Twitch se politise à toute allure, au grand dam de sa communauté

Twitch, plateforme pour fans de jeux vidéos (Photo, AFP)
Twitch, plateforme pour fans de jeux vidéos (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 12 mars 2021

Twitch se politise à toute allure, au grand dam de sa communauté

  • «On est dans un choc des cultures où les politiques ont manqué à mon avis une étape, qui est de comprendre la culture» de Twitch
  • « Les gamers sont devenus un public politique à cibler, mais ils sont allergiques à toute forme de promotion et de communication politique, et ils ont l'impression d'être utilisés politiquement »

PARIS: Twitch se politise à toute vitesse, à l'approche de la présidentielle de 2022, au grand dam des utilisateurs de cette plateforme pour fans de jeux vidéos, inquiets de cette appropriation d'un espace jusqu'ici non partisan. 

Après le premier « tchat » de BFMTV sur Twitch, la semaine dernière, qui avait été submergé de commentaires négatifs, voire sexistes ou violents, une nouvelle polémique a éclaté cette semaine. 

En cause cette fois, Samuel Etienne. Le journaliste et animateur, qui présente notamment « Questions pour un champion » sur France 3, s'est installé depuis quelques mois sur la plateforme de streaming de jeux vidéos, où sa revue de presse quotidienne, « La matinée est tienne », rencontre un succès grandissant. 

Après une discussion à bâtons rompus avec François Hollande lundi, qui a fait chauffer les compteurs du site avec un pic de 84 000 spectateurs en direct, il a mis le feu aux poudres en annonçant qu'il organiserait un échange informel avec Jean Castex dimanche à 18H00. 

Aussitôt, des membres de la communauté de Twitch se sont répandus sur les réseaux sociaux pour critiquer l'initiative, lui reprochant de « pourrir » l'ambiance sur la plateforme en la politisant, voire de la transformer en réceptacle de la propagande gouvernementale. 

Certains s'en sont même pris au streameur Etoiles, accusé d'avoir introduit le loup dans la bergerie. C'est en effet ce grand fan de « Questions pour un champion », qui a initié l'an dernier Samuel Etienne aux joies de Twitch. « Ce n'est pas du tout le genre de live qui me plaît », mais « je ne peux rien y faire », s'est-il défendu. 

Une agitation qui a contraint Samuel Etienne à s'expliquer. « J'entends la colère d'une partie de la communauté Twitch, pour qui cet espace devrait être préservé de la politique et plus encore de la parole gouvernementale », mais « Twitch est un espace de liberté », et «mon pari, c'est que (la plateforme) peut être un outil de dialogue, d'échanges, de débats », a-t-il plaidé. 

Choc des cultures 

Mais il déclenché un deuxième « bad buzz » en assurant qu'il était hors de question qu'il donne la parole à des membres du RN... Avant de faire machine arrière et de lancer une invitation à Marine Le Pen, au nom du pluralisme, tout en disant vouloir lever le pied sur les interviews politiques. 

Pour Fabien Gaëtan, chargé du gaming et du divertissement à l'agence de conseil en communication We Are Social, cette polémique illustre le clash des cultures entre le monde de la politique et celui du numérique, aux codes très éloignés. 

« On est dans un choc des cultures où les politiques ont manqué à mon avis une étape, qui est de comprendre la culture » de Twitch, dont les membres « ont peur que ces personnalités politiques, avec tout le pouvoir médiatique dont elles disposent, modifient leur plateforme ». La crainte ultime étant selon lui que cela n'entraîne une réglementation plus étroite de Twitch, comme celle exercée par le CSA dans l'audiovisuel. 

« Les internautes en ont déjà marre alors que la campagne de 2022 vient à peine de commencer », abonde l'expert en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet. 

« Les gamers sont devenus un public politique à cibler, mais ils sont allergiques à toute forme de promotion et de communication politique, et ils ont l'impression d'être utilisés politiquement », dit-il. 

Pour lui, « les politiques français détournent la raison d'être des réseaux sociaux », en en faisant un outil de communication, au lieu « d'en respecter la culture » faite d'échanges horizontaux. Une offensive qui passe mal, surtout « après avoir passé plusieurs années à parler des réseaux sociaux comme d'une menace ». 

