Vision 2030: coup de projecteur sur le développement humain en Arabie saoudite

Vision 2030:  l’histoire la plus profonde est celle de l’incroyable transformation du quotidien des Saoudiens. (AFP)
Vision 2030: l’histoire la plus profonde est celle de l’incroyable transformation du quotidien des Saoudiens. (AFP)
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Publié le Jeudi 18 juin 2026

Vision 2030: coup de projecteur sur le développement humain en Arabie saoudite

Vision 2030: coup de projecteur sur le développement humain en Arabie saoudite
  • La limitation des pouvoirs de la police religieuse a constitué le pivot discret de cette ouverture sociale
  • En avril 2016, l’Arabie saoudite a interdit au Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice de poursuivre des suspects ou de procéder à des arrestations

Cette année, alors que l’Arabie saoudite célèbre le dixième anniversaire du lancement de la Vision 2030, les commentaires s’attarderont une fois de plus sur Neom, les stations balnéaires de la mer Rouge, Qiddiya, les aéroports et les nouvelles villes. Ces projets sont importants. Mais l’histoire la plus profonde est celle de l’incroyable transformation du quotidien des Saoudiens.

Lancée le 25 avril 2016 par le prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS), la Vision 2030 a modifié la vie des citoyens saoudiens d’une manière qui aurait été inimaginable il y a seulement quelques années.

L’Arabie saoudite de 2016 était une société où les femmes n’avaient pas le droit de conduire, où les cinémas n’existaient pas, où la police religieuse façonnait les comportements dans l’espace public, où la ségrégation entre les sexes limitait la vie sociale, où les prêts hypothécaires aux particuliers étaient pratiquement inexistants et où les démarches administratives exigeaient patience, relations et relances répétées.

Ce qui a suivi constitue une transformation extraordinaire, réalisée sans révolution, sans violence généralisée et sans bouleversement social majeur, un phénomène rare dans l’histoire des changements sociaux rapides. Dix ans plus tard, la question est de savoir si les observateurs étrangers n’ont pas sous-estimé un remarquable épisode de développement humain.

Le rôle de MBS est central. Nombre des réformes aujourd’hui présentées comme inévitables étaient controversées lorsqu’elles ont été introduites. Elles ont remis en cause la bureaucratie, l’establishment religieux et un ordre social profondément enraciné. Le courage politique nécessaire pour imposer des décisions concernant la mobilité des femmes, les loisirs, le tourisme, la mixité sociale et le rôle de la police religieuse était considérable. MBS a défié des tabous jusque-là considérés comme intouchables et a profondément remodelé l’État pour en faire une société moderne et « normale ».

La limitation des pouvoirs de la police religieuse a constitué le pivot discret de cette ouverture sociale. En avril 2016, l’Arabie saoudite a interdit au Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice de poursuivre des suspects ou de procéder à des arrestations. Les Saoudiens ont ainsi pu fréquenter centres commerciaux, cafés, concerts et espaces publics mixtes sans craindre d’être interpellés, sermonnés ou humiliés. La vie publique s’est détendue. La société a enfin pu respirer dans un espace qui venait soudainement de s’ouvrir devant elle.

La transformation la plus visible a été l’autonomisation des femmes. Au troisième trimestre de 2024, leur taux de participation au marché du travail atteignait 36 %, soit plus du double du niveau généralement observé avant les réformes et au-delà de l’objectif initial fixé par Vision 2030.

Ali Shihabi

La transformation la plus visible a été l’autonomisation des femmes. Au troisième trimestre de 2024, leur taux de participation au marché du travail atteignait 36 %, soit plus du double du niveau généralement observé avant les réformes et au-delà de l’objectif initial fixé par Vision 2030. Les femmes conduisent désormais, voyagent plus librement, travaillent dans de nombreux secteurs, servent dans les forces de sécurité et l’armée et participent pleinement à la vie sportive et culturelle.

Le logement constitue une autre réussite souvent sous-estimée. À la fin de 2024, le taux d’accession à la propriété des familles saoudiennes atteignait 65 %, un niveau comparable à ceux des États-Unis et de l’Union européenne. Pour y parvenir, l’État a pratiquement créé de toutes pièces un secteur du crédit immobilier destiné aux particuliers, grâce à des mécanismes de finance islamique, de nouvelles institutions, des subventions et l’encouragement des banques à développer ce type de financement. En 2025, les crédits immobiliers accordés par les banques saoudiennes avaient atteint près de 1 000 milliards de riyals. Cette évolution a transformé la formation des familles, le patrimoine des ménages et les aspirations d’une génération désormais en mesure d’envisager l’achat de son propre logement.

