La visite de Biden en Israël et en Arabie saoudite met en exergue la menace d'un Iran nucléaire

La centrale nucléaire de Bouchehr, au sud-est de la ville de Bouchehr, en Iran. (Photo d'archive)
La centrale nucléaire de Bouchehr, au sud-est de la ville de Bouchehr, en Iran. (Photo d'archive)
Ce journaliste se trouve au siège de l'Agence internationale de l'énergie atomique, à Vienne, le 23 mai 2021. (AFP)
Ce journaliste se trouve au siège de l'Agence internationale de l'énergie atomique, à Vienne, le 23 mai 2021. (AFP)
C'est le 17 avril que les pourparlers qui visent à relancer l'accord sur le nucléaire conclu en 2015 avec l'Iran ont repris, après l’élection de Joe Biden à la tête des États-Unis. (Photo d'archive AFP)
C'est le 17 avril que les pourparlers qui visent à relancer l'accord sur le nucléaire conclu en 2015 avec l'Iran ont repris, après l’élection de Joe Biden à la tête des États-Unis. (Photo d'archive AFP)
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Publié le Jeudi 14 juillet 2022

La visite de Biden en Israël et en Arabie saoudite met en exergue la menace d'un Iran nucléaire

  • Afin d'élaborer une politique plus exhaustive vis-à-vis de l'Iran, les décideurs politiques estiment que le président américain devrait se concerter étroitement avec ses alliés
  • Les pays arabes ont pris conscience de la menace que représente l'Iran avant que la question nucléaire n'éclate au grand jour

NEW YORK: Les dirigeants des pays arabes rencontreront le président américain, Joe Biden, à Riyad cette semaine. L'un des sujets qu'ils souhaiteront sans doute évoquer concerne la menace que représente l'Iran et la manière de contrecarrer ou de restreindre les ambitions nucléaires que nourrit Téhéran. 

M. Biden s'est bien entendu engagé, lors de sa campagne pour la présidentielle de 2020, à réintégrer l'accord sur le nucléaire iranien de 2015, dont son prédécesseur, Donald Trump, s'était retiré en 2018. Ce dernier jugeait en effet que cet accord était trop timide. 

Certes, M. Biden souhaite relancer l'accord qu'il a contribué à négocier lorsqu'il était le vice-président de Barack Obama. Toutefois, il estime que le texte mérite d'être mis à jour de manière à tenir compte des activités malveillantes de l'Iran dans la région, qui ont progressé depuis, selon des analystes. 

Afin d'élaborer une politique plus exhaustive vis-à-vis de l'Iran, les décideurs politiques estiment que le président américain devrait se concerter étroitement avec ses alliés régionaux, dont l'Arabie saoudite, et élaborer également un système de défense aérienne et antimissile intégré qui servirait les intérêts des États-Unis et de leurs alliés. 

Les pays arabes ont pris conscience de la menace que représente l'Iran avant que la question nucléaire n'éclate au grand jour. En effet, le régime iranien fait des ravages à travers son programme de missiles balistiques, ses activités maritimes et son utilisation de drones, mais surtout à travers le soutien qu'il apporte à ses milices mandataires à travers la région. 

Qu'il s'agisse de l’appui qu'il apporte aux groupes armés en Irak, de son parrainage historique du Hezbollah au Liban, du recrutement de mercenaires chargés de soutenir le régime d'Al-Assad en Syrie ou encore de l'aide létale qu'il dispense aux Houthis au Yémen, l'Iran ne menace pas seulement la stabilité de la région; il compromet également la liberté de navigation ainsi que l'économie mondiale dans son ensemble, affirment les experts. 

Ces derniers pensent également que les agressions de l'Iran à l'étranger vont dans la droite ligne de sa campagne de répression à l'intérieur du pays. Au mois de novembre 2019, le régime a réprimé les manifestations qui ont parcouru le pays, faisant mille cinq cents morts et des milliers de détenus. 

