J’ai récemment consacré six heures de mon temps à regarder « La Bataille de Gaulle », un film de guerre épique en deux parties qui, au-delà de son récit parfois discutable et de ses scènes de conflit et d’héroïsme, rappelle ce qui manque aujourd’hui à la France et à bien d’autres pays. À savoir l’importance de résister au fascisme, tout en bénéficiant d’un leadership guidé par une boussole morale, capable de défendre ses idéaux dans un monde qui aurait bien besoin de davantage de sens du service au profit de l’État et de la société.
Lors de la canicule insupportable qui a frappé l’Europe, et plus particulièrement la France, cet été, je me suis réfugié au cinéma pour profiter de sa climatisation. Beaucoup d’autres ont fait le même choix en allant voir « La Bataille de Gaulle », un film aussi long que poignant. Espérons que les spectateurs français en retiendront les leçons au moment d’élire leur prochain dirigeant dans moins d’un an.
Marine Le Pen, aspirante de longue date à l’Élysée après son père Jean-Marie, s’est employée à se présenter comme une patriote et une fervente défenseuse de la nation, malgré un parcours pour le moins controversé. Au-delà de son programme populiste d’extrême droite, elle a également été reconnue coupable d’implication dans une affaire de détournement de fonds publics. Une cour d’appel vient de l’autoriser à se présenter à la plus haute fonction du pays, malgré son casier judiciaire et le fait qu’elle pourrait être contrainte de porter un bracelet électronique à la cheville. Sa candidature, sans même parler d’une éventuelle victoire, pourrait faire se retourner Charles de Gaulle dans sa tombe, lui qui a tant œuvré pour libérer son pays occupé et garantir son indépendance ainsi que sa souveraineté pendant la Seconde Guerre mondiale.
Ce film captivant retrace le rôle du grand dirigeant français durant les années cruciales du début des années 1940, lorsqu’il était un général en exil animé d’une vision presque romantique de son pays après sa capitulation face à l’Allemagne nazie. Il met en lumière le courage d’un général en milieu de carrière capable de voir au-delà de la réalité immédiate de la défaite. Pendant plus de 350 minutes, le film célèbre avec enthousiasme la passion, le leadership et la stature de cet ancien président français, des qualités dont nombre de dirigeants actuels feraient bien de s’inspirer.
Outre une ressemblance physique saisissante, Simon Abkarian, acteur franco-arménien ayant grandi au Liban avant de s’installer à Los Angeles, incarne un De Gaulle ferme et obstiné, convaincu de la justesse de sa vision même lorsqu’il en doutait lui-même. Le film est également animé par une touche d’humour, notamment grâce à l’impassibilité d’Abkarian, son visage constamment fermé et sa moustache qui accentuent la rigidité légendaire du personnage. On ne peut s’empêcher de s’interroger sur la relation complexe qu’il entretenait avec Winston Churchill, à la fois son plus proche allié, son contradicteur et, par moments, celui qui cherchait à le contrôler.
D’un point de vue cinématographique, le film s’appuie largement sur un récit parallèle à celui de De Gaulle : le portrait saisissant de Fernand Bonnier de La Chapelle, figure des débuts de la Résistance française. De La Chapelle n’avait que 20 ans lorsqu’il assassina à Alger l’amiral de la flotte François Darlan, représentant du gouvernement de Vichy, après que ce dernier, largement considéré comme un collaborateur des nazis, eut conclu un accord controversé avec le général américain Dwight Eisenhower.
Dans le monde instable et particulièrement dangereux d’aujourd’hui, ce film rappelle que l’espoir demeure possible et que des dirigeants peuvent encore émerger pour nous conduire vers des eaux plus calmes. Alors que l’extrême droite gagne du terrain en Europe et en France et qu’un esprit quasi fascisant tend à se banaliser, « La Bataille de Gaulle » montre qu’avec les qualités de leadership appropriées, les responsables politiques peuvent transcender les épreuves et apporter des réponses aux maux qui paralysent le système politique. Ils ne devraient pas hésiter à faire preuve de l’obstination, de l’arrogance, mais aussi du génie dont De Gaulle fit preuve pour changer le destin de la France.
« La Bataille de Gaulle » rappelle que l’espoir reste possible et que des dirigeants peuvent encore émerger pour nous conduire vers des eaux plus calmes.
Mohamed Chebaro
Le calendrier de sortie du film ne pouvait être mieux choisi. Il intervient quelques mois seulement avant la fin de la présidence fragilisée d’Emmanuel Macron, alors qu’aucun candidat crédible et digne de confiance ne semble encore capable de faire face à Marine Le Pen, cheffe du Rassemblement national, qui mène campagne sur un programme mêlant réforme de l’Union européenne, protectionnisme économique et nationalisme français hostile à l’immigration.
Comme beaucoup de populistes contemporains, le vocabulaire patriotique de Marine Le Pen masque des politiques profondément clivantes, telles que la « préférence nationale », qui privilégie la population dite de souche. Son patriotisme économique dissimule un euroscepticisme profondément enraciné, tandis que son insistance sur l’assimilation sert de vecteur à des positions hostiles à l’islam. Elle s’est en revanche employée à effacer l’héritage du discours antisémite extrémiste qui a longtemps caractérisé le parti fondé par son père et contribué à son ascension.
Il n’est pas encore établi qui sera en mesure d’affronter Marine Le Pen pour tenter de préserver la France. Il reste du temps pour voir émerger un candidat obstiné, arrogant et doté d’une forme de génie, capable d’éloigner les électeurs de l’extrême droite. Sa mission sera redoutable, tout comme elle l’était lorsque la France vivait sous l’Occupation. Mais une chose est certaine : De Gaulle n’aurait jamais voté pour qu’un responsable politique condamné par la justice dirige sa nation.
La France a besoin d’un dirigeant prêt à mener le combat, et non d’un candidat déjà fragilisé et compromis avant même son entrée en fonction.
Mohamed Chebaro est un journaliste libano-britannique qui a plus de 25 ans d'expérience dans les domaines de la guerre, du terrorisme, de la défense, des affaires courantes et de la diplomatie.
X: @mochebaro
NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com