Au contraire, l'entourage de Jean Castex assure qu'en s'exprimant sur Twich, il désire « créer un espace de discussion privilégié avec une communauté avec laquelle on n’a pas l'opportunité de dialoguer ». 

« Le Premier ministre est heureux de pouvoir faire de la pédagogie sur son action mais aussi de répondre très concrètement, et individuellement aux questions, mais aussi aux craintes, aux interpellations également, de ses concitoyens », fait-on valoir à Matignon. 


Guerre au Moyen-Orient: la gauche française appelle Macron à rester dans une logique défensive

Mathilde Panot (2e à droite), présidente du groupe LFI–NFP, s’exprime après le premier vote sur les motions de censure contre le budget 2026, adopté via le 49.3, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
Mathilde Panot (2e à droite), présidente du groupe LFI–NFP, s’exprime après le premier vote sur les motions de censure contre le budget 2026, adopté via le 49.3, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
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  • La gauche française appelle à la prudence, demandant au président Emmanuel Macron de rester dans une posture défensive et de ne pas soutenir une guerre jugée « illégale » menée par Donald Trump et Benjamin Netanyahou sans mandat international
  • Malgré le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle et d’autres moyens militaires, plusieurs responsables de gauche (LFI, PS, PCF) réclament un cessez-le-feu immédiat, le respect du droit international et refusent toute escalade régionale

PARIS: La gauche française a appelé mercredi le président Emmanuel Macron à rester dans une logique défensive et à ne pas soutenir "une guerre illégale" après l'annonce du déploiement de moyens militaires pour protéger les intérêts de la France et de ses alliés frappés par la riposte iranienne aux attaques israélo-américaines.

"La France a raison d'honorer ses engagements mais nous ferons très attention à ce que la France ne mette pas un doigt dans une guerre illégale qui a été décidée uniquement par Trump et Netanyahou", a prévenu la cheffe des députés insoumis (LFI, gauche radicale) Mathilde Panot sur France inter.

"La France doit se situer du côté du cessez-le-feu immédiat, du droit international. Je suis très inquiète quand j'entends un ancien Premier ministre, Gabriel Attal, expliquer qu'il faudrait envoyer valser l'ONU qu'il compare à une ONG climatique", a-t-elle plaidé.

Lors de son allocution solennelle mardi soir, Emmanuel Macron a annoncé le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle, d'avions Rafale, d'une frégate et de moyens de défense anti-aérienne au Moyen-Orient.

Le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a reconnu sur X que "la protection de nos compatriotes, de nos alliés, le respect de nos engagements vis à vis de Chypre, l’intégrité territoriale du Liban ami, doivent être soutenus".

Mais cela ne doit pas "conduire à un soutien implicite à la guerre conduite sans mandat par Trump et Netanyahu", a-t-il ajouté en demandant "le retour du droit international" et "le refus d'une escalade régionale dont personne ne maîtrise l'ampleur".

Le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel a lui jugé que l'envoi du porte-avions Charles de Gaulle "constitue un nouveau palier dans l'escalade militaire".


Moyen-Orient: Macron annonce des renforts militaires dont le Charles de Gaulle

Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
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  • "J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée"
  • Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran

PARIS: Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée.

"J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée", a affirmé le président dans une allocution télévisée. Il a aussi annoncé l'envoi dans la région d'avions Rafale, de systèmes de défense anti-aérienne et de radar aéroporté, qui ont été déployés "ces dernières heures", ainsi que l'envoi à Chypre de la frégate Languedoc et de moyens anti-aériens.

Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran, et que deux bases françaises avaient subi dans ce conflit des "frappes limitées, ayant causé des dégâts matériels".

 


Dans le quartier de Belleville à Paris, un ramadan entre ferveur et inquiétude

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
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  • Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne
  • L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré

PARIS: Des étals chargés de pâtisseries, d’épices et d’olives, des pains encore tièdes, des galettes dorées, des montagnes de dattes et des rangées de sodas. Comme chaque année, le traditionnel marché du ramadan a investi les trottoirs du boulevard de Belleville (dans le XIe arrondissement de Paris), transformant le lieu en un vaste théâtre gourmand à ciel ouvert.

Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne. L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré.

belleville

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. Certains restaurants ont même fermé leur salle pour la transformer en cuisine de production, où l’on pétrit du pain à la chaîne, nature ou farci.

Pour les commerçants, c’est le moment le plus intense de l’année : les odeurs de pain grillé et de pâtisseries au miel attirent les passants, souvent sans idée précise de ce qu’ils vont acheter. « On ne sait jamais vraiment ce qu’on vient chercher, mais on trouve toujours ce qui nous plaît », sourit Nahel, venu faire ses courses avec sa fille, dans ses sacs : des feuilles de brick, de la crème et du pain arabe.

À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire

Le marché est devenu bien plus qu’un lieu d’approvisionnement : c’est un rendez-vous collectif, un moment attendu, une tradition solidement ancrée dans la vie du quartier. À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire ; même les commerces qui ne vendent habituellement pas de nourriture participent.

Monsef, gérant d’une boutique de téléphonie, a installé devant sa vitrine des cageots de menthe et de fruits. « Ça ne rapporte pas grand-chose, mais on veut faire partie de la fête », explique-t-il.

Pour beaucoup, le ramadan est avant tout un temps de lien social et de générosité : les repas partagés se multiplient, les dons aussi. « On distribue des repas, on aide les plus démunis, on se rend davantage à la mosquée ; le mois sacré reste un moment de spiritualité et de solidarité », indique un restaurateur.

belleville

Mais cette année, la ferveur est traversée par une inquiétude persistante : les conversations glissent régulièrement vers l’actualité internationale marquée, depuis quelques jours, par la guerre au Proche-Orient. Impossible pour certains de ne pas penser à ce qui se passe à Gaza ou, plus largement, dans l’ensemble de la région. « Quand on voit qu’ici on profite du ramadan et qu’ailleurs certains vivent sous les bombes, ça met mal à l’aise », confie Majid, commerçant.

Les télévisions allumées au moment de la rupture du jeûne en témoignent : certains préfèrent les séries traditionnelles du mois sacré, d’autres suivent en continu les chaînes d’information. La fête existe, mais elle est plus grave, plus retenue, comme si la joie devait désormais cohabiter avec l’inquiétude.

À cela s’ajoute une autre préoccupation : le budget. Car le ramadan reste un mois de générosité et d’abondance, mais cette abondance a un prix. Les commerçants constatent que les habitudes changent : les clients comparent davantage, achètent plus prudemment ; l’inflation est dans tous les esprits. « Les prix ont augmenté comme tout le reste, observe un épicier. Même si les gens ne le disent pas toujours, on sent qu’ils sont touchés. »

Pour beaucoup de familles modestes, le mois sacré exige une véritable préparation financière : certains mettent de l’argent de côté toute l’année pour pouvoir garnir la table plus généreusement qu’à l’ordinaire. Car le ramadan est aussi une fête domestique, rythmée par les invitations, les repas partagés et l’abondance symbolique, mais cette générosité pèse.

« On dépense beaucoup. On est obligés de prévoir, sinon on ne s’en sort pas », reconnaît une habituée du quartier, venue acheter des pâtisseries qui lui rappellent son pays d’origine, la Tunisie, et plus précisément Tunis.

belleville

Pour les habitants issus de l’immigration, le ramadan à Belleville est aussi une manière de recréer un peu du pays quitté : les saveurs, les odeurs, les produits traditionnels permettent de maintenir un lien affectif avec les racines. Certains viennent même de loin pour retrouver cette ambiance. Salma, franco-libanaise, a fait le déplacement simplement pour ressentir cette atmosphère familière, qui la rapproche de ses souvenirs malgré la distance et les inquiétudes liées à l’actualité de sa région d’origine.

Entre abondance et retenue, joie et gravité, le ramadan 2026 s’inscrit dans une époque troublée. À Belleville, on continue de célébrer, de partager, mais cela n’atténue pas le ressentiment face aux souffrances du monde et aux difficultés du quotidien.