Pénurie d'essence en France: grève reconduite chez TotalEnergies malgré un compromis

Les codélégués généraux de l'Union syndicale Solidaires Murielle Guilbert (à gauche) et Simon Duteil (à droite) assistent à une conférence de presse après une réunion syndicale au siège de la CGT à Montreuil, à l'est de Paris, le 13 octobre 2022. (Photo par Stephane De Sakutin / AFP)
Les codélégués généraux de l'Union syndicale Solidaires Murielle Guilbert (à gauche) et Simon Duteil (à droite) assistent à une conférence de presse après une réunion syndicale au siège de la CGT à Montreuil, à l'est de Paris, le 13 octobre 2022. (Photo par Stephane De Sakutin / AFP)
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Publié le Vendredi 14 octobre 2022

Pénurie d'essence en France: grève reconduite chez TotalEnergies malgré un compromis

  • La CGT réclame une hausse de 10%, correspondant à «l'inflation plus le partage des richesses, puisque Total se porte bien et que les actionnaires ont été servis depuis longtemps», a rappelé vendredi son numéro un, Philippe Martinez
  • Un compromis semblait près d'être scellé vendredi entre la CFDT et la CFE-CGC, qui se sont déclarées favorables à la dernière proposition de la direction d'une augmentation, selon eux, de 7% dès novembre et de 3.000 à 6.000 euros de primes

PARIS : Le bras de fer continue: les salariés grévistes de TotalEnergies ont voté vendredi la poursuite de la grève après un projet d'accord sur des hausses de salaires rejeté par la CGT, le syndicat à l'origine du mouvement social qui a provoqué une rare pénurie d'essence en France.

La grève se poursuit dans les cinq sites de TotalEnergies, notamment au dépôt des Flandres (nord), seul site du groupe où des salariés ont été réquisitionnés pour assurer les expéditions de carburant.

En revanche, la grève a été levée tôt vendredi à la raffinerie Esso-ExxonMobil de Gravenchon, en Normandie (nord-ouest), comme dans celle de Fos-sur-Mer (sud) la veille. Ce sont les deux seules raffineries du groupe en France.

A l'issue de négociations nocturnes conviées pour la première fois depuis le début de la grève le 27 septembre par TotalEnergies, un compromis semblait près d'être scellé vendredi entre la CFDT et la CFE-CGC, syndicats majoritaires au sein du groupe, qui se sont déclarées favorables à la dernière proposition de la direction d'une augmentation, selon eux, de 7% dès novembre et de 3.000 à 6.000 euros de primes.

La CGT réclame une hausse de 10%, correspondant à «l'inflation plus le partage des richesses, puisque Total se porte bien et que les actionnaires ont été servis depuis longtemps», a rappelé vendredi son numéro un, Philippe Martinez.

- Réquisition confirmée -

Chaque syndicat consultait ses adhérents pour décider de signer, ou non, l'offre, avant vendredi midi.

Sans la CGT, qui elle, a claqué la porte des négociations, en dénonçant par avance l'accord des deux autres syndicats.

Ces négociations se sont ouvertes après les réquisitions gouvernementales de salariés dans la raffinerie Esso-ExxonMobil de Gravenchon et au dépôt de Flandres de TotalEnergies, pour rouvrir les vannes.

Vendredi matin, la justice a rejeté le recours de la CGT contre la réquisition chez Esso-ExxonMobil, la jugeant «nécessaire» .

Le gouvernement avait fait fortement pression pour que ces négociations commencent, et Emmanuel Macron a assuré que le retour à la normale interviendrait «dans le courant de la semaine qui vient».

Une analyse que partagent des experts du secteur du raffinage, pour qui le retour au calme dans les stations-service est une histoire de «vraiment un ou deux jours», selon Olivier Gantois, président de l'Ufip Énergies et Mobilités, porte-parole des pétroliers.

Mais l'accord, s'il était signé vendredi, «ne changera rien à l'état d'esprit et à la détermination des grévistes», a prévenu Alexis Antonioli, secrétaire général CGT de la plateforme TotalEnergies Normandie, espérant désormais «la généralisation du mouvement».

