Comment l'Iran se sert des détenus occidentaux pour arracher des concessions diplomatiques

Le régime iranien est réputé pour les prises d'otages, comme celles qu’il a perpétrées à l'ambassade des États-Unis à Téhéran en 1979. (Getty Images)
Le régime iranien est réputé pour les prises d'otages, comme celles qu’il a perpétrées à l'ambassade des États-Unis à Téhéran en 1979. (Getty Images)
La Britannico-Iranienne Nazanin Zaghari-Ratcliffe, dont la famille apparaît sur cette photo, vit actuellement dans la maison de ses parents à Téhéran après avoir été libérée sous caution. (AFP)
La Britannico-Iranienne Nazanin Zaghari-Ratcliffe, dont la famille apparaît sur cette photo, vit actuellement dans la maison de ses parents à Téhéran après avoir été libérée sous caution. (AFP)
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Publié le Mercredi 18 août 2021

Comment l'Iran se sert des détenus occidentaux pour arracher des concessions diplomatiques

  • Les États-Unis ont beau chercher à dissocier les deux questions, la détention de prisonniers par Téhéran est pourtant imbriquée dans le dossier nucléaire
  • L'échange d'otages contre des fonds ne fait qu'inciter l'Iran à s'engager dans de nouvelles prises d'otages, préviennent les experts

WASHINGTON, D.C.: Plus d'une dizaine de citoyens occidentaux sont détenus en Iran. Cette pratique est perçue par de nombreuses personnes comme une stratégie pour obtenir des concessions de la part de l'Occident.

De nombreux otages occidentaux racontent les violences physiques et psychologiques qu’ils ont subies et révèlent qu’ils se sont vu refuser un traitement médical pendant leur détention dans la tristement célèbre prison iranienne d'Evin. Un ancien otage australien confie ainsi: «Chaque jour apporte son lot de souffrances».

Lors des pourparlers de Vienne pour relancer l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien, officiellement connu sous le nom de «Plan d'action global conjoint» (PAGC), les négociateurs iraniens ont tenté de se servir des citoyens occidentaux incarcérés dans les prisons du régime iranien comme une monnaie d'échange.

Des diplomates britanniques, français et allemands (qui forment un groupe du nom d’«E3»), ainsi que leurs homologues américains, négocieraient la libération des otages en contrepartie de la remise d'Iraniens détenus dans des prisons occidentales, d'un allègement des sanctions et du déblocage de milliards de dollars d'actifs gelés.

Kylie Moore-Gilbert, une universitaire australo-britannique détenue par l'Iran pour espionnage, a été libérée en 2020 en échange de trois Iraniens condamnés à la suite des attentats de 2012 à Bangkok. (AP)

 

Il est établi que l'Iran détient quatre Américains. Parmi eux figure Siamak Namazi, arrêté par le puissant Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) au mois d’octobre 2015 alors qu'il effectuait une visite d'affaires dans le pays.

Son père, Mohammed Bagher Namazi, a lui aussi été détenu, au mois de février 2016, lorsqu'il s’est rendu en Iran pour rendre visite à son fils incarcéré. En octobre 2016, les deux hommes ont été inculpés et condamnés à dix ans de prison et à une amende de 4,8 millions de dollars (1 dollar = 0,85 euro) pour «connivence avec un État ennemi».

C'est au mois d’avril 2018 qu'Emad Shargi, un homme d'affaires américain de 56 ans, a été emprisonné pour la première fois en Iran pour espionnage. S’il a été libéré sous caution en décembre de la même année, les autorités iraniennes lui ont néanmoins interdit de quitter le pays. Il a donc été de nouveau arrêté en novembre 2020 et renvoyé à la prison d'Evin.

Morad Tahbaz est un homme d'affaires et écologiste irano-américain qui a également la citoyenneté britannique. Il a été arrêté en janvier 2018 et condamné en novembre 2019 à dix ans de prison pour avoir entretenu des «contacts avec le gouvernement américain ennemi». Il est aujourd'hui détenu à la prison d'Evin, où il semble être privé de soins médicaux.

Au moins un otage américain serait mort en détention en Iran. Il s'agit de Robert Levinson, agent spécial du FBI à la retraite, qui a mystérieusement disparu de l'île iranienne de Kich au mois de mars 2007.

