La Cisjordanie craint de devenir le «dépotoir» du shekel

Un Palestinien compte une liasse de shekels israéliens, le 5 octobre à Ramallah (Photo, AFP).
Un Palestinien compte une liasse de shekels israéliens, le 5 octobre à Ramallah (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 17 octobre 2021

La Cisjordanie craint de devenir le «dépotoir» du shekel

  • C'est l'histoire de deux territoires en conflit, aux économies imbriquées, utilisant la même monnaie mais pas les mêmes systèmes de transaction
  • Les banques israéliennes ne veulent plus réabsorber l'excédent de shekels des banques palestiniennes, parlant d'un «fardeau» pour elles

RAMALLAH: Quincailler à Ramallah, en Cisjordanie occupée, Tasir Freij doit aujourd'hui payer une commission pour déposer les shekels amassés dans sa boutique, car les banques palestiniennes regorgent de ces billets israéliens et ne veulent plus en accumuler davantage...

C'est l'histoire de deux territoires en conflit, aux économies imbriquées, utilisant la même monnaie mais pas les mêmes systèmes de transaction.

En Israël, les paiements électroniques sont roi grâce entre autres à une loi de 2018 qui interdit les transactions en numéraire pour plus de 11.000 shekels (2.900 euros). Mais en Cisjordanie, les échanges quotidiens se font surtout en espèces.

Une grande partie de cet argent liquide vient des dizaines de milliers de Palestiniens travaillant en Israël ou dans les colonies payés quotidiennement, souvent de manière non déclarée, l'équivalent de près d'une centaine d'euros.

En Cisjordanie, ces travailleurs achètent différents produits de consommation dans les commerces locaux avec ces shekels. Et lorsque les commerçants comme Tasir veulent déposer leurs billets dans les banques locales, celles-ci rechignent désormais à les accepter, évoquant un surplus de cette devise en liquide dont elles ne savent pas quoi faire.

"Il y a une crise de l'accumulation du shekel et nous subissons ses effets réels", indique à l'AFP M. Freij, dont la quincaillerie se spécialise dans la vente de matériel de peinture. Selon lui, plusieurs banques locales lui imposent désormais une commission de 2% pour accepter ses shekels.

«Fardeau»

Un autre commerçant de Ramallah, qui a requis l'anonymat de peur d'être pillé, a indiqué avoir fermé ses comptes bancaires et donc retiré ses shekels pour n'utiliser que des espèces afin d'éviter de payer ces commissions.

Cette situation embête l'Autorité monétaire palestinienne, l'équivalent de la Banque centrale, qui craint de voir fleurir une économie parallèle et tente de convaincre la Banque centrale d'Israël de reprendre les shekels en billets qui s'accumulent dans les banques palestiniennes.

Car c'est bien là le coeur de la "crise du shekel". Selon les accords de Paris, signés en 1994 entre l'Organisation de libération de la Palestine et Israël, le shekel a valeur de monnaie officielle dans les Territoires palestiniens, où circulent aussi des dollars américains et des dinars jordaniens.

Mais aujourd'hui, les banques israéliennes ne veulent plus réabsorber l'excédent de shekels des banques palestiniennes, parlant d'un "fardeau" pour elles, résume l'analyste économique palestinien Jaafar Sadaqah.

Ces dernières années, des surplus en devises des banques palestiniennes se sont accumulés à "plusieurs reprises" dans les banques israéliennes "en raison de l'augmentation des échanges entre les deux économies", explique, dans un message à l'AFP, la Banque centrale israélienne.

"Nous craignons que des transferts de +cash+ sans contrôle (...) servent à du blanchiment d'argent ou à financer du terrorisme", ajoute-t-elle. L'institution cherche entre autres à limiter les volumes de shekels qui entrent sous cette forme en Cisjordanie afin de réduire les surplus de devises qui retournent dans ses coffres.

Monnaie palestinienne ?

"Il ne fait aucun doute que la question de l'accumulation du shekel sur le marché palestinien est un problème très préoccupant qui affecte négativement l'économie palestinienne, et en particulier les banques et les commerces", souligne de son côté le président de l'Autorité monétaire palestinienne, Firas Melhem. "Si le problème n'est pas résolu rapidement, le marché palestinien se transformera en un dépotoir du shekel", dit-il à l'AFP.