Néanmoins, les activités que mène l'Iran à l'étranger et la répression qu'il exerce sur son territoire semblent avoir été occultées lors des pourparlers de Vienne et de Doha. L'objectif principal de ces pourparlers consiste à relancer l'accord sur le nucléaire connu sous le nom officiel de «Plan d'action global conjoint» (PAGC). Les critiques affirment que les négociateurs européens et américains ont préféré se focaliser sur la seule question du nucléaire iranien. 

Behnam Ben Taleblu est chercheur principal auprès de la Foundation for Defense of Democracies (Fondation pour la défense des démocraties ), un groupe de réflexion apolitique basé à Washington, D.C. D'après lui, «l'une des principales failles du PAGC ne réside pas dans son contenu, mais dans la manière dont il a été conclu». 

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Behnam M. Ben Taleblu. 

«L'administration Obama, qui l'a négocié, l'administration Trump, qui en est sortie, et l'administration Biden, qui cherche à le relancer par tous les moyens, sont toutes responsables de la situation actuelle. Par la manière dont elles ont mené les négociations, elles ont enterré tout espoir d'élaborer une stratégie envers l'Iran qui ne soit pas liée au nucléaire», explique-t-il à Arab News. 

M. Ben Taleblu estime que c’est regrettable. «La menace posée par la politique de la République islamique en matière d'affaires étrangères et de sécurité mérite une attention bien plus grande que celle qui est portée au dossier nucléaire.» 

Bien que certains négociateurs aient tenté de trouver une solution à un problème impossible à résoudre, «tous ont fini par mettre leurs œufs dans un seul panier, c’est-à-dire retourner ou non au PAGC. M. Biden ne déroge pas à cette règle», ajoute-t-il.  

Ces derniers mois, il semble que Washington ait haussé le ton à l'égard de l'Iran. En effet, l'administration Biden a mis en œuvre des sanctions pétrolières et pétrochimiques à l'encontre du régime iranien. Soutenue par ses partenaires européens, elle a également publié au mois de juin une résolution de censure contre l'Iran lors de la réunion du Conseil des gouverneurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). 

Même si ces mesures paraissent peu rigoureuses et trop tardives pour M. Ben Taleblu, elles laissent présager, d’après lui, un changement radical dans la politique américaine à l'égard de l'Iran. 

«Si M. Biden a mis autant de temps à exercer une telle pression, c'est probablement pour pouvoir discuter avec ses partenaires et alliés [y compris l'Arabie saoudite et d'autres pays de la région] de la forme que pourrait prendre un plan plus cohérent. Il cherche sans doute à donner à ses alliés un avant-goût de la tournure que prendront les événements à l'avenir», explique-t-il. 

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C'est le 17 avril que les pourparlers qui visent à relancer l'accord sur le nucléaire conclu en 2015 avec l'Iran ont repris, après l'élection de Joe Biden à la tête des États-Unis. (Photo d'archive AFP) 

On évoque également la possibilité de construire un système de défense aérienne et antimissile plus intégré pour le Moyen-Orient. «Mais cette théorie reste pour l'instant des paroles en l'air», prévient M. Ben Taleblu. «Espérons que ce projet se traduira dans les faits après la visite [de Joe Biden au Moyen-Orient].» 

Pour les conservateurs, M. Biden fait preuve d'une faiblesse flagrante envers la République islamique: «Il éprouve une certaine attirance vis-à-vis de l'Iran», entend-on. Ses défenseurs affirment que son parcours au Sénat montre plusieurs nuances: il a maintes fois pris position sur la question de l'Iran, prônant parfois l'engagement et préconisant le plus souvent la pression conte l'Iran. 

Pour Behnam Ben Taleblu, «il ne faudrait pas philosopher sur les positions de Biden ni tenter d'en déduire un quelconque sentiment favorable ou défavorable à l'égard de la République islamique». 

Il serait sans doute plus judicieux de passer en revue le temps qu'il a passé à la présidence ainsi que ses tentatives pour relancer l'accord sur le nucléaire. 

