À Beyrouth, Macron maintient la pression sur la politique libanaise

Le président français Emmanuel Macron embrasse une victime de l'explosion lors d'une cérémonie pour marquer le centenaire du Grand Liban dans la réserve forestière de Jaj Cedars, au nord-est de la capitale Beyrouth, le 1er septembre 2020. (Gonzalo FUENTES / PISCINE / AFP)
Le président français Emmanuel Macron embrasse une victime de l'explosion lors d'une cérémonie pour marquer le centenaire du Grand Liban dans la réserve forestière de Jaj Cedars, au nord-est de la capitale Beyrouth, le 1er septembre 2020. (Gonzalo FUENTES / PISCINE / AFP)
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Publié le Mardi 01 septembre 2020

À Beyrouth, Macron maintient la pression sur la politique libanaise

  • « C'est un pari risqué que je fais. J'en suis conscient. Je mets sur la table la seule chose que j'ai: mon capital politique »
  • Avec eux, « ma position est toujours la même: celle de l'exigence sans ingérence », a-t-il martelé à son arrivée

BEYROUTH : Emmanuel Macron joue gros mardi au Liban, où il va continuer à faire pression sur la classe politique pour qu'elle lance de véritables réformes susceptibles de répondre à la colère des Libanais, un mois après la terrible explosion du port de Beyrouth.

Etre efficace en allant vite, sans pour autant faire preuve d'ingérence: le président français s'est fixé un objectif ambitieux pour ce deuxième déplacement en moins d'un mois.

"C'est un pari risqué que je fais. J'en suis conscient. Je mets sur la table la seule chose que j'ai: mon capital politique", a-t-il au déclaré site d'information américain Politico.

Cette visite au pas de course aura d'abord une dimension symbolique pour démontrer que les Libanais sont "comme des frères pour les Français", comme l'a proclamé Emmanuel Macron à son arrivée.

Après avoir rendu visite lundi soir à la diva Fairouz qui, à 85 ans, est considérée comme la plus grande chanteuse arabe vivante, il a planté mardi un cèdre - l'emblème du pays - dans la réserve naturelle de Jaj, au nord-est de Beyrouth.

Une façon de marquer le centenaire de la création de l'Etat du Grand-Liban le 1er septembre 1920 par le général français Henri Gouraud. La Patrouille de France était mobilisée pour l’occasion et a survolé Beyrouth et la montagne libanaise aux couleurs du drapeau libanais, rouge, blanc et vert.

Emmanuel Macron s'est ensuite rendu au port de Beyrouth, comme il l'avait fait le 6 août, deux jours après l'explosion ayant fait au moins 188 morts et plus de 6.500 blessés en dévastant une partie de la capitale.

 "Au plus vite"

Il s'est rendu sur le porte-hélicoptères Tonnerre, arrivé le 14 août avec 750 hommes et 150 véhicules, et devait rejoindre un navire de la CGM GMA, venu de Marseille (sud-est de la France) avec à bord plus de 2.500 tonnes d'aide humanitaire envoyées par l'Etat, des ONG, des entreprises et des collectivités.

Emmanuel Macron débutera ensuite la partie la plus sensible et la plus attendue de sa visite: les difficiles discussions avec les responsables politiques.

Avec eux, "ma position est toujours la même: celle de l'exigence sans ingérence", a-t-il  martelé à son arrivée.

Pour que cette délicate position soit jugée crédible par la population comme par le reste de la communauté internationale, le président français doit obtenir des résultats sans tarder. 

C'est notamment pour cela que, dès lundi soir, il a appelé à la mise en place d'un "gouvernement de mission" au "plus vite" quelques heures après la nomination d'un nouveau Premier ministre, Moustapha Adib.

"Il ne m'appartient ni de l'approuver ni de l'adouber", a-t-il tenu à préciser à propos du choix de cet universitaire de 48 ans, jusqu'alors ambassadeur en Allemagne, qui est inconnu du grand public.

Il a rappelé que, en contrepartie du lancement de "véritables réformes" contre la corruption endémique, notamment dans les secteurs énergétique et financier, la communauté internationale promettait de débloquer des fonds dont a désespérément besoin le Liban.

Mais M. Adib part avec le handicap d'avoir été choisi, comme ses prédécesseurs, par les forces politiques traditionnelles. Ce qui le décrédibilise d'entrée aux yeux d'un grand nombre de Libanais qui jugent cette classe politique responsable de leurs malheurs, et notamment du drame du 4 août.

"Parler à tout le monde"

Le président français s'est entretenu lundi soir avec l'ex-Premier ministre Saad Hariri, l'un des poids lourds de la communauté sunnite, dont le chef du gouvernement doit être issu selon la Constitution.

