À Paris, les Libanais votent avec enthousiasme, mais sans illusions

Leur vote, ils le savent bien, n’aboutira pas à une percée au niveau du nouveau Parlement qui restera acquis aux mêmes poids lourds de la vie politique libanaise (Photo, AFP).
Leur vote, ils le savent bien, n’aboutira pas à une percée au niveau du nouveau Parlement qui restera acquis aux mêmes poids lourds de la vie politique libanaise (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 08 mai 2022

À Paris, les Libanais votent avec enthousiasme, mais sans illusions

  • Pour la diaspora libanaise, ces législatives sont une chance pour chacun d’apporter sa petite pierre à l’édifice
  • Des témoignages nombreux, faciles à obtenir, mais plutôt anonymes et non filmés

PARIS : L’idée de départ était de recueillir et de filmer des témoignages de membres de la diaspora libanaise, qui vote le dimanche 15 mai pour les législatives dans sa patrie d’origine, le Liban.

Mais finalement, les témoignages nombreux et faciles à obtenir sont tous plutôt anonymes et non filmés. «Désolé, je ne peux vous laisser me filmer, regrette Michel, horloger, j’ai des parents et de la famille au Liban, et il est hors de question de leur causer des ennuis par mon témoignage.»

Quant à Nadim, chauffeur de taxi: «Me filmer? Impossible! Je n’ai pas l’habitude d’afficher mon opinion de cette façon, peut-être parce que je suis un ancien militaire…»

Est-ce la réserve qui caractérise parfois les personnes d’un âge avancé? Les jeunes Libanais résidant en France, eux, seront-ils plus malléables, plus aptes à se livrer?

Rien de moins sûr…

 «Pas question de dévoiler mon identité, encore moins de me laisser filmer», insiste Nabil, jeune cadre et primo-votant. Il préfère ne pas prendre de risque: «Le Liban, j’y vais régulièrement, je ne veux pas d’ennuis ni pour moi ni pour personne.»

Même son de cloche pour Nour, jeune avocate qui vote également pour la première fois. Elle estime que partager ses opinions et son image «dans un média peut s’avérer nuisible».

Pourtant, la même Nour est très active sur les réseaux sociaux; elle a participé avec beaucoup de véhémence à la campagne incitant les Libanais de l’étranger à s’inscrire sur les listes électorales et n’a jamais caché son désir d’en finir avec la classe dirigeante au Liban.

«Oui, temporise-t-elle, mais les réseaux sociaux c’est différent. Je relaye des positions déjà partagées par beaucoup d’autres, mais me dévoiler dans un média revient à me mettre en face-à-face», une position qui, pour Nour, semble difficile à assumer.

De la peur?

À la suite de ces refus successifs, difficile de ne pas s’interroger s’il s’agit là d’une des clefs de la pérennité de la classe politique libanaise, à savoir la peur…

Il ne s’agit pas d’une peur identifiée, mais plutôt d’une peur diffuse, aux multiples visages et expressions. Il ne s’agit pas non plus d’une peur de représailles spécifiques comme celles qui  visent les activistes sur le terrain, c’est bien plus latent, plus sournois.

Les réserves des uns et des autres sont dues à la crainte de voir leurs parents, proches et amis dans le pays visés par «des contraintes, des intimidations et des blocages, qui ne feraient qu’aggraver les difficultés qu’il subissent au quotidien», souligne Roula, jeune cadre dans un établissement financier.

Nahla, chercheuse retraitée vivant entre Paris et Beyrouth, n’est pas surprise par cette réserve qui n’épargne pas des personnes qui vivent où même qui sont nées en France, car «elle est le fruit d’un maillage étroit tissé depuis des décennies par les politiques libanais autour des citoyens».

Le Libanais est tributaire de son dirigeant dit «zaïm» dans tous les aspects de sa vie   professionnelle ou sociale. Un «zaïm» fâché peut en tirant une ficelle briser une carrière, il peut, s’il le veut, interrompre un cycle d’études et même bloquer un accès  aux soins médicaux.

