En Turquie, les réfugiés syriens partis pour rester

Selon les chiffres officiels, la ville turque de Gaziantep compte quelque 450 000 réfugiés Syriens, soit un habitant sur cinq (Photo, AFP).
Selon les chiffres officiels, la ville turque de Gaziantep compte quelque 450 000 réfugiés Syriens, soit un habitant sur cinq (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Lundi 08 mars 2021

En Turquie, les réfugiés syriens partis pour rester

  • Sur quelque 5,6 millions de Syriens qui ont pris le chemin de l'exil depuis le début du conflit, plus de 3,6 millions se sont réfugiés en Turquie voisine
  • «Je souhaite rentrer en Syrie, mais j'essaye en même temps d'obtenir la nationalité turque, car tant qu'Assad est au pouvoir, il est hors de question pour nous d'y retourner» explique l’un d’eux

GAZIANTEP: Certains s'en sortent, d'autres moins bien ou pas du tout. Réfugiés en Turquie, des Syriens rêvent d'un retour dans leur pays, mais n'entendent pas bouger tant que leur épouvantail Bachar al-Assad est au pouvoir.

Sur quelque 5,6 millions de Syriens qui ont pris le chemin de l'exil depuis le début du conflit qui entre le 15 mars dans sa onzième année, plus de 3,6 millions se sont réfugiés en Turquie voisine, modifiant profondément la démographie des provinces turques frontalières comme Gaziantep et Hatay.

Selon les chiffres officiels, Gaziantep compte quelque 450 000 réfugiés Syriens, soit un habitant sur cinq. Ils sont originaires en majorité de la ville martyre d'Alep, distante de 110 km de l'autre côté de la frontière, et sa région.

« Je souhaite rentrer en Syrie, mais j'essaye en même temps d'obtenir la nationalité turque, car tant qu'Assad est au pouvoir, il est hors de question pour nous d'y retourner », dit Ismaïl Abtini, propriétaire avec sa famille d'un restaurant sur l'avenue Inönü, l'une des principales artères commerçantes de la ville de Gaziantep, le chef-lieu éponyme.

Abtini a quitté Alep en 2013 avec ses parents, ses frères et soeurs, sa femme et leurs enfants « pour fuir les barils d'explosifs du régime largués sur notre quartier ». L'un de ses frères a péri dans l'un des bombardements.

Devant deux rôtissoires de poulets, une broche verticale tournante de chawarma et un bac de falafel, les employés syriens préparent des commandes pour livraison ou à emporter seulement, coronavirus oblige.

Un homme fait ses courses dans une boutique syrienne de Gaziantep (Photo, AFP).

« Laisser tout tomber »

Le business est florissant, reconnaît Abtini, mais il n'hésitera pas à retourner en Syrie si le régime est évincé. « Nous avons laissé derrière des commerces, des maisons et une grande ferme ».

Dans cette section de l'avenue Inönü, plus connue sous le nom de bazar iranien, la plupart des magasins sont exploités par des Syriens, même si les noms sur les devantures sont écrits en alphabet turc comme l'exige la loi. 

« Nous sommes partis pour fuir le régime, maintenant si on nous dit qu'Assad est tombé, tu ne trouveras plus un seul Syrien en Turquie. Vous voyez tous les magasins des Syriens dans cette rue ? Ils laisseront tout tomber et rentreront immédiatement en Syrie », assure Zakaria al-Sabbagh, 23 ans, vendeur de fruits secs.

« Si le régime reste, il n'y aura pas d'espoir. Mes enfants me sont trop chers pour que je leur fasse vivre ce que nous avons vécu, nous », abonde un autre commerçant, Khader al-Houssein, 41 ans.

Dans son petit salon de coiffure, Mohammad Abou Al-Nar, 28 ans, et ses clients refont le monde en se répandant en conjectures sur les possibles issues du conflit. 

« Si je rentre maintenant, je serai emprisonné et personne n'aura de mes nouvelles, d'autant plus que je suis déserteur de l'armée et ils sont nombreux dans le même cas que moi en Turquie », affirme le barbier en plongeant sa paire de ciseaux dans la tignasse grisonnante d'un client.

« Maybe one day »

Si les commerçants de l'avenue Inönü se sont refait une vie à Gaziantep, d'autres Syriens y vivotent. 

C'est le cas de Zeina Alawi, qui a perdu son mari dans un bombardement en 2014. Elle vit avec ses quatre filles et deux fils dans un miséreux appartement d'un quartier qui l'est autant, non loin du centre de la ville.

La pandémie l'a privée de ses petits boulots et elle dépend de bienfaiteurs pour nourrir sa famille et payer l'équivalent de 50 euros de loyer. Chauffée par un poêle à charbon, la pièce principale de son appartement est meublée de deux matelas et un vieux sofa rayé.

Sans perspective de retour en vue, elle évoque son pays avec nostalgie.

« Je dis aux enfants que la Syrie est un beau pays, on y habitait dans une maison, on était heureux et on n'avait pas à souffrir avec le genre de travail que l'on doit faire ici. Mais Dieu en a décidé autrement. »

Ahd Al-Wali, épicière et confidente de nombreuses familles syriennes du quartier, a quitté Alep avec son fils unique en 2014, un an après la mort de mari qui a combattu les forces du régime. 

« Comment pourrais-je retourner là-bas (maintenant) ? », interroge cette Syrienne de 39 ans dans son petit magasin, où l'ardoise est le moyen de paiement préféré de sa clientèle syrienne démunie.

« Puis-je m'imaginer marcher dans la rue, voir son portrait accroché au milieu de la destruction qu'il a lui-même causée, sans parler des enfants et des femmes qu'il a tués ? Bien sûr que non », ajoute-t-elle.

