Kaïs Saïed ravive les luttes intestines au sein d’Ennahdha

Le président tunisien Kaïs Saïed. (Photo, AFP).
Le président tunisien Kaïs Saïed. (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 03 août 2021

Kaïs Saïed ravive les luttes intestines au sein d’Ennahdha

  • Au mois de janvier 2021, M. Ghannouchi a fait avaliser par le Conseil de la Choura une nouvelle composition du bureau exécutif
  • Il n’a jamais été en aussi grande difficulté, y compris au sein de son propre mouvement

TUNIS: Les adversaires du président du mouvement islamiste à l’intérieur de sa famille politique ont saisi au vol l’occasion offerte par le coup de force de Kaïs Saïed le 25 juillet dernier pour reprendre leur offensive visant à pousser leur chef vers la sortie.

Le 25 juillet dernier au soir, le blitzkrieg politico-constitutionnel du président tunisien (gel des travaux du Parlement, levée de l’immunité des députés et limogeage du chef du gouvernement) a exprimé une vérité: la guerre entre le président du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, et ceux qui s’opposent à sa reconduction à la tête du parti n’a pas pris fin, contrairement à ce qu’on avait pu le croire.

Confronté depuis le début de l’année 2020 au fait que la plupart des membres de la direction du parti refusent une modification du règlement intérieur qui lui permettrait de briguer un troisième mandat, son président avait louvoyé pour gagner du temps en attendant des jours meilleurs.

De fait, M. Ghannouchi a dissout en mai 2020 le bureau exécutif, la plus importante instance du parti après le congrès et le Majlis Choura(le Conseil de la Choura, NDLR). Sept mois plus tard, en janvier 2021, il a fait valider par cette instance un nouveau bureau exécutif auquel il a intégré quelques-uns de ses adversaires, mais pas au point de perdre le contrôle. 

Les deux camps font alors semblant de se satisfaire de ce modus vivendi que la période impose. Le président Saïed ayant déclenché au lendemain des élections législatives de la fin de l’année 2019 une offensive pour étendre ses pouvoirs au détriment de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) – c’est-à-dire pour sortir progressivement d’un régime semi-parlementaire et se diriger vers un autre, présidentiel –, les nahdhaouis n’ont eu d’autre choix que se resserrer leurs rangs, comme ils ont l’habitude de le faire dans leur parti.

Aujourd’hui, on voit que l’union retrouvée au mois de janvier 2021 n’était qu’une façade. En réalité, les belligérants ont seulement marqué une pause – en particulier les adversaires de Ghannouchi, qui n’ont reculé que dans l’attente d’un moment propice pour mieux sauter, qui s’est présenté à eux le 25 juillet et qu’ils n’ont pas raté. C’est essentiellement pour cette raison qu’ils ont abandonné ce jour-là le président du mouvement à son sort.

Mais les nahdhaouis qui s’opposent à Ghannouchi ne veulent pas non plus se laisser embarquer par le président de leur parti dans un affrontement avec le pouvoir. Ils lui reprochent de les avoir déjà engagés, au début des années 1990, dans un bras de fer avec Ben Ali pour lequel, estiment-ils, il n’était pas préparé, et d’avoir ensuite vécu un exil doré à l’étranger. Ils ne veulent surtout pas revivre cette épreuve qui a coûté à la plupart d’entre eux de lourdes peines de prison.

Le président du parti islamiste se trouve aujourd’hui en face d’une double menace. D’une part, il n’est pas exclu que le processus enclenché le 25 juillet par le président Saïed aboutisse à son éviction de la scène politique. D’autre part, ce coup de force risque de lui faire perdre son fauteuil de président d’Ennahdha.

Certes, ce n’est pas la première fois que le chef nahdhaoui se trouve dans une telle situation. Pourtant, il n’a jamais été en aussi grande difficulté, y compris au sein de son propre mouvement. Pour la première fois, en effet, les éléphants du parti et ses jeunes loups – qui ont signé une pétition appelant à la dissolution du bureau exécutif – semblent vouloir s’unir contre leur vieux chef. Ce rapprochement aurait déjà permis de modifier le rapport de forces au sein du Majlis Choura; 80 de ses 150 membres seraient désormais favorables à l’éviction de Ghannouchi. La dernière réunion de cette instance, qui devait se prononcer à ce sujet samedi 30 juillet, a finalement été reportée, officiellement en raison de l’état de santé du leader islamiste.