Tous ces aspects de la vie sont assujettis à la volonté du «zaïm» qu’il ne faut surtout pas provoquer en période électorale. 

Le bouclier invisible de la classe politique

Nahla comprend la crainte de se dévoiler manifestée par les jeunes et les moins jeunes. «Il s’agit là du bouclier invisible qui protège la classe politique libanaise et lui permet de continuer à couler des jours tranquilles malgré l’accumulation de toutes sortes de crises.»

Depuis près de trois ans, les Libanais croulent sous les crises multiples: le pouvoir d’achat est en chute quotidienne libre, la livre libanaise également en dévaluation permanente, les avoirs bancaires sont gelés, l’État en faillite et l’alimentation en courant électrique et eau potable quasi inexistants.

Malgré tout, les Libanais de la diaspora en France, qui compte un peu plus de 100 000 personnes, veulent voter avec enthousiasme, mais sans illusions. Il y a, selon les sources de l’ambassade du Liban à Paris, 28 136 inscrits sur les listes électorales et ils donneront leur voix dans 40 centres de votes et 77 bureaux. Le nombre des votants a plus que doublé par rapport aux législatives de 2018 où il n’y avait que 9800 inscrits.

Chacun cherche à apporter sa petite pierre à l’édifice, «parce que c’est un droit», selon Nour, «un devoir et une chance», selon  Nabil, qui assure que le changement tant convoité ne viendra pas de lui-même. Nour, Nabil et Roula affirment que leur voix ira aux candidats de la «thawra» (révolution) dont ils déplorent les divisions. Roula confie avec grande tristesse avoir appelé son père qui est sur place, afin de savoir pour qui voter.

Ils auraient tellement aimé voir cette «thawra»  présenter  des listes unifiées et non éparpillées comme elles le sont aujourd’hui.

Marquer le coup

Leur vote, ils le savent bien, n’aboutira pas à une percée au niveau du nouveau Parlement qui restera acquis aux mêmes poids lourds de la vie politique libanaise, surtout que la loi électorale est conçue de façon à favoriser l’élection de leurs candidats et acolytes.

Cependant, leur vote de protestation permet à ces mêmes poids lourds de comptabiliser la non-adhésion croissante ou plutôt le rejet dont ils font l’objet dans les milieux de la jeunesse.

Il est important pour ces jeunes de la diaspora de marquer le coup. Ces élections sont les premières depuis  le soulèvement d’octobre 2019 et depuis l’explosion tragique du port de Beyrouth en août 2020 qui s anéanti le cœur de la capitale et fait 215 morts et 6 500 blessés.

Les moins jeunes comme Michel et Nadim ne boudent pas le changement, bien au contraire, mais ils réservent leur vote à des candidats confirmés, qu’ils jugent intègres et dignes de confiance.

Difficile après tout cela de ne pas estimer que beaucoup de verrous doivent encore sauter avant de parvenir à endiguer la descente du Liban et de sa population en enfer.


Nouvel embrasement au Liban: quatre soldats israéliens tués, « tout le Liban doit brûler» estime Ben Gvir 

Des frappes israéliennes dans la nuit de jeudi à vendredi dans le sud du Liban ont fait 18 morts et 33 blessés selon Beyrouth, Israël déplorant de son côté la perte de quatre soldats. (AFP)
Des frappes israéliennes dans la nuit de jeudi à vendredi dans le sud du Liban ont fait 18 morts et 33 blessés selon Beyrouth, Israël déplorant de son côté la perte de quatre soldats. (AFP)
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  • "Les frappes aériennes israéliennes intensives menées à partir de minuit et jusqu'à ce matin ont empêché l'évacuation des martyrs et des blessés, et ont fait 18 morts et 33 blessés, selon un bilan provisoire", a indiqué le ministère libanais de la Santé
  • Elles ont touché au moins 10 localités, à proximité de la ville de Nabatiyé dans le sud du Liban, dont celle de Harouf, où huit personnes sont mortes, selon l'Agence nationale d'information libanaise (ANI)

BEYROUTH: Des frappes israéliennes dans la nuit de jeudi à vendredi dans le sud du Liban ont fait 18 morts et 33 blessés selon Beyrouth, Israël déplorant de son côté la perte de quatre soldats.

