Irak: deux manifestants tués dans des heurts après la condamnation d'un militant

Bastion de la contestation antipouvoir qui a secoué l'Irak à l'automne 2019, Nassiriya reste le théâtre de manifestations sporadiques (Photo, AFP).
Bastion de la contestation antipouvoir qui a secoué l'Irak à l'automne 2019, Nassiriya reste le théâtre de manifestations sporadiques (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 08 décembre 2022

Irak: deux manifestants tués dans des heurts après la condamnation d'un militant

  • «Deux manifestants ont été tués par balles» et 21 blessés --dont cinq par des tirs-- lors de heurts avec les forces de sécurité
  • Un policier figure parmi les blessés

NASSIRIYA: Deux manifestants ont été tués mercredi par balle et une vingtaine blessés en Irak dans des heurts avec les forces de sécurité, lors d'un rassemblement dans une ville pauvre du sud organisé après la condamnation d'un militant à trois ans de prison.

Le chef de la police dans la province a été limogé et le Premier ministre Mohamed Chia al-Soudani a ordonné l'envoi d'une commission sécuritaire à Nassiriya "pour enquêter sur la mort de manifestants", selon un communiqué.

Les heurts interviennent après un verdict rendu par un tribunal de Bagdad qui a condamné lundi Haidar al-Zaidi pour avoir insulté les puissants paramilitaires pro-Iran du Hachd al-Chaabi, désormais intégrés aux forces régulières irakiennes. Le militant de 20 ans, en détention, peut faire appel.

Le verdict a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux et mercredi quelques centaines de personnes ont manifesté dans le centre de Nassiriya, ville du sud marginalisé.

"Deux manifestants ont été tués par balles" et 21 blessés --dont cinq par des tirs-- lors de heurts avec les forces de sécurité, a indiqué à l'AFP Hussein Riyad, porte-parole du département de la santé de la province de Dhi Qar, où se trouve Nassiriya.

Selon lui, un policier figure parmi les blessés.

Bastion de la contestation antipouvoir qui a secoué l'Irak à l'automne 2019, la ville reste le théâtre de manifestations sporadiques.

Mardi déjà, des manifestants se sont mobilisés pour fustiger la condamnation de M. Zaidi et pour aussi réclamer des compensations promises mais jamais versées aux personnes blessées lors de la répression du soulèvement de 2019.

A balle réelle

A la morgue de Nassiriya, Mohamed un des manifestants est venu attendre parmi les dizaines de proches et d'amis des deux victimes, dénonçant l'intervention "brutale" de la police anti-émeute qui a "tiré à balle réelle" sur les contestataires de l'emblématique place Haboubi.

"Des blessés (de 2019) ont manifesté de manière pacifique mardi. On a aussi eu un rassemblement pour réclamer la libération de Haidar al-Zaidi", confie-t-il à un vidéaste de l'AFP.

De leur côté, les autorités locales ont fustigé des "infiltrés" parmi les manifestants qui ont lancé des cocktails Molotov contre l'armée.

"Ce qui s'est passé aujourd'hui était prémédité", ont-elles accusé dans un communiqué.

Condamné à trois ans de prison, M. Zaidi avait écrit dimanche sur Facebook qu'il comparaissait pour "insulte aux institutions de l'Etat".

Il était jugé pour un tweet, effacé de son compte, dans lequel il attaquait Abou Mehdi al-Mouhandis, ancien numéro deux du Hachd al-Chaabi, tué en janvier 2020 avec le général iranien Qassem Souleimani par un drone armé américain, sur la route de l'aéroport de Bagdad.

Des captures d'écran de ce tweet ont été partagées par des comptes proches du Hachd.

Niant être à l'origine du tweet incriminé, le jeune homme et son père assurent que son compte Twitter a été piraté, a indiqué Human Rights Watch (HRW) mardi soir dans un communiqué.

Outil de répression

"Peu importe qui a posté le message, le système judiciaire irakien ne devrait pas être utilisé comme un outil de répression contre les critiques pacifiques des autorités ou d'acteurs armés", a déploré HRW.