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Sur cette photo datant du 20 janvier 2014, des inspecteurs de l'AIEA appliquent avec des techniciens iraniens un accord provisoire qui prévoit la suspension de la production d'uranium au centre de recherche nucléaire de Natanz, en Iran. (IRNA via AFP/File) 

«Cette approche nous conduit à ce constat: l'administration Biden, à mon avis, a banalisé la menace de l'Iran en se focalisant sur la problématique du nucléaire», poursuit M. Ben Taleblu. 

«On peut deviner que cette administration s'intéresse peu à la politique étrangère. Elle préfère gérer les crises qui se succèdent. Elle adopte la même approche que celle que l'administration Obama a choisie au début de l'année 2008: elle pense que la communauté internationale l'accueillera favorablement si elle semble souhaiter changer l'orientation politique que lui a léguée son prédécesseur.» 

«Des États comme l'Iran ont toutefois tendance à profiter de ces concessions et de ces gestes de bonne volonté pour accroître encore leur menace.» 

Pour comprendre ce qui dissuade réellement l'Iran, il convient de prendre conscience de cette réalité, selon Behnam Ben Taleblu: une dissuasion à laquelle les États-Unis et leurs alliés ne parviennent pas, selon de nombreux observateurs, à donner corps. 

FAITS MARQUANTS

  • La répression des manifestations par le régime iranien en novembre 2019 a fait environ 1 500 morts. 

  • Dans sa campagne électorale, Joe Biden a promis de réintégrer le PAGC. 

  • Sous Donald Trump, les États-Unis se sont retirés de l'accord conclu par l'administration Obama en 2015. 

Les trois dernières administrations américaines, selon M. Ben Taleblu, ont abordé la problématique de la dissuasion comme «un cas isolé, en noir et blanc», alors que la dissuasion revêt en réalité «un caractère particulièrement cinétique». 

«La dissuasion de l’Iran est très interactive. Elle évolue en permanence parce que votre adversaire a élaboré sa politique étrangère sans peine, parce qu'il se bat dans la zone grise en recourant à des armes non conventionnelles, parce qu'il s'attache moins à la vie que vous et parce qu'il mène depuis très longtemps des combats à l'étranger en utilisant toutes sortes de mandataires différents.» 

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Le chef de la délégation iranienne aux négociations sur le nucléaire, Ali Bagheri Kani (à gauche), lors d'une réunion sur l'accord nucléaire à Vienne, le 11 mars 2022. (AFP) 

«Ce régime possède donc de nombreux points forts qui prennent le dessus sur les faiblesses théoriques dont il souffre sur les plans politique, économique et militaire. Je pense que la dissuasion a échoué en partie parce qu'on n'a pas pris conscience de cette situation.» 

Mieux comprendre cette réalité permettrait aux États-Unis de concevoir avec plus de clarté la réponse qu'ils devraient apporter en cas d'attaque de drones sur les Émirats arabes unis (EAU), par exemple. En effet, les États-Unis ont déjà été confrontés à des attaques menées par des partisans de l'Iran contre les installations pétrolières et les infrastructures civiles de l'Arabie saoudite. 

«Les Iraniens nous observent. Ils savent ainsi que l'approche diplomatique adoptée par le monde arabe [les EAU, l'Arabie saoudite] permet à ce dernier d'évaluer si son partenaire [en l'occurrence, les États-Unis] tient les choses en main ou non. En effet, l'Iran recourt à la diplomatie avec les partenaires des Américains pour déterminer dans quelle mesure ils sont confiants sur le fait que l'Amérique les soutiendra le jour où ils seront confrontés à des difficultés», explique M. Ben Taleblu. 

«Au moment où M. Biden s'apprête à se rendre dans la région, il doit s'assurer, à mon avis, qu'il partage le même point de vue sur ces questions que ses partenaires.» 

