Tunisie : Hichem Mechichi et Ennahdha coupent la poire en deux

Quelques heures avant la fin du délai de trente jours que lui accorde la Constitution pour monter son équipe, le chef du gouvernement désigné, Hichem Mechichi, en a dévoilé la composition lundi 24 août 2020 à minuit. Ici, M. Mechichi présente sa formation au président tunisien Kais Saied. (Photo AFP).
Quelques heures avant la fin du délai de trente jours que lui accorde la Constitution pour monter son équipe, le chef du gouvernement désigné, Hichem Mechichi, en a dévoilé la composition lundi 24 août 2020 à minuit. Ici, M. Mechichi présente sa formation au président tunisien Kais Saied. (Photo AFP).
Short Url
Publié le Mardi 25 août 2020

Tunisie : Hichem Mechichi et Ennahdha coupent la poire en deux

  • Cette nouvelle formation n’a pas obtenu la nomination de cadres encartés Ennahda. En revanche, trois membres de la nouvelle équipe gouvernementale peuvent être considérés comme proches d’elle
  • Ce nouveau gouvernement est le treizième depuis la chute du président Ben Ali, le 14 janvier 2011

TUNIS : Le ministre de l’Intérieur chargé de former le nouveau gouvernement a choisi de faire des concessions au parti islamiste en intégrant à son équipe quatre personnalités qui en sont proches. En revanche, il n’a pas cédé à la demande de la formation du président du Parlement, Rached Ghannouchi, de retirer le portefeuille de l’Intérieur confié à un proche du président Kais Saied.

Quelques heures avant la fin du délai de trente jours que lui accorde la Constitution pour monter son équipe, le chef du gouvernement désigné, Hichem Mechichi, en a dévoilé la composition lundi 24 août 2020 à minuit. Le ministre de l’Intérieur, chargé de cette mission par le président Kais Saied, avait annoncé que son équipe est constituée de technocrates indépendants n’ayant pas de passé et, donc, pas de passif politique. Il a grosso modo tenu sa promesse, mais il a dû faire des concessions aux partis politiques, notamment au mouvement Ennahdha.

mechichi
Le Premier ministre arrive à Medea pour annoncer la formation de son cabinet. (Photo AFP).

Certes, cette formation n’a pas obtenu la nomination de cadres encartés. En revanche, trois membres de la nouvelle équipe gouvernementale peuvent être considérés comme proches d’elle. Le premier est Ahmed Adhoum, ministre des Affaires religieuses, nommé médiateur administratif par la Troïka – bâtie autour du parti islamiste – au lendemain de sa victoire aux élections du 23 octobre 2011 – qui avait gouverné la Tunisie de décembre 2011 à janvier 2014. Le deuxième est Fadhel Kraiem, qui avait succédé au nahdhaoui Anouar Maarouf au poste de ministre des Technologies de l’information et de la communication, qu’il garde, dans le gouvernement sortant. La troisième est Aksa Bahri (Agriculture), choisie comme secrétaire d'État auprès du ministre de l'Agriculture chargée des Ressources hydrauliques en 2020 par l’actuel ministre de l’Agriculture Oussama Kheriji, un nahdhaoui.

Othman Jerandi, le ministre des Affaires étrangères, est, lui, un homme de confiance d’Ennahdha, puisqu’il avait occupé le même poste dans le deuxième gouvernement de la Troïka. M. Jerandi avait été nommé en avril dernier conseiller spécial auprès du président Kais Saïed.

En revanche, le parti du président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) a dû accepter le maintien au poste de ministre de l’Intérieur de Taoufik Charfeddine, dont il avait critiqué la nomination – une fuite la semaine dernière – pour cause de proximité avec le président de la république – en guerre ouverte avec la formation islamiste – dont il a dirigé la campagne électorale dans la région de Sousse (centre du pays).

Quelques heures avant la fin du délai de trente jours que lui accorde la Constitution pour monter son équipe, le chef du gouvernement désigné, Hichem Mechichi, en a dévoilé la composition lundi 24 août 2020 à minuit.

Le nouveau gouvernement compte trois autres figures ayant déjà fait partie de ce monde : Thouraya Jribi, ministre de la Justice dans le gouvernement qui va passer le témoin, et qui va désormais s’occuper des relations avec les instances constitutionnelles ; Mohamed Trabelsi, ministre des Affaires sociales, proche de l’UGTT, la centrale syndicale historique, qui a déjà occupé ce poste entre 2016 et 2019 ; et Ali Hafsi, qui rempile dans le fauteuil des relations avec le Parlement qu’il occupait dans le gouvernement sortant.