Des photos qui prouvent son incarcération sont apparues en 2011. Étant donné son âge, sa santé et la durée de sa détention, les autorités américaines estiment qu'il est probablement mort en prison.

Les Américains ne sont pas les seuls à être visés. Le touriste français Benjamin Brière est détenu en Iran depuis plus d’un an pour espionnage et «propagande contre le régime». Il avait été arrêté pour avoir piloté un drone à proximité de la frontière entre l'Iran et le Turkménistan et pour avoir exprimé des commentaires sur les réseaux sociaux.

Fariba Adelkhah, anthropologue franco-iranienne et chercheuse à Sciences Po, a été détenue au mois de juin 2019. Elle n'a pas été autorisée à faire appel au consulat de France du fait que l'Iran ne reconnaît pas la double nationalité.

En mai 2020, Mme Adelkhah a été condamnée à cinq ans de prison pour conspiration contre la sécurité nationale, et à un an de prison pour avoir fait de la propagande contre l'État.

Nazanin Zaghari-Ratcliffe possède elle aussi la double nationalité: elle est britannico-iranienne. Elle réside actuellement chez ses parents à Téhéran. Libérée sous caution et dans l'attente d'un appel, elle avait été condamnée pour avoir porté atteinte à l'État iranien en prenant part à une manifestation devant l'ambassade d'Iran à Londres en 2009.

Mme Zaghari-Ratcliffe a été arrêtée pour la première fois en Iran en 2016. Condamnée à cinq ans de prison pour espionnage, elle a déjà purgé cette peine. Si son appel est rejeté, elle risque une année supplémentaire de prison et il lui sera interdit de quitter le pays pour une durée de douze mois.

Washington et les pays de l'E3 ont beau chercher à séparer les deux problématiques, les experts soutiennent que la question des otages occidentaux détenus par Téhéran est étroitement liée au dossier du nucléaire.

 

Un ancien otage australien confie: «Chaque jour apporte son lot de souffrances».

Dans un entretien accordé à Arab News, Jason Brodsky, analyste principal pour le Moyen-Orient et ancien directeur politique de l’association United Against Nuclear Iran («Unis contre l'Iran nucléaire») explique que «même si les deux parties, Washington et Téhéran, ont souligné à plusieurs reprises que les négociations relatives à la libération des otages américains ne sont pas liées, en théorie, aux négociations sur le nucléaire, dans les faits, les deux volets sont interconnectés».

«Du point de vue des États-Unis, l'administration Biden rencontrera des ennuis politiques si elle décide de relancer l'accord sur le nucléaire avec Téhéran sans faire de progrès sur le sort des citoyens américains qui agonisent dans les prisons iraniennes», indique-t-il.

«Téhéran utilise ces binationaux et ces étrangers comme un moyen de pression pour amener les États-Unis et l'Europe à faire davantage de concessions au profit de la République islamique lors des négociations sur de nombreux dossiers», ajoute l’analyste.

En effet, l'Iran a libéré cinq otages américains dans le cadre d'un accord d'échange d’otages conclu en 2016. En contrepartie, près de 2 milliards de dollars d'actifs gelés ont été débloqués et sept agents iraniens ont été libérés après avoir été condamnés par des tribunaux américains.

Xiyue Wang, qui a été détenu en Iran de 2016 à 2019 alors qu'il y effectuait des recherches universitaires, dénonce la stratégie de l'administration Obama. «L'échange de prisonniers mené par Obama en 2016, contre le déblocage de 1,7 milliard de dollars d'actifs gelés en Iran et la libération de prisonniers iraniens des prisons américaines, a encouragé le régime iranien à poursuivre sa stratégie de prise  d’otages», déclare-t-il à Arab News.

«Les interrogateurs du ministère du Renseignement se targuaient de m'avoir capturé parce qu'ils cherchaient à contraindre l'Amérique à libérer davantage de prisonniers et de biens iraniens», ajoute-t-il.

Les experts soutiennent que la question des otages occidentaux détenus par Téhéran est étroitement liée au dossier du nucléaire. (AFP)

«En revanche, l'administration Trump a libéré, par la pression et les compromis tactiques, deux Américains (dont moi) et un résident américain permanent, selon le principe du “un contre un” et sans que de l'argent n'entre en jeu», explique Xiyue Wang.

