La volonté de travailler avec les États du Golfe est un must pour le vainqueur des élections américaines

Donald Trump et Joe Biden lors de leur premier débat pour la campagne présidentielle de 2020, qui s'est tenu dans l'Ohio. (Reuters)
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Publié le Dimanche 11 octobre 2020

La volonté de travailler avec les États du Golfe est un must pour le vainqueur des élections américaines

  • Mettre en place les Accords d'Abraham et exercer une pression maximale sur l'Iran sont ses deux réalisations notables de Trump au Moyen-Orient
  • Du point de vue des dirigeants iraniens, aucun accord avec l'Occident ne changera les piliers fondamentaux de l'Iran

Dire que le premier débat présidentiel américain, qui a été dominé par des attaques personnelles, n’a pas réussi à offrir une vision claire des plates-formes politiques de chaque candidat est un euphémisme. Avec deux autres débats prévus, il reste encore beaucoup à l’électorat à entendre sur les visions d’avenir de Donald Trump et de Joe Biden. C’est en particulier le cas de la politique étrangère et de leurs approches respectives du Moyen-Orient, où les actions de l’Amérique au cours du prochain mandat présidentiel auront des répercussions sur les décennies à venir.

Nous savons que le président Trump a adopté une approche radicalement différente de ceux qui l'ont précédé. Mettre en place les Accords d'Abraham et exercer une pression maximale sur l'Iran sont ses deux réalisations notables au Moyen-Orient. Dans le premier cas, il est clair qu'il a parcouru une distance considérable pour réparer les relations tendues que son prédécesseur Barack Obama entretenait avec les États du Golfe.

Cependant, c’est l’accord nucléaire biaisé, avec son incapacité à maîtriser les missiles iraniens ou les programmes violents exercés au moyen d’intermédiaires, qui a vraiment représenté la douche froide que l’administration Obama a donnée à ces alliés. L'accès aux fonds considérables dégagés par l'accord a eu pour effet pervers de permettre à Téhéran de verser des sommes toujours plus importantes dans les coffres de groupes tels que le Hezbollah et les Houthis. Des pays comme l'Arabie saoudite et Bahreïn ont été largement ignorés, malgré leurs inquiétudes manifestes quant à la menace directe que représentait l'enrichissement de ces groupes.

Sur la question du fondamentalisme et de son effet subversif et déstabilisateur sur la politique de la région, Obama s’est encore une fois éloigné de certains alliés de l’Amérique. Son compromis avec des groupes tels que les Frères Musulmans, que l'administration Obama considérait tristement comme un sous-produit de la démocratie, était profondément préjudiciable. Alors qu'il était clair pour Abou Dhabi, Tel Aviv, Riyad et Manama, que les Frères Musulmans offraient une vision dure de l'intolérance plutôt qu'un avenir démocratique, ce point de vue a été accueilli avec une inquiétude considérable.

Il faut par conséquent comprendre que nombreux sont ceux dans la région à considérer la perspective d'une présidence Biden avec un certain malaise. Un retour à toute forme d’acceptation de l’extrémisme ou à l’envoi de chargements entiers d’argent liquide à Téhéran risque de saper la paix que nous voyons commencer à poindre entre les principaux alliés de l’Amérique. En un signe annonciateur troublant de l’approche qu’il planifie pour le Moyen-Orient, Biden a suggéré le mois dernier dans une opinion donnée sur CNN que l'Iran avait cessé d'être un «mauvais acteur régional» à la suite de l'accord nucléaire. Il a écrit: «Je vais offrir à Téhéran un chemin crédible vers la diplomatie. Si l'Iran revient au strict respect de l'accord nucléaire, les États-Unis retourneraient à l'accord comme point de départ pour des négociations de suivi.»

C'est une perspective simple pour quelqu'un qui se trouve à des milliers de kilomètres, mais pour ceux qui vivent sur le terrain, confrontés aux caches d'armes du Hezbollah et aux milices syriennes provoquant la mort et la destruction, l'Iran, par le biais de son réseau d’intermédiaires, est devenu un acteur plus malsain que jamais. À moins que ces autres problèmes ne soient résolus, tout effort visant à faire de l’Iran un acteur international plus responsable est voué à l’échec.

La compréhension de ces faits devrait être au cœur de l’approche moyen-orientale des deux candidats. Cela signifie que les sites militaires iraniens, tels que Parchin, où se dérouleraient la recherche et le développement nucléaires, doivent être constamment surveillés par les inspecteurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique. Les dangers du programme de missiles balistiques de l’Iran, qui est un pilier central de la politique étrangère du régime et qui semble être lié au programme nucléaire, doivent également être traités de manière adéquate. En outre, le soutien de l’Iran aux groupes terroristes doit être combattu. De plus, le temps de déclenchement de l’Iran - le temps nécessaire pour produire suffisamment d’uranium hautement enrichi pour une bombe nucléaire - doit être bien supérieur à un an.

Du point de vue des dirigeants iraniens, aucun accord avec l'Occident ne changera les piliers fondamentaux de l'Iran. Au lieu de cela, le régime iranien utilise généralement des accords internationaux et régionaux pour faire avancer ses idéaux révolutionnaires.

Enfin, à un moment où la présence militaire américaine dans la région est en voie d’être réduite et où d’autres forces telles que la Chine, la Russie et la Turquie cherchent à combler le vide, il est plus que jamais essentiel de travailler de concert avec les États du Golfe. Les sables géopolitiques ont fondamentalement changé. La Turquie, l’Iran et le Qatar se sont positionnés carrément contre les alliés de l’Amérique dans le Golfe, établissant un discours de plus en plus dur qui semble faire partie d’une stratégie plus vaste visant à déstabiliser la région.

Les deux candidats à la présidentielle doivent chercher à bâtir sur l’excellent travail des Accords d'Abraham pour riposter à cette ligne dure du discours. Espérer naïvement que les forces du radicalisme pourront être contenues, comme l’a fait autrefois la précédente administration, n’est tout simplement pas une option dans la quête de la future stabilité régionale et de la protection des intérêts américains au Moyen-Orient.

C'est peut-être trop espérer, étant donné la nature chaotique du premier débat présidentiel, mais écouter l'analyse et percevoir la vision moyen-orientale des deux hommes en concurrence en vue d’avoir une énorme influence sur la région serait un changement de rythme bienvenu.

 

Dr. Majid Rafizadeh est un politologue irano-américain diplômé de Harvard. Twitter : @Dr_Rafizadeh.

NDLR : L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com