Accélération du nucléaire: Le Sénat boucle l'examen du texte, en élargissant sa portée

La ministre française de la transition énergétique Agnès Pannier-Runacher (Photo, AFP).
La ministre française de la transition énergétique Agnès Pannier-Runacher (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 18 janvier 2023

Accélération du nucléaire: Le Sénat boucle l'examen du texte, en élargissant sa portée

  • Le Sénat se prononcera sur l'ensemble du texte lors d'un vote solennel mardi prochain
  • Les écologistes ont ferraillé méthodiquement contre les différentes dispositions du texte

PARIS: Le Sénat, majoritairement favorable à une relance de l'énergie nucléaire, a élargi en première lecture la portée du projet de loi visant à simplifier les procédures administratives pour favoriser la construction de nouveaux réacteurs.

L'examen du texte défendu par la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher, prévu pour se prolonger jusqu'à jeudi, a été bouclé en quelques heures mardi.

Le Sénat se prononcera sur l'ensemble du texte lors d'un vote solennel mardi prochain. Le projet de loi ira ensuite à l'Assemblée nationale.

Outre Les Républicains et les centristes, les groupes RDPI à majorité Renaissance, RDSE à majorité radicale et Indépendants ont d'ores et déjà annoncé qu'ils voteraient le texte. Le groupe CRCE à majorité communiste s'abstiendra. Quant aux socialistes, ils reprochent à la commission des Affaires économiques de l'avoir "dévoyé".

Deuxième volet du triptyque énergie - après un texte dédié aux énergies renouvelables et avant une loi de programmation - il doit permettre de concrétiser la relance d'une politique nucléaire "ambitieuse et durable" amorcée par Emmanuel Macron.

Un objectif partagé par la quasi-totalité des sénateurs, à l'exception du groupe écologiste. Même si, à l'instar du rapporteur LR Daniel Gremillet, ils ont largement déploré que le "gouvernement légifère dans le désordre".

Le président de la République a annoncé son intention de construire six nouveaux réacteurs et souhaité que soient lancées les études pour la construction de huit autres.

Le projet de loi vise à simplifier les procédures administratives pour la construction de nouvelles installations à proximité de sites nucléaires existants. Cela pour une durée limitée à 15 ans dans le texte initial, portée à 20 ans par les sénateurs en commission, puis à 27 ans dans l'hémicycle.

Concrètement, les sites seront dispensés d'autorisation d'urbanisme, car le contrôle de conformité sera assuré par l'État. Le droit d'expropriation sera assoupli.

Ou encore, les travaux sur les bâtiments non destinés à recevoir des substances radioactives pourront être engagés avant clôture de l'enquête publique.

"En gros, on ne perd pas de temps", a résumé la ministre de la Transition énergétique, précisant que ce texte technique "permettra de ne pas ajouter un délai de deux à trois années à la construction d'un réacteur".

Les deux prochains EPR devraient être implantés à Penly (Seine-Maritime), suivis de deux autres à Gravelines (Nord), selon les plans d'EDF.

Mme Pannier-Runacher a avancé l'objectif de 2027 -"plutôt fin 2027"- pour "la première coulée de béton" et "2035-2037" pour la mise en service.

«Volonté politique»

La présidente LR de la commission des Affaires économiques Sophie Primas a fait le procès d'un "gouvernement qui a totalement délaissé le nucléaire".

"Notre commission a transformé un texte technique en affirmation d'une volonté politique pour réussir enfin la relance du nucléaire", a-t-elle affirmé.

"Ce texte n'est pas un texte de programmation énergétique", a au contraire insisté la ministre, alors que les sénateurs lui ont donné une dimension plus stratégique.

M. Gremillet a ainsi fait sauter des "verrous" en supprimant notamment l'objectif de réduction à 50% de la part du nucléaire dans la production d'électricité d'ici à 2035, et en imposant la révision du décret qui prévoit la fermeture de 12 réacteurs, en plus de Fessenheim.

Des amendements jugés "scandaleux" par l'organisation Greenpeace France, pour laquelle "le Sénat sabote le débat démocratique et court-circuite l'agenda législatif".

La France, qui tire du nucléaire environ 70% de son électricité, avait décidé en 2015 la fermeture de 14 de ses 58 réacteurs, avant un revirement annoncé par le président de la République.