Au risque d'aviver le mécontentement dans la population: seuls une minorité de Français (37%) soutient le conflit social, selon un sondage BVA vendredi.

Des appels à la «grève générale» ont déjà été lancé. Mardi prochain sera une grande journée de grève nationale en France, des transports aux fonctionnaires, à l'appel de quatre grands syndicats et d'organisations de jeunesse. Elle touchera en particulier les entreprises ferroviaire SNCF et de transports publics parisiens RATP.

- Grossistes à la peine -

Depuis la semaine passée, les nerfs des automobilistes français sont mis à rude épreuve par la pénurie de carburant, qui fait perdre un temps considérable aux professionnels dépendant de leur véhicule: transporteurs routiers, artisans, ambulanciers.

«Depuis quatre-cinq jours, c'est la catastrophe», s'exclame Françoise Ernst, monitrice d'auto-école à Paris. «On ne peut plus travailler».

«C'est un vrai problème, pas que pour les chefs d'entreprise, pour tout le monde», témoigne Enzo Rougès, chef d'entreprise dans l'automobile, à une station BP de Paris prise d'assaut.

La confédération des grossistes de France (CGF) a prévenu que les livraisons aux clients vont être «sévèrement et généralement compromises» dès vendredi, faute de carburant.

D'après le ministère de la Transition énergétique, 30% des stations-service étaient bloquées en France jeudi, et plus encore dans le nord du pays.

Pour le gouvernement, «la crise se résoudra par le dialogue et la fermeté».

«Nous croyons au dialogue social et nous croyons à la capacité des entreprises à trouver des solutions pour faire face à ces revendications parfois légitimes des salariés face à l'augmentation du coût de la vie et, en même temps, fermeté, parce qu'on ne peut pas bloquer le pays», a déclaré le ministre des Relations avec le Parlement, Franck Riester.

Réquisitions chez Esso-ExxonMobil: rejet du recours en référé de la CGT

ROUEN : Le tribunal administratif de Rouen a rejeté vendredi matin le recours en référé de la CGT pour contester les arrêtés préfectoraux de réquisitions de personnels grévistes du dépôt de la raffinerie Esso-ExxonMobil de Port-Jérôme-Gravenchon (Seine-Maritime), a-t-on appris de source judiciaire.

Dans son jugement que l'AFP a pu consulter, le tribunal administratif estime notamment que «le recours à des mesures de réquisitions individuelles d’agents qualifiés présente un caractère nécessaire pour prévenir les risques d’atteinte à l’ordre public eu égard à la durée des défaillances d’approvisionnement causées par la grève».

Le site normand d'Esso-ExxonMobil, où il n'y avait «pas de grévistes» vendredi matin selon les syndicats CGT et FO, avait été le premier à être visé par des réquisitions de personnels du dépôt afin de permettre la livraison de carburants.

«Il va, de toute manière, y avoir une procédure par la suite sur le fond», a réagi auprès de l'AFP l'avocat de la CGT, Me Emmanuel Gayat, qui a précisé qu'étant donné la «reprise du travail, (il) ne peut pas aller devant le Conseil d’Etat».

«La CGT ne se satisfait pas de cette décision de référé. Avec les organisations Solidaires, FSU et FO, nous continuons notre lutte pour la défense du droit de grève, pour l’augmentation générale des salaires, des pensions et des minimas sociaux. Nous serons massivement en grève et dans la rue le 18 octobre prochain», a réagi dans un communiqué Gérald Le Corre, membre de la commission exécutive de l'Union départementale CGT 76.

Vendredi matin, sur le piquet de grève de Port-Jérôme-Gravenchon, où ne restaient que quelques palettes fumantes et des drapeaux siglés CGT et FO plantés sur le parking en face de la raffinerie, personne n'était présent pour réagir à cette décision, a constaté un journaliste de l'AFP.

Le deuxième site français d'Esso-ExxonMobil à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) avait quant à lui levé la grève jeudi.