«Plusieurs anciens fonctionnaires du département d'État m'ont dit avoir obtenu la libération d'un plus grand nombre d'otages américains. Mais, lorsque Trump a perdu les élections, les Iraniens ont renoncé à l'échange et ils ont préféré négocier avec l'administration Biden à ce sujet», poursuit l’ancien otage.

La tentative d'enlèvement de Masih Alinejad, citoyenne américaine, activiste et journaliste de premier plan, a récemment montré les risques que Téhéran était prêt à prendre pour s'emparer d'autres otages occidentaux.

«Les États-Unis et les pays de l'E3 ont tous des citoyens qui sont pris au piège en Iran. Ils devraient prendre la tête d'un cadre multilatéral destiné à faire payer plus cher à l'Iran le prix de ses pratiques», déclare Brodsky à Arab News.

«À ce jour, les efforts déployés sont pour la plupart fragmentés et bilatéraux dans la mesure où Téhéran conclut des accords avec chaque pays séparément. S'unir pour refuser les rencontres individuelles avec des diplomates iraniens, isoler Téhéran au sein des organisations internationales, et entreprendre des actions de ce type jusqu'à la libération des otages: voilà ce qui pourrait infléchir la position de l'Iran», explique-t-il.

Robert Levinson, agent spécial du FBI à la retraite, serait mort en détention en Iran. (AFP)

«L'échange d'otages contre le déblocage de fonds ne fait qu'encourager les Iraniens à multiplier les prises d'otages. Cette pratique est donc à éviter», préconise Brodsky.

Richard Ratcliffe, le mari de l'otage irano-britannique Nazanin Zaghari-Ratcliffe, partage cet avis. Récemment, il a informé le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, que le calvaire de sa femme se poursuivrait sans doute «à moins que le Royaume-Uni et la communauté internationale n'adoptent une position bien plus ferme contre la prise d'otages par l'Iran et ne qualifient cette pratique de “crime”».

En veillant à détenir au moins quelques citoyens occidentaux, l'Iran a obtenu un avantage considérable sur le long terme. Autrement dit, les échanges de prisonniers ou les accords «argent contre otages» n'ont pas anéanti le goût du régime pour les fausses accusations d'espionnage qu’elle porte contre des étrangers.

Par ailleurs, cette pratique a permis à l'Iran de payer moins cher son approbation des attaques terroristes à l'étranger. L'Iran se sert de ce levier pour faire libérer un grand nombre de ses agents capturés après des attaques terroristes qu'ils ont perpétrées à l'étranger.

Kylie Moore-Gilbert, une universitaire australo-britannique détenue par l'Iran pour espionnage, a été libérée en 2020 en échange de trois Iraniens condamnés à la suite des attentats de 2012 à Bangkok, une tentative qui visait des diplomates israéliens.

Zaghari-Ratcliffe a été arrêtée pour la première fois en Iran en 2016. (AFP)

«Dans la mesure où l'Iran détient de façon régulière des personnes qui disposent d’une double nationalité originaires de l'Occident, il incombe à ce dernier de réagir et d'adopter une position collective», indique à Arab News Ali Fathollah-Nejad, un politologue germano-iranien.

«Les États-Unis et l'Union européenne doivent faire savoir que de telles détentions à but politique entraînent des conséquences politiques immédiates. Parmi ces actions figurent des sanctions ciblées contre les autorités iraniennes visant également leurs avoirs à l'étranger, la restriction de la liberté de mouvement de leurs familles à l'étranger ainsi que des mesures à caractère diplomatique, comme le retrait des diplomates de Téhéran et la suspension de la coopération politique et/ou économique», confie-t-il.

«Il convient également de prendre davantage de mesures juridiques à l'échelle internationale, puisque ces détentions enfreignent les conventions relatives aux droits de l'homme et aux droits civils. Si l'Occident ne réagit pas de la sorte à la pratique des prises d'otages de Téhéran, cette dernière ne fera que perdurer», conclut le politologue.

Pour Wang, la libération des otages étrangers passe inévitablement par un réaménagement radical de la stratégie géopolitique de la Maison Blanche à l'égard de l'Iran, notamment par une remise en cause de l'accord sur le nucléaire.

