Ce que nous enseigne déjà la crise dans le détroit de Taïwan

La Chine envoie régulièrement des navires de guerre ou des avions de l'autre côté de la ligne médiane du détroit de Taïwan, la frontière officieuse entre les deux voisins, pendant les périodes de tension. (Photo, AFP)
La Chine envoie régulièrement des navires de guerre ou des avions de l'autre côté de la ligne médiane du détroit de Taïwan, la frontière officieuse entre les deux voisins, pendant les périodes de tension. (Photo, AFP)
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Publié le Dimanche 07 août 2022

Ce que nous enseigne déjà la crise dans le détroit de Taïwan

La Chine envoie régulièrement des navires de guerre ou des avions de l'autre côté de la ligne médiane du détroit de Taïwan, la frontière officieuse entre les deux voisins, pendant les périodes de tension. (Photo, AFP)
  • Pékin a imposé des sanctions économiques et multiplié les efforts pour isoler Taipei du reste du monde, des initiatives qui vont chambouler définitivement le statu quo dans le détroit de Taïwan, avertissent les experts
  • Les capacités militaires de Pékin sont encore inférieures à celles de Washington. Mais l'objectif est de disposer, d'ici 2027, des moyens nécessaires pour vaincre toute résistance à une invasion de Taïwan, selon le Pentagone

PÉKIN: Les grandes manoeuvres chinoises autour de Taïwan, au cours desquelles des navires de guerre ont encerclé l'île, ont offert un avant-goût sans précédent de ce que serait une vraie campagne militaire de Pékin contre son voisin. 

Pékin a également imposé des sanctions économiques et multiplié les efforts pour isoler Taipei du reste du monde, des initiatives qui vont chambouler définitivement le statu quo dans le détroit de Taïwan, avertissent les experts. 

Voici les leçons à retenir des plus grands exercices militaires jamais organisés par la Chine autour de Taïwan, en représailles à la visite dans l'île de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis Nancy Pelosi. 

Un blocus est-il possible ? 

Pour la première fois, l'armée chinoise a mené des exercices sur le flanc est de Taïwan, une zone hautement stratégique pour l'approvisionnement de l'île, et par laquelle arriveraient d'éventuels renforts américains. 

Le signal est clair: Pékin peut désormais empêcher toute entrée ou sortie de l'île de navires et d'avions civils ou militaires. 

Depuis longtemps, les analystes prédisent une telle stratégie de la part de la Chine en cas de guerre pour conquérir Taïwan. 

« Cette crise montre que Pékin est capable de répéter - et d'intensifier - des actions similaires à volonté », explique Christopher Twomey, spécialiste de la sécurité à l'Ecole navale de Californie. 

« Mais maintenir (un blocus) serait très coûteux, tant pour la réputation de la Chine que pour les finances de son armée », nuance-t-il. 

Les difficultés économiques actuelles de la Chine rendent peu probable qu'elle prenne le risque à court terme d'une perturbation majeure dans le détroit de Taïwan, une des voies navigables les plus fréquentées au monde. 

L'armée chinoise est-elle prête ? 

La Chine a rapidement augmenté et modernisé ses forces aériennes, spatiales et maritimes dans le but de projeter sa puissance à l'échelle mondiale et de réduire l'écart avec l'armée américaine. 

Les capacités militaires de Pékin sont encore inférieures à celles de Washington. Mais l'objectif est de disposer, d'ici 2027, des moyens nécessaires pour vaincre toute résistance à une invasion de Taïwan, selon le Pentagone. 

Selon Collin Koh, expert en affaires navales à la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour, ces exercices ont révélé le chemin parcouru par l'armée chinoise depuis la dernière crise du détroit de Taïwan en 1995-1996. 

« Le moins que l'on puisse dire, c'est que les forces qu'ils ont déployées sur le terrain, et le fait qu'ils aient pu réussir un exercice de cette envergure, prouvent qu'ils sont beaucoup plus capables qu'ils ne l'étaient dans les années 1990 », explique M. Koh. 

Quel changement dans les relations Chine-Taïwan ? 

Les 23 millions d'habitants de Taïwan vivent depuis longtemps sous la menace d'une invasion chinoise. Mais cette menace est devenue beaucoup plus réelle sous Xi Jinping, le plus puissant dirigeant chinois en une génération. 

La Chine boycotte désormais les fruits et les poissons en provenance de Taïwan, dans le but de nuire à l'économie de l'île. Selon les analystes, cette mesure vise à éroder le soutien électoral au gouvernement pro-indépendance taïwanais. 

