L'alliance entre le parti islamiste arabe et les juifs nationalistes montre le vrai visage des Frères musulmans

Le chef de l'opposition israélienne Yair Lapid (en haut à gauche) a réussi à rassembler suffisamment de soutien à travers un large spectre politique afin de former un gouvernement de «changement». (Photo, AFP/Archives)
Le chef de l'opposition israélienne Yair Lapid (en haut à gauche) a réussi à rassembler suffisamment de soutien à travers un large spectre politique afin de former un gouvernement de «changement». (Photo, AFP/Archives)
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Publié le Samedi 05 juin 2021

L'alliance entre le parti islamiste arabe et les juifs nationalistes montre le vrai visage des Frères musulmans

  • La décision de la Liste arabe unie dirigée par Mansour Abbas marque la première participation d’un parti arabe dans un gouvernement israélien
  • Les analystes voient dans cette décision une preuve supplémentaire qu’un parti inspiré des Frères musulmans fait passer le pouvoir avant les principes

DUBAI : Gouverner, c'est choisir, disent-ils. Mansour Abbas, leader du parti israélien de la Liste arabe unie, devrait être confronté à quelques décisions difficiles au cours des semaines et des mois à venir si, comme cela semble probable, lui et son parti feront partie d'une nouvelle coalition gouvernementale en Israël.

Tard mercredi, on a annoncé qu'Abbas avait accepté de rejoindre une coalition dirigée conjointement par Yair Lapid, du parti centriste Yesh Atid, et Naftali Bennett de la droite Yemina. L'ironie qu'un parti politique islamiste se rapprochant avec empressement de Yemina, une alliance de partis nationalistes juifs, n'a pas échappé aux Palestiniens ou au monde arabe au sens large.

Les analystes voient ce développement comme un autre exemple d'un parti inspiré des Frères musulmans plaçant le pouvoir et l'intérêt personnel au-dessus des principes lorsqu'il s'agit d’une situation critique.

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Le chef du parti conservateur islamique arabo-israélien Raam Mansour Abbas (à droite) signe l’accord de coalition avec le chef de l'opposition israélienne Yair Lapid (à gauche) et le millionnaire nationaliste de droite Naftali Bennett à Ramat Gan, près de la ville côtière de Tel Aviv. (Photo, AFP/Archives)

«La nouvelle n'est pas du tout surprenante. Les groupes affiliés aux Frères musulmans ont toujours utilisé tous les moyens pour atteindre leurs objectifs politiques», a déclaré à Arab News le Dr Hamdan Al-Shehri, analyste politique et spécialiste des relations internationales.

«Cette coopération n'est qu'un autre épisode d'un drame de longue date qui continuera à démontrer l'étendue et la volonté des Frères musulmans de coopérer avec quiconque, à l'exception des gouvernements de leurs propres pays».

Que le mariage de raison dure assez longtemps est une autre question. Si elle est approuvée par la Knesset, la coalition mettra fin aux 12 ans de règne de Benjamin Netanyahou comme Premier ministre. Ce sera également la première fois qu'un parti arabe siège dans un gouvernement israélien depuis la formation de l'État d'Israël en 1948.

Si Abbas devient ministre, il sera le premier homme politique arabe à siéger dans un conseil de ministre israélien. Les politiciens et les électeurs juifs israéliens considéraient auparavant une telle participation comme un pas de trop pour compromettre la nature juive de l'État.

Il y a peut-être aussi eu une inquiétude de la part des politiciens arabes eux-mêmes à l'idée de participer activement au gouvernement d'un État dont la légitimité, et même le droit         d'exister, sont encore si fortement contestés dans une grande partie du monde arabe et musulman.

Ces politiciens vont des membres druzes du parti Likoud de Netanyahou aux communistes laïcs du Hadash, en passant par les représentants de la minorité bédouine marginalisée du sud d'Israël, dont certains éléments sont volontaires dans l’armée israélienne.

