Liban: «journée de la colère» sur fond d'une nouvelle dégringolade monétaire

Un manifestant marche alors que des pneus érigés en barricade brûlent, dans la banlieue nord de Beyrouth le 8 mars (Photo, AFP).
Un manifestant marche alors que des pneus érigés en barricade brûlent, dans la banlieue nord de Beyrouth le 8 mars (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 08 mars 2021

Liban: «journée de la colère» sur fond d'une nouvelle dégringolade monétaire

  • Des manifestants libanais ont bloqué plusieurs axes routiers majeurs lundi pour exprimer leur «colère» face à la dégradation sans fin de la situation économique et sociale du pays
  • Outre des licenciements massifs et une augmentation importante de la pauvreté, la crise s'accompagne d'une dépréciation de la livre qui a perdu plus de 85% de sa valeur

BEYROUTH: Des manifestants libanais ont bloqué plusieurs axes routiers majeurs lundi pour exprimer leur « colère » face à la dégradation sans fin de la situation économique et sociale du pays, par ailleurs englué dans une profonde crise politique.

Lundi matin, la plupart des entrées de Beyrouth étaient bloquées par des protestataires, mobilisés pour une « Journée de la colère ».

Ils ont incendié des bennes à ordures et des pneus, provoquant des colonnes de fumée noire au-dessus de la capitale. D'autres ont érigé des tentes au milieu des chaussées.

Les manifestants ont également bloqué plusieurs routes au sud de Beyrouth, à Tripoli (nord) et dans la vallée de la Bekaa (sud-est), selon l'agence nationale d'information, l'armée enchaînant les interventions pour en rouvrir certaines.

Depuis l'automne 2019, le Liban vit au rythme d'un effondrement économique jamais vu depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), aggravé par la pandémie et une explosion tragique en août au port de Beyrouth.

Outre des licenciements massifs et une augmentation importante de la pauvreté, la crise s'accompagne d'une dépréciation de la livre qui a perdu plus de 85% de sa valeur, provoquant une inflation à trois chiffres. 

Le pays attend aussi depuis sept mois la formation d'un nouveau gouvernement mais les partis au pouvoir, jugés corrompus et incompétents, restent absorbés par des marchandages sur la répartition des portefeuilles.

Un panneau publicitaire d’une entreprise de transfert de devise, entouré de fumée, symbole de la dégradation économique du pays (Photo, AFP).

« Ressusciter la révolution »

Ces derniers jours, la livre libanaise a connu une nouvelle dégringolade, battant tous les records atteints depuis le début de la crise : le billet vert a frôlé les 11 000 livres sur le marché noir --contre un taux officiel maintenu à 1 507 livres pour un dollar--, provoquant une nouvelle flambée des prix.

Et l'épuisement progressif des réserves en devises de la Banque centrale, allouées à la subvention des produits alimentaires de base, fait craindre le pire.

« Nous avons bloqué toutes les routes aujourd'hui pour dire à tout le monde : c'est fini », lance Pascale Nohra, manifestante à Jal el-Dib, au nord de Beyrouth. « Nous n'avons plus rien à perdre. Même notre dignité nous l'avons perdue ». 

« La crise touche tous les Libanais et toutes les communautés » religieuses, poursuit-elle, dans un pays multiconfessionnel et politiquement polarisé.

A l'automne 2019, des dizaines de milliers de manifestants avaient battu le pavé pendant plusieurs semaines contre le pouvoir. La contestation avait fini par se tasser sous le double effet de la formation d'un cabinet et de la pandémie.

Mais les réformes sont restées lettre morte et la colère populaire a été exacerbée par l'explosion du 4 août au port, un drame imputé à la négligence des autorités et qui a fait plus de 200 morts.

« Aujourd'hui, nous voulons ressusciter la révolution dans la rue (...) car le peuple et le pays sont morts », dit Anthony Douaihy. « Si (...) nous ne (leur) faisons pas face (...), cette classe corrompue nous gouvernera pendant 30 années supplémentaires ».

Des jeunes de sortie pour manifester, brandissant le drapeau du Liban (Photo, AFP).

« Inaction politique »

Lundi, le président Michel Aoun a tenu une réunion « financière, économique et sécuritaire » en présence notamment du Premier ministre par intérim Hassan Diab.

Mais dans un pays qui n'a jamais mené à bien les réformes attendues par la communauté internationale, les observateurs restent circonspects.

« La chute du taux de change n'est que la poursuite d'une nette tendance baissière (...) depuis le début de la crise et l'inaction politique concomitante », résume Mohammad Faour, chercheur en Finances à l'Université de Dublin.