Il s'agit des bombardements les plus massifs et du bilan le plus lourd depuis l'annonce lundi d'un protocole irano-américain, qui prévoit une cessation des hostilités, y compris au Liban, où s'affrontent Israël et le mouvement islamiste Hezbollah, allié de Téhéran.

"Les frappes aériennes israéliennes intensives menées à partir de minuit et jusqu'à ce matin ont empêché l'évacuation des martyrs et des blessés, et ont fait 18 morts et 33 blessés, selon un bilan provisoire", a indiqué le ministère libanais de la Santé dans un communiqué.

Elles ont touché au moins 10 localités, à proximité de la ville de Nabatiyé dans le sud du Liban, dont celle de Harouf, où huit personnes sont mortes, selon l'Agence nationale d'information libanaise (ANI).

D'autres frappes israéliennes ont visé la région de Baalbek dans l'est du pays, relativement épargnée depuis le début du conflit le 2 mars.

De nombreux habitants ont fui le sud après ces raids, selon l'Agence nationale d'information libanaise (ANI). Des voitures bondées, avec matelas et effets personnels, ont envahi les routes, quittant la région de Tyr, a constaté un correspondant de l'AFP.

"Tout le Liban doit brûler" 

L'armée israélienne a affirmé de son côté avoir frappé des infrastructures du Hezbollah en riposte à la mort de ces soldats, dont le char a été touché peu après minuit dans la zone de Kfar Tebnit, près de Nabatiyé.

Les correspondants militaires des médias israéliens évoquent l'impact d'"un missile ou d'un drone".

"Le lieutenant-colonel Dor Gedalia Ben Simhon est tombé au combat" dans le sud du Liban avec "trois autres soldats" dont les noms seront publiés ultérieurement, a précisé l'armée. Elle dénonce les "violations répétées du cessez-le-feu par le Hezbollah", qui "continue de préparer et mener des attaques terroristes contre des soldats israéliens".

"Tout le Liban doit brûler", a réagi de son côté le ministre de la Sécurité nationale israélien Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite et allié politique clef du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

"Ça suffit le ping-pong. Au Proche-Orient, on ne gagne pas avec des réactions mesurées et de la retenue", a-t-il ajouté. "Il faut être fou, éradiquer. Et vaincre le terrorisme".

"Il faut faire parler le feu (...) Ouvrir les portes de l'enfer", a déclaré sur X son collègue et rival d'extrême droite Bezalel Smotrich, ministre des Finances, sans mentionner explicitement le Liban mais en faisant allusion à la mort des soldats.

Dans une déclaration publiée au petit matin, le groupe pro-iranien a annoncé que ses combattants avaient ciblé les forces israéliennes près des collines d'Ali Taher, qui surplombent la ville de Nabatiyé, par des tirs "de roquettes et d'obus de mortier".

Il avait affirmé dans la nuit avoir détruit trois chars israéliens lors d'affrontements entre ses combattants et une unité de l'armée israélienne dans le sud du Liban.


Netanyahu : l'armée israélienne restera dans le sud du Liban « aussi longtemps que nécessaire»

Une photo prise depuis la région de Marjayoun, au sud du Liban, montre de la fumée s'élevant à la suite d'une frappe aérienne israélienne sur le village de Nabatieh al-Fawqa, le 19 juin 2026. (AFP)
Une photo prise depuis la région de Marjayoun, au sud du Liban, montre de la fumée s'élevant à la suite d'une frappe aérienne israélienne sur le village de Nabatieh al-Fawqa, le 19 juin 2026. (AFP)
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  • L'armée israélienne "restera dans la zone de sécurité dans le sud du Liban aussi longtemps que nécessaire pour pour protéger les localités du nord" d'Israël, déclare M. Netanyahu dans un communiqué
  • Le ministre de la Défense Israël Katz a de son côté prévenu d'une riposte israélienne "avec une force considérable" à toute attaque du Hezbollah, allié de l'Iran

JERUSALEM: Israël restera au Liban "aussi longtemps que nécessaire" a affirmé vendredi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ajoutant que son pays ferait "payer un prix très lourd" au mouvement islamiste Hezbollah, après l'annonce de la mort de quatre soldats en opération.

