Le Liban s’oriente vers un renforcement de ses relations avec la Turquie

Bien que la Turquie ne soit pas une nouvelle venue au Liban, elle a toujours besoin d’un soutien régional solide pour ses politiques dans le pays. (photo d’archive)
Bien que la Turquie ne soit pas une nouvelle venue au Liban, elle a toujours besoin d’un soutien régional solide pour ses politiques dans le pays. (photo d’archive)
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Publié le Samedi 01 août 2026

Le Liban s’oriente vers un renforcement de ses relations avec la Turquie

Le Liban s’oriente vers un renforcement de ses relations avec la Turquie
  • Le Liban et la Turquie cherchent à transformer leurs relations bilatérales en un partenariat stratégique axé sur la sécurité, la reconstruction économique et les infrastructures
  • Le rapprochement s’inscrit dans un contexte régional plus large, où Ankara veut renforcer son rôle au Levant avec le soutien de partenaires comme la Syrie et l’Arabie saoudite

Les deux plus hauts responsables libanais, le Premier ministre Nawaf Salam et le président Joseph Aoun, se sont chacun rendus en Turquie en juillet pour des réunions distinctes avec le président Recep Tayyip Erdogan et de hauts responsables turcs, dans ce qui pourrait être décrit comme une initiative diplomatique majeure de Beyrouth envers Ankara. 

Les deux visites, sans parler de leur calendrier — à seulement trois semaines d’intervalle — peuvent être considérées comme particulièrement importantes, étant donné que les relations entre les deux pays, bien que cordiales, n’ont jusqu’à présent pas atteint leur plein potentiel. C’est pourquoi Salam a déclaré lors de sa visite que les relations bilatérales devaient être élevées « au niveau d’un partenariat stratégique ».

Cette vision a également été soulignée par Aoun lors d’un entretien accordé aux médias turcs avant sa visite dans le pays jeudi. Les trois points clés qu’il a mis en avant étaient : la position centrale de la Turquie dans l’ordre régional ; l’idée d’une coordination avec la Turquie comme une nécessité stratégique plutôt qu’une option temporaire ; et le soutien potentiel de la Turquie aux efforts visant à renforcer les capacités des institutions militaires libanaises.

Il a déclaré que Beyrouth « comptait sur Ankara » pour contribuer à garantir le retrait d’Israël du sud du Liban et soutenir la mise en œuvre de l’accord-cadre avec les autorités israéliennes. Il a toutefois également souligné que tout soutien turc devait venir en complément du soutien américain existant et de celui de la communauté internationale au sens large, et non en remplacement de ceux-ci.

De son côté, Ankara est depuis longtemps prête à un engagement plus approfondi avec Beyrouth. En juin, Erdogan a déclaré ouvertement pour la première fois que le Liban et la Syrie étaient des éléments clés de la sécurité nationale turque. Cette déclaration intervenait en réponse à l’agression israélienne et aux ambitions d’hégémonie régionale. Cela positionne le Liban et la Syrie comme des frontières stratégiques dans l’opposition turque à l’expansionnisme israélien.

Du point de vue de Tel-Aviv, l’avertissement d’Erdogan selon lequel les intérêts sécuritaires turcs s’étendent désormais jusqu’à Damas et Beyrouth n’était pas une évolution positive. En outre, l’ouverture de Beyrouth à l’idée de voir la Turquie jouer un rôle plus fonctionnel au Liban risque de compliquer les calculs israéliens.

Du point de vue d’Ankara, Israël tente d’entraîner le Liban dans sa rivalité avec la Turquie, et Ankara n’est probablement pas disposée à permettre que cela se produise, quel qu’en soit le prix.

La Turquie a déjà établi de solides relations avec le nouveau gouvernement syrien, et son empreinte, tant sur le plan économique que sécuritaire, s’est étendue en Syrie dans l’ère post-Assad. Ankara, désormais avec l’accord de Beyrouth, souhaite également contribuer au redressement économique et sécuritaire du Liban.

Bien que la Turquie ne soit pas une nouvelle venue au Liban, elle a toujours besoin d’un soutien régional solide pour ses politiques dans le pays, et compte notamment sur ses relations de coopération avec Damas et Riyad.

Les discussions du mois dernier entre les dirigeants libanais et Erdogan ont porté en particulier sur le redressement économique et la reconstruction des infrastructures. 