Un motif fallacieux, disent ses adversaires, parmi lesquels Ahmed Sakka, qui a démissionné du Majlis Choura afin de protester contre ce report. Il pense en effet que Ghannouchi «cherche à gagner du temps» pour essayer de retourner certains membres de cette instance et reprendre ainsi le contrôle de la situation.


Gaza: des tirs israéliens font 9 morts, selon les secours

Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël. (AFP)
Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël. (AFP)
  • L'hôpital Nasser, situé dans le sud de Gaza à Khan Younès, a annoncé avoir reçu les dépouilles de quatre personnes, dont une femme, âgées de 10 à 39 ans et tuées dans une frappe aérienne visant une tente de déplacés
  • L'établissement a également indiqué avoir reçu le corps d'Ahmad Salim, un chauffeur de camion tué par des tirs israéliens à al-Mawasi, une zone située dans le sud de Gaza

GAZA: Neuf personnes ont été tuées mercredi par des tirs israéliens dans la bande de Gaza, selon la Défense civile et des sources médicales du territoire palestinien, ravagé par la guerre entre le Hamas et Israël.

La Défense civile, un organisme opérant sous l'autorité du mouvement islamiste Hamas, a recensé neuf morts en plusieurs endroits, dans des frappes aériennes et des tirs.

L'hôpital Nasser, situé dans le sud de Gaza à Khan Younès, a annoncé avoir reçu les dépouilles de quatre personnes, dont une femme, âgées de 10 à 39 ans et tuées dans une frappe aérienne visant une tente de déplacés.

L'établissement a également indiqué avoir reçu le corps d'Ahmad Salim, un chauffeur de camion tué par des tirs israéliens à al-Mawasi, une zone située dans le sud de Gaza.

L'armée israélienne a affirmé que M. Salim s'était dirigé en courant vers des soldats qui interrogeaient d'autres chauffeurs de camion interpellés.

Les soldats ont ouvert le feu dans sa direction après "avoir identifié une menace immédiate", a précisé l'armée, affirmant enquêter sur les autres incidents survenus mercredi.

L'hôpital Al-Chifa, à Gaza-ville, a de son côté déclaré avoir reçu quatre corps: celui d'un enfant tué par des tirs israéliens dans l'est de la ville, celui d'un homme tué dans une frappe aérienne dans l'ouest et deux autres tués dans un bombardement ayant visé un véhicule.

L'armée israélienne a confirmé à l'AFP avoir mené une frappe aérienne sur la ville de Gaza, mais a dit ne pas "être au courant" d'un bombardement dans l'ouest de la ville.

Israël et le Hamas s'accusent presque quotidiennement de violer le cessez-le-feu dans le territoire dévasté.

Au moins 1.084 Palestiniens y ont été tués depuis son entrée en vigueur en octobre, selon le ministère de la Santé du territoire, également placé sous l'autorité du Hamas et dont les chiffres sont jugés fiables par l'ONU.

Dans le même temps, Israël a recensé cinq soldats et un contractuel travaillant pour le ministère de la Défense tués dans le territoire palestinien.

Les restrictions imposées aux médias et l'accès limité à Gaza empêchent l'AFP de vérifier de manière indépendante les bilans ou de couvrir librement les violences sur place.


La justice libanaise remet en liberté un célèbre chanteur libano-palestinien devenu islamiste

  • Cet artiste connu dans le monde arabe s'était rendu après douze ans de cavale passés dans le camp de réfugiés palestiniens d'Aïn al-Heloué, près de Saïda (sud), qui échappe au contrôle aux autorités libanaises
  • Il est poursuivi dans quatre affaires liées à sa participation présumée en 2013 à des affrontements à Saïda, aux côtés du cheikh radical Ahmad al-Assir, contre l'armée libanaise, dont 18 soldats avaient été tués

BEYROUTH: La justice libanaise a décidé mercredi de remettre en liberté un célèbre chanteur libano-palestinien devenu islamiste, Fadl Chaker, qui s'était rendu aux autorités en octobre 2025, a indiqué une source judiciaire à l'AFP.

Cet artiste connu dans le monde arabe s'était rendu après douze ans de cavale passés dans le camp de réfugiés palestiniens d'Aïn al-Heloué, près de Saïda (sud), qui échappe au contrôle aux autorités libanaises.

Il est poursuivi dans quatre affaires liées à sa participation présumée en 2013 à des affrontements à Saïda, aux côtés du cheikh radical Ahmad al-Assir, contre l'armée libanaise, dont 18 soldats avaient été tués.

