Prisons: comment la France gère les détenus radicalisés depuis les attentats de 2015

Sur les quelque 68 000 détenus en France, on compte 461 personnes incarcérées pour des faits de «terrorisme islamiste» (TIS) et environ 660 détenus de «droit commun suspectés de radicalisation» (DCSR). (AFP)
Sur les quelque 68 000 détenus en France, on compte 461 personnes incarcérées pour des faits de «terrorisme islamiste» (TIS) et environ 660 détenus de «droit commun suspectés de radicalisation» (DCSR). (AFP)
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Publié le Lundi 06 septembre 2021

Prisons: comment la France gère les détenus radicalisés depuis les attentats de 2015

  • Hors les murs des prisons, les services de probation de la pénitentiaire suivent par ailleurs environ 300 personnes impliquées dans des dossiers terroristes
  • Après 2015, l'administration pénitentiaire commence par regrouper les détenus radicalisés dans des unités dédiées, pour éviter la «contagion»

PARIS: Détection, évaluation, isolement, quartiers spécifiques. En prison aussi, la lutte contre la radicalisation est devenue depuis les attentats de 2015 une priorité, passant d'une simple gestion carcérale à un système de prise en charge serrée.


"On a tâtonné au départ, comme tous les pays européens, mais on a maintenant un dispositif relativement spécialisé, équilibré, respectueux des droits, et qui pour l'instant, est contenant", estime Laurent Ridel, directeur de l'administration pénitentiaire.

L'évaluation de la radicalisation

Sur les quelque 68 000 détenus en France, on compte, selon les derniers chiffres de l'administration pénitentiaire, 461 personnes incarcérées pour des faits de "terrorisme islamiste" (TIS) et environ 660 détenus de "droit commun suspectés de radicalisation" (DCSR).


Trois "risques" sont à prendre à compte: celui de passage à l'acte violent en détention, le risque de prosélytisme (une question qui ne se posait avec les précédents profils "terroristes" qu'a connu la pénitentiaire, comme les détenus corses ou basques), et enfin la délicate question des "sortants" de prison - 120  en 2020, au moins 59 en 2021 - pensée "dès l'entrée en détention", assure l'administration pénitentiaire.


"On a fait énormément de progrès", grâce au renseignement pénitentiaire (créé en 2017), en formant le personnel et en adaptant les grilles d'évaluation à une radicalisation devenue plus complexe, explique Laurent Ridel. "Autrefois, la détection, ça pouvait être quelqu'un qui porte une barbe, mettait sa djellaba dans sa cellule, priait, maintenant c'est terminé".


Après 2015, l'administration pénitentiaire commence par regrouper les détenus radicalisés dans des unités dédiées, pour éviter la "contagion". Mais en 2016, le "premier attentat jihadiste fomenté en prison" - à Osny (région parisienne), Bilal Taghi, détenu condamné pour terrorisme, tente de tuer un surveillant avec un couteau artisanal aux cris d'"Allah Akbar" - change la donne.


Fini alors les unités dédiées, place aux "quartiers d'évaluation de la radicalisation" (QER), des sessions de 15 semaines, 12 détenus à la fois.


Il existe six QER en France, et la "quasi-totalité" des détenus TIS ("terrorisme islamiste") y sont désormais passés, explique Naoufel Gaied, chef de la mission de lutte contre la radicalisation violente à l'administration pénitentiaire.


Pour une poignée d'entre eux, "on n'a pas besoin de QER pour savoir qu'ils présentent un haut risque de violence ou d'influence", précise-t-il.


C'est le cas de Salah Abdeslam, unique survivant des commandos du 13-Novembre et principal accusé du procès des attentats qui s'ouvre mercredi à Paris, détenu à l'isolement à Fleury-Mérogis, sous surveillance vidéo 24H/24.


Différents types de détention

Une fois les détenus évalués en QER, ceux pour qui le "pronostic" de passage à l'acte est assez faible retournent en détention ordinaire (environ 80%). Ceux présentant un fort potentiel de dangerosité ou d'attaque sur le personnel (environ 10%) sont placés en quartier d'isolement. 


Et enfin ceux qui sont "fortement imprégnés idéologiquement" mais qui ne présentent pas un risque "grave et imminent" d'agression sont redirigés vers des quartiers de prise en charge de la radicalisation (QPR), où interviennent notamment éducateurs, psychologues et médiateurs du fait religieux. Il existe 6 QPR en France, pour une capacité totale de 189 places.  


Hors les murs des prisons, les services de probation de la pénitentiaire suivent par ailleurs environ 300 personnes impliquées dans des dossiers terroristes. Les profils les plus à risque sont pris en charge par un programme d'accueil individualisé (Pairs). Aucune récidive n'a été signalée depuis son lancement il y a près de cinq ans.

