L'alliance entre le parti islamiste arabe et les juifs nationalistes montre le vrai visage des Frères musulmans

Le chef de l'opposition israélienne Yair Lapid (en haut à gauche) a réussi à rassembler suffisamment de soutien à travers un large spectre politique afin de former un gouvernement de «changement». (Photo, AFP/Archives)
Le chef de l'opposition israélienne Yair Lapid (en haut à gauche) a réussi à rassembler suffisamment de soutien à travers un large spectre politique afin de former un gouvernement de «changement». (Photo, AFP/Archives)
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Publié le Samedi 05 juin 2021

L'alliance entre le parti islamiste arabe et les juifs nationalistes montre le vrai visage des Frères musulmans

  • La décision de la Liste arabe unie dirigée par Mansour Abbas marque la première participation d’un parti arabe dans un gouvernement israélien
  • Les analystes voient dans cette décision une preuve supplémentaire qu’un parti inspiré des Frères musulmans fait passer le pouvoir avant les principes

DUBAI : Gouverner, c'est choisir, disent-ils. Mansour Abbas, leader du parti israélien de la Liste arabe unie, devrait être confronté à quelques décisions difficiles au cours des semaines et des mois à venir si, comme cela semble probable, lui et son parti feront partie d'une nouvelle coalition gouvernementale en Israël.

Tard mercredi, on a annoncé qu'Abbas avait accepté de rejoindre une coalition dirigée conjointement par Yair Lapid, du parti centriste Yesh Atid, et Naftali Bennett de la droite Yemina. L'ironie qu'un parti politique islamiste se rapprochant avec empressement de Yemina, une alliance de partis nationalistes juifs, n'a pas échappé aux Palestiniens ou au monde arabe au sens large.

Les analystes voient ce développement comme un autre exemple d'un parti inspiré des Frères musulmans plaçant le pouvoir et l'intérêt personnel au-dessus des principes lorsqu'il s'agit d’une situation critique.

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Le chef du parti conservateur islamique arabo-israélien Raam Mansour Abbas (à droite) signe l’accord de coalition avec le chef de l'opposition israélienne Yair Lapid (à gauche) et le millionnaire nationaliste de droite Naftali Bennett à Ramat Gan, près de la ville côtière de Tel Aviv. (Photo, AFP/Archives)

«La nouvelle n'est pas du tout surprenante. Les groupes affiliés aux Frères musulmans ont toujours utilisé tous les moyens pour atteindre leurs objectifs politiques», a déclaré à Arab News le Dr Hamdan Al-Shehri, analyste politique et spécialiste des relations internationales.

«Cette coopération n'est qu'un autre épisode d'un drame de longue date qui continuera à démontrer l'étendue et la volonté des Frères musulmans de coopérer avec quiconque, à l'exception des gouvernements de leurs propres pays».

Que le mariage de raison dure assez longtemps est une autre question. Si elle est approuvée par la Knesset, la coalition mettra fin aux 12 ans de règne de Benjamin Netanyahou comme Premier ministre. Ce sera également la première fois qu'un parti arabe siège dans un gouvernement israélien depuis la formation de l'État d'Israël en 1948.

Si Abbas devient ministre, il sera le premier homme politique arabe à siéger dans un conseil de ministre israélien. Les politiciens et les électeurs juifs israéliens considéraient auparavant une telle participation comme un pas de trop pour compromettre la nature juive de l'État.

Il y a peut-être aussi eu une inquiétude de la part des politiciens arabes eux-mêmes à l'idée de participer activement au gouvernement d'un État dont la légitimité, et même le droit         d'exister, sont encore si fortement contestés dans une grande partie du monde arabe et musulman.

Ces politiciens vont des membres druzes du parti Likoud de Netanyahou aux communistes laïcs du Hadash, en passant par les représentants de la minorité bédouine marginalisée du sud d'Israël, dont certains éléments sont volontaires dans l’armée israélienne.

