Le sommet de l’OTAN à Ankara révèle une volonté de renforcer les liens avec le Golfe

Les ministres des Affaires étrangères de l’OTAN et du Golfe se réunissent à Ankara en marge du sommet de l’OTAN, le 8 juillet 2026. (Photo OTAN)
Les ministres des Affaires étrangères de l’OTAN et du Golfe se réunissent à Ankara en marge du sommet de l’OTAN, le 8 juillet 2026. (Photo OTAN)
Publié le Samedi 11 juillet 2026

Le sommet de l’OTAN à Ankara révèle une volonté de renforcer les liens avec le Golfe

Le sommet de l’OTAN à Ankara révèle une volonté de renforcer les liens avec le Golfe
  • Le sommet d’Ankara consacre le détroit d’Ormuz comme un enjeu stratégique pour l’OTAN et renforce la coopération avec les États du CCG en matière de sécurité maritime
  • Sans transformer l’OTAN en garant de la sécurité du Golfe, l’Alliance développe un rôle plus opérationnel fondé sur le renforcement des capacités, le partage du renseignement et la coopération institutionnelle

En marge du sommet de l’OTAN à Ankara, les 7 et 8 juillet, les ministres des Affaires étrangères de l’OTAN et de hauts responsables du Golfe ont tenu une session spéciale afin d’examiner les développements dans le Golfe, les risques pesant sur la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz, ainsi que les moyens de renforcer la coopération entre l’Alliance et le Conseil de coopération du Golfe (CCG).

La réunion a rassemblé des représentants des pays partenaires de l’Initiative de coopération d’Istanbul (ICI) : Bahreïn, le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis.

Les discussions entre les responsables du CCG et de l’OTAN se sont articulées autour de trois grands axes. Le premier concernait la sécurité du détroit d’Ormuz, le Royaume-Uni et la France ayant proposé une mission maritime multinationale pour Ormuz qui pourrait servir de cadre à une coordination OTAN-CCG. Le deuxième portait sur la coopération dans le domaine des industries de défense, alors que le Koweït et Bahreïn continuaient d’être visés par des attaques iraniennes, y compris pendant le sommet de l’OTAN. Enfin, les échanges ont porté sur les relations institutionnelles, les responsables de l’OTAN plaidant pour un renforcement de la coopération dans le cadre de l’OTAN et de l’ICI.

Au cours de la session, la délégation qatarienne a annoncé que l’OTAN et le Qatar étaient convenus d’un nouveau programme de partenariat et étaient sur le point de créer au Qatar un centre régional de soutien aux opérations de paix parrainé par l’OTAN. Dans le Golfe, le Koweït accueille depuis 2017 le Centre régional OTAN-ICI.

Lancée en 2004, l’ICI n’a pas encore pleinement réalisé son potentiel en tant que cadre de coopération entre l’OTAN et le CCG. Toutefois, ces dernières années, elle a retrouvé de son importance, notamment en raison du défi sécuritaire immédiat posé par la guerre avec l’Iran.

Ainsi, le principal moteur de cette réunion spéciale entre les responsables de l’OTAN et du CCG lors du sommet d’Ankara a été les attaques iraniennes contre les États du CCG depuis le 28 février ainsi que les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.

Le conflit a élevé Ormuz au rang de nouvelle frontière stratégique pour l’OTAN, tout en positionnant les États du CCG comme les principaux partenaires régionaux de l’Alliance. En conséquence, le détroit d’Ormuz figure pour la première fois dans la déclaration finale de l’OTAN. 

Dans leur communiqué final, les membres de l’Alliance ont réaffirmé que « l’Iran ne doit jamais disposer de l’arme nucléaire et nous appelons l’Iran à respecter pleinement la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz ». Ils ont également appelé les États membres de l’ICI à coopérer avec l’OTAN pour l’avenir d’Ormuz.

Avant même le sommet, les responsables de l’OTAN avaient souligné à plusieurs reprises que la sécurité européenne et celle du Golfe étaient indissociables. Selon eux, l’OTAN ne se limite plus à la défense du territoire des Alliés, mais peut également répondre légitimement à des évolutions au-delà de ses frontières lorsqu’elles ont des implications directes pour la sécurité européenne, comme c’est le cas dans le détroit d’Ormuz.