Chez Esso-ExxonMobil, un accord avait été trouvé mardi entre la direction et deux syndicats majoritaires, dont la CFDT, mais pas avec la CGT, qui avait alors décidé de maintenir l'appel à la grève sur les deux sites.


France: le budget en voie d'adoption définitive après des mois de blocage

Après des mois de blocage politique, le budget de l'Etat français pour 2026 devrait être adopté définitivement lundi, après le rejet de dernières motions de censure contre le gouvernement qui tente de tourner cette page douloureuse. (AFP)
Après des mois de blocage politique, le budget de l'Etat français pour 2026 devrait être adopté définitivement lundi, après le rejet de dernières motions de censure contre le gouvernement qui tente de tourner cette page douloureuse. (AFP)
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  • Il aura fallu quatre mois de débats houleux au sixième exécutif en place depuis la réélection du président Emmanuel Macron, en 2022, pour doter la France d'un budget
  • Pour y parvenir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dû accepter d'importantes concessions en direction de la gauche

PARIS: Après des mois de blocage politique, le budget de l'Etat français pour 2026 devrait être adopté définitivement lundi, après le rejet de dernières motions de censure contre le gouvernement qui tente de tourner cette page douloureuse.

Il aura fallu quatre mois de débats houleux au sixième exécutif en place depuis la réélection du président Emmanuel Macron, en 2022, pour doter la France d'un budget, sous l'oeil des marchés financiers inquiets de l'ampleur des déficits.

Pour y parvenir, le Premier ministre Sébastien Lecornu a dû accepter d'importantes concessions en direction de la gauche, menacer de convoquer de nouvelles législatives anticipées et finalement renier sa promesse de ne pas passer en force en engageant la responsabilité du gouvernement.

"Il faut savoir terminer une crise politique", avait justifié il y a dix jours M. Lecornu, qui sera présent à l'Assemblée nationale lundi en fin d'après-midi pour l'examen de deux nouvelles motions de censure censées clôturer cet épisode.

Le rejet probable de ces deux textes, l'un déposé par l'extrême-droite et l'autre par une partie de la gauche, vaudra adoption définitive du budget.

Dans un Parlement fracturé depuis la dissolution de 2024, les députés ne sont jamais parvenus à s'accorder sur ce sujet marqueur d'opposition ou de soutien au gouvernement et qui a déjà provoqué la chute des prédécesseurs de M. Lecornu.

Pour éviter de subir le même sort, ce dernier, un proche de M. Macron venu de la droite et nommé en septembre, a largement négocié avec les socialistes pour obtenir un compromis.

Après avoir dès l'automne suspendu la réforme des retraites pourtant essentielle pour le président, le Premier ministre a accepté des hausses de taxes pour les entreprises, des aides en faveur des travailleurs modestes et des étudiants ou encore des mesures pour le logement.

Si certaines dépenses ont été réduites, les crédits de la Défense, priorité érigée par Emmanuel Macron dans le contexte de l'invasion russe de l'Ukraine, vont augmenter de 6,5 milliards d'euros.

Le coordinateur du parti de gauche radicale France insoumise Manuel Bompard a qualifié le budget "obtenu" par les socialistes d'"embrouille", tandis qu'à l'extrême-droite, Marine Le Pen a accusé Sébastien Lecornu d'avoir "sorti le carnet de chèques des Français" pour "acheter le PS": "l'aggravation du déficit (...) va être la conséquence".

"Ajustement" 

Du côté de la coalition présidentielle, les choix budgétaires de M. Lecornu laissent un goût amer, alors que plusieurs de ses soutiens de la droite et du centre craignent que la promesse d'un déficit à 5% du PIB -le plus lourd de la zone euro- ne puisse pas être tenue.

Les entreprises montent aussi au front, déplorant dans La Tribune dimanche une pression fiscale trop importante et un épisode budgétaire "calamiteux" qui "aura fissuré la confiance" avec le monde politique.

Après cette séquence qui l'aura monopolisé pendant quatre mois, le Premier ministre souhaite passer à autre chose.