Pékin a sanctionné des entreprises qui soutenaient l'agence d'aide au développement du gouvernement taïwanais, afin de saper ce que l'on a appelé la « diplomatie du carnet de chèques » de Taïwan envers ses alliés. 

Mais selon les analystes, la Chine maintiendra ses actions militaires et économiques en-deçà du seuil de la guerre, afin d'éviter une confrontation directe avec les Etats-Unis. 

« Des tensions prolongées sont peu probables », affirme Bonnie Glaser, directrice du programme Asie du groupe de réflexion américain German Marshall Fund. « Mais il est certain qu'une crise majeure affecterait le transport maritime, les taux des assurances, les routes commerciales et les chaînes d'approvisionnement » mondiales. 

Une nouvelle norme pour Taïwan ? 

Taïwan devra peut-être s'habituer à ce que la Chine organise des exercices militaires similaires à l'avenir, avertit M. Koh. 

« Les exercices à proximité de l'île principale de Taïwan vont devenir la norme », prédit-il. 

« Le fait que l'Armée populaire de libération ait mené de telles manoeuvres a créé un précédent », ajoute cet analyste. Il dit même s'attendre »à ce que la barre soit placée encore plus haut à l'avenir, en échelle et en intensité ». 

La Chine envoie régulièrement des navires de guerre ou des avions de l'autre côté de la ligne médiane du détroit de Taïwan, la frontière officieuse entre les deux voisins, pendant les périodes de tension. 

Mais la visite de Mme Pelosi a donné à Pékin « l'excuse ou la justification pour dire qu'à l'avenir, elle pourra légitimement effectuer des exercices à l'est de la ligne médiane sans avoir à en rendre compte », pronostique M. Koh. 

Washington et Pékin se sont-ils mutuellement acculés ? 

La Chine a suspendu sa coopération avec les Etats-Unis dans des domaines-clé, dont le changement climatique et la défense. Washington a jugé cette initiative « irresponsable ». 

Pékin a également annoncé des sanctions contre Mme Pelosi, le troisième personnage de l'Etat américain. 

« C'est un moment dans les relations entre les Etats-Unis et la Chine où nous sommes vraiment descendus très bas », a estimé Mme Glaser lors d'une discussion organisée par le Centre d'études stratégiques et internationales. 

« J'espère que nos deux gouvernements trouveront un moyen d'avancer pour parler de leurs (...) lignes rouges, de leurs préoccupations et pour empêcher que la spirale destructrice se poursuive dans la région », a-t-elle ajouté. 

 


Iran: Trump maintient que le cessez-le-feu est en vigueur malgré des échanges de frappes

Ces tirs échangés fragilisent la trêve en place depuis le 8 avril, soit près d'un mois, au moment où Washington attend toujours une réponse de Téhéran à sa dernière proposition pour mettre fin durablement à la guerre. (AFP)
Ces tirs échangés fragilisent la trêve en place depuis le 8 avril, soit près d'un mois, au moment où Washington attend toujours une réponse de Téhéran à sa dernière proposition pour mettre fin durablement à la guerre. (AFP)
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  • Les Etats-Unis ont dit avoir "ciblé des installations militaires iraniennes" jeudi après que plusieurs de leurs navires ont été attaqués dans le détroit d'Ormuz
  • "Ils ont joué avec nous aujourd'hui. Nous les avons balayés. Ils ont joué. J'appelle ça une broutille", a déclaré le président américain à des journalistes, ajoutant que, selon lui le cessez-le-feu était toujours en vigueur

WASHINGTON: Donald Trump a maintenu jeudi que le cessez-le-feu tenait toujours, alors que Téhéran accuse Washington de l'avoir violé et que les hostilités reprennent dans le Golfe.

Les Etats-Unis ont dit avoir "ciblé des installations militaires iraniennes" jeudi après que plusieurs de leurs navires ont été attaqués dans le détroit d'Ormuz.

"Ils ont joué avec nous aujourd'hui. Nous les avons balayés. Ils ont joué. J'appelle ça une broutille", a déclaré le président américain à des journalistes, ajoutant que, selon lui le cessez-le-feu était toujours en vigueur.

Ces tirs échangés fragilisent la trêve en place depuis le 8 avril, soit près d'un mois, au moment où Washington attend toujours une réponse de Téhéran à sa dernière proposition pour mettre fin durablement à la guerre.

Et vendredi matin, la défense aérienne des Emirats arabes unis est en action face à des drones et missiles tirés, selon leur ministère de la Défense, depuis l'Iran.