Le sommet d’Ankara, ainsi que l’inclusion du détroit d’Ormuz parmi les domaines stratégiques de préoccupation de l’OTAN dans la déclaration finale, marquent l’évolution de la stratégie de l’Alliance dans le Golfe, passant d’un simple engagement à une coopération sécuritaire fonctionnelle avec les États du CCG, la sécurité maritime dans le détroit constituant désormais le principal axe de cette coopération.

                                          Dr Sinem Cengiz

Dans cette optique, lors de la session avec les responsables du Golfe, la France et le Royaume-Uni ont proposé la création d’une coalition maritime multinationale destinée à garantir la liberté de navigation dans le détroit une fois les tensions apaisées ou le conflit résolu.

Toutefois, compte tenu de l’opposition persistante de l’Iran, cette proposition a peu de chances d’aboutir. Elle traduit néanmoins la volonté de certains membres de l’OTAN de jouer un rôle plus important dans la sécurité maritime en coopération avec leurs partenaires du Golfe.

S’il est difficile de parler d’une « otanisation » de la sécurité du Golfe, on peut en revanche évoquer l’émergence d’une coopération sécuritaire « fonctionnelle » entre l’Alliance et les États du CCG.

Le sommet d’Ankara, ainsi que l’inclusion du détroit d’Ormuz parmi les domaines stratégiques de préoccupation de l’OTAN dans la déclaration finale, marquent l’évolution de la stratégie de l’Alliance dans le Golfe, passant d’un simple engagement à une coopération sécuritaire fonctionnelle avec les États du CCG, la sécurité maritime dans le détroit constituant désormais le principal axe de cette coopération.

La sécurité maritime constitue déjà un domaine d’expertise de l’OTAN, ce qui en fait un acteur clé du point de vue des États du CCG. Cela ne fait toutefois pas de l’OTAN le principal garant de la sécurité du Golfe ni ne signifie qu’elle entend établir un commandement permanent dans la région.

Il s’agit plutôt d’un renforcement progressif du rôle de l’OTAN en tant qu’acteur de sécurité « fonctionnel », dont l’action se concentre sur un champ limité : le renforcement des capacités et le partage du renseignement dans le domaine de la sécurité maritime, sans remettre en cause l’architecture sécuritaire régionale dominée par les États-Unis.

Ce rôle fonctionnel dépasse désormais le cadre traditionnel du dialogue OTAN-ICI pour évoluer vers une coopération institutionnelle intégrant davantage le Golfe dans l’agenda élargi de l’OTAN pour son voisinage méridional.

Lorsqu’ils évoquent la coopération entre l’OTAN et le CCG, les responsables de l’OTAN citent souvent le cas de la Libye comme un exemple de coopération fructueuse. Ils souhaitent développer un modèle similaire dans le contexte du détroit d’Ormuz.

Cependant, même si l’évolution du rôle fonctionnel de l’OTAN repose sur de solides motivations stratégiques, plusieurs facteurs continueront d’en influencer la portée. Parmi eux figurent la perception iranienne de l’expansion de l’OTAN, les divisions internes entre les membres de l’Alliance ainsi que les priorités divergentes des États du CCG.

En outre, la coopération OTAN-ICI repose sur une logique bilatérale plutôt que sur un véritable partenariat OTAN-CCG capable de porter une vision collective.

L’adhésion de l’Arabie saoudite et d’Oman en tant que partenaires officiels de l’ICI pourrait toutefois modifier cette dynamique, ces deux pays étant des acteurs essentiels pour la sécurité maritime dans le détroit d’Ormuz ainsi que pour la diplomatie régionale.

À titre d’exemple, alors même que se tenait le sommet de l’OTAN, les ministres des Affaires étrangères saoudien et omanais se sont réunis à Mascate pour discuter de la sécurité maritime à Ormuz dans un contexte de regain des tensions entre l’Iran et les États-Unis. Le 3 juillet, le Royaume-Uni et la France ont annoncé qu’Oman avait accepté de travailler avec les deux pays afin de garantir la sécurité de la navigation dans les eaux du sultanat.

Ainsi, le sommet d’Ankara marque une étape importante dans les relations entre l’OTAN et le Golfe. La participation de hauts responsables du Golfe, l’inclusion du détroit d’Ormuz dans le communiqué final et les propositions formulées par plusieurs membres de l’Alliance pour renforcer la sécurité maritime dans le Golfe témoignent collectivement de l’intégration croissante de la dimension du Golfe dans la vision stratégique globale de l’OTAN. 

Sinem Cengiz est une analyste politique turque spécialisée dans les relations de la Turquie avec le Moyen-Orient. 

X: @SinemCngz

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com