Quatre ministres parmi les nouveaux ne sont pas des inconnus, bien qu’ils fassent leur entrée au gouvernement pour la première fois. Le premier est M. Ali Kooli (Économie, finance et investissement), un banquier (CEO & managing directeur des filiales tunisiennes du groupe Bank ABC). Le deuxième est M. Moez Chakchouk (Transport et logistique) qui a dirigé La Poste tunisienne pendant trois ans avant d’être recruté par l’Unesco en mars 2018 comme sous-directeur général pour la communication et l'information. Le troisième est Mme Saloua Sghaier qui retrouve le ministère de l’Industrie où elle était directrice générale de l’Industrie avant d’être nommée PDG de la compagnie aérienne nationale Tunisair en 2014. Le quatrième est M. Habib Ammar qui rentre au bercail au ministère du Tourisme, où il a été notamment chef de cabinet (2008-2010) et directeur général de l’Office national du tourisme et du thermalisme (2010-2014). Depuis juillet 2015, il est président directeur général du groupe touristique Sousse Nord.

Tous les autres membres du gouvernement sont de nouveaux venus.

Qu’il s’agisse du ministre de la Défense, Brahim Baltagi, universitaire, professeur de droit, formé à la faculté de droit et de science politique de Tunis (la même par où est passé le président Kais Said) ; de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine (avocat) ; de la Justice, Mohamed Bousseta ; de l’Équipement, Kamel Doukh, directeur général de l'aménagement du territoire au sein de ce département ; des Domaines de l’État, Leila Jaffel, magistrat, président d’un tribunal ; de la Santé, Faouzi Mehdi, professeur agrégé de médecine préventive & communautaire à la faculté de médecine de Tunis ; de l’Environnement, Mohamed Aroui, directeur de l’Écologie dans ce ministère ; de la Culture, Walid Zidi ; de l’Éducation, Fethi Sellaouti, président de l’Université El Manar I ; de l’Enseignement supérieur, Olfa ben Ouda, enseignante à l'Institut des hautes études commerciales de Carthage ; de la Femme, Imen Houimel (jusque-là directrice générale des Affaires de la femme et de la famille) ; et du Commerce, Mohamed Bousaid, (ancien P.-DG de l’Office national de l’artisanat et du quotidien gouvernemental La Presse).

Ce nouveau gouvernement est le treizième depuis la chute du président Ben Ali, le 14 janvier 2011. Pourtant, c’est la première fois en un peu plus de neuf ans que le bluff est de mise dans ce genre d’opération. M. Mechichi a bien caché son jeu lors de sa première sortie médiatique. Après avoir reçu son ordre de mission des mains du président Kais Saïed, il déclare le 25 juillet 2020 que « cette confiance constitue une lourde responsabilité dans la situation que connaît le pays » et promet de « former un gouvernement répondant aux aspirations légitimes de tous les Tunisiens dont ils attendent la satisfaction depuis des années ».

C’est la première fois en un peu plus de neuf ans que le bluff est de mise dans ce genre d’opération.

Deux semaines plus tard, le huitième chef de gouvernement post-Ben Ali abat ses cartes : il annonce le 10 août avoir décidé de former un gouvernement de compétences nationales indépendantes. Il n’en fallait pas plus pour déclencher un feu de barrage de certains partis politiques – notamment du plus important parmi eux, le mouvement Ennahdha –, mécontents d’être privés de jouer ce qu’ils estiment être leur rôle : gouverner.

« Le mouvement est opposé à la formation d’un gouvernement de compétences dans l’absolu et par principe parce que c’est une démarche non démocratique qui revient à dévaloriser les élections et leurs résultats […]. La démocratie, c’est le gouvernement des partis et non celui des compétences. Tous les partis ont des compétences qui doivent être au service du politique. Gouverner n’est pas une opération technique seulement, mais la capacité à avoir une vision, un projet et un discours constructif, capables de mobiliser les masses autour d’eux », a résumé le président du parti islamiste, dimanche 23 août, lors d’un meeting à Sfax.

Justifiant son choix par l’impossibilité de mettre d’accord les partis représentés à l’ARP, le chef du gouvernement désigné croit, comme beaucoup d’observateurs, que le parti islamiste n’a pas du tout envie d’aller en ce moment vers des élections législatives anticipées. Il table sur cela pour lui faire accepter un gouvernement de technocrates indépendants. Mais, forte de la majorité qu’elle détient à l’ARP, avec l’appoint de deux alliés (les partis Al Karama, composé de radicaux dissidents pour bon nombre d’Ennahdha, et Qalb Tounes « Le Cœur de la Tunisie »), cette formation menace de ne pas lui accorder sa confiance.