«Le problème des otages est de toute évidence lié au PAGC, même si l'administration Biden dément cette réalité. Il est très difficile d’avancer sur la question des otages sans avancer sur les négociations du PAGC», explique-t-il à Arab News.

«Malheureusement, la volonté de l'administration Biden de revenir sur l'accord coûte que coûte porte préjudice à l'administration et prolonge la souffrance des otages étrangers en Iran, surtout les otages américains», déplore-t-il.

Twitter : @OS26

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


« Les Émirats arabes unis ont exploité la légitimité de la coalition », déclare le gouverneur de Hadhramout

Salam Al-Khanbashi, gouverneur de Hadhramout. (Arab News)
Salam Al-Khanbashi, gouverneur de Hadhramout. (Arab News)
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  • Action judiciaire nécessaire contre Al-Zubaidi et tous ceux qui sont impliqués dans ces violations, avertit Khanbashi
  • Les Émirats arabes unis « ont exploité la légitimité de la coalition visant à rétablir la légitimité au Yémen pour atteindre leurs propres objectifs (au Yémen) »

RIYAD:  Les Émirats arabes unis "ont exploité la légitimité de la coalition de rétablissement de la légitimité au Yémen pour réaliser leur propre agenda (au Yémen)", a déclaré aujourd'hui Salam Al-Khanbashi, le gouverneur de l'Hadhramaout. "Nous pensions que les Émirats arabes unis nous soutiendraient et nous aideraient, mais nous avons été choqués par leurs actions", a-t-il ajouté. Il a confirmé que la province souffrait de groupes armés affiliés à Aidrous Al-Zubaidi, soutenus par les Émirats arabes unis. Al Khanbashi a indiqué que ces groupes avaient mené des actes d'invasion et de terreur contre les citoyens, commettant des crimes de vol, d'enlèvement, de meurtre et de déplacement, en plus de détruire les biens de l'État et de piller ses locaux, causant des dommages étendus à divers segments de la population de la province. Lors d'une conférence de presse, le gouverneur de l'Hadhramout a confirmé que le gouvernement yéménite avait découvert dans la base de Rayyan à Mukalla des équipements et des pratiques émiratis suspects qui ne sont pas conformes aux objectifs déclarés de la coalition de soutien à la légitimité ou aux principes de la fraternité, de l'islam et de l'arabisme. Il a expliqué que l'équipement comprenait des fils, des explosifs, des détonateurs et des appareils de communication utilisés pour commettre des assassinats, des meurtres et des actes de torture. Il a noté que la présence de ces outils dans le camp de l'aéroport de Rayyan n'est pas cohérente avec la nature des tâches du camp et reflète son utilisation comme quartier général pour la planification et la mise en œuvre de crimes et de violations visant des civils. Khanbashi a ajouté que le type de matériel découvert et la manière dont il a été préparé ne correspondent pas aux outils et équipements utilisés par les armées régulières dans les bases militaires, ce qui confirme que la base a été utilisée pour commettre des actes criminels contre des civils. Il a déclaré que les groupes armés fidèles à Al-Zubaidi avaient exploité la juste cause du Sud pour couvrir leurs crimes contre les habitants du Sud, en marginalisant leurs demandes légitimes et en servant ce qu'il a décrit comme un agenda émirati visant à répandre le chaos et à entraver toute initiative politique visant à résoudre la question du Sud. Le gouverneur de l'Hadhramaut a fait valoir que ces récentes révélations expliquent l'empressement des Émirats arabes unis à faire passer clandestinement Al-Zubaidi par la Somalie vers Abou Dhabi, afin de le protéger de toute poursuite judiciaire pour les crimes et les violations commis contre les habitants du sud, et d'empêcher qu'il ne soit révélé comme un instrument de mise en œuvre de l'agenda d'Abou Dhabi au Yémen. Il a noté que les preuves présentées ont également révélé l'existence de prisons secrètes gérées par les forces émiraties dans la ville de Mukalla, utilisées pour des détentions arbitraires en dehors de la loi, des disparitions forcées et des actes de torture. M. Khanbashi a souligné que les autorités compétentes prendront les mesures juridiques nécessaires à l'encontre d'Al-Zubaidi et de toutes les personnes impliquées dans ces violations, conformément à la loi et de manière à garantir la protection de la sécurité des citoyens et la stabilité de la province du Hadhramaut. Il a affirmé que les provinces du sud se libèrent de plus en plus de l'oppression et de la domination qui leur sont imposées.

