L'alliance entre le parti islamiste arabe et les juifs nationalistes montre le vrai visage des Frères musulmans

Le chef de l'opposition israélienne Yair Lapid (en haut à gauche) a réussi à rassembler suffisamment de soutien à travers un large spectre politique afin de former un gouvernement de «changement». (Photo, AFP/Archives)
Le chef de l'opposition israélienne Yair Lapid (en haut à gauche) a réussi à rassembler suffisamment de soutien à travers un large spectre politique afin de former un gouvernement de «changement». (Photo, AFP/Archives)
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Publié le Samedi 05 juin 2021

L'alliance entre le parti islamiste arabe et les juifs nationalistes montre le vrai visage des Frères musulmans

  • La décision de la Liste arabe unie dirigée par Mansour Abbas marque la première participation d’un parti arabe dans un gouvernement israélien
  • Les analystes voient dans cette décision une preuve supplémentaire qu’un parti inspiré des Frères musulmans fait passer le pouvoir avant les principes

DUBAI : Gouverner, c'est choisir, disent-ils. Mansour Abbas, leader du parti israélien de la Liste arabe unie, devrait être confronté à quelques décisions difficiles au cours des semaines et des mois à venir si, comme cela semble probable, lui et son parti feront partie d'une nouvelle coalition gouvernementale en Israël.

Tard mercredi, on a annoncé qu'Abbas avait accepté de rejoindre une coalition dirigée conjointement par Yair Lapid, du parti centriste Yesh Atid, et Naftali Bennett de la droite Yemina. L'ironie qu'un parti politique islamiste se rapprochant avec empressement de Yemina, une alliance de partis nationalistes juifs, n'a pas échappé aux Palestiniens ou au monde arabe au sens large.

Les analystes voient ce développement comme un autre exemple d'un parti inspiré des Frères musulmans plaçant le pouvoir et l'intérêt personnel au-dessus des principes lorsqu'il s'agit d’une situation critique.

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Le chef du parti conservateur islamique arabo-israélien Raam Mansour Abbas (à droite) signe l’accord de coalition avec le chef de l'opposition israélienne Yair Lapid (à gauche) et le millionnaire nationaliste de droite Naftali Bennett à Ramat Gan, près de la ville côtière de Tel Aviv. (Photo, AFP/Archives)

«La nouvelle n'est pas du tout surprenante. Les groupes affiliés aux Frères musulmans ont toujours utilisé tous les moyens pour atteindre leurs objectifs politiques», a déclaré à Arab News le Dr Hamdan Al-Shehri, analyste politique et spécialiste des relations internationales.

«Cette coopération n'est qu'un autre épisode d'un drame de longue date qui continuera à démontrer l'étendue et la volonté des Frères musulmans de coopérer avec quiconque, à l'exception des gouvernements de leurs propres pays».

Que le mariage de raison dure assez longtemps est une autre question. Si elle est approuvée par la Knesset, la coalition mettra fin aux 12 ans de règne de Benjamin Netanyahou comme Premier ministre. Ce sera également la première fois qu'un parti arabe siège dans un gouvernement israélien depuis la formation de l'État d'Israël en 1948.

Si Abbas devient ministre, il sera le premier homme politique arabe à siéger dans un conseil de ministre israélien. Les politiciens et les électeurs juifs israéliens considéraient auparavant une telle participation comme un pas de trop pour compromettre la nature juive de l'État.

Il y a peut-être aussi eu une inquiétude de la part des politiciens arabes eux-mêmes à l'idée de participer activement au gouvernement d'un État dont la légitimité, et même le droit         d'exister, sont encore si fortement contestés dans une grande partie du monde arabe et musulman.

Ces politiciens vont des membres druzes du parti Likoud de Netanyahou aux communistes laïcs du Hadash, en passant par les représentants de la minorité bédouine marginalisée du sud d'Israël, dont certains éléments sont volontaires dans l’armée israélienne.

Ensuite, il y a la Liste arabe unie de Abbas, qui est souvent connue sous son acronyme hébreu Raam. La Liste arabe unie est le groupe du Mouvement islamique d'Israël et, en tant que telle, elle est censée être alliée des Frères musulmans.