Peut-il se le permettre ? Il faut avoir présent à l’esprit que les nahdhaouis, qui dans une autre vie seraient de très grands joueurs de poker, sont passés maîtres dans l’art de la dissimulation et de la manœuvre. Sur la base de leurs déclarations, on pouvait croire que la présence au gouvernement est pour eux très importante, voire vitale. Ennahdha a fait partie de tous les gouvernements sans discontinuer depuis décembre 2011. Ce qui pourrait donner à penser que le parti de Rached Ghannouchi, devenu « accro » au pouvoir, à la suite de sa victoire aux élections du 23 octobre de cette année-là, n’est pas prêt à accepter d’en être privé. 

L’histoire récente pourrait les conforter dans cette position. Elyes Fakhfakh, chef du gouvernement sortant, lui aussi désigné par le président de la république, qui avait clamé haut et fort dès le début qu’il ne tiendrait pas compte des résultats des élections législatives de 2019 – où Ennahdha est arrivé premier – pour former son équipe, n’a-t-il pas fini par accorder au parti islamiste une portion non négligeable du gâteau gouvernemental – sept portefeuilles (transport et logistique, enseignement supérieur, affaires locales, jeunesse, sport, et équipement).

Il faut avoir présent à l’esprit que les nahdhaouis, qui dans une autre vie seraient de très grands joueurs de poker, sont passés maîtres dans l’art de la dissimulation et de la manœuvre.

Toutefois, sous la présidence du défunt Béji Caïd Essebsi (2014-2019), Ennahdha s’était contenté de beaucoup moins – un seul ministre (formation professionnelle et emploi) et trois secrétaires d’État. Avant cela, il s’était même résolu à accepter de n’avoir aucune présence dans l’équipe de Mehdi Jomaa, formée en 2014 par le Dialogue national, qui avait mis un terme à l’expérience de la Troïka (décembre 2011-janvier 2014) dominée par Ennahdha. Serait-il prêt à faire de même aujourd’hui ?

Ce n’était pas exclu si le parti islamiste obtenait des assurances. La première concerne le chef du gouvernement lui-même. Bien sûr, à la différence de Mehdi Jomaa – nommé en mars 2013 ministre de l’Industrie dans le deuxième gouvernement de la Troïka, dirigé par Ali Laarayedh –, Hichem Mechichi ne doit pas son entrée en politique à la formation islamiste. Mais, tout en réaffirmant sa détermination à ne pas nommer de politiques dans son équipe, le chef du gouvernement désigné s’est efforcé d’établir un dialogue constructif avec Ennahdha et les autres partis représentés à l’ARP, qu’il a consultés aussi bien sur la composition de son équipe que sur le programme économique que cette dernière compte mettre en application.

Donc, le parti islamiste est disposé à renoncer à toute présence au gouvernement. Toutefois il n’est pas prêt à voir n’importe qui y figurer, notamment aux postes auxquels il accorde le plus d’importance : les ministères de l’Intérieur et de la Justice. En particulier le premier, qui a toujours été confié à des personnalités proches du parti islamiste, ou, à tout le moins, qui ne lui sont pas hostiles. Sauf une fois, lorsque l’ancien président Béji Caïd Essebsi a choisi d’y nommer en 2017 l’ancien directeur général commandant de la Garde nationale Lotfi Brahem, connu pour son hostilité aux islamistes.

Ennahdha en a fait un casus belli et, en guise de riposte, s’est rangée aux côtés du chef du gouvernement d’alors, Youssef Chahed, dans la guerre que lui livrait Hafedh Caïd Essebsi, fils du président. Youssef Chahed n’a pas hésité à renvoyer l’ascenseur au parti islamiste en limogeant le ministre de l’Intérieur en qui il voyait un nouveau Ben Ali, le président qui avait le plus durement réprimé les islamistes.

Le parti islamiste est disposé à renoncer à toute présence au gouvernement. Toutefois il n’est pas prêt à voir n’importe qui y figurer:

Trois ans plus tard, Ennahdha craint de revivre ce cauchemar. Une fuite dévoilant une partie de la composition du nouveau gouvernement lui a donné de l’urticaire et l’a fait sortir de ses gonds car, affirment certains de ses responsables, M. Fethi Charfeddine, à qui devrait échoir le portefeuille de l’Intérieur est un partisan du président Kais Saied, ennemi juré du parti islamiste – il a dirigé sa campagne électorale dans la région de Sousse (centre du pays) –, est un homme qui ne porte pas les islamistes dans son cœur.