Ensuite, il y a la Liste arabe unie de Abbas, qui est souvent connue sous son acronyme hébreu Raam. La Liste arabe unie est le groupe du Mouvement islamique d'Israël et, en tant que telle, elle est censée être alliée des Frères musulmans.

Tandis que le Hamas, le groupe militant qui dirige la bande de Gaza et qui est très populaire en Cisjordanie, fait peu pour cacher ses origines et ses amitiés avec les Frères musulmans, la Liste arabe unie n'est toutefois affiliée qu'à lui. Les Frères musulmans sont classés comme groupe terroriste par l'Égypte, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'Arabie saoudite, entre autres.

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De gauche à droite : Rached Ghannouchi, chef du parti tunisien islamiste Ennahdha ; Talaat Fahmy, porte-parole des Frères musulmans égyptiens ; et Zaki Bani Irsheid des Frères musulmans en Jordanie. Les résultats de la participation islamiste aux élections et aux gouvernements démocratiques ont été au mieux problématiques. (Photo, AFP)

En 2015, le gouvernement israélien a interdit le Mouvement islamique. Raed Salah, de la ville d'Oumm Al-Fahm, chef de l'Aile nord, a purgé à plusieurs reprises des peines de prison pour incitation à la violence.

Abbas, dentiste originaire du village de Maghar, élu à la Knesset en 2019, présente une figure plus modérée. On pense même qu'il appartient à l'Aile sud plus modérée du parti. Cependant, c'est un homme politique expérimenté.

«La décision de Mansour Abbas de travailler avec Naftali Bennett n'est pas surprenante si l'on considère qu'il coopère avec Netanyahou depuis plusieurs années maintenant», a déclaré à Arab News,  Mairav Zonszein, analyste principal des affaires Israélo-palestiniennes à l'International Crisis Group (ICG).

Bennett, qui occupera le poste de Premier ministre pendant les deux premières années d'un mandat de quatre ans, a servi dans les unités des forces spéciales Sayeret Matkal et Maglan de l’armée israélienne, participant à de nombreuses opérations de combat avant de devenir un entrepreneur de logiciels millionnaire.

«Abbas a beaucoup plus en commun avec certains partis juifs religieux de droite qu'avec les partis palestiniens de gauche», a expliqué Zonszein, faisant référence à l'alliance de partis arabes de la Liste arabe unifiée (à ne pas confondre avec la Liste arabe unie de Abbas).

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Des femmes passant devant les panneaux d'affichage de la campagne électorale du Likoud, parti de droite israélien (à gauche), montrant une photo de son chef, le Premier ministre Benjamin Netanyahou, l'alliance électorale israélienne à majorité arabe de la Liste arabe unie (2e à droite), et le mouvement islamique (à droite) dans la ville bédouine de Rahat, près de la ville de Beersheba, dans le sud d'Israël, le 10 mars 2021, avant les élections législatives. (Photo, AFP/Archives)

«Il reste à voir ce qu'il adviendra de cette coalition. Sa formation même est révélatrice de l’impasse dont souffre la politique israélienne, causée à la fois par la domination de Netanyahou ainsi que par la disparition d’un réel parti juif de gauche».

Pour être juste envers la Liste arabe unie, ce n'est pas le premier parti d'origine islamique à saisir l'occasion de partager le pouvoir politique. De nombreux islamistes soutiennent que la démocratie est une invention occidentale qui est complètement incompatible avec la primauté des lois prescrites par Dieu. Mais, souvent, le point de vue de l'aile militante ou participationniste prévaut.

Sans surprise, les résultats de la participation islamiste aux élections et aux gouvernements démocratiques ont été au mieux problématiques.

En Égypte, fief des Frères musulmans, certains membres de haut rang ont refusé de participer aux élections de 2011 à la suite de la, soi-disant, révolte du Printemps arabe qui a mis fin au règne d'Hosni Moubarak en tant que président.

