Paralyser l'économie pour détruire la dictature: la stratégie risquée des travailleurs birmans

Cette photo prise et reçue d'une source anonyme via Facebook le 4 avril 2021 montre le militant Tayza San s'adressant aux manifestants lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire à Mandalay. (Handout / FACEBOOK / AFP)
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Publié le Dimanche 04 avril 2021

Paralyser l'économie pour détruire la dictature: la stratégie risquée des travailleurs birmans

  • Médecins, ingénieurs, douaniers, dockers, cheminots: des dizaines de milliers de travailleurs ont cessé le travail depuis le putsch
  • Avec la paralysie du secteur bancaire, les salariés ont de grandes difficultés à être payés et les distributeurs de billets sont vides

BANGKOK : Usines textile à l'arrêt, ports bloqués, système bancaire paralysé: des dizaines de milliers de travailleurs sont en grève en Birmanie pour tenter de faire plier le nouveau régime militaire et stopper sa répression sanglante, une stratégie à haut risque pour l'un des pays les plus pauvres d'Asie.

"Je n'ai plus de salaire, j'ai peur, mais je n'ai pas le choix: il faut détruire la dictature". Aye, 26 ans, employée dans une banque de Rangoun, n'est pas retournée au travail après le coup d’État du 1er février contre Aung San Suu Kyi.

Depuis, elle se cache dans un petit appartement de la capitale économique avec deux de ses collègues.

"On ne manifeste pas dans la rue, on a trop peur d'être sur les listes des militaires et d'être arrêtées. Notre révolution est silencieuse", raconte à l'AFP cette mère de deux enfants.

Médecins, ingénieurs, douaniers, dockers, cheminots: des dizaines de milliers de travailleurs ont cessé le travail depuis le putsch.

Certains grévistes sont tombés sous les balles des forces de sécurité qui ont tué plus de 550 civils ces deux derniers mois, d'autres ont été arrêtés et sont portés disparus.

Mais, "le mouvement prend de l'ampleur", assure Thaung, employé gréviste de l'aviation civile. 

Selon lui, plus de 60% des 400 salariés de son département n'ont pas repris le travail malgré les menaces à répétition de l'armée.

"Pari risqué"

"La junte n'était pas prête à une telle résistance", estime Françoise Nicolas, directrice Asie de l'Institut français des relations internationales (Ifri). "Mais c'est un pari risqué".

Avec la paralysie du secteur bancaire, les salariés ont de grandes difficultés à être payés et les distributeurs de billets sont vides.

Le secteur textile, florissant avant le putsch avec quelque 500.000 employés, est en train de s'effondrer.

Le suédois H&M et l'italien Benetton ont annoncé suspendre leurs commandes et des usines à capitaux chinois, qui travaillaient pour des marques occidentales, ont été incendiées.

Des milliers d'ouvrières, sans salaire, ont regagné leurs villages.

La situation est aussi alarmante pour les agriculteurs: le coût des semences et des engrais augmentent, tandis que la monnaie, le kyatt, se déprécie, faisant fondre leurs revenus.

Certains prix flambent.

Le fioul a bondi de près de 50% en mars à Rangoun, d'après les médias d'Etat. L'huile de palme a augmenté de 20% dans la capitale économique depuis le putsch, et le riz de plus de 30% dans certaines zones de l'Etat Kachin, une région pauvre à l'extrême-nord du pays, selon le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies.

Matériaux de construction, appareils médicaux, biens de consommation: la Birmanie importe habituellement de nombreux produits de Chine, mais ces derniers commencent à manquer.

"Les entrepreneurs chinois ne veulent plus exporter car la population birmane boycotte leurs produits, accusant Pékin de soutenir la junte", relève Htwe Htwe Thein, professeure de commerce international à la Curtin University en Australie.

La situation chaotique fragilise une des économies les plus pauvres d'Asie, déjà fortement impactée par la pandémie de coronavirus et où un quart de la population vit avec moins d'un dollar par jour.

La Banque mondiale table désormais sur une contraction du PIB de 10% en 2021, un retour en arrière pour la Birmanie qui s'était considérablement développée à la faveur de la transition démocratique menée par le gouvernement d'Aung San Suu Kyi.

Les milliards de la junte

Face à ces risques, la junte fait la sourde oreille.

Ell peut encore compter sur les revenus des puissants conglomérats qu'elle contrôle. 