Tandis que le Hamas, le groupe militant qui dirige la bande de Gaza et qui est très populaire en Cisjordanie, fait peu pour cacher ses origines et ses amitiés avec les Frères musulmans, la Liste arabe unie n'est toutefois affiliée qu'à lui. Les Frères musulmans sont classés comme groupe terroriste par l'Égypte, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l'Arabie saoudite, entre autres.

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De gauche à droite : Rached Ghannouchi, chef du parti tunisien islamiste Ennahdha ; Talaat Fahmy, porte-parole des Frères musulmans égyptiens ; et Zaki Bani Irsheid des Frères musulmans en Jordanie. Les résultats de la participation islamiste aux élections et aux gouvernements démocratiques ont été au mieux problématiques. (Photo, AFP)

En 2015, le gouvernement israélien a interdit le Mouvement islamique. Raed Salah, de la ville d'Oumm Al-Fahm, chef de l'Aile nord, a purgé à plusieurs reprises des peines de prison pour incitation à la violence.

Abbas, dentiste originaire du village de Maghar, élu à la Knesset en 2019, présente une figure plus modérée. On pense même qu'il appartient à l'Aile sud plus modérée du parti. Cependant, c'est un homme politique expérimenté.

«La décision de Mansour Abbas de travailler avec Naftali Bennett n'est pas surprenante si l'on considère qu'il coopère avec Netanyahou depuis plusieurs années maintenant», a déclaré à Arab News,  Mairav Zonszein, analyste principal des affaires Israélo-palestiniennes à l'International Crisis Group (ICG).

Bennett, qui occupera le poste de Premier ministre pendant les deux premières années d'un mandat de quatre ans, a servi dans les unités des forces spéciales Sayeret Matkal et Maglan de l’armée israélienne, participant à de nombreuses opérations de combat avant de devenir un entrepreneur de logiciels millionnaire.

«Abbas a beaucoup plus en commun avec certains partis juifs religieux de droite qu'avec les partis palestiniens de gauche», a expliqué Zonszein, faisant référence à l'alliance de partis arabes de la Liste arabe unifiée (à ne pas confondre avec la Liste arabe unie de Abbas).

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Des femmes passant devant les panneaux d'affichage de la campagne électorale du Likoud, parti de droite israélien (à gauche), montrant une photo de son chef, le Premier ministre Benjamin Netanyahou, l'alliance électorale israélienne à majorité arabe de la Liste arabe unie (2e à droite), et le mouvement islamique (à droite) dans la ville bédouine de Rahat, près de la ville de Beersheba, dans le sud d'Israël, le 10 mars 2021, avant les élections législatives. (Photo, AFP/Archives)

«Il reste à voir ce qu'il adviendra de cette coalition. Sa formation même est révélatrice de l’impasse dont souffre la politique israélienne, causée à la fois par la domination de Netanyahou ainsi que par la disparition d’un réel parti juif de gauche».

Pour être juste envers la Liste arabe unie, ce n'est pas le premier parti d'origine islamique à saisir l'occasion de partager le pouvoir politique. De nombreux islamistes soutiennent que la démocratie est une invention occidentale qui est complètement incompatible avec la primauté des lois prescrites par Dieu. Mais, souvent, le point de vue de l'aile militante ou participationniste prévaut.

Sans surprise, les résultats de la participation islamiste aux élections et aux gouvernements démocratiques ont été au mieux problématiques.

En Égypte, fief des Frères musulmans, certains membres de haut rang ont refusé de participer aux élections de 2011 à la suite de la, soi-disant, révolte du Printemps arabe qui a mis fin au règne d'Hosni Moubarak en tant que président.

Élu par l'intermédiaire du Parti de la liberté et de la justice (PL J), sa période tumultueuse au gouvernement sous Muhammad Morsi a aliéné les jeunes militants instruits qui ont déclenché les manifestations anti-Moubarak et, au fil du temps, les femmes et les membres de la minorité chrétienne du pays.

Les critiques ont constaté que l'engagement des groupes envers la démocratie était au mieux discutable et considéraient la décision de Morsi de se présenter comme un peu plus qu'une tentative cynique pour s’emparer du pouvoir.

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Mansour Abbas (à droite), chef du parti conservateur islamique israélien Raam, est félicité pour sa victoire électorale dans le village de Maghar, dans le nord d'Israël, le 26 mars 2021. (Photo, AFP/Archives)

En Tunisie, Rached Ghannouchi, actuellement président de l'Assemblée nationale, a eu du mal à concilier une vision du monde islamiste, fortement anti-israélienne, anti-nationaliste, panislamique, avec les compromis nécessaires à un gouvernement efficace après le renversement du régime de Ben Ali en 2011.