Les sénateurs ont, en outre, adopté une série d'amendements sur "deux axes majeurs: simplifier et sécuriser". Il s'agit en particulier d'intégrer les risques liés au changement climatique dans la démonstration de sûreté des réacteurs et la cyberrésilience dans leur protection contre les actes de malveillance.

Les écologistes ont ferraillé méthodiquement contre les différentes dispositions du texte, allant jusqu'à demander, dans un clin d'œil à la droite, un "droit de veto" des maires.

Selon eux, le projet de loi met les parlementaires devant le "fait accompli", alors qu'un débat public sur la construction de nouveaux réacteurs nucléaires n'est pas terminé. Argument réfuté par la ministre.

"Ce texte ne préempte en aucun cas les décisions qui seraient prises sur l'avenir du mix énergétique français ou sur la construction du programme EPR2", assure-t-on au ministère.


Juillet 2026, mois le plus chaud jamais enregistré en France, et l'un des plus secs

Le lac des Brenets, sur le Doubs à la frontière franco-suisse, asséché par les fissures souterraines, le manque de pluie et les vagues de chaleur répétées, le 28 juillet 2026. (AFP)
Le lac des Brenets, sur le Doubs à la frontière franco-suisse, asséché par les fissures souterraines, le manque de pluie et les vagues de chaleur répétées, le 28 juillet 2026. (AFP)
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  • Juillet 2026 est le mois le plus chaud jamais enregistré en France, avec des vagues de chaleur record
  • Une sécheresse sévère a aggravé les incendies, dont un mégafeu ayant brûlé près de 42 000 hectares

PARIS: Vagues de chaleur, sécheresse, incendies : le mois de juillet 2026 restera dans les annales comme le plus chaud et l'un des plus secs jamais enregistrés en France depuis le début des mesures en 1900, illustration d'un changement climatique dont les effets s'intensifient.

Avec une température moyenne de 24,9°C, le mois dernier efface les précédents records de la canicule d'août 2003 (24,8°C) et de juillet 2006 (24,4°C), a annoncé mardi Météo-France.

L'excédent de température par rapport aux normales (période 1991-2020) - déjà établies en prenant en compte un climat réchauffé par les activités humaines depuis 1850-1900 - atteint, comme en juin, +3,8°C.

"Il s'agit de la deuxième anomalie mensuelle la plus élevée" jamais enregistrée après février 1990 (+4°C), indique le prévisionniste national dans un communiqué.

Sur les températures maximales, l'excédent atteint même 5,2°C de plus que les normales de saison.

- canicules plus fréquentes -

Juillet 2026 a été marqué par deux vagues de chaleur. La première, du 4 au 19 juillet, est la troisième plus longue jamais enregistrée en France. La seconde, débutée le 28 juillet, est toujours en cours.

Des phénomènes extrêmes qui sont de moins en moins des exceptions : Météo-France rappelle que plus de la moitié des 54 vagues de chaleur recensées dans le pays se sont produites au cours des 15 dernières années.

Sous l'effet du changement climatique, ces épisodes deviennent "de plus en plus fréquents", "démarrent de plus en plus tôt dans la saison" et atteignent des températures toujours plus élevées.

En juillet, plusieurs autres pays européens ont également subi des épisodes caniculaires, notamment en Hongrie, Autriche ou Grèce, où le thermomètre a frôlé voire dépassé les 40°C.

Depuis la fin mai, la France a déjà subi quatre épisodes de fortes chaleurs, dont l'un historiquement intense fin juin.

Ce n'est peut-être pas fini : pour août, septembre et octobre, Météo-France privilégie un scénario plus chaud que la normale, sur fond de "poursuite des conditions de blocages anticycloniques".

Le prévisionniste rappelle toutefois qu'il s'agit de tendances saisonnières et non de prévisions météorologiques, et que cela ne permet pas de conclure que de nouvelles vagues de chaleur auront lieu.

- sécheresse et incendies -

Avec un déficit de pluie de près de 70%, juillet 2026 a également été le troisième mois de juillet le moins arrosé en France, aggravant encore la sécheresse superficielles des sols observée depuis deux mois.