Ensuite, il y a la Liste arabe unie de Abbas, qui est souvent connue sous son acronyme hébreu Raam. La Liste arabe unie est le groupe du Mouvement islamique d'Israël et, en tant que telle, elle est censée être alliée des Frères musulmans.

Tandis que le Hamas, le groupe militant qui dirige la bande de Gaza et qui est très populaire en Cisjordanie, fait peu pour cacher ses origines et ses amitiés avec les Frères musulmans, la Liste arabe unie n'est toutefois affiliée qu'à lui. Les Frères musulmans sont classés comme groupe terroriste par l'Égypte, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'Arabie saoudite, entre autres.

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De gauche à droite : Rached Ghannouchi, chef du parti tunisien islamiste Ennahdha ; Talaat Fahmy, porte-parole des Frères musulmans égyptiens ; et Zaki Bani Irsheid des Frères musulmans en Jordanie. Les résultats de la participation islamiste aux élections et aux gouvernements démocratiques ont été au mieux problématiques. (Photo, AFP)

En 2015, le gouvernement israélien a interdit le Mouvement islamique. Raed Salah, de la ville d'Oumm Al-Fahm, chef de l'Aile nord, a purgé à plusieurs reprises des peines de prison pour incitation à la violence.

Abbas, dentiste originaire du village de Maghar, élu à la Knesset en 2019, présente une figure plus modérée. On pense même qu'il appartient à l'Aile sud plus modérée du parti. Cependant, c'est un homme politique expérimenté.

«La décision de Mansour Abbas de travailler avec Naftali Bennett n'est pas surprenante si l'on considère qu'il coopère avec Netanyahou depuis plusieurs années maintenant», a déclaré à Arab News,  Mairav Zonszein, analyste principal des affaires Israélo-palestiniennes à l'International Crisis Group (ICG).

Bennett, qui occupera le poste de Premier ministre pendant les deux premières années d'un mandat de quatre ans, a servi dans les unités des forces spéciales Sayeret Matkal et Maglan de l’armée israélienne, participant à de nombreuses opérations de combat avant de devenir un entrepreneur de logiciels millionnaire.

«Abbas a beaucoup plus en commun avec certains partis juifs religieux de droite qu'avec les partis palestiniens de gauche», a expliqué Zonszein, faisant référence à l'alliance de partis arabes de la Liste arabe unifiée (à ne pas confondre avec la Liste arabe unie de Abbas).

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Des femmes passant devant les panneaux d'affichage de la campagne électorale du Likoud, parti de droite israélien (à gauche), montrant une photo de son chef, le Premier ministre Benjamin Netanyahou, l'alliance électorale israélienne à majorité arabe de la Liste arabe unie (2e à droite), et le mouvement islamique (à droite) dans la ville bédouine de Rahat, près de la ville de Beersheba, dans le sud d'Israël, le 10 mars 2021, avant les élections législatives. (Photo, AFP/Archives)

«Il reste à voir ce qu'il adviendra de cette coalition. Sa formation même est révélatrice de l’impasse dont souffre la politique israélienne, causée à la fois par la domination de Netanyahou ainsi que par la disparition d’un réel parti juif de gauche».

Pour être juste envers la Liste arabe unie, ce n'est pas le premier parti d'origine islamique à saisir l'occasion de partager le pouvoir politique. De nombreux islamistes soutiennent que la démocratie est une invention occidentale qui est complètement incompatible avec la primauté des lois prescrites par Dieu. Mais, souvent, le point de vue de l'aile militante ou participationniste prévaut.

Sans surprise, les résultats de la participation islamiste aux élections et aux gouvernements démocratiques ont été au mieux problématiques.

En Égypte, fief des Frères musulmans, certains membres de haut rang ont refusé de participer aux élections de 2011 à la suite de la, soi-disant, révolte du Printemps arabe qui a mis fin au règne d'Hosni Moubarak en tant que président.

