a annoncé mardi un cessez-le-feu de quatre jours avec les Forces démocratiques syriennes (FDS), une déclaration qui a coïncidé avec un signal politique américain majeur. L’émissaire américain Tom Barrack a déclaré que l’intégration au sein de l’État syrien — assortie de « droits de citoyenneté, de protection culturelle et de participation politique » — représente « la plus grande opportunité pour les Kurdes de Syrie à l’heure actuelle ». Il a ajouté que la mission initiale de soutien des FDS contre Daesh a « largement expiré » et a souligné que l’Amérique n’a « aucun intérêt pour une présence militaire de long terme en Syrie ».
Les propos de Barrack favorisent clairement le gouvernement central de Damas, surprenant probablement les attentes kurdes. Ils signalent un recalibrage de l’engagement américain dans la Syrie post-Assad, requalifiant fondamentalement le statut des FDS : d’une force de combat anti-Daesh à une faction locale appelée à se fondre dans les structures de l’État.
L’Union européenne a adopté une position similaire, déclarant que « l’intégration des institutions militaires, sécuritaires et civiles dans des cadres étatiques unifiés, parallèlement à une participation politique et locale significative, est essentielle ». Bruxelles a toutefois insisté sur le fait que « la pleine protection des droits kurdes est également cruciale » — cherchant à la fois à renforcer Damas tout en empêchant la marginalisation des Kurdes.
Le ministère saoudien des Affaires étrangères a salué à la fois le cessez-le-feu et « l’intégration des Forces démocratiques syriennes, incluant toutes les institutions civiles et militaires, au sein de l’État syrien ». Riyad a salué « les efforts déployés par les États-Unis d’Amérique pour parvenir à cet accord », tout en exprimant l’espoir d’un « renforcement de la sécurité et de la stabilité, du développement institutionnel et de l’État de droit ».
La position saoudienne reflète son soutien constant à la souveraineté syrienne et à l’intégrité territoriale du pays, tout en cherchant à prévenir une escalade du conflit vers une guerre civile à caractère ethnique ou confessionnel.
La semaine dernière, le gouvernement syrien a entrepris d’établir les fondements juridico-politiques de l’intégration par un décret présidentiel s’attaquant aux principales revendications kurdes. Le décret a supprimé les « mesures exceptionnelles » découlant du controversé recensement de Hassaké de 1962, étendu la citoyenneté « à tous les résidents d’origine kurde » — y compris les personnes précédemment non enregistrées — et désigné Nowruz comme jour férié national payé.
Ces décisions témoignent de la volonté de Damas d’offrir plus qu’une capitulation militaire — en proposant au contraire une citoyenneté réelle, exempte de tout biais culturel ou ethnique à l’encontre des Kurdes. L’objectif : faire de la réintégration étatique une option attractive et socialement acceptable au sein des communautés kurdes, plutôt qu’une soumission à une force supérieure.
Pourtant, malgré ces initiatives diplomatiques et législatives, la situation sur le terrain demeure volatile. Les combats ont repris après une première pause et les échanges de tirs se sont poursuivis, poussant Damas à annoncer une prolongation de quatre jours. De graves préoccupations sécuritaires ont émergé lorsque 120 détenus de Daesh se sont échappés de la prison d’Al-Shaddadi dans le chaos du redéploiement — 81 ont été repris, selon des informations de l’Associated Press, bien que d’autres sources occidentales aient avancé des chiffres plus élevés.
Les FDS ont longtemps justifié leur stature internationale par leur gestion efficace de la menace Daesh — contrôle des prisons, administration du camp d’Al-Hol et lutte contre les cellules extrémistes résiduelles. L’évasion de prisonniers et les risques associés pour la Syrie et ses voisins, en particulier l’Irak, remettent directement en cause cette crédibilité sécuritaire. L’idée des FDS comme alternative stable est désormais scrutée de près, d’autant plus que Daesh menace autant Damas que les FDS.
Trois facteurs définissent désormais la trajectoire des FDS. Premièrement, le soutien américain ne garantit plus leur survie en tant qu’entité quasi indépendante perçue par les autorités centrales comme séparatiste. Au contraire, Washington exerce une pression en faveur de l’intégration étatique.
Les FDS doivent reconnaître que l’intégration au sein de l’État sert mieux les intérêts kurdes qu’un positionnement séparatiste.
Hassan Al-Mustafa
Deuxièmement, l’appui régional à l’intégration — de l’Arabie saoudite, de la Turquie et du Qatar — accroît le coût d’un retour à une milice armée opérant en dehors du contrôle de l’État. L’intégration, à l’inverse, s’inscrit dans un cadre régional plus large de stabilité, axé sur la construction institutionnelle, la souveraineté et l’unité territoriale.
Troisièmement, le gouvernement syrien doit démontrer sa capacité de gouvernance, tant sur le plan interne qu’international — gérer efficacement le pays, assurer la stabilité, améliorer les conditions économiques et attirer les investissements. Cela nécessite des preuves tangibles de sa capacité à accueillir la diversité kurde sans déclencher de nouveaux cycles de rébellion. Damas fait donc de la résolution de la question des FDS une priorité, quels qu’en soient les coûts perçus.
Des complications opérationnelles réelles subsistent. La confiance entre l’autorité centrale syrienne et les communautés kurdes demeure fragile. Toutefois, un dialogue transparent, une législation antidiscrimination sans ambiguïté établissant la citoyenneté comme socle fondamental, et une représentation authentique au sein du gouvernement, de l’armée, des services de sécurité et des institutions étatiques rendraient l’intégration des FDS bien plus réalisable.
Parallèlement, les FDS doivent renoncer à des aspirations irréalistes d’autonomie kurde étendue, en reconnaissant que l’intégration au sein de l’État, avec des droits égaux et un partenariat réel, sert mieux les intérêts kurdes qu’un positionnement séparatiste.
Hassan Al-Mustafa est un écrivain et chercheur saoudien qui s'intéresse aux mouvements islamiques, à l'évolution du discours religieux et aux relations entre les États du Conseil de coopération du Golfe et l'Iran.
X : @Halmustafa
NDLR: les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com