Bien que sa marge de manoeuvre soit réduite par l'absence de majorité, il veut se concentrer sur des projets "réalistes", réfutant tout "immobilisme" à quinze mois de la présidentielle.

Il assure qu'il n'est "pas candidat" à l'Elysée et recommande à ses ministres à se tenir "éloignés" de ce scrutin, qui occupera tous les débats après des municipales en mars.

Il compte procéder à un "ajustement" gouvernemental après le départ annoncé de sa ministre de la Culture Rachida Dati, candidate à la mairie de Paris.

D'ici là, il invite ses ministres à se concentrer sur "l'essentiel" dans les domaines militaire, agricole ou énergétique. Sont attendus notamment une actualisation de la loi de programmation militaire, un projet de loi "d'urgence" face aux manifestations des agriculteurs, ainsi que des textes sur le territoire d'outre-mer de Nouvelle Calédonie ou encore la fin de vie.

 


Agriculture: pour ses cantines, l'Etat ne devra plus se fournir en produits hors UE, promet Lecornu

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse dans le cadre d'une visite visant à promouvoir l'agriculture locale et diversifiée, à Baigneaux, dans le centre de la France, le 30 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu s'exprime lors d'une conférence de presse dans le cadre d'une visite visant à promouvoir l'agriculture locale et diversifiée, à Baigneaux, dans le centre de la France, le 30 janvier 2026. (AFP)
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  • Le gouvernement veut que la restauration collective de l’État s’approvisionne exclusivement en produits agricoles et alimentaires issus de l’Union européenne, afin de soutenir les filières locales et réduire l’empreinte carbone
  • Sébastien Lecornu affiche son soutien aux « contrats d’avenir » pour aider les agriculteurs à adapter leurs productions au changement climatique

PARIS: Le Premier ministre Sébastien Lecornu, en déplacement dans une ferme de l'Eure-et-Loir, a souhaité vendredi que la restauration collective dépendant de l'Etat se fournisse exclusivement en produits agricoles et alimentaires venus de l'Union européenne.

"Il est impensable que pour l'ensemble des marchés publics à venir, il y ait des matières premières agricoles, alimentaires qui viennent d'en dehors de l'Union européenne", a-t-il dit à la presse.

Sur quelque 900 millions à un milliard d'euros de commandes de cantines de l'Etat (armées, universités, etc.), "j'ai demandé aux différents services combien allait en dehors de l'Union européenne et combien reste en France, et on n'a toujours pas la réponse", a-t-il admis.

"Cela va nous amener à reprendre complètement en main la commande publique, à devoir aussi récompenser ou punir les acheteurs publics en fonction de ces objectifs" et "nous l'inscrirons (...) dans les lois à venir de décentralisation comme la loi agricole que nous préparons", a-t-il ajouté.

Les agriculteurs, et notamment les éleveurs, largement mobilisés contre le traité commercial UE-Mercosur, accusent régulièrement la puissance publique, qui sous-traite parfois sa restauration collective, de ne pas respecter les quotas de produits locaux ou biologiques figurant dans ses engagements voire dans la loi.

"Certains disent préférence nationale. Je pense que c'est une hérésie parce que la France est un grand pays d'exportation au sein de l'Union européenne", a précisé M. Lecornu vendredi.

"En revanche, plus personne ne peut comprendre dans le monde dans lequel nous vivons que l'argent du contribuable puisse permettre encore d'acheter de la nourriture qui en plus a un bilan carbone et climatique absolument épouvantable et qui vient du bout du monde".

Le chef du gouvernement a aussi exprimé son appui aux "contrats d'avenir", projet porté par le syndicat Jeunes agriculteurs (JA) et destiné à aider les exploitants à diversifier leur production face au réchauffement climatique, via une planification territoriale puis des contrats tripartites entre agriculteurs, pouvoirs publics et transformateurs.

"On est dans un moment dans lequel on n'a pas suffisamment tiré les conclusions du réchauffement climatique et de l'impact sur les productions", a estimé M. Lecornu.