Élu par l'intermédiaire du Parti de la liberté et de la justice (PL J), sa période tumultueuse au gouvernement sous Muhammad Morsi a aliéné les jeunes militants instruits qui ont déclenché les manifestations anti-Moubarak et, au fil du temps, les femmes et les membres de la minorité chrétienne du pays.

Les critiques ont constaté que l'engagement des groupes envers la démocratie était au mieux discutable et considéraient la décision de Morsi de se présenter comme un peu plus qu'une tentative cynique pour s’emparer du pouvoir.

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Mansour Abbas (à droite), chef du parti conservateur islamique israélien Raam, est félicité pour sa victoire électorale dans le village de Maghar, dans le nord d'Israël, le 26 mars 2021. (Photo, AFP/Archives)

En Tunisie, Rached Ghannouchi, actuellement président de l'Assemblée nationale, a eu du mal à concilier une vision du monde islamiste, fortement anti-israélienne, anti-nationaliste, panislamique, avec les compromis nécessaires à un gouvernement efficace après le renversement du régime de Ben Ali en 2011.

En Grande-Bretagne, où certains leaders des Frères musulmans sont désormais installés, un examen effectué par des hauts fonctionnaires et des diplomates du réseau islamiste international a révélé que certaines parties de celui-ci avaient une «relation ambiguë avec les groupes extrémistes violents».

L'examen a également identifié une structure de cellules secrètes, «avec un programme d'initiation et d'éducation bien élaboré pour les nouveaux membres. Elle reposait fortement sur la solidarité de groupe et la pression des pairs pour maintenir la discipline. Cette structure clandestine, centralisée et hiérarchisée persiste à ce jour».

En Turquie, où sont aussi installés d'autres éléments de la direction des Frères musulmans, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, chef de ce qui est généralement décrit comme un parti néo-ottoman AKP, a noué une relation politique avec les ultra-nationalistes de la ligne dure.

On ne sait pas quelles conditions Abbas a pu obtenir en échange de sa participation au gouvernement. Ses calculs sont rendus plus sensibles à la lumière des combats du mois dernier entre Israël et les Palestiniens vivant dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, territoires occupés par Israël en 1967.

Pendant 12 jours à partir du 10 mai, des combattants fidèles au Hamas ont échangé des missiles et des tirs d'artillerie avec l’armée israélienne. Près de 250 Palestiniens, dont au moins la moitié étaient des femmes et des enfants, sont morts dans les récentes violences. En Israël, au moins 12 personnes ont été tuées par des roquettes du Hamas.

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Un garçon passe devant un slogan en arabe où l'on peut lire : «Bienvenue dans le quartier résistant de Cheikh Jarrah», le 25 mai 2021, à Jérusalem-Est annexé par Israël. Ce quartier est le site de manifestations fréquentes contre l'expulsion des Palestiniens de leurs maisons par des colons juifs. (Photo, AFP)

Au cours des combats, des villes majoritairement arabes et mixtes à l'intérieur d'Israël, telles que Jaffa, Lod, Haïfa, Acre et Nazareth, ont été en proie à des troubles. Les bataillons de la police des frontières israélienne ont été envoyés rapidement en Israël pour faire face aux émeutes, aux incendies de voitures et aux attaques contre des bâtiments.

Les Palestiniens vivant à l'intérieur d'Israël souffrent de taux de chômage plus élevés et de ce qu'ils perçoivent comme des préjugés et de la discrimination.

Représentant 21 % de la population, ils sont généralement plus pauvres et moins éduqués que les Israéliens juifs, bien qu'ils aient un meilleur niveau de vie que celui dont bénéficient les Palestiniens de Cisjordanie, de la bande de Gaza et de la diaspora ailleurs dans le monde arabe.

Dans ce contexte difficile, que signifiera, concrètement et symboliquement, la participation d'Abbas au gouvernement pour les Israéliens, les Palestiniens vivant en Israël et les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza?