Lundi, l'Observatoire de la crise à l'Université américaine de Beyrouth a alerté sur les retombées de cette nouvelle chute monétaire, estimant que « le pire n'était pas encore arrivé ».

Les partis au pouvoir tergiversent, accusés par certains d'attendre un pourrissement supplémentaire.

« Il est plus facile pour les dirigeants de ne rien faire, de répercuter lentement les pertes sur la population et de régner sur un pays beaucoup plus pauvre que de faire des réformes », estime l'économiste Mike Azar.

« Les réformes nécessaires frappent directement le système clientéliste des partis politiques alimenté par le secteur public », justifie-t-il. « La restructuration des banques ferait peser une partie du fardeau sur les actionnaires et les grands déposants, deux classes politiquement influentes ».

En décembre, la Banque mondiale avait évoqué dans un rapport accablant une « dépression délibérée », épinglant l'inaction des dirigeants.


Les attaques "illégales" au Moyen-Orient risquent de devenir incontrôlables, alerte le chef de l'ONU

Une famille déplacée des banlieues sud de Beyrouth après l’avertissement de l’armée israélienne, qui a poussé les habitants à évacuer avant des frappes aériennes. (Reuters)
Une famille déplacée des banlieues sud de Beyrouth après l’avertissement de l’armée israélienne, qui a poussé les habitants à évacuer avant des frappes aériennes. (Reuters)
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  • Le chef de l’Organisation des Nations unies avertit que l’escalade des attaques au Moyen-Orient pourrait devenir incontrôlable et appelle à des négociations diplomatiques
  • L’ONU alerte sur l’augmentation des besoins humanitaires, notamment à Gaza et au Liban, et sur les risques pour l’économie mondiale

NATIONS-UNIES: La situation provoquée par "toutes les attaques illégales" au Moyen-Orient et au-delà risque de devenir incontrôlable, a alerté vendredi le secrétaire général de l'ONU, tandis que l'organisation s'inquiète des besoins humanitaires qui augmentent.

"Toutes les attaques illégales au Moyen-Orient et au-delà provoquent des souffrances et des préjudices immenses aux civils à travers la région, et pose un grand risque pour l'économie mondiale, en particulier les populations les plus vulnérables", a-t-il déclaré dans un communiqué.

"La situation pourrait devenir incontrôlable pour tout le monde. Il est temps d'arrêter les combats et d'engager des négociations diplomatiques sérieuses. Les risques ne pourraient pas être plus grands", a-t-il ajouté.

Lors d'une conférence à New York, le chef des opérations humanitaires de l'ONU (Ocha), Tom Fletcher, a lui fustigé les sommes "ahurissantes" dépensées chaque jour dans cette guerre "tandis que les hommes politiques continuent à se vanter de couper les budgets d'aide".

"Nous assistons à une alliance de plus en plus mortifère entre la technologie et des tueries en toute impunité. Nous assistons à une attaque persistante contre les systèmes et les lois censés freiner nos plus bas instincts et des guerres irréfléchies", a-t-il ajouté.

Le diplomate s'est en particulier inquiété d'une guerre qui "ravage les marchés, les chaînes d'approvisionnement, les prix alimentaires", et perturbe les couloirs maritimes comme le détroit d'Ormuz.

Alors "nous nous mobilisons en prévision d'une augmentation des besoins humanitaires dans toute la région", en prépositionnant des marchandises et en cherchant d'autres routes d'approvisionnement, a-t-il assuré, s'inquiétant en particulier de l'impact sur des populations déjà dans le besoin, notamment au Liban ou à Gaza.

Après avoir fermé samedi tous les points de passage vers le petit territoire palestinien, Israël a rouvert un seul d'entre eux, Kerem Shalom, aggravant certaines pénuries, a déploré Tom Fletcher.

Il a notamment indiqué que l'ONU n'avait pu faire entrer à Gaza que moins d'un million de litres de carburant cette semaine, "bien en dessous" des plus de deux millions considérés comme "le strict minimum pour faire tourner les services".

En outre, "il va y avoir également moins d'attention portée à d'autres crises, de la République démocratique du Congo au Soudan, en passant par le Soudan du Sud (...) l'Ukraine et d'autres", a-t-il insisté.


L’Arabie saoudite et le Pakistan discutent de mesures pour mettre fin aux attaques iraniennes

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  • Les responsables de la défense de l’Arabie saoudite et du Pakistan ont discuté des attaques iraniennes et des mesures pour les stopper dans le cadre de leur accord de défense mutuelle
  • Riyad affirme avoir abattu des drones visant le champ pétrolier de Shayba, tandis que les tensions régionales s’intensifient avec l’escalade du conflit impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël

RIYAD : Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, et le chef des forces de défense du Pakistan, le général Asim Munir, ont discuté des attaques de l’Iran contre le Royaume, alors que le conflit militaire s’intensifie au Moyen-Orient.