Les banques palestiniennes tentent donc de convaincre les Palestiniens de modérer leurs dépôts en numéraire, même si cela risque de limiter la capacité des établissements bancaires à prêter et à investir dans l'économie locale.

Comment remédier au problème? Certains analystes, politiques et commerçants palestiniens s'interrogent sur la pertinence pour les Palestiniens d'utiliser le shekel, plaidant pour la création d'une véritable monnaie palestinienne, ou l'utilisation d'une autre devise que le shekel.

L'Autorité monétaire palestinienne négocie, elle, avec la Banque centrale d'Israël pour la convaincre de reprendre une partie des excédents de shekels des banques palestiniennes. Un accord a d'ailleurs été récemment trouvé, via lequel Israël a récupéré quatre des sept milliards de shekels en billets en excédent dans les banques palestiniennes, soit 1,3 milliard d'euros.

Mais pour M. Melhem, un constat s'impose: les Palestiniens devront aussi "suivre le rythme de développement des technologies financières", en renforçant les paiements en ligne et par carte.


L’Arabie saoudite et le Pakistan discutent de mesures pour mettre fin aux attaques iraniennes

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  • Les responsables de la défense de l’Arabie saoudite et du Pakistan ont discuté des attaques iraniennes et des mesures pour les stopper dans le cadre de leur accord de défense mutuelle
  • Riyad affirme avoir abattu des drones visant le champ pétrolier de Shayba, tandis que les tensions régionales s’intensifient avec l’escalade du conflit impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël

RIYAD : Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, et le chef des forces de défense du Pakistan, le général Asim Munir, ont discuté des attaques de l’Iran contre le Royaume, alors que le conflit militaire s’intensifie au Moyen-Orient.

« Nous avons discuté des attaques iraniennes contre le Royaume et des mesures nécessaires pour y mettre fin dans le cadre de notre accord stratégique conjoint de défense », a écrit le prince Khalid sur les réseaux sociaux tôt samedi.

« Nous avons souligné que de telles actions sapent la sécurité et la stabilité régionales et exprimé l’espoir que la partie iranienne fera preuve de sagesse et évitera toute erreur de calcul. »

Les États-Unis et Israël ont lancé une vaste campagne militaire contre l’Iran le 28 février. Depuis, l’Iran a attaqué plusieurs sites à travers le Golfe.

Téhéran a également ciblé des actifs militaires américains et israéliens à mesure que la guerre s’intensifiait, affectant la vie dans la paisible péninsule du Golfe arabe et risquant d’ébranler l’économie mondiale, alors que l’Iran continue de restreindre le transport énergétique à travers le détroit d’Ormuz.

Le ministère saoudien de la Défense a indiqué que plusieurs drones visant le champ pétrolier de Shayba dans le Rub al‑Khali (le Quart Vide) ont été abattus samedi.

Un drone a également attaqué l’ambassade des États-Unis à Riyad mardi, provoquant un incendie mineur, sans faire de blessés.

L’Arabie saoudite et le Pakistan ont signé en septembre un « Accord stratégique de défense mutuelle », stipulant que toute agression contre l’un des deux pays serait considérée comme une attaque contre les deux.

Par ailleurs, le ministre saoudien de l’Intérieur, le prince Abdulaziz bin Saud ben Naif, a reçu un appel de son homologue pakistanais Raza Naqvi, qui a condamné les attaques flagrantes visant le Royaume et a réaffirmé la solidarité de son pays face à toute menace contre la sécurité et la stabilité saoudiennes, selon l’agence de presse saoudienne. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


La guerre au Moyen-Orient déclarée «crise humanitaire majeure» par l'agence de l'ONU pour les réfugiés

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  • "Des efforts sont actuellement en cours pour fournir une assistance humanitaire vitale aux pays touchés dans toute la région", a affirmé Ayaki Ito
  • Il a également relevé qu'"il est impératif que tous les civils contraints de franchir les frontières pour trouver refuge puissent le faire en toute sécurité"

GENEVE: L'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a annoncé vendredi que la guerre au Moyen-Orient constituait une "crise humanitaire majeure" nécessitant une réponse immédiate de tous les acteurs "dans toute la région".