Après un déjeuner au palais de Baabda à l'invitation du président Michel Aoun, il réunira mardi en fin de journée les représentants des neuf forces politiques à la résidence des pins, celle de l'ambassadeur de France, comme il l'avait fait le 6 août.

Parmi ces forces, figure le puissant mouvement chiite du Hezbollah, avec lequel de nombreux pays occidentaux, parmi lesquels les Etats-Unis, refusent tout contact en raison notamment de ses liens avec l'Iran. 

Mais Emmanuel Macron défend sa stratégie de "parler à tout le monde", dont le Hezbollah, "une force politique qui est représentée au parlement", tout en disant "désapprouver" une partie du "projet" politique de ce mouvement.


Qatar: Les attaques contre les installations énergétiques au Moyen-Orient auront des «répercussions à travers le monde» 

Plusieurs fortes explosions ont été entendues mardi à Doha, capitale du Qatar, ont rapporté des journalistes de l'AFP, l'Iran poursuivant ses attaques de représailles contre ses voisins du Golfe abritant des bases militaires américaines. (AFP)
Plusieurs fortes explosions ont été entendues mardi à Doha, capitale du Qatar, ont rapporté des journalistes de l'AFP, l'Iran poursuivant ses attaques de représailles contre ses voisins du Golfe abritant des bases militaires américaines. (AFP)
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  • "Les attaques contre les installations énergétiques qui ont eu lieu, des deux côtés, constituent un précédent dangereux (...) elles auront des répercussions à travers le monde"
  • Dans un communiqué publié sur X, le ministère de la Défense a dit avoir "intercepté une attaque de missile". Le ministère de l'Intérieur a de son côté fait état d'un "niveau de menace sécuritaire élevé"

DOHA: Le Qatar a mis en garde mardi contre les conséquences économiques mondiales des attaques contre les infrastructures énergétiques, au onzième jour de la guerre au Moyen-Orient.

"Les attaques contre les installations énergétiques qui ont eu lieu, des deux côtés, constituent un précédent dangereux (...) elles auront des répercussions à travers le monde", a affirmé le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

 

 


L'Iran défie les Etats-Unis, menace Donald Trump

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  • "Les forces armées iraniennes (...) n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre", a déclaré Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution
  • Le pouvoir iranien contrôle de facto le très stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL)

TEHERAN: L'Iran a menacé mardi le président américain, en rejetant ses avertissements de la veille et en promettant que plus aucune goutte de pétrole ne sortirait du Moyen-Orient "jusqu'à nouvel ordre".

"L'Iran n'a pas peur de vos menaces vides. Des plus puissants que vous ont essayé d'éliminer la nation iranienne et n'ont pas réussi. Faites attention à ne pas être éliminé vous-même!", a écrit Ali Larijani, chef du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, sur X.

La République islamique a balayé les propos lundi de Donald Trump, qui parlait de guerre "quasiment" terminée et jurait de frapper "plus fort" si Téhéran continuait de paralyser la circulation du pétrole dans la région.

Une perspective qui angoisse les marchés, face à un conflit qui embrase le Moyen-Orient depuis le 28 février.

"Les forces armées iraniennes (...) n'autoriseront pas l'exportation d'un seul litre de pétrole de la région vers le camp ennemi et ses partenaires jusqu'à nouvel ordre", a déclaré Ali Mohammad Naini, porte-parole des Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique.

Le pouvoir iranien contrôle de facto le très stratégique détroit d'Ormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL).

Et il affiche sa détermination après avoir désigné dimanche l'ayatollah Mojtaba Khamenei nouveau guide suprême, dix jours après la mort de son père par des frappes israélo-américaines dans lesquelles il a lui même été blessé.

Les efforts "pour réduire et contrôler le prix du pétrole et du gaz seront ponctuels et vains. En temps de guerre, le commerce est tributaire de la sécurité régionale", a assuré le porte-parole des Gardiens, selon l'agence de presse Tasnim.

Ces derniers ont même promis de laisser transiter par le précieux passage "tout pays arabe ou européen qui expulserait les ambassadeurs israélien et américain de son territoire".

Des propos qui tranchent singulièrement avec ceux de Donald Trump la veille. "La guerre va se terminer bientôt", avait-il assuré, pour sa première conférence de presse depuis le début du conflit.

Laissant, comme souvent, planer le doute sur ses projets, il a menacé de frapper l'Iran "beaucoup plus fort" si Téhéran "prenait le monde en otage" en bloquant le détroit d'Ormuz.

