La Turquie peut-elle mieux reconstruire ses villes après les derniers séismes meurtriers?

Le nombre de victimes du tremblement de terre en Turquie rend l’application plus stricte des normes de construction et l’amélioration de la conception urbaine un impératif moral. (AFP)
Le nombre de victimes du tremblement de terre en Turquie rend l’application plus stricte des normes de construction et l’amélioration de la conception urbaine un impératif moral. (AFP)
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Publié le Mardi 28 février 2023

La Turquie peut-elle mieux reconstruire ses villes après les derniers séismes meurtriers?

  • Les critiques accusent les autorités turques et les entreprises de construction de ne pas avoir tiré de leçons des erreurs passées, laissant le pays mal préparé à la catastrophe malgré les risques sismiques bien connus dans la région
  • La responsabilité incombe aussi à l’autorité de certification et aux superviseurs qui approuvent ces structures à risque sans procéder aux inspections nécessaires

ANKARA: Près de trois semaines après les tremblements de terre catastrophiques qui ont secoué le sud-est de la Turquie le 6 février, la colère du public s’intensifie en raison des allégations de mauvaise application des normes de construction dans un pays dont l’économie repose depuis longtemps sur le secteur de la construction.

Aujourd’hui, le bilan s’élève à plus de 46 000 morts, ce qui en fait la pire catastrophe de l’histoire moderne de la Turquie. Toutefois, ce chiffre devrait encore augmenter étant donné que plus de 160 000 bâtiments se sont effondrés ou ont été gravement endommagés, et que de nombreuses personnes sont toujours portées disparues.

La recherche effrénée de survivants parmi les décombres a maintenant été remplacée par la recherche de réponses. Nombreux sont ceux qui se demandent aujourd’hui qui est responsable des normes de construction mal appliquées, quelles villes pourraient connaître un sort similaire lors du prochain tremblement de terre et comment éviter un bilan humain aussi lourd à l’avenir.

La situation à Istanbul, qui compte plus de 16 millions d’habitants, est particulièrement préoccupante. Située sur la faille nord-anatolienne, la ville a été touchée par un grand séisme en 1999, qui a fait plus de 17 000 morts et mis en évidence la corruption dans le secteur de la construction.

 

Dans les jours qui ont suivi les tremblements de terre du 6 février, les critiques ont accusé les autorités turques et les entreprises de construction de ne pas avoir tiré de leçons des erreurs passées, laissant le pays mal préparé à la catastrophe malgré les risques sismiques bien connus dans la région.

Lorsque Recep Tayyip Erdogan est arrivé au pouvoir en Turquie en 2002, l’une de ses promesses était de rendre les bâtiments plus sûrs. «Ce sont les bâtiments qui tuent, pas les tremblements de terre», a-t-il tweeté en 2003.

Les réglementations ont été renforcées en 2018, avec de nouvelles exigences pour un béton de haute qualité, renforcé par des barres d’acier. Cependant, de nombreux bâtiments présentant des défauts n’ont pas été correctement rénovés.

Le gouvernement a également accordé des amnisties à neuf reprises, au cours de ses vingt ans de règne, à des bâtiments qui ne respectaient pas ces normes, même dans des régions exposées aux tremblements de terre. C’était souvent le cas à l’époque des élections.

Quelque 205 000 bâtiments à Hatay et 144 000 à Kahramanmaras, dans le sud-est du pays – régions proches de l’épicentre des récents séismes – ont bénéficié d’amnisties en 2019, juste avant la tenue d’élections.

À gauche: Des sauveteurs fouillent les décombres en Turquie, pays secoué par des tremblements de terre. Des centaines de milliers de bâtiments auraient été détruits dans le sud-ouest du pays. En bas à droite: On craint que de nombreuses réglementations n’aient pas été respectées. En haut à droite: Le nombre de morts s’élève à plus de 46 000. (AFP)
À gauche: Des sauveteurs fouillent les décombres en Turquie, pays secoué par des tremblements de terre. Des centaines de milliers de bâtiments auraient été détruits dans le sud-ouest du pays. En bas à droite: On craint que de nombreuses réglementations n’aient pas été respectées. En haut à droite: Le nombre de morts s’élève à plus de 46 000. (AFP)

Pelin Pinar Giritlioglu, directrice de la branche d’Istanbul de la Chambre des urbanistes, a indiqué à Arab News que des centaines de milliers de bâtiments dans la région touchée par le séisme avaient bénéficié de la politique d’amnistie. Il en va de même pour Istanbul.