En Grande-Bretagne, où certains leaders des Frères musulmans sont désormais installés, un examen effectué par des hauts fonctionnaires et des diplomates du réseau islamiste international a révélé que certaines parties de celui-ci avaient une «relation ambiguë avec les groupes extrémistes violents».

L'examen a également identifié une structure de cellules secrètes, «avec un programme d'initiation et d'éducation bien élaboré pour les nouveaux membres. Elle reposait fortement sur la solidarité de groupe et la pression des pairs pour maintenir la discipline. Cette structure clandestine, centralisée et hiérarchisée persiste à ce jour».

En Turquie, où sont aussi installés d'autres éléments de la direction des Frères musulmans, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, chef de ce qui est généralement décrit comme un parti néo-ottoman AKP, a noué une relation politique avec les ultra-nationalistes de la ligne dure.

On ne sait pas quelles conditions Abbas a pu obtenir en échange de sa participation au gouvernement. Ses calculs sont rendus plus sensibles à la lumière des combats du mois dernier entre Israël et les Palestiniens vivant dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, territoires occupés par Israël en 1967.

Pendant 12 jours à partir du 10 mai, des combattants fidèles au Hamas ont échangé des missiles et des tirs d'artillerie avec l’armée israélienne. Près de 250 Palestiniens, dont au moins la moitié étaient des femmes et des enfants, sont morts dans les récentes violences. En Israël, au moins 12 personnes ont été tuées par des roquettes du Hamas.

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Un garçon passe devant un slogan en arabe où l'on peut lire : «Bienvenue dans le quartier résistant de Cheikh Jarrah», le 25 mai 2021, à Jérusalem-Est annexé par Israël. Ce quartier est le site de manifestations fréquentes contre l'expulsion des Palestiniens de leurs maisons par des colons juifs. (Photo, AFP)

Au cours des combats, des villes majoritairement arabes et mixtes à l'intérieur d'Israël, telles que Jaffa, Lod, Haïfa, Acre et Nazareth, ont été en proie à des troubles. Les bataillons de la police des frontières israélienne ont été envoyés rapidement en Israël pour faire face aux émeutes, aux incendies de voitures et aux attaques contre des bâtiments.

Les Palestiniens vivant à l'intérieur d'Israël souffrent de taux de chômage plus élevés et de ce qu'ils perçoivent comme des préjugés et de la discrimination.

Représentant 21 % de la population, ils sont généralement plus pauvres et moins éduqués que les Israéliens juifs, bien qu'ils aient un meilleur niveau de vie que celui dont bénéficient les Palestiniens de Cisjordanie, de la bande de Gaza et de la diaspora ailleurs dans le monde arabe.

Dans ce contexte difficile, que signifiera, concrètement et symboliquement, la participation d'Abbas au gouvernement pour les Israéliens, les Palestiniens vivant en Israël et les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza?

«D'un côté, l'intégration d'un parti palestinien dans la coalition est importante car elle brise un tabou et crée un précédent pour l'avenir», a déclaré Zonszein , l'analyste chez ICG, à Arab News.

«D'un autre côté, il n'y a encore aucune raison de croire que cela conduira à des changements fondamentaux dans les politiques discriminatoires et destructrices de l’Etat hébreu contre les citoyens palestiniens».

 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Washington sanctionne Bagdad pour l'obliger à démanteler les milices pro-Iran

 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
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  • Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire"
  • Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter"

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias.

Le Wall Street Journal, citant des sources officielles irakiennes et américaines, a affirmé mardi soir que Washington avait, pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, suspendu la livraison par avion-cargo de près de 500 millions de dollars en cash, provenant des ventes de pétrole irakien.

Un responsable du gouvernement irakien a affirmé à l'AFP que seul un envoi n'était pas arrivé, invoquant "des raisons logistiques liées à la guerre" et la fermeture de l'espace aérien.

Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire".

Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter".

Les revenus des exportations de pétrole irakiennes sont en grande partie déposés à la Réserve fédérale de New York, en vertu d'un arrangement conclu après l'invasion américaine de 2003, qui avait renversé Saddam Hussein.