À la fin juillet, "les sols sont encore plus secs qu'en 2022 et 2025 à la même période, et atteignent des niveaux équivalents aux plus bas jamais enregistrés" à la mi-août 2022, indique Météo-France.

Cette sécheresse record, combinée aux fortes chaleurs, a de lourdes conséquences pour l'agriculture et favorise les départs et la propagation des incendies.

Pas une journée de juillet ne s'est écoulée sans qu'au moins plusieurs départements ne soient placés en danger élevé de feux de forêt, selon Météo-France. Le 12 juillet, 70 départements étaient concernés. Les 5, 6 et 8 juillet, huit départements méditerranéens ont même été classés en danger très élevé.

Fin juillet, un mégafeu, caractérisé par son intensité, sa propagation rapide et sa difficulté à être maîtrisé, a notamment ravagé près de 42.000 hectares, selon les premières estimations, et entraîné l'évacuation de plus de 220.000 personnes en Gironde.

En termes de superficie brûlée, un tel sinistre ne s'était plus produit en France métropolitaine et en Corse depuis août 1949.

Les précédents mois de juillet les plus secs remontaient à 2022, avec un déficit de précipitations de 85%, et à 2020 (75%).

Le mois dernier, quasiment pas une goutte de pluie n'est tombée au nord de la Seine, dans la région nantaise, en Occitanie, dans l'intérieur du Var, sur la Côte d'Azur et en Corse.

Seule la région Auvergne-Rhône-Alpes a bénéficié de quelques précipitations. Mais cela s'est déroulé lors d'orages violents les 16 et 25 juillet, dont l'un a même provoqué une mini-tornade dans la Loire.

Mais sur l'ensemble du pays, c'est un "soleil accablant", constate Météo-France, qui a dominé le mois dernier. Avec un excédent d'ensoleillement de 35% en moyenne, juillet 2026 se classe au deuxième rang des mois de juillet les plus ensoleillés jamais enregistrés, derrière juillet 2022 (+40%).


L’Esport World Cup se déploie sur les Champs-Élysées, faisant cohabiter patrimoine et technologie

Les Champs-Élysées deviennent le théâtre d’une rencontre inédite entre patrimoine parisien et culture numérique. (Photo: Arab News en francais)
Les Champs-Élysées deviennent le théâtre d’une rencontre inédite entre patrimoine parisien et culture numérique. (Photo: Arab News en francais)
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  • L’Esport World Cup a transformé les Champs-Élysées en scène mondiale, réunissant patrimoine français et innovation technologique pour renforcer sa dimension internationale
  • Après son déplacement imprévu de Riyad à Paris, l’EWC affirme ses ambitions : développer l’écosystème esportif, attirer un large public et favoriser notamment la place des femmes dans la compétition

PARIS : Il y avait quelque chose de presque irréel, hier, à voir l’Esport World Cup s’installer au pied de l’Arc de Triomphe et tout au long des Champs-Élysées, cette avenue que le monde entier associe à la France, à son histoire et à son art de vivre.

Les écrans, les joueurs et les technologies de pointe ont fait irruption dans un décor chargé de symboles, illustrant la montée en puissance de l’Esport World Cup (EWC), qui entre dans sa cinquième semaine.

Il ne s’agit pas simplement d’une nouvelle étape dans une compétition internationale, mais d’un véritable changement de dimension, comme l’ont souligné Mike McCabe, directeur des opérations de l’Esport World Cup Foundation, et Mohamed Alnimer, son directeur commercial.

En quittant, le temps de quelques événements, ses enceintes habituelles du parc des expositions de Paris pour investir l’une des avenues les plus célèbres au monde, l’EWC ne s’est pas seulement rapprochée du grand public : elle a également affirmé sa volonté de devenir un rendez-vous sportif mondial à part entière.

« C’est un moment extraordinaire », résume Mike McCabe en réponse à Arab News en français, et il est difficile de lui donner tort.

L’ambition initiale de l’EWC était de construire une plateforme mondiale pour l’esport, capable de voyager et de faire découvrir cette discipline à différents publics. Paris constitue donc, à cet égard, une démonstration particulièrement spectaculaire de cette stratégie.

Le pari était pourtant loin d’être gagné. La Coupe du monde devait initialement se dérouler à Riyad, mais la situation régionale et les difficultés liées aux déplacements internationaux ont contraint les organisateurs à revoir leur dispositif à seulement huit semaines du début de la compétition.