«Un séisme potentiel à Istanbul aurait malheureusement un pouvoir destructeur plus important, car la ville est densément peuplée et compte un plus grand nombre de bâtiments. Il pourrait transformer la ville en grand cimetière, car des milliers de bâtiments ont un statut incertain quant à leur résistance à un séisme», explique Mme Giritlioglu.

Une mauvaise conception urbaine, la légalisation des structures par une simple amende aux entreprises de construction sans exiger de rénovation et la mise en œuvre de plans de développement à motivation politique sans application des normes de construction ne peuvent avoir que des conséquences fatales, avertit Mme Giritlioglu.

«Les exigences de résistance aux tremblements de terre n’ont pas été recherchées, même pour les bâtiments de l’État, précise-t-elle. Les hôpitaux et les aéroports ont été construits en grande pompe le long des lignes de faille, malgré toutes les mises en garde. Ensuite, la région n’a pas reçu d’aide humanitaire en temps voulu, car le séisme a également touché les infrastructures publiques.»

Selon Mme Giritlioglu, les autorités devraient lancer dans tout le pays des projets de logements sociaux avec des bâtiments dont la résistance aux séismes peut être régulièrement contrôlée.

EN BREF

* Un séisme de magnitude 7,8 et une réplique de 7,5 quelques heures plus tard ont provoqué l’effondrement de milliers de bâtiments dans le sud de la Turquie le 6 février.

* Quelque 205 000 bâtiments à Hatay et 144 000 à Kahramanmaras, dans le sud-est du pays ont bénéficié d’amnisties en 2019, juste avant la tenue d’élections.

* En Syrie voisine, les autorités ont fait état de plus de 5 900 morts, ce qui est considéré par beaucoup comme un sous-dénombrement.

«Outre la sécurité des bâtiments, nous devrions faire en sorte que les villes soient bien préparées à tout séisme en mettant en place des chemins d’évacuation ainsi qu’en construisant des hôpitaux publics dans des zones sûres, ajoute-t-elle. Nous avons besoin de cela plutôt que de mégaprojets et de plans directeurs à motivation politique.»

Taner Yuzgec, président de la Chambre des ingénieurs en construction, a affirmé à Arab News que le fait d’accorder périodiquement des amnisties générales aux personnes qui violent les normes de construction constitue un crime. «Nous avons réitéré cet avertissement à chaque fois, mais personne ne voulait nous écouter», souligne-t-il.

En effet, une nouvelle amnistie pour les travaux de construction récents attendait l’approbation du Parlement quelques jours seulement avant que le séisme ne frappe la région. Selon un rapport du ministère de l’Environnement et de l’Urbanisation publié en 2018, plus de la moitié des bâtiments de Turquie sont considérés comme dangereux.

Un membre de la famille d’une victime brandit le drapeau national devant les décombres de bâtiments effondrés, alors que les équipes de secours recherchent des victimes et des survivants, à Kahramanmaras, le 12 février 2023. (AFP)
Un membre de la famille d’une victime brandit le drapeau national devant les décombres de bâtiments effondrés, alors que les équipes de secours recherchent des victimes et des survivants, à Kahramanmaras, le 12 février 2023. (AFP)

«L’histoire du non-respect des normes de construction par le secteur de la construction turc remonte à soixante ans et a été principalement déclenchée par une vague d’émigration intensive dans le pays et le désir des entrepreneurs de s’enrichir dans les plus brefs délais», mentionne M. Yuzgec.

«Cette histoire est ensuite devenue liée à la politique au fil des ans, car les normes étaient étroitement connectées aux gouvernements en place.»

Selon M. Yuzgec, les fautes professionnelles existent à tous les niveaux, à commencer par l’entrepreneur qui utilise des matériaux de construction bon marché et fait appel à des ingénieurs et architectes inexpérimentés pour maximiser ses profits.

La responsabilité incombe ensuite à l’autorité de certification et aux superviseurs qui approuvent ces structures à risque sans procéder aux inspections nécessaires.

