La Turquie teste le système S-400 la semaine prochaine, un moyen de pression?

La Turquie envisage de tester le S-400 la semaine prochaine sur un site sur la côte de la mer Noire. (Photo, AFP)
La Turquie envisage de tester le S-400 la semaine prochaine sur un site sur la côte de la mer Noire. (Photo, AFP)
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Publié le Mercredi 07 octobre 2020

La Turquie teste le système S-400 la semaine prochaine, un moyen de pression?

  • L’acquisition représente un risque pour les avions de l’OTAN et pourrait engendrer des sanctions américaines
  • La Turquie veut montrer sa détermination sur la question du Haut-Karabakh et amener la Russie à négocier le conflit

ANKARA : La visite du Secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, qui coïncide avec l’apparition de vidéos montrant le système de défense antimissile S-400 fabriqué en Russie transporté à travers la ville de Samsun dans la région de la mer Noire mardi, souligne l’incompatibilité accrue entre les priorités de défense de la Turquie et la sécurité de l’alliance transatlantique.

Un avertissement a été lancé le jour-même à travers les territoires russes pour fermer l'espace aérien du nord pendant dix jours en raison des exercices de S-400 et de drones à Sinop, la destination finale du système.

Les vidéos ont fait surface le lendemain d’une mise en garde de M. Stoltenberg contre les risques que comporte l’acquisition controversée du système de missiles sol-air S-400 par Ankara pour les avions alliés, ainsi que contre de potentielles sanctions américaines.

Les États-Unis n’ont pas encore fait de commentaires sur le plan de la Turquie, mais ils l’ont exclu l’année dernière de leur programme Joint Strike Fighter F-35 de cinquième génération après la réception du premier lot du système de défense russe.

« La décision de la Turquie de tester le système de missiles S-400 immédiatement après la visite du Secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg est évidemment très déplaisante pour les alliés de l’Otan », affirme le spécialiste de la Turquie Matthew Goldman, de l’Institut de recherche suédois à Istanbul, à Arab News.

« M. Stoltenberg était en Turquie pour essayer d’apaiser les tensions entre la Grèce et la Turquie, mais aussi pour exhorter la Turquie à s’abstenir d’activer le système S-400 et l’avertir que cela pourrait lui valoir des sanctions américaines. Le fait de procéder à un test du système aujourd'hui, lorsque M. Stoltenberg est à Athènes, montre à quel point que la Turquie double la mise et n’est pas d'humeur à céder aux pressions de ses alliés de l'Otan ».

D’après un rapport publié par Bloomberg, la Turquie envisage de tester le S-400 la semaine prochaine sur un site sur la côte de la mer Noire. Bien que cette décision ne signifie pas que la Turquie active immédiatement le système russe, des rapports à Ankara suggèrent que la carte d'activation pourrait servir comme moyen de pression.

Les exercices, au cours desquels 10 drones-cibles Banshee fabriqués au Royaume-Uni seront également utilisés pour tester le S-400, prendront fin le 16 octobre. La capacité d’engagement des armes S-400, ainsi que la capacité de détection et de suivi des radars du système et le potentiel du système de communication, seront testés.

« Le moment choisi pour effectuer le test nous pousse à croire que ce serait un message destiné à la Russie et l'Arménie », déclare Karol Wasilewski, analyste à l'Institut polonais des affaires internationales situé à Varsovie, à Arab News.

Selon M. Wasilewski, la Turquie veut montrer sa détermination sur la question du Haut-Karabakh et amener la Russie à négocier le conflit.

« Ce test n’est pas le premier. Le premier s’est déroulé en novembre 2019. La Turquie l’a essayé une fois et n’a subi aucune conséquence, alors je crois que les décideurs sont maintenant sûrs qu’il n’aura aucune conséquence », ajoute-t-il.

Cependant, Aaron Stein, spécialiste de la Turquie et directeur de recherche à l’Institut de recherche en politique étrangère, indique que le moment choisi pour tester le S-400 était davantage axé sur le calendrier politique américain et sur les prochaines élections.

« Alors que nous entrons dans cette période de canard boiteux de novembre à janvier, où il existe un risque de retard dans la communication des résultats électoraux en raison du grand nombre de votes par correspondance, maintenant serait le moment opportun pour tester le S-400 et pour retarder l'imposition de sanctions », explique-t-il à Arab News.