Élu par l'intermédiaire du Parti de la liberté et de la justice (PL J), sa période tumultueuse au gouvernement sous Muhammad Morsi a aliéné les jeunes militants instruits qui ont déclenché les manifestations anti-Moubarak et, au fil du temps, les femmes et les membres de la minorité chrétienne du pays.

Les critiques ont constaté que l'engagement des groupes envers la démocratie était au mieux discutable et considéraient la décision de Morsi de se présenter comme un peu plus qu'une tentative cynique pour s’emparer du pouvoir.

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Mansour Abbas (à droite), chef du parti conservateur islamique israélien Raam, est félicité pour sa victoire électorale dans le village de Maghar, dans le nord d'Israël, le 26 mars 2021. (Photo, AFP/Archives)

En Tunisie, Rached Ghannouchi, actuellement président de l'Assemblée nationale, a eu du mal à concilier une vision du monde islamiste, fortement anti-israélienne, anti-nationaliste, panislamique, avec les compromis nécessaires à un gouvernement efficace après le renversement du régime de Ben Ali en 2011.

En Grande-Bretagne, où certains leaders des Frères musulmans sont désormais installés, un examen effectué par des hauts fonctionnaires et des diplomates du réseau islamiste international a révélé que certaines parties de celui-ci avaient une «relation ambiguë avec les groupes extrémistes violents».

L'examen a également identifié une structure de cellules secrètes, «avec un programme d'initiation et d'éducation bien élaboré pour les nouveaux membres. Elle reposait fortement sur la solidarité de groupe et la pression des pairs pour maintenir la discipline. Cette structure clandestine, centralisée et hiérarchisée persiste à ce jour».

En Turquie, où sont aussi installés d'autres éléments de la direction des Frères musulmans, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, chef de ce qui est généralement décrit comme un parti néo-ottoman AKP, a noué une relation politique avec les ultra-nationalistes de la ligne dure.

On ne sait pas quelles conditions Abbas a pu obtenir en échange de sa participation au gouvernement. Ses calculs sont rendus plus sensibles à la lumière des combats du mois dernier entre Israël et les Palestiniens vivant dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, territoires occupés par Israël en 1967.

Pendant 12 jours à partir du 10 mai, des combattants fidèles au Hamas ont échangé des missiles et des tirs d'artillerie avec l’armée israélienne. Près de 250 Palestiniens, dont au moins la moitié étaient des femmes et des enfants, sont morts dans les récentes violences. En Israël, au moins 12 personnes ont été tuées par des roquettes du Hamas.

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Un garçon passe devant un slogan en arabe où l'on peut lire : «Bienvenue dans le quartier résistant de Cheikh Jarrah», le 25 mai 2021, à Jérusalem-Est annexé par Israël. Ce quartier est le site de manifestations fréquentes contre l'expulsion des Palestiniens de leurs maisons par des colons juifs. (Photo, AFP)

Au cours des combats, des villes majoritairement arabes et mixtes à l'intérieur d'Israël, telles que Jaffa, Lod, Haïfa, Acre et Nazareth, ont été en proie à des troubles. Les bataillons de la police des frontières israélienne ont été envoyés rapidement en Israël pour faire face aux émeutes, aux incendies de voitures et aux attaques contre des bâtiments.

Les Palestiniens vivant à l'intérieur d'Israël souffrent de taux de chômage plus élevés et de ce qu'ils perçoivent comme des préjugés et de la discrimination.

Représentant 21 % de la population, ils sont généralement plus pauvres et moins éduqués que les Israéliens juifs, bien qu'ils aient un meilleur niveau de vie que celui dont bénéficient les Palestiniens de Cisjordanie, de la bande de Gaza et de la diaspora ailleurs dans le monde arabe.

Dans ce contexte difficile, que signifiera, concrètement et symboliquement, la participation d'Abbas au gouvernement pour les Israéliens, les Palestiniens vivant en Israël et les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza?