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Le directeur général de l'AIEA, Rafael Mariano Grossi, présente la caméra qui permet à l'agence de surveiller l'activité des réacteurs nucléaires iraniens. (Fichier AFP) 

Pourtant, la politique américaine vis-à-vis de l'Iran semble s'articuler autour d’un retour au PAGC qui allégerait les sanctions imposées à l'Iran en échange de la réduction de son programme nucléaire. Comme il dispose de matières fissiles qui lui permettent de produire une arme nucléaire, l'Iran est loin de cesser ses activités. 

Pour M. Ben Taleblu, le meilleur scénario serait que M. Biden renonce complètement à l'ancienne approche et qu'il collabore plus étroitement avec les alliés des États-Unis pour mettre au point un «plan B commun». 

En dépit des hauts et des bas qui ont marqué les relations américano-saoudiennes ces derniers temps, M. Ben Taleblu est convaincu que les deux pays partagent la même vision à l’égard de la sécurité au Moyen-Orient. 

«Je pense qu'il ne fait aucun doute que l'Arabie saoudite partage les mêmes intérêts que les États-Unis à bien des égards: la liberté de navigation, la sécurité en matière d'énergie, l'application des sanctions, le soutien au combat contre le terrorisme, l’appui des efforts déployés par les États-Unis pour rétablir l'ordre au Moyen-Orient, la lutte contre la République islamique d'Iran et contre les Houthis dans le cadre de la guerre du Yémen.» 


Soudan : le ministre de la Défense qualifie de faux un « document des services de renseignement » après l’attaque d’un convoi

Ministre soudanais de la Défense, le général Hassan Kabroun. (Photo AN)
Ministre soudanais de la Défense, le général Hassan Kabroun. (Photo AN)
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  • Le général Hassan Kabroun affirme à Arab News que les accusations selon lesquelles l’armée aurait dissimulé des armes dans un convoi d’aide sont « totalement fausses »

RIYAD : Le ministre soudanais de la Défense a fermement démenti des informations attribuées aux services de renseignement soudanais, selon lesquelles un convoi ciblé au Kordofan du Nord transportait secrètement des armes sous couvert d’aide humanitaire.

Le général Hassan Kabroun a qualifié ces accusations de « fausses » et a estimé qu’il s’agissait d’une tentative de détourner l’attention de ce qu’il a décrit comme un crime commis par une milice.

La controverse a éclaté après la publication d’articles affirmant qu’un document attribué au Service général de renseignement du Soudan soutenait que le convoi frappé vendredi à Al-Rahad n’était pas une mission purement humanitaire, mais transportait en réalité « des armes et des munitions de haute qualité » destinées à des unités des Forces armées soudanaises opérant dans l’État.

Le rapport alléguait en outre que le convoi avait été présenté comme humanitaire afin d’obtenir un passage sûr à travers les zones de conflit, et que les Forces de soutien rapide (RSF) l’avaient détruit après avoir recueilli des renseignements sur son itinéraire et sa cargaison.

Kabroun a catégoriquement rejeté cette version des faits.

« Tout d’abord, nous tenons à souligner que cette information est fausse », a-t-il déclaré à Arab News. « Même le titre évoquant la sécurité de régions telles qu’Al-Dabbah n’est pas un titre que l’armée utiliserait. »

Il a qualifié le document de fabrication à motivation politique, affirmant qu’il visait à « couvrir le crime odieux qu’ils ont commis ».

Le ministre a assuré que la zone visée par des drones est entièrement sous le contrôle des Forces armées soudanaises et ne nécessite aucun transport militaire clandestin.

« Deuxièmement, nous confirmons que la région ciblée par les drones est contrôlée par l’armée et parfaitement sûre », a déclaré Kabroun. « Il n’est pas nécessaire d’y transporter du matériel militaire en utilisant des convois humanitaires comme couverture, car il s’agit d’une zone sécurisée sous contrôle de l’armée, qui dispose de capacités importantes pour acheminer l’aide humanitaire. »

Selon lui, l’armée soudanaise possède les capacités logistiques et les itinéraires sécurisés nécessaires pour déplacer du matériel ouvertement lorsque cela est requis.