«Les autorités affirment que presque tous les bâtiments qui se sont effondrés étaient plus anciens et construits avant l’arrivée au pouvoir du gouvernement en place», selon M. Yuzgec.

«Pourtant, nous avons également vu de nouveaux bâtiments à plusieurs étages qui se sont effondrés comme un château de cartes parce que plusieurs d’entre eux ont bénéficié d’une amnistie controversée et ont modifié les plans de construction initiaux sans avoir à rendre de comptes.» 

Des amnisties sur les règles de construction sont fréquemment distribuées pour les bâtiments non conformes aux normes, surtout à l’approche des élections. (AFP)
Des amnisties sur les règles de construction sont fréquemment distribuées pour les bâtiments non conformes aux normes, surtout à l’approche des élections. (AFP)

«Nous devrions être en mesure de certifier les aptitudes de tous les ingénieurs et architectes lorsqu’ils sont diplômés. Ils ne devraient pas être autorisés à délivrer des permis pour les bâtiments sans avoir obtenu un certificat d’aptitude», poursuit-il.

M. Yuzgec estime que les énormes pertes en vies humaines et en infrastructures auraient pu être évitées si les autorités avaient écouté au lieu d’accuser d’alarmisme les professionnels du secteur, les scientifiques et les spécialistes de la prévention des catastrophes.

«Des villes bien planifiées et des bâtiments construits conformément aux normes de construction en vigueur auraient résisté à un tel séisme. Reconstruire les anciennes structures dans des régions à haut risque sismique conduirait à une nouvelle catastrophe», affirme-t-il.

D’après les experts, la Turquie dispose déjà d’une législation suffisante en matière de normes de construction, mais la combinaison d’une application peu rigoureuse, de pratiques de construction corrompues et d’un contrôle insuffisant rend ces lois inefficaces.

Toutes les personnes responsables de la construction, de l’inspection et de l’utilisation des bâtiments font l’objet d’une enquête, a annoncé le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag. (Photo fournie)
Toutes les personnes responsables de la construction, de l’inspection et de l’utilisation des bâtiments font l’objet d’une enquête, a annoncé le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag. (Photo fournie)

«Si la législation actuelle était appliquée correctement dans la région, avec un processus de contrôle qualifié, l’ampleur des destructions ne serait pas si élevée», explique Gencay Serter, président de la Chambre nationale des urbanistes, à Arab News

Des dizaines de personnes ont été arrêtées depuis les séismes du 6 février, accusées d’avoir violé les règles de construction. Cependant, aucune action en justice n’a encore été engagée contre les fonctionnaires qui ont approuvé la construction de ces bâtiments, ce qui a suscité un tollé général.

Sur les 612 suspects identifiés à ce jour, 184 ont été placés en détention, 55 sont en garde à vue et 214 ont été libérés sous caution, selon Bekir Bozdag, ministre turc de la Justice. Parmi les personnes arrêtées figure Okkes Kavak, le maire de Nurdagi, l’un des quartiers les plus touchés de Gaziantep. On rapporte qu’il était le constructeur de deux bâtiments qui se sont effondrés pendant les tremblements de terre.

Le ministère turc de la Justice a ordonné la création de départements d’enquête sur les crimes sismiques dans chaque ville et la nomination de procureurs chargés d’engager des poursuites pénales contre les personnes jugées responsables de l’approbation et de la construction des bâtiments en question.

Pour M. Serter, il est désormais essentiel d’identifier tous les bâtiments qui ont été approuvés et construits avant la mise en place des dernières réglementations. «Il est grand temps d’identifier chacun d’entre eux et de prendre des mesures urgentes pour les adapter aux normes de résistance aux séismes», lance-t-il.

De son côté, la Chambre des urbanistes a appelé les autorités locales à désigner des points de rassemblement clairs où le public pourra se réunir en toute sécurité en cas de séisme à l’avenir. On pense que plusieurs espaces ouverts de ce type ont été transformés en centres commerciaux ces dernières années.

«Nous devrions être en mesure de construire des villes où nous pouvons vivre pendant des siècles», a ajouté M. Serter. 