Est-ce à dire qu’il serait prêt à empêcher l’octroi de la confiance au nouveau gouvernement si cette nomination devait se confirmer ? Rien n’est moins sûr, car le contexte n’est plus celui d’il y a trois ans lorsque le parti de Rached Ghannouchi n’avait pu empêcher la nomination de Lotfi Brahim au ministère de l’Intérieur.

À l’époque, cette formation pesait beaucoup plus qu’aujourd’hui – avec 69 députés, contre 54 dans l’actuelle Assemblée – et, surtout, ne semblait pas avoir d’craindre une concurrence sérieuse sur le plan électoral. Ce n’est plus le cas puisque les sondages donnent régulièrement depuis trois mois comme largement favori lors d’éventuelles élections législatives le Parti destourien libre (PDL), la formation d’Abir Moussi, le plus farouche ennemi des islamistes. Dont ils savent pertinemment, d’autant qu’elle l’a réaffirmé haut et fort plus d’une fois, qu’elle sera sans pitié avec eux une fois au pouvoir. Les nahdhaouis seraient-ils assez fous pour lui en baliser le chemin ?

Les concessions faites par le chef du nouveau gouvernement devrait en toute logique inciter le parti islamiste à lui accorder sa confiance.


Liban: nouvelles frappes israéliennes malgré la prolongation de la trêve

Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
Short Url
  • Israël a mené de nouvelles frappes dans le sud du Liban après avoir ordonné l’évacuation de plusieurs villages, malgré la prolongation récente de la trêve entre les deux pays lors de négociations à Washington
  • Les violences continuent d’aggraver la crise humanitaire : plus de 400 personnes ont été tuées depuis le début de la trêve et près d’un million de personnes ont été déplacées au Liban depuis le début du conflit régional

BEYROUTH: Israël mène de nouvelles frappes sur le sud du Liban samedi après avoir ordonné aux habitants de neuf villages d'évacuer, malgré la prolongation d'un mois et demi de la trêve lors de négociations entre les deux pays la veille à Washington.

"Les forces de défense israéliennes ont commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban", a affirmé l'armée israélienne dans un communiqué.

L'Agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle) a rapporté des frappes sur au moins cinq villages du sud, précédées un mouvement d'exode des habitants vers Saïda, la grande ville du sud, et Beyrouth.

L'armée israélienne avait auparavant ordonné aux habitants de neuf villages des régions de Saïda et Nabatiyé de les évacuer en prévision de frappes.

Ces frappes sur le sud dévasté se poursuivent malgré l'annonce vendredi soir de la prolongation d'une trêve entrée en vigueur le 17 avril entre les deux pays, et qui devait expirer dimanche.

Israël et le Liban mènent des négociations à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Le Hezbollah pro-iranien est opposé à ces négociations et continue de revendiquer des attaques contre l'armée israélienne qui occupe désormais une partie du sud du pays, et épisodiquement contre le nord d'Israël.

Plus de 400 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Le Liban a été entraîné dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars et près de 3.000 personnes ont été tuées et plus d'un million déplacées depuis, selon les chiffres officiels.


"J'aurais voulu passer le bac": déception après l'annulation des examens au Moyen-Orient et au Mali

Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Short Url
  • Le ministère français de l’Éducation a annulé les épreuves du brevet et du baccalauréat dans plusieurs pays du Moyen-Orient et au Mali en raison de la situation sécuritaire, remplaçant les examens par les moyennes annuelles des élèves
  • De nombreux élèves et enseignants au Liban expriment leur déception, estimant que le bac représentait une récompense symbolique pour leurs années de travail et craignant une perte du prestige du diplôme français

BEYROUTH: "J'aurais voulu passer le bac comme une récompense de mon travail": des élèves et professeurs expriment leur déception après la récente annonce de l'annulation des épreuves écrites et orales du brevet et du bac dans les établissements français de pays du Moyen-Orient et au Mali.

Cette année, les candidats scolarisés dans les établissements français homologués du Bahreïn, des Émirats arabes unis, d'Irak, d'Iran, d'Israël, du Koweït, du Liban, du Qatar et du Mali, ainsi que ceux inscrits en classes réglementées auprès du Centre national d'enseignement à distance (Cned), "se verront attribuer leur moyenne annuelle dans les enseignements concernés", a indiqué mardi le ministère français de l'Education nationale.