 


Liban: l'armée israélienne dit avoir frappé des sites du Hezbollah

Israël a annoncé lundi avoir frappé des sites du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban, alors que le Liban a annoncé ce mois-ci des progrès dans le désarmement du mouvement. (AFP)
Israël a annoncé lundi avoir frappé des sites du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban, alors que le Liban a annoncé ce mois-ci des progrès dans le désarmement du mouvement. (AFP)
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  • Ces bombardements interviennent alors que l'armée libanaise a indiqué début janvier avoir achevé le désarmement du Hezbollah dans la partie du sud située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord
  • Or les villages cités par l'Ani se situent au nord du Litani, donc hors de la zone concernée par cette première phase du désarmement.

JERUSALEM: Israël a annoncé lundi avoir frappé des sites du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban, alors que le Liban a annoncé ce mois-ci des progrès dans le désarmement du mouvement.

Malgré un cessez-le-feu qui a mis fin en novembre 2024 à une guerre avec le Hezbollah, l'armée israélienne continue de mener régulièrement des frappes sur le territoire libanais, affirmant viser la formation pro-iranienne qu'il accuse de se réarmer.

"L'armée israélienne a détruit des structures militaires utilisées par le Hezbollah pour mener des exercices et des entraînements destinés aux terroristes, ainsi que pour planifier et mener des attaques contre les troupes de l'armée israélienne et les civils israéliens", détaille le communiqué militaire.

Parmi les cibles, il mentionne notamment des tunnels. L'armée n'a pas pas précisé où exactement les frappes avaient été menées dans le sud du Liban.

Peu après la publication du communiqué israélien lundi, l'agence de presse nationale libanaise Ani a rapporté "une série de frappes israéliennes" sur au moins cinq villages libanais (Ansar, Zarariyeh, Kfar Melki, Nahr al-Shita et Bousslaïa).

Ces bombardements interviennent alors que l'armée libanaise a indiqué début janvier avoir achevé le désarmement du Hezbollah dans la partie du sud située entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Or les villages cités par l'Ani se situent au nord du Litani, donc hors de la zone concernée par cette première phase du désarmement.

Un homme a été tué vendredi dans une frappe israélienne qui a visé une camionnette dans le sud du Liban, a annoncé le ministère de la Santé, au lendemain de raids contre des localités éloignées de la frontière avec Israël.


Le président syrien et les forces kurdes annoncent un accord de cessez-le-feu

 Le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé dimanche un accord avec les Kurdes syriens, prévoyant un cessez-le-feu et l'intégration de leurs puissantes forces au sein de l'Etat syrien. (AFP)
Le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé dimanche un accord avec les Kurdes syriens, prévoyant un cessez-le-feu et l'intégration de leurs puissantes forces au sein de l'Etat syrien. (AFP)
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  • L'accord est un coup dur pour les Kurdes qui ambitionnaient de préserver leur administration autonome, instaurée de facto depuis plus d'une décennie
  • Le texte en quatorze points publié par la présidence prévoit l'intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS) et des forces de sécurité kurdes dans les ministères de la Défense et de l'Intérieur du pays

DAMAS: Le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé dimanche un accord avec les Kurdes syriens, prévoyant un cessez-le-feu et l'intégration de leurs puissantes forces au sein de l'Etat syrien, après deux jours de rapide progression de ses troupes dans les zones tenues par les Kurdes dans le nord et le nord-est du pays.

Le chef des forces kurdes de Syrie Mazloum Abdi, chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), a confirmé avoir accepté "pour que cette guerre ne devienne pas une guerre civile" que ses forces se "retirent des régions de Deir Ezzor et de Raqa vers Hassaké".

L'accord est un coup dur pour les Kurdes qui ambitionnaient de préserver leur administration autonome, instaurée de facto depuis plus d'une décennie.

Le texte en quatorze points publié par la présidence prévoit l'intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS) et des forces de sécurité kurdes dans les ministères de la Défense et de l'Intérieur du pays.