Deux mille joueurs venus de plus d’une centaine de pays, des équipes, des spectateurs, des infrastructures techniques et une organisation préparée pendant plusieurs mois : déplacer un événement d’une telle ampleur relevait presque de l’impossible.

Mike McCabe reconnaît volontiers l’importance du défi. Il a fallu « entièrement repenser » l’organisation et reconstruire, en quelques semaines, un dispositif capable de fonctionner avec le même niveau d’exigence et de stabilité.

Le responsable de l’EWC insiste sur le rôle joué par les autorités françaises, notamment le ministère des Sports, la Ville de Paris et l’ensemble des équipes mobilisées.

Mohamed Alnimer confirme cette impression. Les questions de visas auraient notamment pu constituer un obstacle majeur pour une compétition réunissant des participants venus du monde entier. Mais le soutien des autorités françaises, ainsi que celui des partenaires privés, a permis de résoudre ces difficultés et de transformer ce transfert précipité en une opération réussie.

Mais c’est précisément ce caractère imprévu qui donne peut-être encore plus de relief à l’étape parisienne. L’EWC ne s’est pas contentée de reproduire à Paris ce qu’elle aurait fait à Riyad : elle a profité de la capitale française pour changer de décor, d’échelle et de perspective.

Le choix des Champs-Élysées et de l’Arc de Triomphe n’est évidemment pas anodin. Dans l’imaginaire collectif mondial, ces lieux sont immédiatement identifiables.

Les investir avec les codes de l’esport revient à faire dialoguer deux univers : d’un côté, le patrimoine, l’histoire et les monuments ; de l’autre, la technologie, les jeux vidéo et une culture née avec les nouvelles générations.

C’est précisément cette rencontre que Mike McCabe revendique. L’idée, explique-t-il, est d’amener « le futur » dans des lieux emblématiques chargés d’histoire. Paris devient ainsi une immense scène pour ce sport et ce spectacle qui ne se limitent plus aux seuls passionnés.

La capitale française possède d’ailleurs une légitimité particulière dans cet univers. Elle a déjà accueilli de grandes compétitions internationales de League of Legends ou de Call of Duty.

Elle dispose d’infrastructures, d’un public et surtout d’une communauté de joueurs et de professionnels qui ont contribué à installer durablement l’esport dans le paysage français.

Pour Mohamed Alnimer, l’enjeu dépasse toutefois largement le seul spectacle parisien. L’EWC est, selon lui, le plus grand tournoi au monde, avec une audience potentielle de plusieurs centaines de millions de personnes.

Plus de 150 000 billets ont été vendus en France, indique-t-il, tandis que l’intérêt médiatique autour de l’événement témoigne de son changement de statut.

Pour l’Arabie saoudite, qui demeure le pays d’origine et le point d’ancrage de la compétition, cette visibilité internationale constitue également un enjeu majeur. Alnimer assume un investissement important, tout en rappelant que la Fondation est une organisation à but non lucratif.

L’objectif n’est donc pas de réaliser un bénéfice immédiat, mais de contribuer au développement de tout un écosystème composé de clubs, de joueurs, de jeunes talents, ainsi que d’une industrie du jeu vidéo et d’entreprises spécialisées.

L’exemple des Falcons, club saoudien vainqueur de la précédente Coupe du monde et actuellement en tête de la compétition, illustre cette volonté de faire émerger des champions et des structures capables de s’imposer sur la scène internationale.

L’autre ambition affichée est celle de la féminisation de l’esport. Les deux responsables insistent sur la nécessité de multiplier les opportunités pour les joueuses, de développer les compétitions féminines et, à terme, de voir davantage de femmes accéder aux plus grandes scènes.

L’EWC entend notamment renforcer les compétitions féminines et favoriser les équipes mixtes. Cette évolution constitue également une manière de répondre aux critiques qui entourent encore les jeux vidéo.

Aux parents qui s’interrogent sur le temps passé devant les écrans, Mike McCabe répond par la notion de modération et de professionnalisation. Selon lui, lorsqu’un joueur vise le haut niveau, l’entraînement devient comparable à celui d’un athlète professionnel.