Cette mesure, liée à la guerre au Moyen-Orient et à la situation sécuritaire critique au Mali, concerne les épreuves écrites du diplôme national du brevet, les épreuves anticipées de français, à l'écrit comme à l'oral, et de mathématiques du baccalauréat général et technologique, ainsi que les épreuves de spécialité et de philosophie et le grand oral en classe de Terminale.

"Les candidats se présentant sous statut individuel pourront se présenter à la session de remplacement prévue en septembre 2026", tant pour le brevet que pour le baccalauréat, a précisé le ministère.

"J'aurais voulu faire le bac honnêtement, donc j'étais un peu triste d'apprendre qu'ils vont l'annuler", a réagi Yana Abdallah, 18 ans, élève du Collège des Saints-Coeurs Kfarhbab, au Liban.

Pour cette élève, qui affiche entre 16 et 17/20 de moyenne, se confronter à l'examen aurait marqué symboliquement la fin d'un cycle: "Nous avons travaillé pour le bac depuis notre entrée à l'école", rappelle-t-elle. Le passer aurait été comme une "récompense pour toute la fatigue que m'a valu mon travail".

Son école, qui se basera sur les notes du contrôle continu, n'a pas exclu la possibilité d'organiser un second bac blanc pour ne pas léser les élèves.

Les examens organisés "étaient jusqu'à présent comme une préparation mais sans que les élèves n'y mettent toute leur concentration", souligne Yana Abdallah, jugeant que son établissement essaye de les aider "autant que possible".

- "Suite désastreuse" -

Selon les chiffres de l'ambassade de France, le Liban compte en Terminale 3.166 élèves dans des établissements officiellement reconnus par les autorités et 402 élèves en candidats libres.

"Je suis contre l'annulation de ce diplôme, chaque fois que le bac a été annulé, la suite a été désastreuse", a témoigné auprès de l'AFP Hyam Merheb, 73 ans, à la retraite, ancienne enseignante de français pendant 45 ans au Liban.

"Le bac français a gardé son prestige malgré tous les événements par lesquels on est passé", juge-t-elle. "C'est la seule image encore positive que l'on peut avoir de notre pays et de l'enseignement tel qu'il était auparavant".

La décision du gouvernement est "incompréhensible", "tout le monde était prêt" pour faire passer les épreuves, avec des aménagements (moins de textes à préparer pour l'oral de français, par exemple), a aussi réagi auprès de l'AFP une enseignante et représentante syndicale du Grand lycée franco-libanais de Beyrouth, qui souhaite rester anonyme.

"Personne ne s'attendait à cette décision, les élèves de terminale avaient reçu leur convocation ce (mardi) matin", a-t-elle rapporté, déplorant avoir appris la nouvelle par la presse.

A Bamako au Mali, l’école française "Liberté" comptait à la rentrée de septembre 1.380 élèves, dont 600 en classe d'examens. "Mais, nous en avons perdu 80 en cours d'année, partis à cause de l’insécurité", a appris l'AFP auprès de membres de l’association des parents d’élèves de l’établissement.

"Notre combat est de faire en sorte que le lycée puisse ouvrir à la rentrée de septembre prochain", poursuit-on de même source.

En raison de la situation sécuritaire critique, les cours sont désormais assurés uniquement en ligne.

Selon le ministère, des mesures d'aménagement pourront également être décidées dans d'autres pays, jusqu'à 15 jours avant le début des épreuves, si les conditions locales ne permettent pas leur organisation.

Le coup d'envoi du baccalauréat sera donné le 11 juin avec l'épreuve écrite anticipée de français pour les élèves de Première.


Le Liban et Israël prolongent leur cessez-le-feu de 45 jours

Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
Short Url
  • Le Liban et Israël ont accepté de prolonger leur cessez-le-feu de 45 jours après des discussions jugées « positives » à Washington
  • Malgré la trêve entrée en vigueur le 17 avril, les frappes israéliennes contre le Hezbollah au Liban ont continué, causant des centaines de morts selon les autorités libanaises

WASHINGTON: Israël et le Liban ont donné leur accord à une prolongation d'un mois et demi du cessez-le-feu pendant de nouvelles négociations entre les deux pays à Washington, même si de nouvelles frappes israéliennes ont visé le sud du Liban vendredi.

Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a dit avoir "reçu des messages" de Washington en faveur de la reprise des négociations pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient, ajoutant être ouvert à une aide de Pékin.