La question des femmes 

"C'était peut-être quelque chose qui n'était pas suffisamment pris en compte", reconnaît Laurent Ridel. "Au départ, tout le monde a considéré que c'était des victimes, qu'elles étaient là par amour, sous emprise. Certaines, sans doute, mais pour d'autres ça n'est absolument pas le cas, et elles peuvent être extrêmement dangereuses".


"Aujourd'hui on n'est plus dans cette idée de +femmes de djihadistes+, traînées de force en Syrie,", complète Naoufel Gaied. "On en est à la phase où on commence à les évaluer comme on évalue les hommes".


Impliquées dans des dossiers de terrorisme ou "revenantes" de Syrie, elles sont environ 70 classées TIS ("terrorisme islamiste") et ont longtemps été évaluées et prises en charges "localement". 


Un premier QER dédié doit ouvrir ses portes à la prison de Fresnes fin 2021. Et un premier QPR pour femmes, présenté comme une première en Europe, s'apprête à ouvrir au centre pénitentiaire pour femmes de Rennes. Il accueillera 6 femmes dès septembre, une quinzaine d'ici la fin de l'année.


France: 12 ans de réclusion pour une docteure partie en Syrie avec ses trois enfants

Les forces de sécurité montent la garde près d'une entrée de la Cour d'assises de Paris, le13 mai 2025. (AFP)
Les forces de sécurité montent la garde près d'une entrée de la Cour d'assises de Paris, le13 mai 2025. (AFP)
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  • La cour d'assises spéciale de Paris a estimé dans son verdict que Camille F., qui comparaissait détenue, et son mari Sylvain M., décédé au printemps 2015, avaient "choisi sciemment d'amener leurs enfants dans une zone de guerre"
  • La peine n'a pas été assortie d'une période de sûreté, la cour relevant qu'il n'y avait "pas d'éléments de dangerosité" chez Camille F., incarcérée depuis trois ans

PARIS: Une docteure en épidémiologie de 45 ans a été condamnée mercredi à Paris à 12 ans de réclusion criminelle pour avoir rejoint avec ses trois enfants fin 2013 la Syrie où son mari combattait pour le groupe Etat islamique (EI).

La cour d'assises spéciale de Paris a estimé dans son verdict que Camille F., qui comparaissait détenue, et son mari Sylvain M., décédé au printemps 2015, avaient "choisi sciemment d'amener leurs enfants dans une zone de guerre".

La peine n'a pas été assortie d'une période de sûreté, la cour relevant qu'il n'y avait "pas d'éléments de dangerosité" chez Camille F., incarcérée depuis trois ans. La cour a par ailleurs assorti la peine de prison d'un suivi socio-judiciaire pendant cinq ans.

Son mari Sylvain M. était poursuivi des mêmes crime et délit connexe. Présumé mort et jugé par défaut, il a été condamné à la peine maximale de 20 ans de réclusion, conformément aux réquisitions du ministère public.

Pour Camille F., l'avocate générale avait requis 15 ans de réclusion criminelle, assortis d'une période de sûreté des deux tiers et d'un suivi socio-judiciaire.

"C'est une peine lourde, j'en conviens", a souligné le président en s'adressant à l'accusée, ajoutant que la cour ne "doutait pas" de sa réinsertion.

Camille F., 45 ans, avait quitté la France avec son mari et leurs trois enfants en 2011 pour s'installer dans un pays musulman, la Jordanie, alors qu'elle occupait un poste d'ingénieur à l'institut de radioprotection et sureté nucléaire.

Ils étaient mariés depuis 2005. Lui s'était converti à l'islam pour rapidement se radicaliser. Camille F. avait eu un cheminement personnel plus long dans sa conversion puis sa pratique de la religion musulmane.

Installés ensuite en Egypte, Sylvain M. était parti combattre en Syrie à l'été 2013 et Camille F, alors enceinte de leur quatrième enfant, l'avait rejoint avec les trois enfants, âgés de 10, 7 et 2 ans.

Après le décès de Sylvain M. au combat, Camille F. s'était remariée avec un haut fonctionnaire syrien, avec qui elle a eu son cinquième enfant. La docteure est restée en Syrie, sous les bombardements.

Elle a été rapatriée en France en octobre 2022, son second mari étant décédé en février 2019.


Erdogan met en garde contre toute menace visant Chypre-Nord après un accord entre la France et Chypre

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde mercredi contre toute menace visant la République turque de Chypre-Nord (RTCN) après la signature lundi d'un accord entre la France et Chypre encadrant la présence de troupes françaises sur le territoire chypriote. (AFP)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde mercredi contre toute menace visant la République turque de Chypre-Nord (RTCN) après la signature lundi d'un accord entre la France et Chypre encadrant la présence de troupes françaises sur le territoire chypriote. (AFP)
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  • "Je veux qu'il soit bien clair que notre réponse sera très nette, et très ferme si l'on porte atteinte aux droits (...) de la Turquie et des Chypriotes turcs en Méditerranée orientale"
  • Le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde mercredi contre toute menace visant la République turque de Chypre-Nord (RTCN)

ISTANBUL: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a mis en garde mercredi contre toute menace visant la République turque de Chypre-Nord (RTCN) après la signature lundi d'un accord entre la France et Chypre encadrant la présence de troupes françaises sur le territoire chypriote.