Une inscription en anglais taguée sur un mur près de l'épicerie semble résumer le sentiment des habitants syriens quant à un éventuel retour au pays: « Maybe one day ». Peut-être un jour.


Le président libanais se déchaîne contre le Hezbollah, veut des négociations avec Israël

Le président libanais Joseph Aoun a accusé lundi le Hezbollah de vouloir provoquer "l'effondrement" du Liban pour le compte de l'Iran et appelé à des négociations "directes" avec Israël pour mettre fin à la guerre. (AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a accusé lundi le Hezbollah de vouloir provoquer "l'effondrement" du Liban pour le compte de l'Iran et appelé à des négociations "directes" avec Israël pour mettre fin à la guerre. (AFP)
Short Url
  • Israël pilonne sans relâche le Liban depuis que la formation pro-iranienne a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël
  • "Ceux qui ont lancé les missiles" sur Israël ont voulu "provoquer l'effondrement du Liban (..) pour le compte de l'Iran, et c'est ce que nous avons mis en échec", a affirmé le dirigeant libanais, adoptant un ton extrêmement ferme à l'égard du Hezbollah

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a accusé lundi le Hezbollah de vouloir provoquer "l'effondrement" du Liban pour le compte de l'Iran et appelé à des négociations "directes" avec Israël pour mettre fin à la guerre.

Israël pilonne sans relâche le Liban depuis que la formation pro-iranienne a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël.

"Ceux qui ont lancé les missiles" sur Israël ont voulu "provoquer l'effondrement du Liban (..) pour le compte de l'Iran, et c'est ce que nous avons mis en échec", a affirmé le dirigeant libanais, adoptant un ton extrêmement ferme à l'égard du groupe pro-iranien.

Il a tenu ces propos lors d'une rencontre par visioconférence avec les chefs des institutions européennes Ursula von der Leyen et Antonio Costa.

Joseph Aoun a qualifié le Hezbollah "de faction armée échappant à l'autorité de l'Etat au Liban, qui n'accorde aucun poids aux intérêts du Liban, ni à la vie de son peuple".

Il a assuré que la décision, lundi, du gouvernement d'interdire toute activité militaire ou sécuritaire du Hezbollah était "claire et irrévocable". "C'est ce que nous voulons mettre en oeuvre avec fermeté et clarté", a déclaré Joseph Aoun.

Le chef de l'Etat a proposé, pour mettre un terme à la guerre, "une trêve" avec Israël, suivie par une aide logistique à l'armée libanaise pour qu'elle puisse se déployer dans les zones de conflit et "désarmer le Hezbollah".

Dans le même temps, il s'est déclaré pour "que le Liban et Israël entament des négociations directes sous parrainage international" entre les deux pays toujours en état de guerre.

Les frappes israéliennes ont fait depuis le 2 mars près de 400 morts et un demi-million de déplacés.

 


Liban: un prêtre tué par des tirs israéliens dans un village du sud

Liban: un prêtre tué par des tirs israéliens dans un village du sud
Short Url
  • Une maison du village a été visée lundi par "deux tirs d'artillerie successifs provenant d'un char ennemi de type Merkava", selon l'Ani
  • Le premier tir a blessé le propriétaire de la maison et son épouse, a précisé le média

BEYROUTH: Un prêtre a été tué lundi par des tirs d'artillerie de l'armée israélienne dans un village du sud du Liban, particulièrement touché par la reprise du conflit entre Israël et le mouvement pro-iranien Hezbollah, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle), des habitants et une source médicale à l'AFP.

La victime, Pierre Raï, était le curé de la paroisse de Qlayaa, qui fait partie des villages chrétiens frontaliers du sud du Liban ayant décidé de se tenir à l'écart du conflit et de ne pas suivre les ordres d'évacuation israéliens.

Une maison du village a été visée lundi par "deux tirs d'artillerie successifs provenant d'un char ennemi de type Merkava", selon l'Ani.

Le premier tir a blessé le propriétaire de la maison et son épouse, a précisé le média.

Un second tir sur la maison a blessé le prêtre et trois autres habitants, selon des résidents du village, qui ont raconté à l'AFP être accourus sur place avec des secouristes de la Croix rouge libanaise.

Le prêtre a plus tard succombé à ses blessures, a affirmé une source médicale.

Les motivations de l'attaque israélienne contre cette maison située en bordure du village restent pour l'instant inconnues.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le pays dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars en lançant des missiles sur Israël qui mène depuis des représailles massives.

L'armée israélienne a ordonné à plusieurs reprises aux habitants d'une vaste partie du sud du Liban de partir, provoquant un exode massif.

Le curé avait pris part vendredi à un rassemblement devant une église de Marjeyoun, localité avoisinante, où plusieurs dizaines d'habitants se sont dit résolus à rester sur leurs terres.

"Lorsque nous défendons nos terres, nous le faisons en tant que pacifistes qui ne portent que des armes de paix", avait alors déclaré Pierre Raï.

Il avait appelé à considérer Marjeyoun comme "une zone rouge", c'est-à-dire qui ne devrait pas abriter des déplacés de la zone partisans du Hezbollah.

 


Liban: nouvelle frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth

Short Url
  • L'aviation israélienne a mené une nouvelle frappe lundi matin sur la banlieue sud de Beyrouth
  • Un porte-parole arabophone de l'armée israélienne avait averti qu'elle allait frapper les succursales de la société financière Al-Qard Al-Hassan

BEYROUTH: L'aviation israélienne a mené une nouvelle frappe lundi matin sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle) et les images de l'AFPTV.

Un porte-parole arabophone de l'armée israélienne avait averti qu'elle allait frapper les succursales de la société financière Al-Qard Al-Hassan, liée au Hezbollah, implantée notamment dans les fiefs de la formation.