Le cessez-le-feu israélo-libanais, qui arrivait à expiration dimanche, "va être prolongé de 45 jours afin de permettre de nouveaux progrès", a annoncé la diplomatie américaine après une nouvelle session de négociations directes entre des représentants d'Israël et du Liban jeudi et vendredi.

Le département d'Etat américain a précisé qu'il organiserait un nouveau cycle de discussions les 2 et 3 juin. D'ici là, le Pentagone réunira des délégations militaires des deux pays le 29 mai.

L'ambassadeur d'Israël à Washington, Yechiel Leiter, a déclaré à l'issue des pourparlers qu'il serait essentiel de garantir la sécurité de son pays.

"Il y aura des hauts et des bas, mais les chances de réussite sont grandes ", a-t-il écrit sur le réseau X.

La délégation libanaise a salué de son côté une prolongation qui ouvre la voie "à une stabilité durable", mais insisté sur la nécessité d'un "processus par étapes et vérifiable", soutenu par Washington.

- "Irresponsable" -

S'exprimant depuis le Liban, le Premier ministre Nawaf Salam a accusé le Hezbollah pro-iranien d'avoir entraîné le pays dans une nouvelle guerre "irresponsable".

"Assez de ces aventures irresponsables servant des projets ou intérêts étrangers", a-t-il lancé, appelant au soutien des pays arabes, et plus largement de la communauté internationale, dans les négociations avec Israël.

Malgré l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 17 avril, Israël poursuit ses frappes au Liban, disant viser le Hezbollah, et le mouvement chiite continue de tirer des roquettes sur des positions israéliennes.

Le Liban a annoncé la mort de six personnes, dont trois secouristes du Comité islamique de santé, affilié au Hezbollah, dans un bombardement israélien dans le sud du pays.

Plus de 400 personnes ont péri dans des frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Au moment des discussions à Washington vendredi, l'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation pour une dizaine de secteurs dans le sud du Liban et annoncé "mener des frappes contre l'infrastructure du Hezbollah dans la région de Tyr".

- "Des femmes et enfants" -

"Il n'y a ici que des femmes, des enfants et des personnes âgées. Cette frappe cause de nouveaux déplacements de personnes", a déclaré à l'AFP Hafez Ramadan, qui vit près de l'immeuble visé par la frappe, qui abritait selon lui surtout des déplacés.

Les frappes à Tyr ont fait 37 blessés, dont six membres du personnel médical de l'hôpital, quatre enfants et neuf femmes, selon le ministère de la Santé.

Le Hezbollah a revendiqué des attaques de drones contre des casernes dans le nord d'Israël, ainsi que d'autres contre les forces israéliennes positionnées dans plusieurs localités libanaises frontalières. L'armée israélienne est déployée dans cette zone pour pouvoir, selon elle, protéger la population du nord d'Israël des tirs du mouvement pro-iranien.

Israël, comme les Etats-Unis, appelle Beyrouth à désarmer le Hezbollah.

"Le Liban négocie pour un avenir dans lequel ses frontières seront respectées (et) sa souveraineté assurée seulement" par son armée,  a souligné aussi la délégation libanaise à Washington.

Un des hauts responsables du mouvement pro-iranien, Mahmoud Qomati, a qualifié les négociations avec Israël "d'humiliantes" et dénoncé "un complot contre le pays".

- "Bonnes intentions" -

Du côté de Téhéran, le ministre des Affaires étrangères, en visite en Inde, s'est dit ouvert à une aide de la Chine pour mettre fin au conflit, au lendemain de propos à Pékin de Donald Trump, selon qui son homologue chinois Xi Jinping a proposé d'aider à rouvrir le détroit d'Ormuz.

"Nous savons que (les) Chinois ont de bonnes intentions. Toute initiative de leur part susceptible de soutenir la diplomatie serait donc la bienvenue", a déclaré M. Araghchi.

Les Gardiens de la Révolution iraniens permettent désormais à davantage de navires de passer par le détroit, quasi paralysé par Téhéran depuis le début de la guerre, a affirmé la télévision publique.

La veille, la chaîne avait fait état de plus de 30 navires autorisés à transiter par le détroit, qui voit passer d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

De son côté, le porte-avions français Charles-De-Gaulle et son escorte sont arrivés "sur zone" au large de la péninsule arabique où ils sont prépositionnés en cas de déclenchement d'une mission "neutre" pour rétablir la navigation dans le détroit d'Ormuz, a annoncé la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.