                                                Dr Sinem Cengiz

Ankara a déjà démontré la valeur de sa diplomatie en coulisses, notamment dans les discussions entre la Syrie et le Liban, et même entre la Syrie et le Hezbollah, afin d’éviter une escalade des tensions au Levant. Lors de la visite de Salam, Erdogan a une nouvelle fois insisté sur l’importance de favoriser de solides relations de bon voisinage entre Beyrouth et Damas, dans l’intérêt de l’ensemble de la région.

La stabilité du Liban constitue un enjeu crucial qui correspond aux intérêts turcs et syriens. C’est pourquoi la Turquie a inclus le Liban dans l’alliance régionale de sécurité qu’elle dirige aux côtés des autres voisins de la Syrie, notamment la Jordanie et l’Irak. Dans ce contexte, la Turquie semble prête à fournir tous les moyens nécessaires de soutien sécuritaire à Beyrouth.

Les forces turques participent depuis plusieurs années à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), qui se prépare à mettre fin à ses opérations lorsque son mandat arrivera à expiration en décembre 2026, avant de se retirer du pays après près de cinq décennies. En tant que membre clé de l’OTAN, la Turquie cherche désormais des participants pour un éventuel déploiement d’une nouvelle force de l’OTAN dans le sud du Liban, avec un contingent turc important, afin de remplacer la FINUL.

Plus important encore, toutefois, le Liban chercherait à acheter des produits de défense turcs. Une telle évolution est étroitement liée au redressement économique du pays, qui nécessitera une stabilité politique interne ainsi que le retrait des forces israéliennes. Cependant, le simple intérêt porté aux acquisitions de défense indique déjà que le Liban cherche à diversifier ses partenariats dans les domaines sécuritaire et économique. Et la Turquie semble être une candidate solide pour combler ce vide dans les deux secteurs.

Dans ce contexte, les discussions de ce mois-ci entre les dirigeants libanais et Erdogan ont porté en particulier sur le redressement économique et la reconstruction des infrastructures. Le Liban souhaite faire partie du projet ferroviaire du Hedjaz prévu à travers les lignes Tripoli-Homs et Beyrouth-Damas.

C’est pourquoi la Syrie et l’Arabie saoudite jouent un rôle clé ; elles ne participent pas seulement au projet ferroviaire, mais sont également des partenaires de la Turquie sur plusieurs dossiers régionaux. Le Liban ne fait actuellement pas partie du projet du Hedjaz, mais s’il devait intégrer ce corridor logistique régional essentiel, cela contribuerait considérablement à son redressement économique et infrastructurel à long terme, notamment après la remise en état de ses voies ferrées.

Du point de vue du Liban, le rôle de la Turquie repose sur au moins trois piliers principaux : la lutte contre l’agression israélienne grâce au renforcement des liens sécuritaires et au poids d’Ankara à Washington ; le soutien au redressement économique et infrastructurel du Liban à travers ses projets de connectivité ; et l’aide humanitaire via des initiatives de soft power.

La Turquie est déjà engagée au Liban à travers l’utilisation de son influence douce par l’intermédiaire de l’Agence turque de coopération et de coordination, de l’Agence de gestion des catastrophes et des situations d’urgence, ainsi que du Croissant-Rouge turc, trois institutions qui fournissent une aide humanitaire au Liban.

L’aide apportée au Liban a même joué un rôle influent dans le processus de normalisation entre la Turquie et l’Arménie. Par exemple, le poste-frontière d’Alican/Margara entre la Turquie et l’Arménie, fermé depuis 1993, a été rouvert en juin afin de faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire arménienne vers le Liban. Pendant des décennies, la diaspora arménienne au Liban a été considérée comme l’un des obstacles au renforcement des liens turco-libanais ; toutefois, le processus de normalisation entre Ankara et Erevan influence désormais les perceptions de la Turquie au Liban, et par conséquent leur relation.

Compte tenu de tous ces éléments, les visites des plus hauts responsables libanais en Turquie marquent le début d’un nouveau processus, différent des précédents, qui transformera les relations turco-libanaises et offrira une opportunité qu’aucun des deux pays — ni Beyrouth ni Ankara — ne voudra manquer. 

Sinem Cengiz est une analyste politique turque spécialisée dans les relations de la Turquie avec le Moyen-Orient. 

X: @SinemCngz

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com