La Turquie s'apprête à jouer un rôle plus important au Liban

Au cours des prochains mois, Ankara jouera un rôle politique, sécuritaire et économique plus important au Liban (photo d'archive)
Au cours des prochains mois, Ankara jouera un rôle politique, sécuritaire et économique plus important au Liban (photo d'archive)
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Publié le Mardi 11 août 2026

La Turquie s'apprête à jouer un rôle plus important au Liban

La Turquie s'apprête à jouer un rôle plus important au Liban
  • Ankara a joué un rôle important dont très peu de gens parlent. Elle a empêché un affrontement entre le Hezbollah et le président syrien Ahmad Al-Sharaa
  • Elle a ouvert un canal de communication avec le groupe armé et veillé à favoriser des relations pacifiques entre le Liban et la Syrie

La visite du président libanais Joseph Aoun en Turquie le mois dernier n’est pas survenue sans raison. Elle revêt également une importance qui va au-delà d’une simple visite protocolaire dans un pays voisin. La Turquie est appelée à jouer un rôle plus important au Liban et, cette fois-ci, elle bénéficie de l’assentiment des factions internes et des acteurs régionaux.

Ankara a joué un rôle important dont très peu de gens parlent. Elle a empêché un affrontement entre le Hezbollah et le président syrien Ahmad Al-Sharaa. Elle a ouvert un canal de communication avec le groupe armé et veillé à favoriser des relations pacifiques entre le Liban et la Syrie. Al-Sharaa exigeait que le Liban lui remette les membres du Hezbollah accusés d’avoir commis des crimes en Syrie. Parallèlement, le groupe était accusé d’abriter les vestiges du régime d’Assad. La situation était sur le point de dégénérer en affrontement, mais la Turquie a neutralisé cette menace et Al-Sharaa est revenu sur sa demande initiale concernant le Hezbollah. Le Hezbollah reste inquiet d’une éventuelle intervention syrienne face à la pression croissante exercée par le président américain Donald Trump. Cela rend les relations avec la Turquie cruciales pour le groupe.

Alors que le Hezbollah ne souhaitait voir aucune puissance rivaliser avec l’influence de l’Iran en Syrie ou au Liban, il considère désormais la présence turque comme une nécessité. Ses relations avec la Turquie sont importantes non seulement pour tenir Damas à distance, mais aussi comme protection potentielle contre Israël. Le groupe sait que la situation n’est pas tenable. Pour l’instant, il conserve la loyauté de la plupart des chiites libanais, mais leur soutien n’est pas garanti si la situation actuelle persiste.

Alors que le Hezbollah ne souhaitait voir aucune puissance rivaliser avec l’Iran en Syrie, il considère désormais la présence turque comme une nécessité

Dr Dania Koleilat Khatib


Une solution est nécessaire pour mettre fin à la guerre et permettre aux personnes déplacées de regagner leurs foyers dans le sud. Le Hezbollah ne peut pas apporter de solution. Il sait que pour parvenir à un accord avec Israël, un garant de sécurité est indispensable. La Turquie, membre de l’OTAN, peut fournir une force capable d’assurer cette sécurité. Israël n’attaquerait pas un membre de l’OTAN. Et il est désormais encore moins probable qu’Israël ose s’en prendre à la Turquie en raison de l’accord de La Mecque qu’il a signé la semaine dernière avec l’Arabie saoudite et le Pakistan. Les factions opposées au Hezbollah saluent également l’influence turque, qu’elles considèrent comme un moyen d’atténuer l’influence de l’Iran dans le pays. C’est également bien préférable à une intervention syrienne, qui risquerait de rouvrir de nombreuses blessures et de plonger le pays dans un conflit sectaire.

Comme mentionné, la visite d’Aoun n’est pas survenue dans le vide. Le président libanais et le Premier ministre Nawaf Salam « mettent tous leurs œufs dans le même panier » — celui des États-Unis — selon Karim Bitar, expert du Moyen-Orient à Sciences Po Paris. Aoun ne se serait pas rendu à Ankara s’il n’avait pas eu la bénédiction de Washington.

