Tunisie: Kais Saied, l'énigmatique président seul aux commandes

Personnage insondable et complexe, promoteur du référendum lundi sur une nouvelle Constitution qui va renforcer nettement son rôle à la tête de la Tunisie, le président Kais Saied exerce le pouvoir de manière de plus en plus solitaire depuis son coup de force il y a un an. (AFP)
Personnage insondable et complexe, promoteur du référendum lundi sur une nouvelle Constitution qui va renforcer nettement son rôle à la tête de la Tunisie, le président Kais Saied exerce le pouvoir de manière de plus en plus solitaire depuis son coup de force il y a un an. (AFP)
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Publié le Vendredi 22 juillet 2022

Tunisie: Kais Saied, l'énigmatique président seul aux commandes

  • Cet ancien professeur assistant de droit constitutionnel élu en 2019 sous le slogan «Le peuple veut» compte sur sa popularité encore solide pour faire passer le texte
  • La nouvelle Loi fondamentale accorde au président de larges pouvoirs, rétablissant un système ultra-présidentiel similaire aux règnes de Bourguiba (1957-1987) et Ben Ali (1987-2011), en affaiblissant le rôle du Parlement

TUNIS: Personnage insondable et complexe, promoteur du référendum lundi sur une nouvelle Constitution qui va renforcer nettement son rôle à la tête de la Tunisie, le président Kais Saied exerce le pouvoir de manière de plus en plus solitaire depuis son coup de force il y a un an.

Crâne dégarni, silhouette longiligne, cet ancien professeur assistant de droit constitutionnel élu en 2019 sous le slogan "Le peuple veut" compte sur sa popularité encore solide pour faire passer le texte.

Agé de 64 ans, M. Saied considère sa refonte de la Constitution comme le prolongement de la "correction de cap" engagée le 25 juillet 2021 quand, arguant de blocages politico-économiques, il a limogé son Premier ministre et gelé le Parlement (dissous en mars dernier).

La nouvelle Loi fondamentale accorde au président de larges pouvoirs, rétablissant un système ultra-présidentiel similaire aux règnes de Bourguiba (1957-1987) et Ben Ali (1987-2011), en affaiblissant le rôle du Parlement.

S'inspirant du général De Gaulle, du panarabisme des années 1960 d'un Nasser ou Kadhafi, du régime iranien ou encore de Sissi, Erdogan ou Poutine, son projet reste flou, selon des experts.

Président au rôle limité à la diplomatie et la défense, il a changé d'envergure il y a un an, devenant le seul détenteur des rênes du pays. Au fil des mois, son isolement s'est accru avec le départ de nombreux conseillers parmi lesquels sa cheffe de cabinet Nadia Akacha.

Décrit pendant la campagne de 2019 comme un homme affable, prenant des nouvelles de la famille du serveur de son café préféré, il a paru s'enfermer dans la tour d'ivoire du Palais présidentiel de Carthage.

L'anthropologue Youssef Seddik, qui l'a rencontré avant son élection, dit avoir été à l'époque "frappé par sa gentillesse et son sens de l'écoute" qui "contrastent aujourd'hui avec sa raideur, la rigidité de son discours en arabe classique" que beaucoup de Tunisiens ne maîtrisent pas.

Tunisie: une Constitution radicalement différente de celle de 2014

Les Tunisiens sont appelés à voter par référendum lundi sur une Constitution proposée par Kais Saïed, où le président jouira de vastes prérogatives sans devoir rendre de comptes, marquant une rupture avec le système parlementaire hybride instauré en 2014.

Voici les principaux points de la nouvelle loi fondamentale tunisienne (sous réserve d'une traduction officielle) qui a de grandes chances d'être adoptée:

1/Le texte instaure un régime ultra-présidentialiste alors que la Constitution de 2014 limitait volontairement le rôle du chef de l'Etat, pour éviter des régimes comme la dictature de Zine El Abidine Ben Ali et la dérive autocratique du héros de l'indépendance Habib Bourguiba.

  •  Le président nomme le chef de gouvernement et les ministres, et peut les révoquer unilatéralement. L'exécutif n'a pas à obtenir la confiance du Parlement qui, dans le texte de 2014, avait la responsabilité de la formation du gouvernement.
  • Le président peut proposer des textes législatifs au Parlement qui doit les examiner "en priorité".
  • Le Parlement est composé de deux chambres de même poids: l'Assemblée des représentants du peuple (ARP, déjà existante) aux membres élus au suffrage universel direct et un nouveau "Conseil des régions et districts" dont les membres sont élus par des conseillers locaux, donc au suffrage indirect.
  • Pour faire tomber le gouvernement, le Parlement peut voter une motion de censure mais à la majorité des deux tiers, ce qui est considéré comme très difficile. Si le Parlement vote une deuxième motion de censure pendant le mandat présidentiel de cinq ans, le président a le choix entre remanier le gouvernement ou dissoudre le Parlement.
  • La Constitution ne prévoit pas de procédure de destitution du président.
  • Le chef de l'Etat nomme les magistrats sur proposition du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), dont c'était auparavant la prérogative.