Il stipule aussi la remise immédiate au gouvernement des provinces sous contrôle kurde et peuplées notamment d'Arabes de Deir Ezzor et Raqa, ainsi que la prise en charge par Damas des prisonniers du groupe jihadiste Etat islamique (EI) et de leurs familles détenus dans des prisons et des camps contrôlés par les Kurdes.

M. Chareh a précisé devant la presse avoir signé l'accord à distance avec Mazloum Abdi.

Selon le président, qui a annulé une visite prévue mardi à Berlin, les détails de l'accord doivent être finalisés lors de pourparlers lundi avec M. Abdi.

La France sera présente à ces pourparlers, selon l'entourage du président Emmanuel Macron.

"Je recommande un cessez-le-feu complet", a insisté le président syrien juste après une rencontre avec l'émissaire américain pour la Syrie Tom Barrack, qui s'était entretenu la veille avec M. Abdi, à Erbil en Irak.

"Tournant décisif" 

Les Etats-Unis, qui soutiennent depuis des années les combattants kurdes syriens mais sont désormais également un allié clé de Damas, ont salué l'accord, M. Barrack parlant d'un "tournant décisif, avec d'anciens adversaires privilégiant le partenariat plutôt que la division".

Avant l'offensive de l'armée syrienne, des négociations entre le pouvoir central et les Kurdes visant à intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'Etat, aux termes d'un accord conclu en mars 2025, étaient dans l'impasse.

Dans un geste apparent de bonne volonté, le président avait accordé vendredi par décret des droits nationaux inédits aux Kurdes, reconnaissant notamment le kurde comme langue officielle. Une mesure jugée insuffisante par l'administration autonome kurde du nord de la Syrie.

Le président syrien, qui a renversé Bachar al-Assad il y a plus d'un an, a insisté dimanche sur une nécessaire "souveraineté de la Syrie sur l'ensemble de son territoire".

Reprise d'un grand champ pétrolier 

L'armée a notamment repris dimanche aux forces kurdes le plus grand champ pétrolifère de Syrie, celui d'al-Omar. Les FDS avaient pris le contrôle de ce champ après en avoir expulsé l'EI en 2017.

Pendant des années, ce site avait abrité la plus grande base de la coalition internationale antijihadiste menée par les Etats-Unis, qui a aidé les FDS à combattre l'EI, finalement défait en Syrie en 2019.

A l'aube, les FDS "se sont retirées de tous les secteurs sous leur contrôle" dans l'est de la province de Deir Ezzor, peuplée en majorité d'Arabes, dont "les champs pétrolifères de al-Omar", le plus grand du pays "et al-Tanak", selon une ONG.

La minorité kurde s'était emparée pendant la guerre civile (2011-2024) de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, incluant champs pétroliers et gaziers.

La semaine dernière, les forces gouvernementales ont délogé les combattants kurdes de quartiers d'Alep, puis les ont sommés de se retirer d'une zone située entre cette ville du nord du pays et l'Euphrate, plus à l'est.

A mesure que les forces kurdes se repliaient sans opposer de véritable résistance, les troupes gouvernementales ont progressé samedi et dimanche vers l'est, où elles ont notamment pris le contrôle de la ville de Tabqa.

Après le départ des forces kurdes, des résidents de Tabqa ont déboulonné une immense statue honorant une combattante kurde tuée en 2017 par les jihadistes de l'EI, attestent des photos de l'AFP.

L'armée a poursuivi dimanche son avancée jusqu'à Raqa, dans la province éponyme, qui était la "capitale" du groupe Etat islamique avant sa défaite et où les habitants avaient souffert des pires exactions.

Selon l'agence Sana, deux civils ont été tués dimanche à Raqa par des tirs des FDS. Le correspondant de l'AFP aux abords de la ville a entendu des tirs d'armes automatiques, et indiqué que les forces gouvernementales avaient acheminé des renforts et ratissaient des quartiers de la ville.

La minorité kurde, notamment répartie entre la Turquie, la Syrie, l'Irak et l'Iran, a souffert de décennies d'oppression en Syrie, où elle est estimée à quelque deux millions de personnes, sur 20 millions d'habitants.