«D'un côté, l'intégration d'un parti palestinien dans la coalition est importante car elle brise un tabou et crée un précédent pour l'avenir», a déclaré Zonszein , l'analyste chez ICG, à Arab News.

«D'un autre côté, il n'y a encore aucune raison de croire que cela conduira à des changements fondamentaux dans les politiques discriminatoires et destructrices de l’Etat hébreu contre les citoyens palestiniens».

 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'Iran affirme contrôler le détroit d'Ormuz après les déclarations de Trump sur un contrôle américain

Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
Cette photographie, obtenue auprès de l'agence de presse iranienne ISNA le 13 août 2026, montre une nappe de pétrole le long de la côte sud de l'île de Qeshm, en Iran, le 13 août 2026. (AFP)
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  • Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder"
  • Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens

TEHERAN: Un haut responsable iranien a affirmé jeudi que le détroit d'Ormuz restait sous le contrôle de l'Iran, après que le président américain Donald Trump a revendiqué la veille le contrôle américain de ce détroit stratégique.

"Aujourd'hui, vous voyez que le détroit d'Ormuz est sous la gestion et le contrôle de la République islamique, et que notre pays poursuit sa trajectoire en toute sécurité", a déclaré selon la télévision d'Etat Hossein Taeb, chef des forces paramilitaires du Bassidj, affiliées aux Gardiens de la Révolution, la puissante force armée de la République islamique.

Donald Trump, qui semble désormais privilégier une approche plus attentiste face à l'Iran, a répété mercredi sur son réseau Truth Social que les Etats-Unis avaient un contrôle "total" du détroit d'Ormuz et allaient le "garder".

Dans les faits, ce passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole est verrouillé par l'Iran, alors que les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Les hostilités ont repris entre les deux pays début juillet, quand le protocole d'accord conclu en juin pour mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient a volé en éclat.

Les frappes se sont depuis atténuées, Donald Trump assurant que des négociations étaient en cours avec l'Iran, qui a démenti, assurant de son côté ne parler qu'avec Oman d'un futur itinéraire pour franchir le détroit d'Ormuz.


Une colonie de Cisjordanie, démantelée en 2005, à nouveau inaugurée par Israël

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim.  (AFP)
Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. (AFP)
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  • À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations
  • Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement

GANIM, TERRITOIRES PALESTINIENS: Plus de vingt ans après son retrait de la colonie de Ganim, en Cisjordanie occupée, Israël l'a officiellement inaugurée à nouveau jeudi, selon des journalistes de l'AFP sur place, dans une nouvelle illustration de la politique d'intensification de la colonisation menée par le gouvernement Netanyahu.

"Nous sommes revenus à Ganim  - et nous sommes revenus pour y rester", a affirmé le ministre de la Défense israélien Israël Katz, présent pour la cérémonie.

Sur l'unique rue récemment aménagée, l'odeur de l'asphalte fraîchement coulé flotte dans l'air. De nouveaux résidents et leurs proches, venus les aider à s'installer, sourient à la vue de leurs caravanes flambant neuves.

Ganim est l'une des quatre colonies israéliennes de Cisjordanie évacuées par Israël dans le cadre du plan de retrait de l'ancien Premier ministre Ariel Sharon en 2005, avec Homesh, Sa-Nour et Kadim. Leur emplacement isolé, dans le nord de la Cisjordanie, près de la ville palestinienne de Jénine, avait notamment motivé leur démantèlement.

Trois d'entre elles ont désormais été reconstruites sous l'actuel gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, sur fond de forte accélération de la création de nouvelles colonies, et de légalisation d'avant-postes (souvent constitués de quelques caravanes ou préfabriqués construits sans l'aval du gouvernement israélien, et destinés à créer des faits accomplis).

À Ganim, environ deux douzaines de maisons préfabriquées ont déjà été installées. Des niveleuses et des rouleaux compresseurs s'activent sur le flanc de la colline afin de dégager de nouveaux espaces destinés à de futures habitations.