Sur les réseaux sociaux, des internautes ont comparé cette condamnation à la récente libération sous caution accordée à un homme d'affaires impliqué dans le détournement de 2,5 milliards de dollars volés au fisc.

En juin, la mission de l'ONU en Irak avait déploré un "environnement de peur et d'intimidation", recensant plusieurs incidents "visant à réprimer toute dissidence" et "perpétrés par des +éléments armés non-identifiés+".

Le Parlement étudie actuellement un projet de loi portant sur "la liberté d'expression, d'assemblée et de manifestation pacifique", soumis par la commission des droits de l'Homme pour garantir de telles libertés "sans porter atteinte à l'ordre public et à la morale", selon un communiqué.

Le vaste et inédit mouvement de contestation en 2019 dénonçait la corruption endémique, les difficultés économiques et la déliquescence des services publics. La répression à balles réelles a fait plus de 600 morts.

Le soulèvement s'est essoufflé sous le coup de la répression et du confinement imposé par le coronavirus.

A Nassiriya, de petits rassemblements sont toujours organisés par des militants antipouvoir ou des jeunes fraîchement diplômés, qui réclament un emploi dans le public ou dans le secteur des hydrocarbures, le sud de l'Irak regorgeant de pétrole.


L'Iran dément avoir visé l'ambassade américaine à Ryad 

L'ambassadeur d'Iran en Arabie saoudite, Alireza Enayati, a catégoriquement démenti jeudi que son pays ait frappé l'ambassade des Etats-Unis dans le royaume cette semaine, comme l'en avait accusé Ryad. (AFP)
L'ambassadeur d'Iran en Arabie saoudite, Alireza Enayati, a catégoriquement démenti jeudi que son pays ait frappé l'ambassade des Etats-Unis dans le royaume cette semaine, comme l'en avait accusé Ryad. (AFP)
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  • L'Arabie saoudite a accusé à plusieurs reprises Téhéran d'avoir lancé des salves de missiles et des attaques de drones sur son territoire et a averti que le royaume se réservait le droit de se défendre, y compris par des représailles
  • Ryad a notamment accusé l'Iran d'avoir attaqué à deux reprises avec des drones la vaste raffinerie de Ras Tanura, l'une des plus importantes du Moyen-Orient, ce que Téhéran a démenti

RYAD: L'ambassadeur d'Iran en Arabie saoudite, Alireza Enayati, a catégoriquement démenti jeudi que son pays ait frappé l'ambassade des Etats-Unis dans le royaume cette semaine, comme l'en avait accusé Ryad.

"Aucun drone n'a été lancé depuis l'Iran vers l'ambassade des Etats-Unis à Ryad", a-t-il déclaré dans un entretien exclusif à l'AFP.

"Si le commandement des opérations à Téhéran attaque quelque part, il en assume la responsabilité", a-t-il assuré.

L'Iran mène depuis samedi des frappes sur les pays du Golfe, disant y viser les installations américaines, après l'attaque lancée par les Etats-Unis et Israël, prélude à une guerre qui déborde en dehors de la région.

L'Arabie saoudite a accusé à plusieurs reprises Téhéran d'avoir lancé des salves de missiles et des attaques de drones sur son territoire et a averti que le royaume se réservait le droit de se défendre, y compris par des représailles.

Ryad a notamment accusé l'Iran d'avoir attaqué à deux reprises avec des drones la vaste raffinerie de Ras Tanura, l'une des plus importantes du Moyen-Orient, ce que Téhéran a démenti.

De la même manière, l'Iran n'a "aucun rôle dans l'attaque (de drone, NDLR) qui a ciblé l'ambassade américaine" et provoqué un incendie, a affirmé Alireza Enayati.

Guerre "imposée" 

Le diplomate a exprimé sa reconnaissance envers l'Arabie saoudite pour son engagement à ne pas autoriser l'utilisation de son espace aérien, ni de son territoire, pendant la guerre.