Puisque l’OTAN ne possède pas de mandat pour discuter de la question du S-400, M. Stein considère le sujet comme un différend bilatéral entre Washington et Ankara avant tout.

L’activation potentielle du système russe de 2,5 millions de dollars par Ankara pourrait changer la donne dans la région avec tous les risques majeurs que sa connexion à d’autres systèmes radar de l’Otan pourrait entraîner en termes de cybermenaces.

« Cela ne fera que renforcer le sentiment anti-Turquie. Ankara est déjà soumise à un embargo de facto sur les armes et pourrait bientôt faire face à des sanctions en vertu de la Section 231 de la loi sur les sanctions contre les adversaires de l'Amérique (CAATSA) de 2017. Elle a également perdu le F-35. La situation est déjà mauvaise et pourrait même empirer », note M. Stein.

Washington considère que les pays ayant des transactions financières « considérables » avec le secteur militaire russe pourraient faire l’objet de sanctions CAATSA.

M. Goldman a mentionné que la décision récente des États-Unis de stationner un navire en Crète, en réponse à l'utilisation par la Turquie de son système S-400 afin de se verrouiller sur des avions de combat grecs F-16, a jeté de l’huile sur le feu.

« Au lieu de chercher à éteindre les flammes, la Turquie fait monter le conflit d’un cran », ajoute-t-il.

M. Goldman a affirmé que ce test était destiné à aggraver les tensions avec ses partenaires occidentaux au moment où la Turquie avait le plus besoin d’eux - pour contrebalancer la Russie, pour la diplomatie avec la Grèce et, surtout, pour une aide financière au cours de la pire crise économique de la Turquie depuis une génération.

« Cette décision est conforme à la tendance accrue d’Ankara à exacerber les tensions lorsqu’elle est confrontée à un défi », précise-t-il.

Il a reconnu que le moment choisi pour tester le S-400 était aussi une réponse aux évènements récents aux États-Unis, la Turquie essayant de profiter de la vacance du pouvoir à Washington.

« Comme l’a dit le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlut Cavusoglu, en septembre 2019, les missiles S-400 ne sont pas que des accessoires pour la Turquie, et il est logique pour elle de vouloir déployer ce système dans le contexte des récentes tensions avec la Grèce, la France et d’autres pays. Ankara pense peut-être que lorsque le système S-400 sera en place, elle pourra toujours bénéficier de l’aide financière occidentale, sous forme d’accord de swap avec la Réserve fédérale des États-Unis par exemple, une fois les tensions passées », souligne-t-il.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le prince héritier saoudien discute de l'escalade militaire régionale avec plusieurs dirigeants

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne. (AN)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne. (AN)
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  • Erdogan affirme son soutien à toutes les mesures prises par le Royaume pour protéger sa sécurité
  • Le président du Conseil de souveraineté transitoire du Soudan, le général Al-Burhan, exprime sa solidarité avec le Royaume

RIYADH : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne.

Le prince héritier a tenu des appels téléphoniques distincts avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président du Conseil transitoire de souveraineté du Soudan, le général Abdel Fattah Al-Burhan, le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Les responsables ont condamné l'agression iranienne visant le Royaume et leur rejet de tout ce qui porte atteinte à la souveraineté et à la stabilité du Royaume.

Ils ont également affirmé leur soutien à toutes les mesures prises par le Royaume pour protéger sa sécurité et ses citoyens.


A Beyrouth, des partisans du Hezbollah pleurent Khamenei

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  • "Quels que soient les sacrifices, nous ne quitterons pas (...) le terrain de la résistance", a assuré le chef du mouvement libanais pro-iranien, Naïm Qassem
  • "Nous accomplirons notre devoir en faisant face à l'agression", a-t-il encore dit, dans un communiqué, qualifiant la mort de l'ayatollah Khamenei de "summum du crime"

BEYROUTH: Drapeaux iraniens et portrait de l'ayatollah Ali Khamenei en main, des milliers de partisans du Hezbollah se sont rassemblés dimanche à Beyrouth pour pleurer la mort du guide suprême iranien, tué dans l'opération militaire américano-israélienne lancée la veille.

"Mort à l'Amérique", "Mort à Israël", ont-ils scandé à l'unisson, tous habillés de noir et brandissant aussi des drapeaux de leur mouvement, dans son bastion de la banlieue sud de Beyrouth.