Dans la vallée en contrebas, des Palestiniens interrogés par l'AFP témoignent de leur crainte que la construction de Ganim ne rende leur vie plus difficile, voire n'entraîne à terme leur déplacement.

De part et d'autre de la route reliant Israël à la nouvelle colonie, l'armée a démoli ces derniers jours des commerces et bloqué plusieurs chemins de terre menant aux villages palestiniens, y amoncelant des gravats.

Une centaine de personnes ont assisté à Ganim à la cérémonie d'inauguration, venus d'Israël ou d'autres colonies de Cisjordanie, dont des députés et deux ministres.

Yossi Dagan, le président du Conseil régional, chargé des colonies de ce secteur a parlé "moment historique".

Il a rappelé qu'un plan de construction de 19 nouvelles colonies dans cette zone avait été lancé, avec le soutien du gouvernement.

"Aujourd'hui, nous revenons à Ganim et nous la reconstruisons. Nous ne sommes pas seulement revenus dans les quatre localités qui avaient été évacuées : nous multiplions par deux et par trois la présence juive dans le nord de la Samarie", a-t-il déclaré, utilisant le nom israélien de la Cisjordanie occupée.


La condamnation à mort de Bachar al-Assad par la Syrie : un pas vers la justice ?

La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
La condamnation d’Assad, la première prononcée à son encontre par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie, a été rendue par contumace. (Image générée par IA représentant à quoi il aurait pu ressembler)
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  • Ce jugement constitue la première condamnation nationale prononcée à l’encontre du président déchu et marque une tentative sans précédent de demander des comptes aux dirigeants de l’ancien régime
  • Assad bénéficie toujours de la protection de la Russie, tandis que des experts juridiques avertissent que la peine de mort pourrait compliquer les efforts visant à l’extrader et à le faire comparaître en personne devant un tribunal syrien

LONDRES : Pendant près d’un quart de siècle, Bachar al-Assad s’est tenu à la tête d’un État syrien dans lequel le président semblait hors d’atteinte de ses tribunaux.

Mardi, cette situation s’est radicalement inversée.

La quatrième chambre pénale du tribunal de Damas a condamné le président déchu à mort par contumace après l’avoir reconnu coupable de crimes incluant « l’assassinat prémédité et intentionnel de plusieurs personnes, dont des enfants », ainsi que « la torture, les arrestations arbitraires et les crimes contre l’humanité » commis au cours du long conflit qui a ravagé le pays.

Il s’agit de la première condamnation prononcée à l’encontre d’Assad par un tribunal syrien depuis l’effondrement de son gouvernement en décembre 2024 et sa fuite en Russie.

Son frère Maher, ancien commandant de la redoutable quatrième division blindée, et Atef Najib, ancien chef de la sécurité à Deraa dont le traitement réservé aux manifestants adolescents avait contribué à déclencher le soulèvement de 2011, figuraient parmi les personnes également condamnées à mort.

Najib, arrêté en Syrie l’année dernière, était le seul haut responsable présent à l’audience.
Pour de nombreux Syriens, le symbolisme était indéniable.

Des foules se sont rassemblées devant le palais de justice de Damas et ont célébré la nouvelle à Deraa, où le soulèvement contre Assad avait commencé après que les forces de sécurité eurent arrêté et torturé des adolescents accusés d’avoir écrit des graffitis antigouvernementaux.

Pour Rahaf Aldoughli, maître de conférences en études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à l’université de Lancaster, ce verdict revêt une « importance symbolique considérable ».

« Pendant des décennies, l’une des caractéristiques déterminantes du système Assad a été l’impunité : l’idée que les plus hauts responsables de l’État ne pourraient jamais être tenus légalement pour responsables », a-t-elle déclaré à Arab News.