L'armée israélienne "restera dans la zone de sécurité dans le sud du Liban aussi longtemps que nécessaire pour pour protéger les localités du nord" d'Israël, déclare M. Netanyahu dans un communiqué. "Israël n'acceptera aucune attaque contre nos soldats ou notre territoire", ajoute-t-il.

Le ministre de la Défense Israël Katz a de son côté prévenu d'une riposte israélienne "avec une force considérable" à toute attaque du Hezbollah, allié de l'Iran.

 

 

 


Israël continuera à opérer dans le sud du Liban 

 L'armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations dans le sud du Liban face aux "menaces", après la signature par les Etats-Unis et l'Iran d'un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris sur le front libanais. (AFP)
L'armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations dans le sud du Liban face aux "menaces", après la signature par les Etats-Unis et l'Iran d'un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris sur le front libanais. (AFP)
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  • Depuis l'annonce lundi de l'accord entre Téhéran et Washington, signé mercredi soir par les présidents de deux pays, l'intensité des violences a drastiquement baissé dans le sud du Liban
  • Mais des échanges de tirs limités sont signalés et au moins huit personnes ont depuis été tuées dans des frappes israéliennes, dont trois sur la seule journée de jeudi selon un média d'Etat libanais

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé jeudi poursuivre ses opérations dans le sud du Liban face aux "menaces", après la signature par les Etats-Unis et l'Iran d'un accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient, y compris sur le front libanais.

L'armée a publié une carte de ce qu'elle déclare être son "espace de sécurité", s'étendant sur une dizaine de kilomètres à l'intérieur du territoire libanais.

Elle indique que des troupes continueront d'y être déployées "afin d'éliminer les menaces et d'améliorer la défense des habitants du nord d'Israël".

Un responsable militaire israélien a précisé que l'armée pourrait également agir pour "neutraliser" les risques identifiés au-delà de la zone de sécurité, et appelé les civils libanais à ne pas y pénétrer.

Depuis l'annonce lundi de l'accord entre Téhéran et Washington, signé mercredi soir par les présidents de deux pays, l'intensité des violences a drastiquement baissé dans le sud du Liban et le Hezbollah pro-iranien n'a plus revendiqué d'attaques contre Israël.

Mais des échanges de tirs limités sont signalés et au moins huit personnes ont depuis été tuées dans des frappes israéliennes, dont trois sur la seule journée de jeudi selon un média d'Etat libanais.

L'armée israélienne a pour sa part annoncé la mort de l'un de ses soldats dans la nuit de mercredi à jeudi, lors d'un incident survenu dans le sud du Liban. Sept soldats ont également été blessés.

Le groupe armé Hezbollah soutenu par l'Iran a entraîné le Liban dans la guerre début mars en attaquant Israël pour venger l'assassinat du guide suprême de la République islamique au début de la campagne américano-israélienne.

Israël a riposté par de vastes frappes à travers le Liban et par le lancement d'une invasion terrestre dans le sud, région frontalière d'Israël et de longue date sous l'influence du Hezbollah.

Le Liban et Israël mènent depuis avril des pourparlers directs à Washington afin de tenter de mettre fin aux hostilités et de dissocier leur conflit de la guerre régionale.

"D'autres étapes sont en cours de discussion" dans le cadre de ces pourparlers, a déclaré jeudi la même source militaire, ajoutant que "les représentants se rencontreront à nouveau la semaine prochaine".