« Nous avons discuté des attaques iraniennes contre le Royaume et des mesures nécessaires pour y mettre fin dans le cadre de notre accord stratégique conjoint de défense », a écrit le prince Khalid sur les réseaux sociaux tôt samedi.

« Nous avons souligné que de telles actions sapent la sécurité et la stabilité régionales et exprimé l’espoir que la partie iranienne fera preuve de sagesse et évitera toute erreur de calcul. »

Les États-Unis et Israël ont lancé une vaste campagne militaire contre l’Iran le 28 février. Depuis, l’Iran a attaqué plusieurs sites à travers le Golfe.

Téhéran a également ciblé des actifs militaires américains et israéliens à mesure que la guerre s’intensifiait, affectant la vie dans la paisible péninsule du Golfe arabe et risquant d’ébranler l’économie mondiale, alors que l’Iran continue de restreindre le transport énergétique à travers le détroit d’Ormuz.

Le ministère saoudien de la Défense a indiqué que plusieurs drones visant le champ pétrolier de Shayba dans le Rub al‑Khali (le Quart Vide) ont été abattus samedi.

Un drone a également attaqué l’ambassade des États-Unis à Riyad mardi, provoquant un incendie mineur, sans faire de blessés.

L’Arabie saoudite et le Pakistan ont signé en septembre un « Accord stratégique de défense mutuelle », stipulant que toute agression contre l’un des deux pays serait considérée comme une attaque contre les deux.

Par ailleurs, le ministre saoudien de l’Intérieur, le prince Abdulaziz ben Saud ben Naif, a reçu un appel de son homologue pakistanais Raza Naqvi, qui a condamné les attaques flagrantes visant le Royaume et a réaffirmé la solidarité de son pays face à toute menace contre la sécurité et la stabilité saoudiennes, selon l’agence de presse saoudienne. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La guerre au Moyen-Orient déclarée «crise humanitaire majeure» par l'agence de l'ONU pour les réfugiés

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  • "Des efforts sont actuellement en cours pour fournir une assistance humanitaire vitale aux pays touchés dans toute la région", a affirmé Ayaki Ito
  • Il a également relevé qu'"il est impératif que tous les civils contraints de franchir les frontières pour trouver refuge puissent le faire en toute sécurité"

GENEVE: L'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a annoncé vendredi que la guerre au Moyen-Orient constituait une "crise humanitaire majeure" nécessitant une réponse immédiate de tous les acteurs "dans toute la région".

"La crise croissante au Moyen-Orient constitue une urgence humanitaire majeure nécessitant une réponse immédiate dans toute la région et en Asie du Sud-Est", a annoncé devant la presse à Genève Ayaki Ito, directeur de la division des urgences et du soutien aux programmes du HCR.

"La récente escalade des hostilités et des attaques au Moyen-Orient a provoqué d'importants mouvements de population, tandis que les affrontements le long de la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan ont également contraint plusieurs milliers de familles à fuir", a-t-il ajouté.

L'ensemble des régions touchées accueillent déjà près de 25 millions de personnes, qu'il s'agisse de réfugiés, de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays ou de réfugiés récemment rentrés chez eux, selon le HCR.

"Des efforts sont actuellement en cours pour fournir une assistance humanitaire vitale aux pays touchés dans toute la région", a affirmé Ayaki Ito.

Il a également relevé qu'"il est impératif que tous les civils contraints de franchir les frontières pour trouver refuge puissent le faire en toute sécurité".

Le HCR suit de près l'évolution de la situation en Iran, pays où il est présent depuis 1984 et où il affirme être la plus grande agence des Nations unies, avec des bureaux à Téhéran et cinq antennes régionales.

Le HCR dispose en Iran d'environ 110 employés et "nous continuer à fonctionner avec des capacités réduites", a indiqué Ayaki Ito.

"Notre personnel est en danger" et "les réfugiés continuent à se rendre dans nos centres d'accueil", a-t-il affirmé.

L'Iran accueillait avant la guerre au Moyen-Orient 1,65 million de réfugiés et d'autres personnes ayant besoin d'une protection internationale, selon le HCR, qui continue de leur venir en aide et de les soutenir, malgré les défis logistiques.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies, quelque 50.000 Syriens ont notamment fui du Liban vers leurs pays au cours de la semaine dernière.