Il va être remis en liberté moyennant deux cautions d'une valeur cumulée de près de 3.500 dollars, a précisé la source judiciaire.

Le montant a été versé et Fadl Chaker doit sortir de prison mercredi, a-t-elle ajouté.

Pendant ses années de fuite, la justice l'avait condamné par contumace à des peines allant de cinq à 15 ans de prison avec travaux forcés dans ces dossiers.

Quelques mois avant de s'être rendu, Fadl Chaker avait sorti des chansons qui arrivaient en tête des classements dans le monde arabe. Ses clips vidéo, tournés dans le camp de Aïn el-Heloué, atteignaient des centaines de millions de vues sur YouTube.

Assir avait lui été arrêté en 2015, et condamné à mort avec sursis en 2017 pour "terrorisme".

 


Le Liban exige le retrait d'Israël de deux «zones pilotes» pour participer à des négociations à Rome 

  • Israël et le Liban avaient conclu un accord-cadre à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington le 26 juin en vue d'une "paix durable" entre les deux pays, en état de guerre depuis des décennies
  • Il prévoit que l'armée libanaise commence à se déployer dans des "zones pilotes" dont se retirerait Israël, qui occupe une partie du sud du pays, sous réserve du désarmement du Hezbollah

BEYROUTH: Le Liban exige qu'Israël se retire de deux "zones pilotes" dans le sud du pays avant de participer à un nouveau cycle de pourparlers prévu à Rome, a indiqué mercredi à l'AFP une source diplomatique au courant des négociations.

L'Italie et Israël ont annoncé que ces négociations se tiendraient les 15 et 16 juillet à Rome, mais les autorités libanaises n'ont pas confirmé leur participation dans l'immédiat.

Israël et le Liban avaient conclu un accord-cadre à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington le 26 juin en vue d'une "paix durable" entre les deux pays, en état de guerre depuis des décennies.

Il prévoit que l'armée libanaise commence à se déployer dans des "zones pilotes" dont se retirerait Israël, qui occupe une partie du sud du pays, sous réserve du désarmement du Hezbollah.

"Le Liban pose comme condition le retrait d'Israël de deux zones pilotes pour participer aux négociations", a affirmé la source diplomatique ayant requis l'anonymat.

Le Hezbollah est opposé à ces négociations et refuse d'être désarmé.

La formation pro-iranienne a entraîné le Liban dans la guerre régionale en mars, en soutien à Téhéran.

Israël a riposté par une vaste campagne de bombardements et une offensive terrestre, qui ont tué près de 4.300 personnes, selon Beyrouth.

Discussions "cruciales" 

Selon la source diplomatique, le département d'Etat américain a informé les deux délégations qu'il ne pouvait pas accueillir les négociations "de façon permanente", d'où le choix de Rome.

Elle a expliqué que des discussions "cruciales" étaient attendues et que les négociateurs auraient besoin de se concerter avec leurs autorités, ce qui ne serait "pas possible" à Washington du fait de la distance avec Israël et le Liban.

La source diplomatique a ajouté qu'Israël avait rapidement accepté la tenue des négociations à Rome, dans l'idée de "réduire la pression exercée directement" sur la partie israélienne pendant les précédentes discussions par le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

La partie libanaise a cependant reçu la garantie de Washington qu'il maintiendrait le "même niveau d'engagement et la même ligne de conduite dans la gestion des pourparlers" de Rome, selon cette source diplomatique.

L'accord-cadre n'établit pas de calendrier de retrait du sud du Liban, où Israël a annoncé vouloir maintenir ses troupes dans une zone pouvant s'étendre jusqu'à dix km de sa frontière.

L'armée israélienne poursuit ponctuellement des frappes meurtrières, malgré une trêve entrée en vigueur le 21 juin, à la suite de la signature d'un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis.

L'Iran a exigé que le cessez-le-feu au Liban soit inclus dans cet accord, mais Beyrouth "veut négocier par lui-même" et rejette toute ingérence, a souligné la source diplomatique.

Les négociations à Rome seront suivies par une visite courant juillet du président libanais, Joseph Aoun, à Washington, à l'invitation de son homologue américain.

M. Aoun a estimé mercredi que cette invitation traduisait "le soutien des Etats-Unis à un processus visant à trouver une solution durable à la série de guerres et d'agressions israéliennes contre notre pays".