2/Deux articles en particulier ont provoqué une controverse: l'un sur la place de l'islam et l'autre sur les possibles restrictions aux libertés.

  • Article 5: "la Tunisie appartient à la communauté (oumma) islamique" et il "incombe à l'Etat seul d'oeuvrer à la réalisation des finalités de l'islam en matière de respect de la vie humaine, de la dignité, des biens, de la religion et de la liberté".Une nouvelle mouture corrigée par M. Saïed (datée du 8 juillet) ajoute la mention "dans un système démocratique" mais les défenseurs de la laïcité ont dénoncé une formule ambiguë. Certains ont demandé un retour à la formule vague mais consensuelle des Constitutions de 1959 et 2014 selon laquelle "la religion de la Tunisie est l'islam", complétée par un article garantissant la liberté de conscience et de culte, maintenu par M. Saïed.
  • L'article 55 stipule que "l'exercice des droits et des libertés peut être limité par une loi ou au nom de la défense nationale, de la sécurité publique, de la santé publique, de la protection des droits d'autrui ou de moeurs publiques". La version du 8 juillet ajoute, là encore, la nécessité d'inscrire de telles restrictions aux libertés et droits dans un "cadre démocratique" mais inquiète la société civile, qui juge insuffisantes les garanties données sur l'indépendance de la justice.

«Indécis»

Selon M. Seddik, le président a tendance à choisir des collaborateurs "dans l'empressement ou l'improvisation". Et quand ils le déçoivent ou trahissent, il laisse leur poste vacant ou nomme "une personnalité effacée et sans consistance".

"Comme tous les indécis, il tourne autour du pot avant de décider brutalement, sans jamais se raviser", même en cas d'erreur, analyse M. Seddik.

Il prend des accents patriotiques pour fustiger toute "ingérence étrangère" et n'hésite pas à tancer les institutions internationales ou les ONG quand elles déplorent l'élimination des contre-pouvoirs.

Dans ses discours au ton monocorde avec des pointes colériques, il se revendique du "peuple", surfant sur la rage des Tunisiens envers les partis politiques, en premier lieu la formation d'inspiration islamiste, Ennahdha, sa cible favorite qu'il ne nomme toutefois jamais.

Pour le politologue Hamadi Redissi, c'est "un populiste: beaucoup de jeunes, de marginaux, d'exclus sont de son côté".

Sa réputation d'"homme intègre" en a fait une "bouée de sauvetage" face à la corruption généralisée depuis la Révolution de 2011, à la détérioration du pouvoir d'achat et à la montée du chômage.

Conservateur sur les moeurs (notamment l'homosexualité), il se veut révolutionnaire en politique et défend une "démocratie de la base", censée aider au développement des zones reculées du pays.

Kais Saied s'est fait connaître à partir de 2011 quand il est apparu dans des émissions TV et s'est adressé à la foule devant la Casbah, siège du gouvernement, pour décrypter les fondamentaux du droit constitutionnel.

Il a d'ailleurs enseigné cette matière jusqu'à sa retraite en 2018. Mais son élection triomphale l'année suivante a surpris alors qu'il faisait figure d'outsider.

Aujourd'hui, son étoile a pâli en raison de la crise économique. Même si en face, ses opposants mobilisent au maximum quelques dizaines de milliers de personnes.

Il gouverne avec une équipe restreinte de conseillers méconnus.

Le chef de l'Etat n'a pas de compte sur les réseaux sociaux mais est soutenu par une vingtaine de sites ou pages internet où ses partisans "aiment" tous ses faits et gestes comme un gourou.

Il n'a donné aucune véritable interview depuis un an. La communication de la présidence se limite à diffuser des vidéos où, en strict costume-cravate, il est le seul à s'exprimer.

Issu de la classe moyenne, M. Saied est marié à la magistrate Ichraf Chbil et père de deux filles et d'un garçon.

Il aime la musique arabe classique et la calligraphie et rédige les décrets et messages importants à l'encre et la plume.


Les ambassades américaines au Moyen-Orient ferment alors que la guerre avec l’Iran s’intensifie

Des ambassades américaines ont été fermées à travers le Golfe. (AFP)
Des ambassades américaines ont été fermées à travers le Golfe. (AFP)
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  • Des alertes de sécurité ont été émises à l’attention des citoyens américains, leur conseillant de quitter les lieux lorsque cela est possible

Alors que le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran s’intensifie, les ambassades américaines à travers le Moyen-Orient sont passées en mode d’urgence, multipliant les alertes de sécurité, suspendant leurs services et appelant les ressortissants américains à prendre des précautions immédiates.

En Arabie saoudite, l’Ambassade des États-Unis à Riyad a fermé ses portes après que des drones iraniens ont frappé le complexe, provoquant des dégâts mineurs et un petit incendie. La mission a annulé tous les rendez-vous consulaires, qu’ils soient de routine ou d’urgence, et conseillé aux Américains à Riyad, Djeddah et Dhahran de rester confinés chez eux. Il leur a également été demandé d’éviter les abords de l’ambassade jusqu’à nouvel ordre.