Le sommet de l’OTAN revêtait une importance particulière pour la Turquie. D’après mes sources, le président Recep Tayyip Erdogan bénéficie de l’assentiment tacite de Trump, qui souhaite contrebalancer Israël par la Turquie. Trump connaît très bien Benjamin Netanyahu et sait qu’il n’y aura jamais de paix tant que celui-ci sera Premier ministre et qu’Israël conservera son appétit insatiable d’expansion. Il est également conscient de la puissance du lobby pro-israélien, qui rendra très difficile pour tout décideur américain de se détourner d’Israël. Le meilleur moyen de contenir Tel-Aviv est de le contrebalancer par un acteur régional puissant : la Turquie

Avec l’accord de La Mecque, la Turquie n’est plus considérée comme une rivale de l’influence saoudienne, mais comme un complément à celle-ci. En effet, la coopération saoudo-turque s’est avérée très efficace en Syrie, alors pourquoi ne le serait-elle pas également au Liban ? De son côté, Ankara accorde une importance croissante à son engagement au Liban. Erdogan a déclaré en juin que la sécurité de la Turquie commençait à Alep, Damas et Beyrouth. C’est tout à fait normal, puisque le Liban et la Syrie constituent la ligne de front face à Israël.

La coopération saoudo-turque s’est avérée très efficace en Syrie, alors pourquoi ne le serait-elle pas également au Liban ?

Dr Dania Koleilat Khatib


Israël a clairement menacé la Turquie. L’ancien Premier ministre Naftali Bennett a déclaré qu’« une nouvelle menace turque émerge », qui est « similaire à celle de l’Iran ». Cela est naturel de la part d’un État comme Israël, qui prospère en semant la discorde parmi ses voisins et qui souhaite les maintenir faibles et sous contrôle. Il ne voudrait pas d’un État puissant dans son voisinage capable de contester ses actions. C’est pourquoi les relations avec le Liban sont cruciales pour la sécurité nationale turque.

La mission de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) devant prendre fin le 31 décembre, le Liban sera confronté à un vide sécuritaire dans le sud du pays, ce qui ouvrira la voie à de nouvelles incursions israéliennes. L’Allemagne a suggéré le mois dernier de déléguer des forces de l’UE pour remplacer la FINUL. Le sud a également fait l’objet de discussions à Ankara, Aoun ayant sollicité l’aide de la Turquie. Avec le retrait imminent de la force de l’ONU, la Turquie jouera un rôle important dans les dispositions de sécurité qui s’ensuivront.

Au-delà de la nécessité de tenir Israël à distance et de l’aspect sécuritaire de cette relation, le Liban revêt également une importance particulière dans le dossier énergétique de la Méditerranée orientale. Les délimitations maritimes entre le Liban et Chypre, ainsi qu’entre le Liban et la Syrie, auront un impact sur la répartition des ressources énergétiques dans la région. La délimitation entre le Liban et Chypre, effectuée en 2025 sans consultation de la Turquie, a suscité la colère d’Ankara.

Lors de sa récente visite, Aoun a également abordé la question de l’électricité. Deux pistes ont été proposées. La première repose sur l’approvisionnement en électricité par la Turquie via la Syrie. La seconde repose sur un câble maritime reliant la Turquie à la côte syrienne, puis à Tripoli. La Turquie a également exprimé son intention de contribuer à la reconstruction du sud du Liban.

La Turquie et l’Arabie saoudite ont des projets visant à redynamiser le chemin de fer du Hedjaz, qui relie l’Arabie saoudite à la Turquie en passant par la Jordanie et la Syrie. À la mi-mai, le Liban a lancé un appel d’offres officiel pour la conception et la modernisation de la ligne ferroviaire reliant Tripoli à Al-Abboudieh, dans le nord, dans le but de relier le port de Tripoli au réseau régional, y compris au tracé du chemin de fer du Hedjaz. Cela permettrait à Tripoli de retrouver sa place sur la carte internationale des transports et du commerce.

En résumé, au cours des prochains mois, nous verrons Ankara jouer un rôle politique, sécuritaire et économique plus important au Liban.

Le Dr Dania Koleilat Khatib est spécialiste des relations américano-arabes, avec une expertise particulière en matière de lobbying. Elle est cofondatrice du Centre de recherche pour la coopération et la consolidation de la paix, une organisation non gouvernementale libanaise axée sur le dialogue informel (Track II).

NDLR: Les opinions exprimées par les auteurs dans cette rubrique n’engagent qu’eux-mêmes et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.