« Un tribunal syrien qui reconnaît officiellement la responsabilité pénale de Bachar al-Assad rompt donc, au moins symboliquement, avec cet héritage. »

Elle a toutefois mis en garde contre une interprétation excessive de cet événement.
« Nous devons veiller à ne pas assimiler la condamnation d’Assad à la justice transitionnelle. La justice transitionnelle ne peut se réduire à la sanction d’un seul individu, aussi central qu’il ait pu être au sein du système. »

Ce verdict confronte également les nouvelles autorités syriennes à une question plus épineuse : condamner Assad à mort le rapproche-t-il de la justice, ou rend-il encore plus lointaine la perspective de le juger un jour en personne — ainsi que ceux qui ont permis le fonctionnement de son appareil ?

« Dans l’ensemble, il s’agit d’une avancée significative, mais il ne faut pas en exagérer l’importance », a déclaré à Arab News Robert Pinfold, maître de conférences en sécurité internationale au King’s College de Londres. « Cela reste largement symbolique — notamment parce qu’Assad se trouve en Russie. »

Si la poursuite des relations chaleureuses entre Damas et Moscou pourrait théoriquement constituer un « coup de théâtre », a-t-il ajouté, il est raisonnable de supposer que les avoirs d’Assad et de sa famille resteront hors d’atteinte à court terme.

« Quant à la condamnation à mort elle-même, la plupart des Syriens y seront globalement favorables », a déclaré M. Pinfold. « Très peu de gens aujourd’hui — y compris certains de ses anciens partisans et des alaouites qui estiment qu’il les a trahis en s’enfuyant — soutiennent encore Bachar al-Assad. Il ne s’agit donc pas d’une décision controversée.

« Mais la capacité du gouvernement à réellement l’appliquer est limitée, puisque Assad se trouve hors du pays. »

Il a fait valoir que, alors que Damas est confrontée à des demandes croissantes de vérité, de réconciliation et de responsabilisation, elle doit mener ces processus avec prudence afin d’éviter de donner l’impression que les communautés minoritaires sont collectivement tenues pour responsables des exactions de l’ancien régime, même si les Syriens continuent de réclamer justice.

Assad est devenu, contre toute attente, le dirigeant de la Syrie de 2000 à décembre 2024, succédant à son père Hafez Assad et présidant un système dominé par la présidence, les services de sécurité et l’establishment militaire.

Lorsque des manifestations pacifiques ont éclaté en 2011, les forces gouvernementales ont réagi par la force meurtrière. Le soulèvement s’est rapidement transformé en une guerre qui a fait plus de 580 000 morts, déplacé plus de 13 millions de personnes et donné lieu à des allégations de torture systématique, de disparitions forcées, d’attaques aveugles et d’autres violations graves.

Pendant des années, les tentatives visant à établir les responsabilités se sont principalement déroulées en dehors de la Syrie. Les tribunaux européens ont eu recours à la compétence universelle et à d’autres mécanismes juridiques pour poursuivre d’anciens agents des services de renseignement syriens et d’autres suspects qui avaient atteint leur territoire.

Les tribunaux français ont également poursuivi Bachar al-Assad lui-même. En 2025, des juges d’instruction français ont émis un mandat d’arrêt à son encontre en lien avec le bombardement, en 2012, d’un centre de presse à Homs qui a coûté la vie aux journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik.

La décision rendue mardi revêt une importance particulière car elle a été prononcée en Syrie, inscrivant officiellement Assad au casier judiciaire du pays en tant que prévenu condamné, et non plus simplement comme faisant l’objet d’enquêtes, d’allégations ou de sanctions étrangères.

Mais la condamnation à mort ne constitue pas nécessairement une issue juridique définitive. Assad a été jugé par contumace et, selon le droit procédural syrien, le verdict pourrait être annulé et la procédure rouverte s’il se rendait ou s’il était arrêté et traduit en justice, d’après l’analyse du Réseau syrien pour les droits de l’homme.