« L’armée est professionnelle et n’a pas besoin d’acheminer quoi que ce soit à Kadugli ou Dalang à bord de convois d’aide », a-t-il affirmé. « La route entre Dalang et Kadugli est ouverte. Les forces soudanaises ont emprunté cette route pour entrer et prendre le contrôle de la région. La route est ouverte et, chaque fois que des camions militaires doivent livrer du matériel, ils peuvent le faire sans recourir à une quelconque forme de camouflage. »

Kabroun a également rejeté toute suggestion selon laquelle l’armée utiliserait des opérations humanitaires comme couverture.

« L’aide est transportée par des véhicules humanitaires dédiés vers les zones qui en ont besoin », a-t-il précisé. « L’aide n’est pas transportée par l’armée. L’armée et les services de sécurité n’interfèrent pas du tout avec les efforts de secours et n’escortent même pas les convois. »

Il a souligné que les Forces armées soudanaises maintiennent une séparation institutionnelle claire entre les opérations militaires et le travail humanitaire, en particulier dans le contexte de la crise que traverse le pays.

« Ce sont des accusations mensongères », a-t-il déclaré. « Cette fausse information vise à couvrir le crime odieux qu’ils ont commis. »

Le Soudan est en proie au conflit depuis avril 2023, lorsque des combats ont éclaté entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide, plongeant le pays dans ce que les Nations unies ont qualifié de l’une des pires catastrophes humanitaires au monde.

La dernière controverse autour du convoi intervient alors que les combats s’intensifient au Kordofan du Sud, région stratégique reliant le centre du Soudan aux zones contestées du Darfour et du Nil Bleu.

Le faux rapport suggérait que la surveillance des services de renseignement avait permis aux RSF de frapper ce qu’elles décrivaient comme un convoi militaire déguisé en aide humanitaire. Mais Kabroun a rejeté catégoriquement cette version.

« Les services de renseignement connaissent parfaitement leurs responsabilités », a-t-il affirmé. « L’armée soudanaise dispose de suffisamment d’armes et d’équipements pour ses opérations. Ces accusations sont totalement fausses. »

Il a estimé que le récit diffusé visait à détourner la responsabilité des attaques contre des infrastructures civiles et des mouvements humanitaires.

« Cela montre qu’ils cherchent à dissimuler les atrocités », a-t-il ajouté, en référence à la milice.

Kabroun a soutenu que l’armée a repris l’initiative sur plusieurs fronts et demeure pleinement capable de poursuivre ses opérations sans recourir à la tromperie.

« La région est sécurisée, les routes sont ouvertes et l’armée n’a pas besoin de camouflage », a-t-il conclu. « Nous opérons de manière professionnelle et transparente. »

« Ces accusations sont totalement fausses », a-t-il insisté. « L’armée soudanaise n’utilise pas de convois humanitaires à des fins militaires. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le président somalien à Asharq Al-Awsat: Travailler avec des partenaires de l'Arabie saoudite pour annuler la reconnaissance du Somaliland par Israël

 Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman rencontre le président somalien Hassan Sheikh Mohamud. (File/SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman rencontre le président somalien Hassan Sheikh Mohamud. (File/SPA)
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  • M. Mohamud a souligné que l'unité de la Somalie est une "ligne rouge", ajoutant que Mogadiscio a pris des positions fermes pour protéger la souveraineté nationale
  • S'adressant à Asharq Al-Awsat, M. Mohamud a déclaré que son gouvernement agissait en étroite coordination avec ses partenaires, dont l'Arabie saoudite, pour préserver la stabilité et protéger la Corne de l'Afrique

RIYAD: Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud a dévoilé une stratégie politique et juridique à trois volets pour annuler ce qu'il a décrit comme une reconnaissance israélienne de la région sécessionniste du Somaliland, avertissant qu'une telle décision menace la souveraineté de la Somalie et la stabilité régionale.