Le dirigeant américain a aussi annoncé qu'il allait lever certaines sanctions sur le pétrole "afin de réduire les prix" qui se sont envolés ces derniers jours. Sans préciser pour autant de quelles sanctions il s'agissait, ni quels pays étaient concernés.

Volatilité "rare" des marchés 

De fait, l'or noir était sur toutes les lèvres mardi.

La reprise du trafic dans le détroit d'Ormuz est "absolument cruciale", a affirmé le PDG de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco, mettant en garde contre de potentielles "conséquences catastrophiques" d'un blocage prolongé sur les marchés pétroliers.

Le Qatar a dénoncé des attaques contre les installations énergétiques "des deux côtés", qui constituent selon lui "un précédent dangereux".

L'Inde a fait le même constat de la perturbation de l'acheminement du gaz et décidé de l'affecter en priorité à la consommation des ménages et aux transports.

En attendant d'y voir plus clair, les marchés mondiaux ont fait volte-face après la panique de lundi. Les prix du pétrole ont reculé de 5% en fin d'échanges asiatiques et le gaz européen a perdu 15%.

Les Bourses européennes, au diapason, se sont redressées à l'ouverture. Paris, Francfort et Londres ont repris entre 1,29 et 2,04%, dans la foulée du regain des bourses asiatiques (Séoul +5,35%, Tokyo +2,88%).

Les analystes ont pourtant du mal à s'y retrouver, entre déclarations contradictoires et frappes tous azimuts. "Il est rare que les marchés connaissent une telle volatilité", constate Ipek Ozkardeskaya, analyste pour Swissquote Bank.

Les propos de Donald Trump ont permis d'enrayer la chute des marchés. Mais le conflit se poursuit "à plein régime (...) et les intentions des Etats-Unis dans cette guerre restent floues".

"Briser les os" 

Israël "brisera les os" du pouvoir iranien, mais n'en a "pas encore fini" avec lui, a déclaré de son côté le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Son armée a annoncé une nouvelle série de frappes sur Téhéran, où des journalistes de l'AFP ont entendu peu après des explosions.

Elle frappe aussi toujours le Liban, disant viser les fiefs du mouvement pro-iranien Hezbollah dans le sud et l'est du pays, victime collatérale de la guerre avec l'Iran.

Les forces israéliennes ont prévenu de frappes sur Tyr et Saïda (sud) contre le mouvement, appelant les habitants de plusieurs immeubles à évacuer leur logement.

Un scénario désormais courant, notamment pour Beyrouth, dont la banlieue sud a été quasiment vidée. Plus de 667.000 personnes ont été déplacées par les frappes israéliennes sur son voisin, dont 100.000 en 24 heures, selon le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Les monarchies du Golfe tentent elles tant bien que mal de protéger des infrastructures d'hydrocarbures constamment visées.

Les Emirats arabes unis ont indiqué qu'une attaque de drone avait provoqué un incendie dans une zone industrielle. Koweït et Arabie saoudite ont dit avoir eux même abattu des aéronefs sans pilote, omniprésents dans le conflit. Et Bahreïn a déploré deux morts dans la frappe d'un immeuble résidentiel.

Dernier avatar en date du risque d'extension régionale du conflit, un second missile iranien a été intercepté lundi au-dessus de la Turquie. Le président iranien Massoud Pezeshkian a proposé à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan qu'une "équipe conjointe" enquête sur ces incidents, selon les médias iraniens.

Sans confirmer, la Turquie a annoncé le déploiement d'un système de défense antiaérien Patriot dans le centre du pays "pour soutenir la protection de (son) espace aérien".


L'Iran poursuivra ses attaques «aussi longtemps que nécessaire»

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé mardi qu'Israël "brisait les os" du pouvoir iranien lors de son offensive et n'en avait "pas encore fini". (AFP)
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé mardi qu'Israël "brisait les os" du pouvoir iranien lors de son offensive et n'en avait "pas encore fini". (AFP)
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  • Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi qu'il était prêt à se battre "aussi longtemps que nécessaire" contre les Etats-Unis et Israël
  • Une explosion a été entendue mardi matin à Jérusalem, où les sirènes d'alerte ont retenti après une alerte aux missiles iraniens de l'armée israélienne, ont rapporté des journalistes de l'AFP

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé mardi qu'il était prêt à se battre "aussi longtemps que nécessaire" contre les Etats-Unis et Israël, contredisant le président américain Donald Trump qui avait assuré la veille que la guerre allait "se terminer bientôt".

"Nous sommes prêts à poursuivre les frappes de missiles contre eux aussi longtemps que nécessaire et chaque fois que cela sera nécessaire", a déclaré le ministre iranien à la chaîne américaine PBS News, ajoutant que des négociations avec Washington "ne sont plus à l'ordre du jour".