La discrète offensive saoudienne en faveur de la paix dans le Golfe

La stabilité servirait les populations des deux rives du Golfe, à condition que Téhéran soit lié par des engagements réellement contraignants (Photo d’archives/AFP)
La stabilité servirait les populations des deux rives du Golfe, à condition que Téhéran soit lié par des engagements réellement contraignants (Photo d’archives/AFP)
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Publié le Mercredi 13 mai 2026

La discrète offensive saoudienne en faveur de la paix dans le Golfe

La discrète offensive saoudienne en faveur de la paix dans le Golfe
  • Riyad cherche à instaurer une désescalade durable dans le Golfe tout en sécurisant les routes maritimes et en soutenant une solution diplomatique avec l’Iran
  • L’Arabie saoudite veut protéger ses priorités stratégiques — Vision 2030, stabilité régionale et sécurité énergétique — sans s’engager dans une guerre ouverte

Le ministère saoudien des Affaires étrangères a rompu son silence le 5 mai avec un appel appuyé à la désescalade, à la retenue et à la fin des provocations dans l’ensemble du Golfe arabique. Dans le même communiqué, Riyad a apporté son soutien aux efforts de médiation du Pakistan ainsi qu’à l’élan diplomatique plus large en faveur d’un règlement politique — avertissant que la région ne pouvait se permettre de glisser davantage vers l’instabilité. Le Royaume a également demandé le rétablissement complet du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, insistant pour que les navires puissent y circuler librement et en toute sécurité, sans conditions.

Ce message s’inscrivait dans la ligne défendue par Riyad depuis le déclenchement de la crise régionale le 28 février. L’Arabie saoudite n’a jamais été un belligérant dans la guerre opposant Israël et les États-Unis à l’Iran, mais elle en a subi les conséquences malgré tout. Des missiles balistiques et des drones iraniens ont frappé le territoire saoudien pendant les combats, tandis que des milices irakiennes loyales aux Gardiens de la révolution islamique ont visé des infrastructures critiques à l’intérieur du Royaume, provoquant brièvement des perturbations dans l’approvisionnement énergétique. Les ingénieurs saoudiens ont rétabli les opérations en quelques jours — une réponse qui a discrètement démontré à quel point l’État s’était préparé à ce type précis de pression.

Tout au long de la guerre, Riyad a adopté une posture de patience stratégique. Le Royaume a refusé d’entrer offensivement dans le conflit, s’est appuyé sur ses défenses aériennes pour absorber les salves iraniennes et a redirigé les flux pétroliers de la Province orientale via l’oléoduc Est-Ouest vers les terminaux de la mer Rouge. D’autres ports situés le long de la côte occidentale ont continué d’acheminer marchandises, nourriture et fournitures essentielles vers les États du Golfe dont le commerce avait été paralysé par la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran.

Le prince Faisal a tissé un filet de sécurité régional — conçu pour empêcher la guerre de se propager. 

                                           Hassan Al-Mustafa

En coulisses, le ministre des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, multipliait les appels. Il a maintenu des canaux ouverts avec les capitales du Golfe, du monde arabe et de l’Occident, mettant en place ce qui ressemblait à un véritable filet de sécurité régional — destiné à empêcher le conflit de se métastaser. À son apogée, la guerre menaçait d’entraîner la Turquie et l’Azerbaïdjan, une escalade qui aurait signifié un conflit régional plus vaste et plus sanglant, ainsi que le type de chaos dans lequel prospèrent traditionnellement les groupes extrémistes, les milices confessionnelles et les mouvements radicaux — un paysage où les États s’effritent et où les conflits sectaires remplissent le vide.

Même sous les tirs iraniens, Riyad a refusé de fermer la porte à la diplomatie. L’ambassadeur d’Iran dans le Royaume, Alireza Enayati, est resté en poste pendant toute la guerre. Après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu négocié par le Pakistan, le prince Faisal et son homologue iranien, Abbas Araghchi, se sont entretenus à plusieurs reprises par téléphone lors d’appels rendus publics. Les aéroports saoudiens ont également continué d’accueillir sans incident les pèlerins iraniens venus accomplir le Hajj — un signal délibéré indiquant que Riyad considère l’obligation religieuse comme distincte des différends politiques.

Le rôle du Pakistan a été central et l’Arabie saoudite a veillé à le soutenir. Le Premier ministre Shehbaz Sharif s’est rendu à Djeddah pour rencontrer le prince héritier Mohammed ben Salmane, tandis que les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux pays coordonnaient étroitement leurs efforts. Cette coopération a porté ses fruits avec la trêve annoncée par le président Donald Trump pour le théâtre du Golfe et le Liban, ainsi qu’avec la suspension temporaire de « l’Opération Freedom » dans le détroit d’Ormuz ; une pause conçue, en partie, pour laisser une chance à la diplomatie.

L’objectif final n’est pas compliqué. L’Arabie saoudite veut la paix dans le Golfe pour poursuivre le reste de son programme. 

                                                        Hassan Al-Mustafa

Le 6 mai, Sharif a publié un message sur X pour saluer les efforts de l’Arabie saoudite et du prince héritier, lesquels « contribueront grandement à faire progresser la paix régionale, la stabilité et la réconciliation durant cette période sensible ». Un entretien téléphonique entre le prince Faisal et Araghchi a suivi alors que le ministre iranien des Affaires étrangères était en visite à Pékin.

Ce que poursuit désormais l’Arabie saoudite est plus restreint dans son intitulé, mais ambitieux dans sa portée : faire baisser les tensions à travers le Moyen-Orient, du Golfe au Liban ; rouvrir le détroit d’Ormuz à une navigation sûre ; déminer les voies maritimes ; et empêcher toute tentative de Téhéran d’imposer des conditions illégales sur cette route maritime.

Riyad souhaite un cessez-le-feu permanent solidement établi ainsi qu’un accord-cadre fermant toute voie militaire au programme nucléaire iranien. En échange, Téhéran verrait les sanctions, l’embargo et le gel de ses avoirs allégés progressivement — une confiance construite étape par étape, sur la base de vérifications concrètes, accompagnée de garanties contraignantes contre toute future agression iranienne envers l’Arabie saoudite ou ses voisins du Golfe. Le même cadre imposerait également un règlement de la question des milices armées : remise des armes aux armées nationales, intégration des combattants dans l’État de droit et suppression des menaces contre les voisins arabes.

L’objectif stratégique poursuivi par Riyad n’a rien de complexe. L’Arabie saoudite veut la paix dans le Golfe afin de poursuivre le reste de son agenda — Vision 2030, diversification économique, renforcement de ses frontières et de ses infrastructures critiques, ainsi que le développement constant de ses capacités militaires. Ce qu’elle demande à l’Iran est simple : respecter le droit international, cesser les frappes, cesser d’armer des groupes par procuration et cesser de soutenir les acteurs violents qui déstabilisent la région.

La stabilité servirait les populations des deux rives du Golfe, à condition que Téhéran soit lié par des engagements réellement contraignants. Si ce seuil peut être franchi, l’Iran pourrait découvrir, avec le temps, que le développement — le sien comme celui de la région — constitue un pari bien plus prometteur. 

Hassan Al-Mustafa est un écrivain et chercheur saoudien qui s'intéresse aux mouvements islamiques, à l'évolution du discours religieux et aux relations entre les États du Conseil de coopération du Golfe et l'Iran.

X : @Halmustafa

NDLR: les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com