S'adressant à Asharq Al-Awsat, M. Mohamud a déclaré que son gouvernement agissait en étroite coordination avec ses partenaires, dont l'Arabie saoudite, pour préserver la stabilité et protéger la Corne de l'Afrique de ce qu'il a qualifié d'"escalade irréfléchie".

Sans nommer de pays en particulier, le dirigeant somalien a déclaré que certains États de la région pourraient voir dans la reconnaissance israélienne une occasion de poursuivre "des intérêts étroits et à court terme au détriment de l'unité de la Somalie et de la stabilité régionale".

"Je ne souhaite pas nommer un ou plusieurs pays en particulier", a-t-il déclaré. "Mais il est clair que certains pourraient considérer cette reconnaissance comme une occasion de réaliser des gains limités.

Il a souligné que l'unité de la Somalie était une "ligne rouge", ajoutant que Mogadiscio avait adopté des positions fermes pour protéger la souveraineté nationale. "Nous mettons en garde contre le risque d'être induits en erreur par l'aventurisme israélien imprudent", a-t-il déclaré.

Trois étapes parallèles

M. Mohamud faisait référence à la reconnaissance, annoncée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, de la République autoproclamée du Somaliland en tant qu'État indépendant.

"J'affirme avec la plus grande clarté et fermeté que toute reconnaissance du Somaliland en tant qu'État indépendant constitue une violation flagrante de la souveraineté et de l'unité de la République fédérale de Somalie", a-t-il déclaré.

Il a qualifié cette démarche de grave violation du droit international, de la charte des Nations unies et des résolutions de l'Union africaine qui prônent le respect des frontières héritées de l'Afrique.

Sur cette base, la Somalie a adopté et continuera à appliquer trois mesures parallèles, a-t-il révélé.

La première consiste en une action diplomatique immédiate par l'intermédiaire des Nations unies, de l'Union africaine et de l'Organisation de la coopération islamique afin de rejeter et d'invalider juridiquement et politiquement cette reconnaissance.

M. Mohamud a déclaré que la Somalie avait demandé et obtenu une session formelle du Conseil de sécurité des Nations unies pour traiter ce qu'il a qualifié de "violation israélienne flagrante" de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Somalie.

Cette session, a-t-il ajouté, constitue une victoire diplomatique importante pour Mogadiscio, compte tenu notamment du fait que la Somalie est actuellement membre du Conseil.

Il a exprimé sa "profonde gratitude" pour les déclarations de solidarité et de condamnation émises par l'Union africaine, la Ligue arabe, l'OCI, le Conseil de coopération du Golfe, l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et l'Union européenne, entre autres.

La deuxième étape consiste à coordonner une position arabe, islamique et africaine unifiée. M. Mohamud a félicité l'Arabie saoudite pour avoir été l'une des premières à publier une déclaration claire rejetant toute atteinte à l'unité de la Somalie.

Il a déclaré que la position saoudienne reflétait l'engagement de longue date du Royaume en faveur de la souveraineté de l'État et de l'intégrité territoriale, renforcé par le soutien "ferme et de principe" du cabinet saoudien à la Somalie dans ce qu'il a décrit comme un moment délicat.

La troisième étape est axée sur le renforcement du dialogue national interne afin d'aborder les questions politiques dans le cadre d'un État somalien unique, à l'abri de toute ingérence ou de tout diktat extérieur.

Sécurité régionale

M. Mohamud a prévenu que si rien n'était fait, la reconnaissance pourrait créer un "dangereux précédent et compromettre la paix et la sécurité régionales et internationales".

Il a ajouté que cela pourrait encourager les mouvements séparatistes non seulement dans la Corne de l'Afrique, mais aussi dans toute l'Afrique et le monde arabe, citant les développements dans des pays tels que le Soudan et le Yémen comme preuve du coût élevé de la fragmentation de l'État.

"Il s'agit d'une artère maritime mondiale vitale et d'un élément essentiel de la sécurité nationale arabe", a-t-il déclaré en faisant référence à la mer Rouge.

