Pourquoi Erdogan n'aide pas la cause palestinienne

Le président turc Recep Tayyip Erdogan. (Fichier/AFP)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan. (Fichier/AFP)
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Publié le Mercredi 26 mai 2021

Pourquoi Erdogan n'aide pas la cause palestinienne

Pourquoi Erdogan n'aide pas la cause palestinienne
  • Le conflit israélo-palestinien dure depuis de nombreuses décennies, mais il prend maintenant une nouvelle dimension
  • La Turquie doit recourir à une diplomatie extrêmement délicate pour ramener ses relations avec les États-Unis à un semblant de normalité

Le conflit israélo-palestinien dure depuis de nombreuses décennies, mais il prend maintenant une nouvelle dimension. Par le passé, les affrontements avaient lieu principalement entre les combattants palestiniens à Gaza, et Israël, ou entre les forces de sécurité israéliennes et les Palestiniens de Cisjordanie. Dans un nouveau contexte, il existe maintenant des affrontements entre Juifs et Palestiniens de souche qui sont tous des citoyens israéliens.

D’autres facteurs compliquent encore la situation. L’un de ces facteurs est le besoin du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou d’un plus grand soutien politique. Il n'a pas été en mesure de former un gouvernement de coalition malgré des élections anticipées répétées. Dans la répartition actuelle des électeurs, les partis d'extrême droite semblent être ses partenaires les plus probables, ce qui signifie qu'il doit leur faire davantage de promesses. C'est là la recette pour une politique plus dure envers les Palestiniens.

L’élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis est un autre facteur. Son fort parti pris pro-israélien doit être pris en considération. Il a été un fervent partisan d'Israël tout au long de sa carrière politique, mais la question palestinienne ne semble pas être une priorité de son programme pour le moment. Il a déclaré à plusieurs reprises qu'il était sioniste. Il a récemment approuvé une vente de missiles de précision d’une valeur de 735 millions de dollars à Israël, à ce stade critique. Bien que certains membres du Congrès soient opposés à cette vente, celle-ci aura probablement lieu sans entrave.

La seule attitude positive de Biden envers les Palestiniens est son opposition à la construction de colonies en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est. Malgré cela, Netanyahou a continué à approuver les projets de construction de colonies. Une amélioration en faveur des Palestiniens est difficile à espérer durant l'ère Biden.

S'il existe un durcissement des positions d'une part, il existe aussi un contre-courant à la fois en Israël et aux États-Unis. La politique dure de Netanyahou a provoqué une réaction parmi les Juifs modérés qui ont commencé à remettre en question l’attitude du gouvernement envers les Palestiniens. De plus en plus de Juifs remettent en question la durabilité des politiques actuelles et leur impact sur la vie et la sécurité des gens ordinaires. Malgré des mesures strictes lors des affrontements de ce mois-ci, le système de sécurité n’a pas pu empêcher l’incendie de plusieurs synagogues et des centaines d’attaques contre des citoyens juifs. Plus de dix Juifs israéliens ont été tués, dont des enfants. Bien que ce chiffre soit disproportionnellement inférieur au nombre de victimes palestiniennes, Israël ne peut pas supporter de telles pertes indéfiniment.

La difficulté de Netanyahou à former un gouvernement devrait être perçue comme une désapprobation de sa politique par les Israéliens. Cela pourrait pousser les futurs gouvernements israéliens à être plus sensibles au sort des Palestiniens.

On peut s’attendre à une attitude similaire du côté palestinien. Compte tenu de l’impasse actuelle, de nombreux citoyens palestiniens d’Israël souhaiteraient peut-être coexister pacifiquement avec les Juifs, ce qui pourrait conduire à un terrain d’entente. Sinon, la plaie continuera à saigner.

Il existe une tendance similaire aux États-Unis. Au cours de la crise de ce mois-ci, plusieurs membres du Congrès ont souligné l’importance d’un cessez-le-feu immédiat. Bien qu’il y ait peu d’espoir d’amélioration durant l’ère Biden, l’opinion publique américaine pourrait évoluer pour devenir plus sensible aux souffrances des Palestiniens.

Vendredi, un cessez-le-feu fragile a finalement été conclu. Il est fragile parce que Netanyahou a affirmé avec insistance deux jours auparavant qu'il était «déterminé à poursuivre l'opération jusqu'à ce que son objectif soit atteint.» Il a affirmé qu'il n'y avait que deux façons de traiter avec le Hamas: «Vous pouvez soit le vaincre, et c'est toujours une possibilité, soit vous pouvez exercer une dissuasion à son égard. Nous sommes actuellement engagés dans une dissuasion énergique, mais nous n’excluons aucune possibilité.»

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est opposé à cette déclaration provocante. Dernièrement, il a fait usage d’un discours inhabituellement pondéré dans ses rapports avec Biden en une tentative de rétablissement des liens, mais il a été victime de ses sentiments négatifs profondément enracinés à l’égard d’Israël et,  s'écartant probablement du texte préparé, a adressé de sévères critiques au président des États-Unis. Il a dit: «Vous écrivez l'histoire avec vos mains ensanglantées. Gaza est attaquée avec une force disproportionnée.» Il n’a pas non plus pu s'empêcher de se référer au passé ottoman de la Palestine, en disant: «Les territoires palestiniens sont envahis par les persécutions, les souffrances et le sang, comme de nombreux autres territoires qui ont perdu la paix avec la fin de l’empire ottoman.»

Ce discours dur était la dernière chose à faire. La Turquie doit recourir à une diplomatie extrêmement délicate pour ramener ses relations avec les États-Unis à un semblant de normalité. En fait, les États-Unis n’ont pas tardé à réagir fermement à la déclaration d’Erdogan. Le porte-parole du département d'État, Ned Price, a déclaré: «Nous exhortons le président Erdogan et les autres dirigeants turcs à s'abstenir de tout propos incendiaire, qui pourrait conduire à de nouvelles violences. Le langage antisémite n'a de place nulle part.»

Le discours dur d’Erdogan ne sera pas d’une grande aide pour promouvoir la cause palestinienne.

Yasar Yakis est un ancien ministre des Affaires étrangères de Turquie, et membre fondateur du parti AKP au pouvoir. Twitter: @yakis_yasar

Clause de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cette rubrique par leurs auteurs sont personnelles, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com