«D'un côté, l'intégration d'un parti palestinien dans la coalition est importante car elle brise un tabou et crée un précédent pour l'avenir», a déclaré Zonszein , l'analyste chez ICG, à Arab News.

«D'un autre côté, il n'y a encore aucune raison de croire que cela conduira à des changements fondamentaux dans les politiques discriminatoires et destructrices de l’Etat hébreu contre les citoyens palestiniens».

 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: Israël dit avoir mené mercredi sa "plus grande frappe coordonnée" contre le Hezbollah depuis le 28 février

« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
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  • L’armée israélienne a mené la plus vaste frappe coordonnée contre le Hezbollah depuis le début du conflit, visant une centaine de cibles à Beyrouth, dans la Bekaa et le sud du Liban
  • Malgré le cessez-le-feu avec l’Iran, Israël confirme que le Liban n’est pas concerné et que les opérations contre le Hezbollah vont se poursuivre

BEYROUTH: L'armée israélienne a annoncé avoir frappé mercredi une centaine d'objectifs du Hezbollah à travers le Liban, affirmant qu'il s'agissait de "la plus grande frappe coordonnée" contre le mouvement pro-iranien depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, le 28 février.

"En l'espace de 10 minutes et simultanément dans plusieurs zones, [les forces israéliennes ont attaqué] une centaine de postes de commandement et d'infrastructures militaires" du mouvement islamiste libanais à travers le pays voisin, indique un communiqué militaire israélien.

Les frappes ont visé des objectifs à Beyrouth, dans la plaine de la Bekaa (est du Liban) ainsi que dans le sud du pays, selon l'armée israélienne.

Les frappes israéliennes sur Beyrouth, les plus violentes depuis le début de la guerre, ont provoqué des scènes de panique dans la capitale à une heure de grande affluence, selon des journalistes de l'AFP.

Ennemi d'Israël et allié de Téhéran, le Hezbollah s'était joint le 2 mars à la guerre régionale.

Le cessez-le-feu de 15 jours avec l'Iran décrété dans la nuit par le président américain Donald Trump "n'inclut pas le Liban", a affirmé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. "La bataille continue au Liban, a ensuite déclaré l'armée israélienne

"Nous continuerons de frapper l'organisation terroriste Hezbollah et exploiterons chaque occasion qui se présente sur le plan opérationnel", a dit le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d'état-major de l'armée, cité dans un communiqué militaire.

"Nous ne transigerons pas sur la sécurité des habitants du nord d'Israël [et] nous continuerons de frapper avec détermination", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne avait annoncé mardi avoir achevé dans le sud du Liban le déploiement de ses troupes au sol jusqu'à une "ligne de défense avancée" destinée à maintenir le nord d'Israël à l'abri des tirs de roquettes antichars du Hezbollah, dont la portée est évaluée à une dizaine de kilomètres.


Le Liban fait état de huit morts dans une frappe israélienne à Saïda

Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
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  • Une frappe israélienne à Saïda, au Liban, a fait au moins 8 morts et 22 blessés parmi les civils, causant d’importants dégâts sur le front de mer
  • L’attaque survient malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis, l’Iran et leurs alliés, dont l’application au Liban reste floue et contestée

BEYROUTH: Une frappe israélienne a fait huit morts dans la ville libanaise de Saïda, a annoncé mercredi le ministère libanais de la Santé, alors que Washington et ses alliés se sont mis d'accord pour un cessez-le-feu avec l'Iran.

"La frappe de l'ennemi israélien sur Saïda, dans le sud du Liban, a fait, selon un bilan provisoire, huit morts parmi la population civile et 22 blessés", a indiqué le ministère dans un communiqué.

Un photographe de l'AFP présent sur les lieux de l'attaque, qui a touché le front de mer de cette ville côtière, a vu des flammes s'élever d'un café aux vitres brisées qui jonchaient la chaussée.