"La crise croissante au Moyen-Orient constitue une urgence humanitaire majeure nécessitant une réponse immédiate dans toute la région et en Asie du Sud-Est", a annoncé devant la presse à Genève Ayaki Ito, directeur de la division des urgences et du soutien aux programmes du HCR.

"La récente escalade des hostilités et des attaques au Moyen-Orient a provoqué d'importants mouvements de population, tandis que les affrontements le long de la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan ont également contraint plusieurs milliers de familles à fuir", a-t-il ajouté.

L'ensemble des régions touchées accueillent déjà près de 25 millions de personnes, qu'il s'agisse de réfugiés, de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays ou de réfugiés récemment rentrés chez eux, selon le HCR.

"Des efforts sont actuellement en cours pour fournir une assistance humanitaire vitale aux pays touchés dans toute la région", a affirmé Ayaki Ito.

Il a également relevé qu'"il est impératif que tous les civils contraints de franchir les frontières pour trouver refuge puissent le faire en toute sécurité".

Le HCR suit de près l'évolution de la situation en Iran, pays où il est présent depuis 1984 et où il affirme être la plus grande agence des Nations unies, avec des bureaux à Téhéran et cinq antennes régionales.

Le HCR dispose en Iran d'environ 110 employés et "nous continuer à fonctionner avec des capacités réduites", a indiqué Ayaki Ito.

"Notre personnel est en danger" et "les réfugiés continuent à se rendre dans nos centres d'accueil", a-t-il affirmé.

L'Iran accueillait avant la guerre au Moyen-Orient 1,65 million de réfugiés et d'autres personnes ayant besoin d'une protection internationale, selon le HCR, qui continue de leur venir en aide et de les soutenir, malgré les défis logistiques.

Selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations unies, quelque 50.000 Syriens ont notamment fui du Liban vers leurs pays au cours de la semaine dernière.


Israël affirme avoir frappé le «bunker» du guide suprême

L'armée israélienne a annoncé avoir frappé vendredi dans le centre de Téhéran, lors d'un bombardement mené par une cinquantaine d'avions de combat, le bunker du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février au premier jour de l'offensive isréalo-américaine sur l'Iran. (AFP)
L'armée israélienne a annoncé avoir frappé vendredi dans le centre de Téhéran, lors d'un bombardement mené par une cinquantaine d'avions de combat, le bunker du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février au premier jour de l'offensive isréalo-américaine sur l'Iran. (AFP)
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  • Ali Khamenei a été tué "avant de pouvoir utiliser le bunker" durant les frappes, "mais le complexe a continué à être utilisé par de hauts responsables du régime iranien", a ajouté l'armée
  • L'armée a précisé qu'environ 50 avions de combat avaient participé aux frappes contre le réseau souterrain qui s'étendait, selon elle, sur "de nombreuses rues au coeur de Téhéran"

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé avoir frappé vendredi dans le centre de Téhéran, lors d'un bombardement mené par une cinquantaine d'avions de combat, le bunker du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février au premier jour de l'offensive isréalo-américaine sur l'Iran.

"Le bunker militaire souterrain, situé sous le complexe abritant la direction du régime au centre de Téhéran, était destiné à être utilisé par le guide suprême comme centre de commandement d'urgence sécurisé", a déclaré l'armée dans un communiqué.

Ali Khamenei a été tué "avant de pouvoir utiliser le bunker" durant les frappes, "mais le complexe a continué à être utilisé par de hauts responsables du régime iranien", a ajouté l'armée.

L'armée a précisé qu'environ 50 avions de combat avaient participé aux frappes contre le réseau souterrain qui s'étendait, selon elle, sur "de nombreuses rues au coeur de Téhéran, comprenait de nombreuses entrées et salles de réunion pour de hauts responsables du régime terroriste iranien".

Le guide suprême a été tué dans son complexe par une frappe attribuée par le Pentagone à l'aviation israélienne. Le président américain Donald Trump a souligné que l'opération avait été menée en partie sur la base d'informations fournies par les services de renseignement américains.

Jeudi, le chef d'état-major de l'armée israélienne, le lieutenant-général Eyal Zamir, a déclaré qu'en "40 secondes, environ 40 hauts responsables du régime de terreur iranien ont été éliminés" y compris le guide suprême, lors de cette frappe.