Le Premier ministre qui, chaussé de bottes kaki, a visité une exploitation céréalière diversifiée dans la production d'amandes, n'a cependant pas abordé la mise en action ou le financement de tels "contrats".

Pierrick Horel, le président des JA, a salué "une prise de conscience collective, un engagement pris au plus haut niveau du gouvernement autour de ce sujet, cela pose les bonnes bases".

Les "transitions jusqu'à aujourd'hui se sont opérées de façon individuelle, sur des fonds propres, cela ne répond pas à l'enjeu des dérèglements climatiques. L'agriculteur seul ne peut supporter ces transitions", a-t-il dit à l'AFP, exprimant sa satisfaction "à quelques jours du lancement du Salon de l'agriculture", le 21 février.


Budget: Lecornu dégaine un ultime 49.3, l'épilogue approche

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
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  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu va recourir pour la troisième fois à l’article 49.3 pour faire adopter définitivement le budget 2026, malgré de nouvelles motions de censure attendues lundi
  • Le texte vise un déficit ramené à 5 % du PIB en 2026 et prévoit plusieurs concessions sociales, mais continue de susciter une forte opposition à gauche et à l’extrême droite

PARIS: La ligne d'arrivée du marathon budgétaire est proche: le Premier ministre Sébastien Lecornu va activer vendredi matin pour la troisième fois l'article 49 alinéa 3 de la Constitution à l'Assemblée nationale, ultime étape avant l'adoption définitive du budget de l'Etat, attendue lundi.

Après quatre mois de très denses discussions au Parlement, le projet de loi de finances pour 2026 va pouvoir aboutir.

Examiné à partir de 9H00 à l'Assemblée nationale en lecture définitive, le projet de budget ne sera pas discuté très longtemps: le chef du gouvernement est attendu au Palais Bourbon pour activer d'emblée un nouveau 49.3 sur le texte.

En engageant ainsi la responsabilité du gouvernement, Sébastien Lecornu devrait s'exposer à nouveau à deux motions de censure, issues de la gauche hors-PS et du Rassemblement national.

Celles-ci seront soumises aux députés "probablement lundi après-midi", ont indiqué des sources gouvernementales et parlementaires à l'AFP. Et sauf immense surprise, elles seront rejetées comme les deux précédentes grâce à la clémence des Républicains et surtout du Parti socialiste. Le gouvernement dispose en effet d'un matelas relativement confortable d'une vingtaine de voix d'avance.

Le rejet des motions vaudra alors adoption définitive du budget de l'Etat, qui devra tout de même passer le filtre du Conseil constitutionnel avant d'être promulgué. Sa mise en place mettra fin au régime fragile de la loi spéciale, votée fin décembre faute d'accord parlementaire pour assurer la continuité de l'Etat.

S'il est certes "imparfait", ce budget "est un texte utile pour les Français, car il nous permet de sortir du climat d'incertitude qui s'est installé depuis quelques mois", a salué jeudi la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin.

Elle s'exprimait devant les sénateurs, très mécontents de la copie finale. Ces derniers, qui devaient être saisis du texte avant son retour à l'Assemblée selon les règles de procédure parlementaire, n'ont pas souhaité retarder l'échéance, préférant le rejeter d'emblée sans rouvrir la discussion.

Si certains parlementaires, tout comme l'agence de notation Moody's, en doutent, le texte entend ramener le déficit à 5% du PIB en 2026, contre 5,4% en 2025.

Il prévoit diverses concessions en direction notamment du PS, comme les repas à un euro pour les étudiants ou la hausse de la prime d'activité pour les salariés modestes.

Mais il continue de susciter l'hostilité de l'extrême droite et d'une grande partie de la gauche (Insoumis, écologistes, communistes), qui ont déposé à chaque occasion des motions de censure.

Il s'agira de la troisième utilisation du 49.3 par Sébastien Lecornu, qui s'était engagé à y renoncer au début de l'automne, à la demande du PS. Les deux premiers ont été activés lors de la "nouvelle lecture" du texte, l'un sur la partie "recettes", l'autre sur la partie "dépenses".