Les pompiers s'efforçaient d'éteindre l'incendie tandis que l'armée bouclait le secteur. Des voitures stationnées à proximité ont également été endommagées.

"Nous avons été informés d'une frappe sur la route du front de mer à Saïda. Nous avons envoyé deux équipes, mais celles-ci ont demandé des renforts en raison du nombre élevé de victimes", a indiqué à l'AFP Louay Sabeh, secouriste au sein d'une association locale.

Les équipes de secours ont transporté au moins six blessés depuis les lieux de l'attaque, a-t-il précisé.

Cette frappe est survenue peu avant que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme que les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés avaient accepté un cessez-le-feu de deux semaines "partout", y compris au Liban.

Le Pakistan a joué le rôle de médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran dans le but de mettre fin à plus de cinq semaines de guerre au Moyen-Orient.


Moustapha Barghouti : la loi israélienne sur la peine de mort est un permis de tuer des Palestiniens

Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
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  • La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens est perçue par Moustapha Barghouti comme un instrument légal autorisant des exécutions extrajudiciaires et approfondissant l’apartheid 
  • Barghouti appelle à la résilience palestinienne et à une pression internationale concrète, notamment sanctions et boycott, pour contrecarrer la politique israélienne 

PARIS : Au milieu du fracas de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question palestinienne semble occultée. Pourtant, sur le terrain, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël poursuit son entreprise de destruction et de déshumanisation du peuple palestinien, affranchi de toute contrainte.

Profitant du tumulte mondial, le gouvernement israélien a adopté récemment une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens détenus dans ses prisons. Que signifie pratiquement cette loi pour les Palestiniens, et que cherche Israël par son instauration ?

Le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Moustapha Barghouti, explique à Arab News en français que cette loi « marque un tournant d’une gravité historique ».

D’une voix calme, mais empreinte de conviction et de fermeté, le médecin et dirigeant politique palestinien ne mâche pas ses mots : « Cette loi n’est pas seulement un instrument juridique supplémentaire dans l’arsenal israélien, mais l’expression d’une dérive politique profonde qui autorise ouvertement l’élimination des Palestiniens. »

« Ce qui se passe n’est pas simplement l’adoption d’une loi », insiste-t-il. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une dérive fasciste en Israël. »

À la tête de l’Initiative nationale palestinienne, qui n’a pas d’aile armée, Barghouti s’est imposé au fil du temps comme le porte-voix de la cause palestinienne, avec comme marque de fabrique une intonation de voix douce et incisive à la fois, souvent déstabilisante pour ses contradicteurs.

Barghouti attribue l’initiative de ce texte de loi au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite radicale, mais il souligne que « le problème dépasse largement un seul homme. »

Selon ce communiquant hors pair, doublé d’un homme politique d’une profonde connaissance des arcanes de la politique israélienne, la véritable alerte réside dans le soutien massif dont la loi a bénéficié au Parlement israélien.

« Près des deux tiers des députés de la Knesset ont voté en sa faveur, y compris certains représentants de l’opposition, comme Avigdor Lieberman », un consensus qui révèle, selon lui, « une transformation plus profonde de la société israélienne. »

« La loi n’est qu’un symptôme, car la dérive fasciste de la société israélienne est aujourd’hui très avancée », affirme-t-il.

Cette évolution se manifeste à travers plusieurs phénomènes simultanés : la guerre menée à Gaza, l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et, désormais, l’adoption d’une législation qui viserait spécifiquement les prisonniers palestiniens.

Pour Barghouti, la portée réelle de la loi dépasse la question de la peine de mort elle-même, car dans les faits, elle institue « une justice fondamentalement discriminatoire ». « Cette loi approfondit le système d’apartheid », affirme-t-il.