« Le fait qu’il s’agisse également d’une condamnation à mort complique en outre les traités d’extradition avec d’autres pays qui ont pu ou non accorder l’asile à des responsables du régime syrien », a déclaré Samy Akil, conseiller principal chez The Syria Report, à Arab News.

« Je pense que l’UE et la CPI s’opposent à l’extradition vers un pays où une peine de mort a été prononcée à l’encontre d’une personne jugée par contumace. Je pense que c’est un aspect dont les responsables syriens n’ont pas vraiment tenu compte. »

Une question juridique plus large se pose également. Le droit syrien ne définit pas les « crimes de guerre » ni les « crimes contre l’humanité » comme des infractions distinctes. Ces affaires sont donc généralement jugées en vertu des dispositions pénales ordinaires, notamment celles relatives au meurtre, à la torture et à la détention illégale.

Les procureurs ont cherché à combler cette lacune en invoquant des principes juridiques internationaux, bien que la Syrie ne soit pas partie à la Convention des Nations unies de 1968 sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

Ces procédures contribueront donc à établir le cadre juridique pour de futures affaires visant à établir les responsabilités.

« Le cadre juridique et le système judiciaire syriens ne sont pas suffisamment adaptés pour traiter l’ampleur, la portée et la nature des massacres qui ont été perpétrés en Syrie — qu’il s’agisse de crimes de guerre, de torture ou de toutes les questions pertinentes qui doivent être abordées », a déclaré Akil.

« Le fait qu’ils se soient largement appuyés sur le code pénal existant — malgré plus d’un an et demi de travail sur une loi de justice transitionnelle, un projet de texte et le plaidoyer de nombreux groupes de la société civile — sape le processus de transition (aujourd’hui) et pour l’avenir.

« En fin de compte, il faut un système judiciaire indépendant et opérationnel pour traiter d’autres affaires (similaires) qui sont peut-être moins médiatisées, comme celles concernant des commandants de division ayant commis des massacres sur ordre des échelons supérieurs de la chaîne de commandement.

« L’absence d’une loi claire sur la justice transitionnelle est, à mon sens, la principale préoccupation, mais en fin de compte, cette décision constitue évidemment une victoire symbolique. »

Pour l’instant, il est peu probable qu’Assad purge la peine qui lui a été infligée. Il se trouve toujours en Russie, qui ne devrait pas l’extrader, tandis que la peine de mort pourrait compliquer toute tentative visant à obtenir son extradition depuis un autre pays.

Pour autant, considérer ce jugement comme purement symbolique reviendrait à en négliger l’importance.


Pour la première fois, un tribunal syrien a formellement établi la responsabilité pénale de la figure la plus puissante de l’ancien régime — un homme qui incarnait autrefois l’autorité de l’État syrien, mais qui est désormais fiché comme un fugitif condamné pour des crimes graves.

« À court terme, cette condamnation n’aboutira probablement pas à l’emprisonnement ou à l’exécution d’Assad tant qu’il restera sous la protection de la Russie et que Moscou refusera de l’extrader », a déclaré M. Aldoughli.

« Son impact immédiat est donc avant tout juridique et symbolique, plutôt que coercitif. Mais cela ne la rend pas pour autant dénuée de sens. »

La condamnation d’Assad clôt un chapitre des relations entre la Syrie et son ancien dirigeant. La question la plus importante est de savoir si elle marquera le début d’un processus de justice transitionnelle complet et impartial, ou si elle restera un jugement historique qui ne pourra jamais être appliqué.

« Peut-être que l’importance la plus grande réside dans le fait qu’Assad, qui a gouverné la Syrie pendant plus de deux décennies avec un pouvoir pratiquement illimité, est désormais un fugitif recherché par la justice syrienne », a déclaré M. Aldoughli.

« Pour de nombreux Syriens, ce revirement aura en soi une portée symbolique considérable. Mais le véritable test de la transition syrienne sera de savoir si ce moment marquera le début d’un processus judiciaire complet et impartial, plutôt que son aboutissement. »