Présents dans des secteurs aussi divers que les transports, le tourisme ou la banque, ils ont assuré aux militaires des milliards de dollars de dividendes depuis 1990, d'après Amnesty International.

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont sanctionné ces groupes, mais de nombreux pays en affaire avec eux s'y refusent. 

L'armée profite aussi "de vastes ressources informelles grâce à la collecte illégale des ressources naturelles comme le jade et le bois", relève Htwe Htwe Thein.

Elle bénéficie enfin d'importants revenus pétroliers et gaziers.

Total a lui seul à versé environ 230 millions de dollars aux autorités birmanes en 2019 et 176 en 2020, sous forme de taxes et de "droits à la production", d'après la multinationale.

"Tant qu'on ne bloquera pas cette manne sur un compte séquestre, il sera difficile de faire plier la junte", estime Françoise Nicolas. 

Le PDG de Total, Patrick Pouyanné, a rejeté dimanche cette possibilité pour ne pas exposer les responsables de sa filiale birmane. Il s'est engagé à financer des ONG pour les droits humains à hauteur de ce qu'il versera au régime.

Total va continuer à produire du gaz dans le pays car il "alimente en électricité une population nombreuse à Rangoun", a-t-il ajouté dans une tribune au Journal du dimanche en France.


Les Etats-Unis frappent l'Iran pour la troisième nuit de suite et vont rétablir le blocus des ports

Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
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  • Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna
  • Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible".

Pendant une mission de cinq heures, "les forces américaines ont frappé des cibles militaires" dans plusieurs villes portuaires du sud de l'Iran, comme Bouchehr et Bandar Abbas, a détaillé le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans la matinée.

Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna.

Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom.

"Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain", avait déclaré lundi Donald Trump dans une interview radio. Pour le président américain, les dirigeants iraniens "ne peuvent absolument rien faire contre" ces frappes.

Comme la veille, les Gardiens de la Révolution iraniens ont, eux, revendiqué une opération à Bahreïn - entre autres contre un bâtiment hébergeant les troupes américaines sur la base de Juffair.

L'armée idéologique iranienne a aussi annoncé avoir ciblé en Jordanie "des installations clé et les forces américaines sur une base aérienne jordanienne", dans un communiqué cité par l'agence Tasnim. L'armée jordanienne a annoncé pour sa part l'interception de quatre missiles iraniens.

Deux tankers attaqués 

Dans le détroit d'Ormuz, les Emirats arabes unis ont déploré des attaques de missiles iraniens contre deux de leurs tankers, tuant un membre d'équipage indien.

Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump a tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible".

Avant cela, il avait annoncé sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz et que le blocus des ports iraniens serait rétabli.

Il entrera en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, le président américain a dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Le pétrole remonte 

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dont le pays a pris le contrôle du détroit au début de la guerre, a rétorqué sur X: "l'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours".

Donald Trump "a tout à fait raison. Quiconque assure le passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz devrait être rémunéré", a-t-il ironisé, ajoutant: "20%, c'est évidemment trop. Nous serons équitables".

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont accusé les Etats-Unis de mettre en péril l'approvisionnement mondial en pétrole.

Au lendemain d'une envolée spectaculaire de plus de 9%, les cours du pétrole continuaient leur ascension dans ce contexte. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, gagnait 1,19% à 84,29 dollars vers 02H00 GMT.

Après quasiment 40 jours de bombardements dans le conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord.

Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".

La semaine dernière, le président américain a d'ailleurs envoyé une notice officielle au Congrès indiquant que le conflit avec l'Iran avait repris, a confirmé la Maison Blanche à l'AFP.

Et au total, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi, selon un décompte de l'AFP à partir des médias iraniens et sources officielles.

 Protocole d'accord "en crise" 

Pour le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, "il ne fait aucun doute" que le protocole d'accord "est en crise".

"Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a-t-il tancé lors d'une conférence de presse lundi à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.

Les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman se poursuivent afin de "prévenir une escalade", a-t-il toutefois assuré.

Le protocole d'accord prévoyait la réouverture du détroit, Téhéran n'autorisant toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", avait averti dimanche le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï.


L'armée américaine dit avoir conclu une série de frappes en Iran contre «des dizaines de cibles»

  • L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran
  • Elle a "visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations"

WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran, pour la deuxième journée consécutive, se disant prête à "garantir que la liberté de navigation reste assurée" dans le détroit d'Ormuz.

Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

 


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.