Le travail lui-même a changé de signification sociale. L’ancien modèle privilégiait l’emploi public, le statut et la sécurité. Vision 2030 a encouragé les Saoudiens à travailler dans l’hôtellerie, les aéroports, les cafés, le commerce de détail, la logistique, les loisirs, les technologies, le tourisme, l’événementiel et les entreprises privées. Ces secteurs exigent ponctualité, sens du service, présentation, maîtrise des langues et esprit de compétition. Le taux de chômage des Saoudiens est tombé à 6 % au premier trimestre 2025, tandis que celui des femmes saoudiennes a reculé à 10 %. Des millions de citoyens ont ainsi intégré un marché du travail plus ouvert et plus compétitif.

La numérisation a profondément transformé la relation entre le citoyen et l’État

Ali Shihabi

Le marché du travail a également bénéficié de l’essor spectaculaire de l’écosystème technologique, soutenu par des programmes publics de financement et l’amélioration du cadre réglementaire et juridique. Alors que le Royaume ne comptait pratiquement aucun fonds de capital-risque ni start-up technologique il y a dix ans, il dispose aujourd’hui de plus de cinquante fonds de capital-risque investissant dans le pays et d’environ mille start-up technologiques. Les opportunités entrepreneuriales et professionnelles qui en ont découlé sont considérables.

La numérisation a profondément transformé la relation entre le citoyen et l’État. Passeports, permis, procurations, services judiciaires et documents officiels sont passés des bureaux administratifs aux plateformes numériques, simplifiant la vie quotidienne et réduisant les risques de petite corruption. L’Arabie saoudite occupe désormais la sixième place mondiale dans l’indice des Nations unies sur le gouvernement numérique. En 2025, les paiements électroniques représentaient 85 % des transactions de détail. Une société largement fondée sur l’argent liquide est devenue une société où les cartes bancaires, les téléphones mobiles et les applications facilitent considérablement les échanges et la vie quotidienne.

La santé et la qualité de vie font également partie de cette transformation. Pistes de marche, salles de sport, clubs sportifs, campagnes de santé publique, affichage des calories et événements sportifs de masse ont rendu l’activité physique omniprésente dans la vie nationale. L’espérance de vie est passée de 74 ans en 2016 à 79 ans en 2024. En 2025, 59 % des adultes déclaraient pratiquer au moins 150 minutes d’activité physique par semaine.

La culture est passée de la périphérie à l’un des centres de l’action publique. Le gouvernement a levé l’interdiction des cinémas, créé un ministère de la Culture, fondé un institut destiné à former les jeunes aux arts et commencé à promouvoir activement le cinéma, la musique, les arts visuels, le patrimoine, la mode et la littérature. Ce qui existait autrefois dans la sphère privée ou dans l’ombre bénéficie désormais d’un soutien institutionnel. Le changement le plus tangible réside dans la normalisation des loisirs publics. Les familles peuvent désormais profiter de cinémas, de concerts, de restaurants, de festivals et d’événements sportifs dans leur propre pays plutôt que de devoir voyager à l’étranger.

Le tourisme constitue peut-être la réforme sociale la plus sous-estimée. En 2019, l’Arabie saoudite, longtemps fermée aux visiteurs, s’est largement ouverte grâce à un nouveau régime de visas. Les Saoudiens ont alors découvert un nouveau type de visiteurs étrangers : non plus seulement des pèlerins, des cadres du secteur pétrolier ou des travailleurs expatriés, mais aussi des voyageurs, des amateurs de gastronomie, des randonneurs, des visiteurs de musées et des clients d’hôtels curieux de découvrir le pays lui-même. L’hospitalité est ainsi devenue non seulement une tradition de générosité, mais aussi une discipline professionnelle et concurrentielle.

Les mégaprojets définiront peut-être l’horizon urbain du Royaume. Mais ce sont les réformes humaines qui définissent véritablement son changement. La véritable histoire de Vision 2030 est celle de la femme saoudienne, du propriétaire immobilier, du guide touristique, de l’artiste, de l’athlète, de l’entrepreneur, de l’étudiant et du citoyen libéré de la bureaucratie et du contrôle social.

Le défi qui demeure est celui de la qualité : créer des emplois productifs, garantir des logements abordables, améliorer les écoles, renforcer la prévisibilité du droit et offrir suffisamment de liberté culturelle pour permettre à la créativité de s’épanouir.

Mais la première décennie a révélé une réalité frappante : lorsque les anciennes contraintes ont été levées, la société a adopté le changement comme si elle l’attendait depuis toujours.

Ali Shihabi est un auteur et commentateur de la politique et de l'économie de l'Arabie saoudite.

X : @aliShihabi

NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette section leur sont propres et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com