"Toute tension politique ou sécuritaire le long de la côte somalienne affectera directement le commerce international et la sécurité énergétique.

Il a ajouté que l'instabilité aurait des répercussions sur les États riverains de la mer Rouge, en particulier l'Arabie saoudite, l'Égypte, le Soudan, l'Érythrée, le Yémen et la Jordanie. "Préserver l'unité de la Somalie est la pierre angulaire de la sécurité collective de la mer Rouge", a-t-il déclaré.

Point d'appui stratégique

M. Mohamud a affirmé que l'objectif d'Israël allait au-delà de la reconnaissance politique.

"Nous pensons que l'objectif va au-delà d'un geste politique", a-t-il déclaré à Asharq Al-Awsat. "Il comprend la recherche d'un point d'appui stratégique dans la Corne de l'Afrique, près de la mer Rouge, permettant d'exercer une influence sur le détroit de Bab al-Mandeb et menaçant la sécurité nationale des États riverains de la mer Rouge.

Il a décrit cette initiative comme un test de la détermination somalienne, arabe et africaine sur les questions de souveraineté et d'unité territoriale, soulignant que l'opposition de la Somalie à la sécession est une position nationale de principe et durable largement soutenue dans les mondes arabe et africain, "en premier lieu par l'Arabie saoudite".

Il a rejeté toute tentative visant à faire de la Somalie un champ de bataille pour les rivalités régionales ou internationales. "Nous ne permettrons pas que la Somalie devienne une arène pour le règlement de conflits qui ne servent pas les intérêts de notre peuple ou la sécurité de notre région", a-t-il déclaré.

Liens avec l'Arabie saoudite

En ce qui concerne les relations entre l'Arabie saoudite et la Somalie, M. Mohamud a décrit le partenariat comme étant "profondément enraciné et stratégique, enraciné dans une histoire et une religion partagées et dans une destinée commune". L'Arabie saoudite, a-t-il déclaré, "reste un partenaire central dans le soutien à la stabilité, à la reconstruction et au développement de la Somalie, ainsi qu'à la sécurité de la mer Rouge".

Il a exprimé son admiration pour la Vision 2030 de l'Arabie saoudite et les gains économiques et de développement réalisés sous la direction du Gardien des deux saintes mosquées, le roi Salman bin Abdulaziz, et du prince Mohammed bin Salman, prince héritier et Premier ministre.

Interrogé sur la récente décision du Cabinet saoudien rejetant toute tentative de diviser la Somalie, M. Mohamud a déclaré que le gouvernement fédéral l'avait reçue avec "beaucoup d'appréciation et de soulagement."

Selon lui, cette position prolonge le soutien historique du Royaume à l'unité territoriale et à la souveraineté de la Somalie, renforce la stabilité régionale et envoie un message important à la communauté internationale sur la nécessité de respecter la souveraineté des États et de s'abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures.


Le ministre saoudien des AE en Éthiopie pour discuter des développements régionaux

Le ministre saoudien des Affaires étrangères Faisal ben Farhane (AFP)
Le ministre saoudien des Affaires étrangères Faisal ben Farhane (AFP)
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  • Le prince Faisal rencontrera le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed Ali pour "discuter des développements dans la région et des efforts déployés pour parvenir à la paix et à la stabilité régionales"
  • Cette visite fait suite à l'accueil par l'Arabie saoudite du ministre éthiopien des affaires étrangères, Gedion Timothewos, pour des entretiens à Riyad au début du mois

RIYAD: Le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, est arrivé mercredi dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba pour une visite officielle, a indiqué le ministère.

Le prince Faisal rencontrera le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed Ali pour "discuter des développements dans la région et des efforts déployés pour parvenir à la paix et à la stabilité régionales", selon le communiqué publié sur X.

Cette visite fait suite à l'accueil par l'Arabie saoudite du ministre éthiopien des affaires étrangères, Gedion Timothewos, pour des entretiens à Riyad au début du mois.