Téhéran n'a pas réagi dans l'immédiat à cette information. Il avait démenti "catégoriquement" plus tôt cette semaine tout rôle dans des attaques ces derniers jours rapportées par le pays du Golfe.

Donald Trump a appelé l'Iran à signer un accord "RAPIDEMENT" dans un message posté sur sa plateforme Truth Social, sous peine d'être frappé "bien plus violemment à l'avenir".

"Les forces américaines ont intercepté des attaques iraniennes non provoquées et riposté avec des frappes défensives" après que trois de leurs destroyers lance-missiles ont été attaqués en traversant le détroit d'Ormuz vers le golfe d'Oman par des "missiles, drones et petits bateaux" iraniens, a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient sur X.

Elles ont "neutralisé les menaces et ciblé les installations militaires iraniennes responsables des attaques contre les forces américaines, dont des sites de lancement de missiles et de drones, des centres de commandement et de contrôle, et des bases de renseignement, de surveillance et de reconnaissance", a-t-il ajouté.

"Aucun navire américain n'a été touché", a précisé l'armée américaine.

"Cessez-le-feu durable" 

Le commandement militaire iranien a accusé Washington d'avoir violé le cessez-le-feu en prenant pour "cible un pétrolier iranien quittant les côtes iraniennes, ainsi qu'un autre bateau", dans un communiqué cité par la télévision d'Etat.

Il a ajouté avoir "immédiatement riposté en attaquant des navires militaires américains, leur infligeant des dommages importants".

La télévision iranienne avait rapporté un peu plus tôt des explosions entendues dans un port de l'île de Qeshm, située dans le détroit d'Ormuz.

Téhéran verrouille ce passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures depuis le début de la guerre le 28 février, qui a fait des milliers de morts, surtout en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

"Je crois fermement que ce cessez-le-feu deviendra un cessez-le-feu durable", a déclaré jeudi dans un discours télévisé le Premier ministre du Pakistan, Shehbaz Sharif, dont le pays œuvre comme médiateur et est "resté en contact permanent avec l'Iran et les Etats-Unis, jour et nuit".

En l'absence de percée dans les tractations, les cours du pétrole ont modérément baissé jeudi et remontent légèrement vendredi matin. Le baril de Brent, la référence mondiale, s'échangeait au-dessus de 101 dollars vers 03H20 GMT.

Donald Trump avait jugé mercredi "très possible" un accord de paix avec la République islamique en évoquant de "très bonnes discussions dans les dernières 24 heures", même s'il avait de nouveau agité en parallèle la menace d'une reprise des bombardements.

Négociations 

Mardi, le président américain avait annoncé, compte tenu des "grands progrès accomplis en vue d'un accord", la suspension de l'opération américaine lancée seulement la veille pour permettre à des centaines de bateaux coincés dans le Golfe de franchir le détroit d'Ormuz.

Si l'Iran a estimé que les Etats-Unis cherchaient à forcer sa "reddition", il s'est gardé de claquer la porte, le porte-parole de sa diplomatie, Esmaïl Baghaï, affirmant mercredi que son pays "examinait toujours le plan et la proposition américaine" et "communiquera(it) sa position à la partie pakistanaise, une fois arrêtée".

Jusque-là, la seule session de négociations, qui s'est tenue il y a bientôt un mois à Islamabad, n'a pas abouti.

Dans le stratégique détroit d'Ormuz, quelque 1.500 navires et environ 20.000 membres d'équipage restent "piégés", selon le secrétaire général de l'Organisation maritime internationale (OMI), une agence de l'ONU.

Washington maintient de son côté son blocus des ports iraniens lancé le 13 avril.

Rencontre Israël-Liban 

Sur le front libanais du conflit, de nouvelles discussions entre Israël et le Liban vont se tenir à Washington les 14 et 15 mai, en dépit d'un cessez-le-feu fragilisé par la poursuite des hostilités entre le Hezbollah et l'armée israélienne, a indiqué jeudi la diplomatie américaine.

Deux premières séances de négociations directes dans la capitale américaine entre ambassadeurs israélien et libanais avaient eu lieu les 14 et 23 avril.

Les deux pays sont officiellement en état de guerre depuis 1948 et les sessions d'avril étaient les premières du genre en 33 ans.

Le président libanais, Joseph Aoun, a affirmé lundi qu'un accord de sécurité avec Israël et la "fin des agressions israéliennes" devaient précéder toute rencontre éventuelle avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Malgré la trêve, des combats se poursuivent au Liban. Des frappes israéliennes ont fait au moins 12 morts, dont deux enfants, jeudi dans le sud du pays, selon le ministère de la Santé.

