Biden doit interrompre les négociations nucléaires avec l'Iran

Joe Biden lors d'un événement à Wilmington, Delaware, États-Unis, le 12 mars 2020 (Reuters)
Joe Biden lors d'un événement à Wilmington, Delaware, États-Unis, le 12 mars 2020 (Reuters)
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Publié le Samedi 22 mai 2021

Biden doit interrompre les négociations nucléaires avec l'Iran

Biden doit interrompre les négociations nucléaires avec l'Iran
  • Un certain nombre de sénateurs américains ont exhorté la semaine dernière l'administration Biden à interrompre ses négociations avec le régime iranien
  • En s’ingérant dans le conflit israélo-palestinien, Téhéran tente de faire valoir que le régime n’a pas seulement une influence parmi les chiites, mais aussi parmi les nations sunnites

Les négociations entre Washington et Téhéran se poursuivent. Alors qu’on entrevoit la possibilité de relancer l'accord nucléaire de 2015 et de lever les sanctions contre l'Iran, il semble que le régime de Téhéran s’enhardisse de plus en plus et qu’il soit disposé à intensifier son action déstabilisatrice et destructrice au Moyen-Orient.

Au lieu d'essayer de négocier le calme et la paix, les dirigeants iraniens semblent jeter de l’huile sur le feu du conflit entre le Hamas et Israël. Ainsi, lors d'un récent appel téléphonique avec le chef du Hamas, Ismaël Haniyeh, Esmaïl Ghani, le chef de la force iranienne Qods, qui fait partie du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), a salué les attaques du Hamas.

Le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ultime décideur en matière de politique étrangère iranienne, semble inciter à la poursuite des attaques à la roquette lorsqu'il écrit sur Twitter: «Les Palestiniens sont déterminés. Ils doivent continuer. On ne peut parler que le langage de la force avec ces criminels. Ils doivent augmenter leur puissance, rester forts, affronter l'ennemi et les forcer à mettre fin à leurs crimes. #Palestine libre.»

La politique de Twitter stipule qu'elle peut suspendre des comptes «en raison du risque de nouvelle incitation à la violence», et de nombreux utilisateurs ont mis en cause ce réseau social. En effet, aucune mesure n’a été prise pour bannir Khamenei, qui a pourtant enfreint cette règle.

En outre, un certain nombre de sénateurs américains ont exhorté la semaine dernière l'administration Biden à interrompre ses négociations avec le régime iranien. Dans une lettre commune adressée au président, ils écrivent: «Les États-Unis, qui s'engagent dans des négociations actives avec l'Iran et peuvent lui fournir des milliards de dollars grâce à l’allègement des sanctions, contribueront sans aucun doute au soutien de l'Iran au Hamas et aux autres organisations terroristes qui attaquent les Américains et nos alliés. Nous vous appelons à mettre immédiatement fin aux négociations avec l’Iran et à faire savoir que l’allégement des sanctions n’aura pas lieu.»

Le régime iranien peut également considérer le conflit entre le Hamas et Israël comme une forme de représailles après l'assassinat par les États-Unis du commandant de la force Qods, le général Qassem Soleimani, survenu au mois de janvier 2020. De fait, un membre du Parlement iranien, Ahmad Naderi, décrit le conflit comme une «bénédiction» et il déclare que «l'horloge tournera plus vite pour l'anéantissement d'Israël», ajoutant: «C'est la bénédiction [apportée] par le sang [de Soleimani].»

L'Iran tente également de projeter sa puissance sur les États-Unis et Israël. Depuis l'établissement du régime, en 1979, les dirigeants iraniens ont véhiculé à plusieurs reprises le discours suivant: leur objectif dans le conflit israélo-palestinien est d'aider et de soutenir le peuple palestinien. En réalité, leur objectif principal est lié à une aspiration d’hégémonie régionale bien plus qu'à des motivations humanitaires.

Avant la révolution, l'Iran soutenait pleinement Israël, qui était son allié et le fournissait en armes; après, l'un des principaux objectifs de la politique étrangère et des idéaux révolutionnaires du régime est devenu sa rivalité avec Israël.

Il est essentiel de comprendre que cette rivalité n’a en aucune façon été influencée par les luttes du peuple palestinien. Elle a plutôt été principalement motivée par l’alliance d’Israël avec les États-Unis, qui sont devenus le principal ennemi du régime et la cible principale de sa politique étrangère après la révolution.

Les dirigeants iraniens estiment qu'ils peuvent projeter leur pouvoir et leur influence dans le monde arabe en intervenant dans le conflit qui oppose Israël au Hamas.

Dr Majid Rafizadeh

Par ailleurs, le régime iranien qualifie d’autres pays d’«ennemis», des pays qu’il utilise pour réprimer l’opposition intérieure et faire progresser les ambitions idéologiques et hégémoniques de l’Iran dans la région.

Au mois de mai 2020, le Guide suprême de l’Iran a admis, de façon surprenante, que son régime était un fournisseur d’armes.

«L’Iran a compris que le seul problème des combattants palestiniens était le manque d’accès aux armes», a-t-il ainsi déclaré. «Avec l’aide divine et la nôtre, l'équilibre des pouvoirs a changé en Palestine, et aujourd'hui la bande de Gaza peut résister à l'agression de l'ennemi sioniste et la vaincre», a-t-il ajouté. Les dirigeants iraniens estiment qu'ils peuvent projeter leur pouvoir et leur influence dans le monde arabe en intervenant dans le conflit qui oppose Israël et le Hamas.

Au cours des quatre dernières décennies, les alliances du régime iranien avec certains partis politiques palestiniens ont évolué pour favoriser ceux qui s’alignent le mieux sur ses objectifs de politique étrangère.

Par exemple, Téhéran a rompu ses liens avec le Hamas au début de la guerre civile syrienne en raison de sa position vis-à-vis du président Bachar al-Assad. L'alliance stratégique a été réinstaurée par la suite, en partie parce que le régime iranien tient le Hamas comme un élément important dans les efforts qu’il déploie pour faire progresser sa politique étrangère ainsi que ses objectifs stratégiques et géopolitiques dans la région.

En s’ingérant dans le conflit israélo-palestinien, Téhéran tente de faire valoir que le régime n’a pas seulement une influence parmi les chiites (en Irak, dans l’État alaouite d’Assad, parmi les adeptes du Hezbollah, etc.), mais aussi parmi les nations sunnites.

En un mot, le régime iranien semble alimenter le conflit entre le Hamas et Israël, et il incombe à l’administration Biden de mettre un terme à ses négociations avec les dirigeants du pays dans ce moment critique.

 

Le Dr Majid Rafizadeh est un politologue américain iranien formé à Harvard. C’est un expert de premier plan de la politique étrangère de l'Iran et des États-Unis, un homme d'affaires et président de l'International American Council. Il siège aux conseils d'administration de la Harvard International Review, du Harvard International Relations Council et de la US-Middle East Chamber for Commerce and Business. Twitter: @Dr_Rafizadeh

Avertissement: les opinions exprimées par les rédacteurs dans cette section sont les leurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d'Arab News.