Au Koweït, l’Ambassade des États-Unis à Koweït City a demandé à son personnel ainsi qu’aux citoyens américains présents dans le pays de rester à l’intérieur face à la menace persistante de missiles et de drones. L’ambassade a averti la population de ne pas s’approcher du complexe, de rester loin des fenêtres et de suivre les alertes officielles.

L’Ambassade des États-Unis à Bahreïn a également suspendu ses opérations normales. Les avis de sécurité invitent les personnes à se mettre à l’abri à l’intérieur et à faire preuve de vigilance, avertissant que des zones civiles pourraient être exposées au risque à mesure que les tensions régionales s’aggravent.

Au Qatar, qui abrite la grande base militaire américaine d’Al Udeid, l’Ambassade des États-Unis au Qatar a diffusé des consignes similaires, demandant aux Américains de rester confinés et de se préparer à d’éventuelles perturbations. L’alerte insiste sur la nécessité de demeurer dans des lieux sécurisés et de disposer de provisions essentielles.

En Jordanie, l’Ambassade des États-Unis en Jordanie a averti que des missiles, roquettes ou drones pourraient pénétrer l’espace aérien jordanien à mesure que le conflit évolue. Les citoyens américains ont été encouragés à rester vigilants et prêts à se mettre à l’abri en cas de sirènes ou d’alertes officielles.

En Israël, où les hostilités sont directement liées à la confrontation plus large avec l’Iran, l’Ambassade des États-Unis en Israël a recommandé aux Américains de revoir leurs plans de sécurité personnels. Elle a indiqué que sa capacité à faciliter les départs pourrait être limitée dans les conditions actuelles et a exhorté les citoyens à suivre attentivement les directives officielles.

Au-delà des alertes nationales, le Département d’État des États-Unis a élargi ses avis régionaux, appelant les Américains présents dans plusieurs pays du Moyen-Orient à envisager un départ en raison de la dégradation de la situation sécuritaire. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L'armée israélienne émet un nouvel ordre d'évacuation pour des dizaines de localités au Liban

Un immeuble endommagé est visible après une frappe aérienne israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, à Haret Hreik, au Liban. (AFP)
Un immeuble endommagé est visible après une frappe aérienne israélienne dans la banlieue sud de Beyrouth, à Haret Hreik, au Liban. (AFP)
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  • L’armée israélienne a ordonné l’évacuation immédiate d’une cinquantaine de localités au Liban, invoquant des opérations contre le Hezbollah
  • Deux secteurs de la banlieue sud de Beyrouth, Ghobeiry et Haret Hreik, sont également visés par un avertissement en raison de cibles liées au Hezbollah

JERUSALEM: L'armée israélienne a émis tôt mardi un nouvel ordre d'évacuation pour des dizaines de localités du Liban, dont deux lieux de la banlieue sud de Beyrouth, en raison d'opérations contre le mouvement Hezbollah.

"Les activités du Hezbollah contraignent l'IDF (l'armée israélienne) à agir avec force contre lui (...) Pour votre sécurité, vous devez évacuer immédiatement vos logements", a écrit Avichay Adraee, porte-parole de l'armée pour le public arabophone, sur X, listant une cinquantaine de villages.

Dans la banlieue sud de Beyrouth, deux zones font également l'objet d'un avertissement, Ghobeiry et Haret Hreik, selon la même source. "Vous vous situez près d'installations et d'intérêts du Hezbollah, contre lesquels l'IDF va agir dans un avenir proche", a prévenu le porte-parole.

Le gouvernement libanais a pris lundi la décision sans précédent d’interdire les activités militaires et sécuritaires du Hezbollah, provoquant la colère du mouvement soutenu par l’Iran.

Le Hezbollah est représenté au sein du gouvernement et du Parlement, et cette mesure est intervenue quelques heures après qu’il a annoncé avoir lancé des roquettes et des drones vers Israël tôt lundi, en représailles à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei lors de frappes américano-israéliennes.

Israël a bombardé lundi la banlieue sud de Beyrouth ainsi que des dizaines de villages du sud du Liban en riposte, promettant de faire payer au mouvement un « lourd tribut ».

Le ministère libanais de la Santé a indiqué que les frappes ont fait au moins 31 morts et au moins 149 blessés.


L’ambassade des États-Unis à Riyad visée par des drones : ministère saoudien de la Défense

Vue générale de l’ambassade des États-Unis à Riyad. (Photo d’archive AFP)
Vue générale de l’ambassade des États-Unis à Riyad. (Photo d’archive AFP)
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  • L’ambassade a émis un avis de confinement (« shelter in place ») pour Djeddah, Riyad et Dammam

RIYAD : L’ambassade des États-Unis à Riyad a été prise pour cible par des drones, provoquant un incendie limité et des dégâts mineurs au bâtiment, a indiqué le ministère saoudien de la Défense.

L’ambassade des États-Unis à Riyad était vide au moment de l’attaque et aucune blessure n’a été signalée à ce stade.

L’ambassade a émis un avis demandant aux ressortissants de rester confinés à Djeddah, Riyad et Dammam.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com