Le mouvement pro-iranien Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en soutien à Téhéran, revendique lui des attaques contre les forces israéliennes qui occupent des zones du sud du pays.


Arrivée en Australie de proches de jihadistes du groupe EI en Syrie

Selon un média australien présent à bord de l'avion, le vol de Doha transportait trois femmes et huit enfants de jihadistes ayant passé plusieurs années dans un camp en Syrie. (AFP)
Selon un média australien présent à bord de l'avion, le vol de Doha transportait trois femmes et huit enfants de jihadistes ayant passé plusieurs années dans un camp en Syrie. (AFP)
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  • Selon un média australien présent à bord de l'avion, le vol de Doha transportait trois femmes et huit enfants de jihadistes ayant passé plusieurs années dans un camp en Syrie
  • Un autre avion de Qatar Airways, provenant également de Doha, avec à son bord une femme du même camp et son fils, a atterri quelques minutes plus tard à Sydney, a indiqué la chaîne australienne ABC

MELBOURNE: Un avion de Qatar Airways transportant des ressortissants australiens, des femmes et des enfants liés à des jihadistes présumés du groupe Etat islamique (EI) en Syrie, est arrivé jeudi à Melbourne, a constaté un journaliste de l'AFP à l'aéroport.

Selon un média australien présent à bord de l'avion, le vol de Doha transportait trois femmes et huit enfants de jihadistes ayant passé plusieurs années dans un camp en Syrie.

Un autre avion de Qatar Airways, provenant également de Doha, avec à son bord une femme du même camp et son fils, a atterri quelques minutes plus tard à Sydney, a indiqué la chaîne australienne ABC.

 


L'armée américaine dit avoir «neutralisé» un pétrolier ayant tenté de forcer le blocus des ports iraniens

Un F/A-18 Super Hornet américain, décollé de l'USS Abraham Lincoln, a endommagé le gouvernail d'un navire battant pavillon iranien dans le golfe d'Oman. (US Navy/AFP)
Un F/A-18 Super Hornet américain, décollé de l'USS Abraham Lincoln, a endommagé le gouvernail d'un navire battant pavillon iranien dans le golfe d'Oman. (US Navy/AFP)
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  • Il s'agit de la deuxième fois que les Etats-Unis interviennent pour neutraliser un navire iranien ne se pliant pas au blocus qu'ils ont mis en place le 13 avril, après qu'un premier round de négociations avec Téhéran n'a pas abouti
  • Le 19 avril, les forces américaines, depuis un destroyer cette fois, avaient ciblé la salle des machines du Touska après avoir ordonné à l'équipage de l'évacuer, neutralisant ainsi le bateau

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé mercredi avoir tiré sur un pétrolier battant pavillon iranien ayant tenté de forcer le blocus des ports iraniens imposé par Washington pour en "neutraliser le gouvernail".

"Les forces américaines opérant dans le Golfe ont fait respecter les mesures de blocus en neutralisant un pétrolier battant pavillon iranien sans cargaison qui tentait de naviguer vers un port iranien mercredi, à 9H00 heure de Washington", écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

"Après que l'équipage du Hasna n'a pas obtempéré aux avertissements répétés, les forces américaines ont neutralisé le gouvernail du pétrolier en tirant plusieurs salves" depuis un avion lancé depuis le porte-avions Abraham Lincoln, déployé dans la région, a-t-il ajouté, précisant que "le Hasna ne fait plus route vers l'Iran".

Il s'agit de la deuxième fois que les Etats-Unis interviennent pour neutraliser un navire iranien ne se pliant pas au blocus qu'ils ont mis en place le 13 avril, après qu'un premier round de négociations avec Téhéran n'a pas abouti.

Le 19 avril, les forces américaines, depuis un destroyer cette fois, avaient ciblé la salle des machines du Touska après avoir ordonné à l'équipage de l'évacuer, neutralisant ainsi le bateau.

Si le blocus des ports iraniens se poursuit, Donald Trump a annoncé mardi la suspension de l'opération américaine "Projet Liberté", lancée juste 48 heures plus tôt pour permettre à des centaines de navires coincés dans le Golfe de franchir le détroit d'Ormuz, "compte tenu des grands progrès accomplis en vue d'un accord complet et définitif avec les dirigeants iraniens".

Mais le président américain a augmenté la pression sur l'Iran mercredi en menaçant de bombarder le pays avec une "intensité bien plus forte qu'avant" si ses dirigeants ne concluaient pas d'accord avec Washington.