Selon cette logique, un Palestinien accusé d’avoir tué un Israélien pourrait être condamné à mort, mais lorsqu’un Israélien tue un Palestinien, affirme Barghouti, « l’impunité est souvent la règle. »

Pour lui, la loi fonctionne comme « un permis de tuer des Palestiniens » et légitime également, selon lui, « les exécutions extrajudiciaires déjà observées sur le terrain. »

Barghouti estime qu’entre mille et deux mille Palestiniens à Gaza ont déjà été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de même en Cisjordanie, où il évoque de nombreux cas de tirs mortels sans poursuites judiciaires, dont l’assassinat récent d’une famille civile dans la région de Tubas.

Interrogé sur les détenus concernés par la loi, Barghouti se montre catégorique : « Tous les prisonniers palestiniens sont menacés », affirme-t-il. Même ceux qui ont déjà été jugés pourraient voir leurs dossiers rouverts si « les autorités israéliennes décident de réexaminer certaines affaires. »

Environ 10 000 Palestiniens sont aujourd’hui détenus dans les prisons israéliennes, parmi lesquels 300 enfants et 75 femmes. Un grand nombre d’entre eux sont détenus sous le régime de la détention administrative, qui permet d’emprisonner une personne sans inculpation ni procès, pour des périodes renouvelables.

Les conditions de détention sont particulièrement dures : « Ils sont privés de soins, soumis à la faim, aux abus et à des conditions extrêmement difficiles », explique Barghouti.

Depuis le 7 octobre, affirme-t-il, 90 prisonniers palestiniens seraient morts en détention. Depuis 1967, le nombre total de détenus morts dans les prisons israéliennes atteindrait 322.

La situation dans la bande de Gaza reste, selon Mustafa Barghouti, catastrophique. Il affirme qu’Israël n’a jamais véritablement respecté le cessez-le-feu annoncé.

Depuis son entrée en vigueur, 720 Palestiniens auraient été tués et plus de 2 000 blessés, alors que les bombardements continuent quotidiennement, y compris au cœur de la ville de Gaza.

Mais l’aspect le plus dramatique, selon lui, concerne la situation humanitaire. L’accord de cessez-le-feu prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour ; or, selon Barghouti, les livraisons restent très en deçà de ce chiffre, puisque certains jours, explique-t-il, à peine 56 camions ont été autorisés à entrer.

Plus grave encore, aucun matériel médical n’aurait été autorisé à entrer depuis le début du cessez-le-feu : « Des hôpitaux entiers risquent de cesser de fonctionner », avertit-il. Même les dentistes, dit-il, ont récemment lancé un appel pour signaler qu’ils ne disposaient plus de matériel de base pour traiter leurs patients.

En Cisjordanie, la situation n’est guère plus réjouissante. Barghouti décrit une situation d’escalade permanente : les raids militaires et les arrestations se poursuivent quotidiennement, et les attaques de colons armés se multiplient.

Barghouti assure que ces groupes agissent avec la protection de l’armée israélienne et affirme que 71 communautés palestiniennes ont déjà été expulsées de leurs terres.

Ces expulsions, souligne-t-il, s’inscrivent dans une stratégie visant à s’emparer progressivement de la Cisjordanie, dont « Israël contrôle désormais plus de 40 % ».

Face à cette situation, Mustafa Barghouti balaye du revers de la main un changement interne en Israël : « Cette société s’est tournée vers le fascisme », affirme-t-il.

Pour lui, deux facteurs seront déterminants pour l’avenir. Le premier est la résilience du peuple palestinien sur sa terre, car « le projet sioniste ne peut réussir que s’il parvient à expulser les Palestiniens de leur terre, comme en 1948. »

Le second facteur est la pression internationale. Barghouti estime que les déclarations et condamnations ne suffisent plus : « Israël ne se laissera pas dissuader par des discours. »

La seule solution, selon lui, serait l’imposition de sanctions internationales et d’un boycott global d’Israël.

Malgré la dureté du contexte, Barghouti affirme ne pas se sentir seul : « Ma relation n’est pas avec les gouvernements », conclut-il, « ma relation est avec les peuples, et je sais que les peuples comprennent ce qui se passe. »