"Je veux qu'il soit bien clair que notre réponse sera très nette, et très ferme si l'on porte atteinte aux droits (...) de la Turquie et des Chypriotes turcs en Méditerranée orientale", a déclaré le chef de l'Etat turc devant les député de son parti au parlement turc.

 

 


Avant le G7, Macron organise une visioconférence jeudi incluant la Chine sur la "coopération" économique

Un passant marche devant un bâtiment dont les fenêtres ont été recouvertes de panneaux en bois installés pour protéger la façade avant les manifestations contre le sommet du G7 d’Évian, à Genève, le 4 juin 2026. (AFP)
Un passant marche devant un bâtiment dont les fenêtres ont été recouvertes de panneaux en bois installés pour protéger la façade avant les manifestations contre le sommet du G7 d’Évian, à Genève, le 4 juin 2026. (AFP)
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  • Emmanuel Macron organise une visioconférence réunissant le G7, la Chine et plusieurs pays émergents pour promouvoir une coopération économique mondiale et réduire les déséquilibres commerciaux
  • Cette initiative vise à préparer le sommet du G7 à Évian et à apaiser les tensions économiques entre l’Europe, la Chine et les États-Unis

PARIS: Emmanuel Macron va organiser jeudi, quatre jours avant le sommet du G7, une visioconférence entre les membres de ce forum de puissances industrialisées, la Chine et plusieurs autres pays émergents, afin de renforcer la "coopération" entre les grandes économies mondiales, a annoncé mardi l'Elysée.

Cette conférence, baptisée "sommet de convergence mondiale pour la croissance", "signale une disponibilité nouvelle de la Chine, des Etats-Unis et de l'Europe de s'engager dans une démarche économique coordonnée", a déclaré la présidence française dans un communiqué.

Elle réunira des représentants du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) mais aussi de la Chine et du Fonds monétaire international (FMI). Les pays déjà invités au sommet du G7, programmé du 15 au 17 juin à Evian, dans le centre-est de la France, participeront également à la visioconférence de jeudi (Brésil, Corée du Sud, Inde, Kenya et Egypte).

"Ce sommet vise à initier une coopération entre les économies systémiques et émergentes pour apaiser les tensions et créer les conditions d’une croissance équilibrée, durable et partagée", a expliqué l'Elysée, rappelant que "la résorption des déséquilibres macroéconomiques mondiaux est une priorité" du président français, Emmanuel Macron, pour le G7.

La France veut notamment "restaurer une industrie forte en Europe" et "équilibrer le commerce avec la Chine ainsi que les Etats-Unis".

- "Double problème" -

La lutte contre les déséquilibres est "dans l'intérêt aussi des pays les plus fragiles", estime la présidence française, qui voit dans ce rendez-vous "une contribution au G20" prévu en décembre aux Etats-Unis.

La Chine est membre du G20 mais pas du G7, à l'inverse des Etats-Unis et des plus grandes économies européennes qui appartiennent aux deux clubs.

Le chef de l'Etat français a proposé dès décembre une approche "coopérative" pour ce chantier, tout en laissant planer la menace de "droits de douane" européens "sur les produits chinois" si Pékin ne joue pas le jeu.

En janvier, il avait estimé que l'Europe avait, sur le commerce, "un double problème, l'agressivité chinoise et les tarifs américains", et "c'est un gros problème d'avoir les deux en même temps".

Mercredi, en autre préambule au sommet d'Evian, Emmanuel Macron va recevoir à l'Elysée "des représentants de la société civile, des partenaires sociaux, du monde économique, des fondations, des think tanks et de la jeunesse".

Leurs échanges "porteront sur les enjeux de développement et de partenariats internationaux, la sécurisation des chaînes de valeur pour les approvisionnements critiques, le numérique et l'intelligence artificielle, ainsi que sur la protection de l'État de droit, des libertés fondamentales, de l'espace civique et la place de la jeunesse dans nos démocraties", selon un autre communiqué.

Emmanuel Macron doit ensuite rencontrer le Premier ministre canadien, Mark Carney, vendredi soir à Paris, puis le chef du gouvernement indien, Narendra Modi, dimanche à Nice pour un événement autour de la tech.

Il accueillera ses homologues du G7 lundi soir à Evian, ville thermale des Alpes françaises sur les rives du lac Léman, pour un sommet de trois jours.