Un accord qui donne à Washington un levier majeur sur les autorités de Bagdad.

En parallèle, les Etats-Unis ont suspendu le financement de formations des forces armées irakiennes et de programmes de lutte contre les jihadistes, au premier rang desquels le groupe Etat islamique.

Un responsable de la sécurité irakien a confirmé à l'AFP l'arrêt de cette coopération bilatérale, en raison "des milices et des (...) bombardements".

Il n'a fourni aucun détail mais les deux pays coopèrent depuis plusieurs années, en particulier dans la lutte antijihadiste.

L'Irak, voisin de l'Iran, a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient par des frappes imputées aux Etats-Unis ou à Israël visant des groupes pro-iraniens. Ces derniers ont revendiqué des attaques contre les intérêts américains dans le pays.

L'équilibre précaire de l'Irak 

Au début de la guerre régionale déclenchée par les frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février, Washington et Bagdad avaient déclaré vouloir "intensifier la coopération" pour prévenir les attaques contre les intérêts américains et garantir que le territoire irakien ne serait pas utilisé pour ces opérations.

Mais Washington s'est plaint d'efforts insuffisants de la part de l'Irak, qui tente depuis des années de conserver un équilibre précaire entre ses liens avec les Etats-Unis et sa proximité avec Téhéran.

Le 9 avril, le département d'Etat américain avait déclaré avoir "convoqué" l'ambassadeur irakien à Washington, pour condamner ces attaques.

Sollicitée mercredi par l'AFP, la diplomatie américaine n'a pas confirmé la suspension des livraisons de dollars mais affirmé que "l'incapacité du gouvernement irakien à prévenir ces attaques (...) nuit aux relations entre les Etats-Unis et l'Irak".

"Les Etats-Unis ne toléreront pas les attaques contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu'il prenne immédiatement toutes les mesures nécessaires pour démanteler les milices alignées sur l'Iran en Irak", a déclaré le porte-parole par intérim du département d'Etat, Tommy Pigott.

Plusieurs de ces factions ont cessé leurs attaques contre les "bases ennemies" dans le pays et la région après le cessez-le-feu irano-américain.

Avant la fin des combats, l'ambassade des Etats-Unis en Irak avait rapporté "de nombreuses attaques de drones" lancées selon elle par des milices pro-iraniennes contre des installations diplomatiques et l'aéroport international de Bagdad.

En janvier, Donald Trump avait menacé de retirer tout soutien à Bagdad si l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, 75 ans, perçu comme proche de l'Iran, revenait au pouvoir.

L'Iran, pour autant, n'entend pas lâcher ses leviers sur son voisin.

Le général Esmaïl Qaani, un haut responsable militaire iranien, s'est rendu samedi à Bagdad pour rencontrer des responsables politiques et des groupes armés pro-iraniens, a indiqué à l'AFP un haut responsable irakien.


Journaliste tuée: les dirigeants libanais dénoncent un «crime de guerre»

Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
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  • "Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre"
  • Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales

BEYROUTH: Les dirigeants libanais ont accusé jeudi Israël d'avoir perpétré un "crime de guerre" après la mort d'une journaliste dans une frappe aérienne israélienne dans le sud du pays.

Amal Khalil, 42 ans, journaliste du quotidien Al-Akhbar, a été tuée mercredi et sa collègue indépendante Zeinab Faraj blessée dans cette frappe dans le sud, où les forces israéliennes occupent plusieurs régions.

"Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre".

Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales.

Les deux journalistes s'étaient réfugiées dans une maison du village d'al-Tiri, après qu'une frappe israélienne a visé une voiture qui les précédait, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Les deux occupants du véhicule, le maire de la ville voisine de Bint Jbeil, occupée par Israël, et un homme qui l'accompagnait, ont été tués, a précisé la même source.

Une frappe israélienne a ensuite visé la maison où s'étaient réfugiées les deux journalistes. Les secours ont évacué dans un premier temps la journaliste blessée, avant que "des tirs israéliens visent l'ambulance", selon le ministère de la Santé.

Les autorités libanaises ont dû mener des contacts avec les Casques bleus déployés dans le sud du Liban et il a fallu plusieurs heures avant que les secouristes puissent à nouveau accéder au secteur pour retirer des décombres le corps de l'autre journaliste.