"Nous apprécions ce que nous avons entendu à plusieurs reprises de la part de l'Arabie saoudite: qu'elle n'autorise pas l'utilisation de son espace aérien, de ses eaux ou de son territoire contre la République islamique d'Iran", a-t-il dit.

Avant le déclenchement de la guerre, Ryad avait apporté son soutien aux efforts diplomatiques visant à apaiser les tensions entre Téhéran et Washington et avait promis de ne pas autoriser l'utilisation de son espace aérien pour des attaques contre l'Iran.

Après des années d'hostilité, l'Iran, à majorité chiite, et l'Arabie saoudite, à majorité sunnite, avaient renoué leurs relations en 2023, à la suite d'un accord surprise négocié par l'intermédiaire de la Chine.

Ryad avait rompu en 2016 ses relations diplomatiques avec la République islamique après que son ambassade à Téhéran et son consulat à Mashhad, dans le nord-ouest du pays, avaient été attaqués lors de manifestations. Celles-ci avaient suivi l'exécution par l'Arabie saoudite du religieux chiite saoudien Nimr al-Nimr.

Depuis que la guerre lancée par des frappes américano-israéliennes contre l'Iran embrase le Moyen-Orient, au moins 13 personnes ont été tuées dans le Golfe, dont sept civils.

"Ceci n'est pas une guerre régionale et ça n'est pas notre guerre. Elle a été imposée à la région", a regretté Alireza Enayati.

 

 


Le ministre saoudien de la Défense s'entretient avec son homologue des Émirats arabes unis et condamne les attaques iraniennes

 Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid bin Salman, s'est entretenu avec son homologue émirati, le cheikh Hamdan bin Mohammed Al-Maktoum, jeudi. (@DXBMediaOffice)
Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid bin Salman, s'est entretenu avec son homologue émirati, le cheikh Hamdan bin Mohammed Al-Maktoum, jeudi. (@DXBMediaOffice)
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  • Les ministres ont condamné l'agression iranienne contre le Royaume, les Émirats arabes unis et d'autres pays
  • Ils ont déclaré que leurs pays se réservaient le droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder leurs capacités

RIYAD: Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, s'est entretenu jeudi avec son homologue émirati, le cheikh Hamdan bin Mohammed Al-Maktoum.

Au cours de cet entretien, les ministres ont condamné l'agression iranienne contre le Royaume, les Émirats arabes unis et d'autres nations, a écrit le prince Khalid sur X.

Les attaques iraniennes ont été décrites comme une "violation claire des conventions internationales, ainsi que de la souveraineté, de la sécurité et de la sûreté des nations", a déclaré le Dubai Media Office.

"Les deux parties ont souligné que de tels actes ont de graves implications pour la sécurité et la stabilité régionales et internationales", a ajouté le bureau.

Les deux ministres ont également affirmé leur entière solidarité et leur engagement à soutenir toutes les mesures prises en réponse à ces actes, a déclaré le prince Khalid.

Ils ont ajouté que leurs pays se réservaient le droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour sauvegarder leurs capacités et assurer la sécurité de tous ceux qui vivent dans les deux pays.


Liban: frappe sur la banlieue sud de Beyrouth après un avis d'évacuation 

La banlieue sud de Beyrouth a été visée jeudi soir par une frappe israélienne après un avis d'évacuation, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).
La banlieue sud de Beyrouth a été visée jeudi soir par une frappe israélienne après un avis d'évacuation, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).
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  • La banlieue sud de Beyrouth a été visée jeudi soir par une frappe israélienne après un avis d'évacuation, selon l'Agence nationale d'information
  • La panique s'est emparée de Beyrouth dans l'après-midi, après un appel inédit d'Israël à évacuer toute la banlieue sud qu'il pilonne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale, lundi

BEYROUTH: La banlieue sud de Beyrouth a été visée jeudi soir par une frappe israélienne après un avis d'évacuation, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Un panache de fumée se dégage du lieu du site, selon des images de l'AFPTV.

La panique s'est emparée de Beyrouth dans l'après-midi, après un appel inédit d'Israël à évacuer toute la banlieue sud qu'il pilonne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale, lundi.