L’EWC retrouvera Riyad, son port d’attache, mais Mike McCabe ne cache pas que le championnat est appelé à voyager.

Paris aura donc peut-être été davantage qu’une simple parenthèse française. En investissant hier les Champs-Élysées, l’Esport World Cup a offert une image forte de ce que pourrait être son avenir : un événement mondial capable de franchir les frontières, de s’approprier les lieux les plus emblématiques et de faire cohabiter patrimoine et technologie.


Canicules en séries : les refuges de faune sauvage face à un afflux inédit

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"On craint que ça soit de pire en pire chaque année": alors que la France enchaîne les épisodes caniculaires, le refuge pour faune sauvage du Tichodrome, en Isère, fait face à un afflux de patients "hors norme".

Plus de 540 animaux sont arrivés en juin dans cette petite structure associative perchée dans la montagne à 20 km au sud de Grenoble, soit 24% de plus qu'en juin 2025 et deux fois plus qu'en juin 2018.

Les appels téléphoniques ont eux aussi explosé, contraignant le centre à temporairement restreindre l'accueil et fermer son standard. En cette fin juillet, le flux a ralenti mais ils sont encore près de 200 pensionnaires, dont de nombreux oiseaux et des mammifères, hérissons, renards ou écureuils.

Un pic d'animaux qui arrive en été, c'est "quelque chose d'habituel. Mais (il s'est produit cette fois) dans des proportions totalement inhabituelles", résume la directrice du centre, Mireille Lattier, désignant les dizaines de cages, volières ou cartons troués qui accueillent les bêtes à poil ou à plume, disposés partout où il y a de la place dans la maison et dans le jardin.

 

- Nids surchauffés -

 

En cause, la longue vague caniculaire de juin, qui a coïncidé avec la période de reproduction de nombreuses espèces, soit un moment de grande vulnérabilité.

"Beaucoup d'espèces nichent sous les toits, dans le bâti, typiquement le martinet noir, mais aussi les moineaux. Et ils souffrent non seulement de la chaleur, mais de la sécheresse", explique Mme Lattier. Les poussins se jettent hors de leurs nids surchauffés avant de savoir voler.

Pour ces espèces déjà en déclin, la canicule se traduit par une "hécatombe" d'oiseaux morts mais aussi une multiplication d'individus "en mauvais état", se désole Marjorie Guillem, soigneuse au centre.

Mais les autres espèces ne sont pas épargnées non plus et "on craint que ça soit de pire en pire chaque année. Et, à un moment, humainement et logistiquement parlant, on sera à court, on n'y arrivera plus", s'alarme la jeune femme.

"Si chaque été ressemble à celui-ci, oui, ça va vraiment être compliqué", abonde Mme Lattier, qui redoute un effet ciseau entre des phénomènes climatiques de plus en plus intenses et la "fragilité" structurelle des centres de soins, dont les financements reposent beaucoup sur des dons et restent en grande partie "aléatoires".

 

- Saturation -

 

Le Tichodrome est loin d'être le seul centre en difficulté : sur la centaine existant sur le territoire français, "70-80% ont été contraints de fermer pour saturation pendant la phase de canicule de juin", selon leur fédération, le Réseau des centres de soins de la faune sauvage.

"Le mois de juin a été terrible. (...) Ça n'était jamais arrivé dans l'histoire que la majorité des centres soient tous obligés de fermer en même temps", indique à l'AFP sa directrice, Manon Tissidre.

Selon elle, la question à ce stade n'est plus la canicule ni les incendies, ni les tempêtes de l'hiver sur le littoral qui ont coûté la vie à au moins 30.000 macareux, mais le fait que les centres sont "dans un état de crise permanente parce que les moyens sont toujours insuffisants par rapport à la demande, même quand tout va bien".

"On sent qu'il y a une accélération dramatique de l'érosion de la biodiversité, sans commune mesure. En plus, on reçoit des animaux qui sont de moins en moins sauvables", souligne-t-elle, évoquant le "désespoir" des équipes.

Les centres de soins ne peuvent en aucun cas compenser à eux seuls le changement climatique et la dégradation globale des habitats des animaux : "On essaye d'éponger un tsunami avec une petite éponge", conclut-elle, dénonçant "une énorme carence sur le plan de la décision politique".