Le ministère de la Santé a accusé jeudi Israël d'avoir "entravé les opérations de sauvetage" et "visé une ambulance portant clairement le signe de la Croix-Rouge".

L'armée israélienne a de son côté affirmé avoir frappé dans le secteur d' al-Tiri deux véhicules à bord desquels se trouvaient des "terroristes", qui avaient "franchi la ligne de défense avancée" de ses troupes dans le sud du Liban.

Israël dit avoir tracé une "ligne jaune" ou ligne de défense avancée en profondeur dans le sud du Liban où ses troupes sont entrées, et interdit aux habitants d'y retourner.

Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 17 avril, après une guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien qui a fait plus de 2.400 morts au Liban.

L'armée israélienne a démenti avoir "empêché les équipes de secours d'accéder à la zone". Elle a indiqué que "des informations font état de deux journalistes blessés lors des frappes" et affirmé que l'incident était "en cours d'examen".

Correspondante dans le sud du Liban pour le journal al-Akhbar, proche du Hezbollah, Amal Khalil a couvert les différentes guerres dans cette région. Elle était connue pour son courage et était respectée par ses collègues.

Le 28 mars, trois journalistes avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud et des experts de l'ONU avaient réclamé une enquête internationale.

 


Des colons Israéliens pénètrent en Syrie avant d'être arrêtés

Une quarantaine d'Israéliens ont brièvement pénétré en Syrie mercredi avant d'être appréhendés par l'armée israélienne, qui a "fermement condamné cet incident". (AFP)
Une quarantaine d'Israéliens ont brièvement pénétré en Syrie mercredi avant d'être appréhendés par l'armée israélienne, qui a "fermement condamné cet incident". (AFP)
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  • L'armée a déclaré "condamner fermement cet incident et souligner sa gravité, qui constitue une infraction pénale qui met en danger des civils comme des soldats"
  • "Les pionniers de Bashan" ont eux posté, toujours sur X, une photo montrant leurs militants sur ce toit en indiquant: "sans colonisation civile, la présence militaire ne tiendra pas à long terme"

JERUSALEM: Une quarantaine d'Israéliens ont brièvement pénétré en Syrie mercredi avant d'être appréhendés par l'armée israélienne, qui a "fermement condamné cet incident".

Selon la télévision publique israélienne Kan, il s'agit de militants appartenant au groupuscule "Les pionniers de Bashan" qui prône l'établissement de colonies israéliennes dans le sud de la Syrie.

Ils s'étaient d'abord rassemblés près de la frontière, avant de pénétrer sur le territoire syrien sur quelques centaines de mètres, selon l'armée, qui indique les avoir remis à la police.

L'armée a déclaré "condamner fermement cet incident et souligner sa gravité, qui constitue une infraction pénale qui met en danger des civils comme des soldats".

La chaîne Kan a posté sur X des images montrant ces militants se retrancher sur un toit près du village syrien d'Hader.

"Les pionniers de Bashan" ont eux posté, toujours sur X, une photo montrant leurs militants sur ce toit en indiquant: "sans colonisation civile, la présence militaire ne tiendra pas à long terme. Nous sommes ici jusqu'à ce qu'ils laissent nos familles entrer pour y vivre".

Selon Kan, ce n'est pas la première fois que ce groupuscule s'infiltre côté syrien. Les dernières fois, il n'y avait pas eu de condamnation officielle, a-t-elle indiqué.

Depuis la chute en décembre 2024 du président Bachar al-Assad et la prise du pouvoir par une coalition islamiste en Syrie, Israël a envoyé des troupes dans une zone tampon contrôlée par l'ONU qui séparait les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan.

Israël, qui réclame une zone démilitarisée dans le sud de la Syrie, a mené depuis un an des centaines de frappes et conduit des incursions chez son voisin.

Israël avait pris la majeure partie de ce plateau à la Syrie lors de la guerre israélo-arabe de 1967, puis a annexé les zones sous son contrôle.

La colonisation israélienne, aujourd'hui présente en Cisjordanie, est régulièrement dénoncée par l'ONU comme illégale au regard du droit international et comme un des principaux obstacles à une solution de paix durable entre Israéliens et Palestiniens en ce qu'elle empêche la création d'un Etat palestinien viable.

Quelque 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie occupée, au milieu de trois millions de Palestiniens.