Le poing levé, certains étaient en pleurs, a constaté une équipe de l'AFP, sur la grande place où a eu lieu le rassemblement.

"Quels que soient les sacrifices, nous ne quitterons pas (...) le terrain de la résistance", a assuré le chef du mouvement libanais pro-iranien, Naïm Qassem.

"Nous accomplirons notre devoir en faisant face à l'agression", a-t-il encore dit, dans un communiqué, qualifiant la mort de l'ayatollah Khamenei de "summum du crime".

"Sa mort est très douloureuse, c'est une tragédie", déplore aussi Zainab al Moussawi, une enseignante de 23 ans, à Beyrouth.

"On se sent comme après la mort du Sayyed, tombé en martyr", poursuit-elle en référence à l'ex-chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, tué par Israël en 2024.

"Entrer en guerre" 

Les dirigeants libanais redoutent une implication du Hezbollah dans le conflit régional, même si lors des raids israéliens et américains sur l'Iran en juin dernier, il n'était pas intervenu.

La formation chiite est sortie affaiblie d'une guerre avec Israël, qui continue de la frapper malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024 et l'accuse de se réarmer.

"Je demande à cheikh Naïm (Qassem) d'entrer en guerre", lance à Beyrouth Hassan Jaber, un partisan.

S'il ne s'est pas joint à la riposte iranienne, le mouvement a appelé des mosquées à organiser des cérémonies en mémoire du guide suprême iranien, dans la banlieue sud de la capitale libanaise et dans d'autres zones du pays dans lequel il est ancré.

Mais au Liban, pays très divisé, l'ayatollah Khamenei n'était pas soutenu par tous.

"Il était tout le temps en train de menacer (...) les pays arabes et avait des relais partout", déclare à l'AFP Hassan Harouq, un infirmier de 44 ans.

Lui dit ne vouloir qu'un pays "stable et qui ferait la paix avec le reste de la région", car "il est temps pour le Liban d'être de nouveau sur le droit chemin".

"Le peuple libanais est fatigué", ajoute-t-il.

Dimanche, le président Joseph Aoun, après une réunion d'urgence du Conseil supérieur de la Défense, a souligné que "la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l'Etat libanais".

La présidence libanaise a indiqué avoir reçu, par l'entremise des Etats-Unis, l'assurance qu'Israël n'entraînera pas le Liban dans une "escalade" tant que son territoire ne sera pas visé par des attaques depuis le Liban.

Peu de temps avant le début de l'offensive israélo-américaine, Israël avait frappé des positions du Hezbollah dans le sud du Liban.

Beyrouth n'acceptera pas d'être "entraîné" dans le conflit avec l'Iran, a assuré le Premier ministre Nawaf Salam.


Iran: le ministre des Affaires étrangères d'Oman, pays médiateur, appelle à un cessez-le-feu

Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens. (AFP)
Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens. (AFP)
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  • Dimanche à Oman, seul Etat du Golfe à avoir été épargné lors de la première journée de la campagne iranienne, une attaque de drones a fait un blessé sur un port, tandis qu'un pétrolier a été visé au large de ses côtes
  • Lors de l'entretien, le chef de la diplomatie iranienne a pour sa part affirmé que l'Iran "appelait à la paix" et exprimé "l'ouverture de la partie iranienne à tout effort sérieux susceptible de contribuer à mettre fin à l'escalade"

MASCATE: Le ministre omanais des Affaires étrangères, qui avait mené une médiation dans les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran, a appelé dimanche à un cessez-le-feu lors d'un entretien avec son homologue iranien, alors que l'Iran poursuivait ses frappes de représailles aux raids américano-israéliens.

Badr al-Busaidi "a réaffirmé l'appel constant du sultanat d'Oman à un cessez-le-feu et à un retour au dialogue (...) de manière à répondre aux revendications légitimes de toutes les parties", a indiqué son ministère dans un compte rendu de son entretien avec Abbas Araghchi.

Dimanche à Oman, seul Etat du Golfe à avoir été épargné lors de la première journée de la campagne iranienne, une attaque de drones a fait un blessé sur un port, tandis qu'un pétrolier a été visé au large de ses côtes.

Lors de l'entretien, le chef de la diplomatie iranienne a pour sa part affirmé que l'Iran "appelait à la paix" et exprimé "l'ouverture de la partie iranienne à tout effort sérieux susceptible de contribuer à mettre fin à l'escalade et à rétablir la stabilité".