«La résistance aux tremblements de terre est certainement importante, mais nous devrions également envisager l’urbanisme d’un point de vue urbain et ne pas nous concentrer uniquement sur les bâtiments.»

 Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Dans le Kordofan soudanais, une offensive paramilitaire se profile, la ville d'El-Obeid tremble

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie. (AFP)
  • El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR)
  • La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays

Al-Ubayyid: Dans un camp de déplacés près d'El-Obeid, dans la région soudanaise du Kordofan, Agsam Hamad brave péniblement la chaleur écrasante pour aller chercher de l'eau trouble dans un puits. Déjà assiégés, les habitants vivent dans la crainte d'un assaut des paramilitaires, qui serait le plus violent à ce jour contre cette grande ville stratégique.

"Nous faisons de longues distances pour cette eau et elle est imbuvable", dit à l'AFP cette femme de 35 ans, mère de sept enfants. "Notre situation est très difficile. Nous avons besoin de nourriture et d'eau" potable.

El-Obeid est un enjeu majeur dans la guerre qui oppose depuis trois ans l'armée soudanaise aux paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR).

La ville d'un demi-million d'habitants accueille environ 100.000 réfugiés, déplacés par la violence ailleurs dans le pays.

Ces dernières semaines, elle a fait face à des attaques des FSR, les plus intenses jusqu'à présent.

Après avoir brisé un siège prolongé en février de l'année dernière, l'armée a peiné à empêcher les paramilitaires de réimposer un blocus par le biais de frappes répétées de drones contre la ville, ses infrastructures et la principale route de sortie.

De récentes attaques ont frappé la principale centrale électrique et les dépôts de carburant, plongeant des quartiers dans l'obscurité et mettant les pompes à eau hors service.

Les habitants doivent aujourd'hui s'en remettre à des camions-citernes, des puits et quelques points de distribution d'eau, ont-ils expliqué à l'AFP.

"Pouvoir et argent" 

L'ONU a alerté sur un renforcement de la présence des FSR autour de la ville avant un possible assaut terrestre, ce qui fait craindre une répétition des atrocités observées à El-Facher.

Cette ville du Darfour est tombée aux mains des paramilitaires en octobre dernier, lors d'une attaque présentant selon l'ONU les caractéristiques d'un "génocide".

D'après Nohad Eltayeb, de l'ONG basée aux Etats-Unis ACLED, des mouvements de troupes ont été observés au cours du mois passé à environ 60 kilomètres au nord, au sud et à l'ouest d'El-Obeid.

El-Obeid se trouve à un carrefour stratégique reliant des régions du centre et de l'est du Soudan contrôlées par l'armée, dont Khartoum, au Darfour sous contrôle des FSR à l'ouest.

Selon des analystes, sa prise consoliderait le contrôle des FSR sur l'ouest du Soudan et pourrait ouvrir la voie à une avancée vers la capitale.

El-Obeid abrite une division d'infanterie, une base aérienne, un oléoduc stratégique et un important marché de gomme arabique.

" La contrôler, c'est une question de pouvoir, de territoire et d'argent ", affirme l'analyste Kholood Khair.

Les combats et les restrictions ont pratiquement coupé tout accès à la ville, rendant de plus en plus difficile toute couverture indépendante.

De rares images obtenues par l'AFP dans le camp d'Al-Rahmaniyah montrent des femmes épuisées avançant sous un soleil accablant, des jerricans sur la tête après des heures passées à attendre de l'eau à un puits éloigné.

Trop fatigués 

Dans le camp, près de 200 familles s'entassent dans des abris précaires.

Des enfants traînent dans l'étroite zone d'ombre projetée par les huttes . Certains sont trop fatigués pour jouer, d'autres suivent silencieusement leur mère.

" Nous n'avons rien. Ni eau, ni nourriture, ni matelas ", lâche Waseela Mohamed, une grand-mère de 70 ans.

Les livraisons d'aide qui avaient réussi à atteindre le camp il y a plusieurs semaines se sont raréfiées.

" Les organisations humanitaires font ce qu'elles peuvent, mais les besoins sont bien plus importants ", explique un bénévole qui a requis l'anonymat.

A l'intérieur d'El-Obeid, les drones bourdonnent presque en permanence, raconte Adam Hussein - un pseudonyme.

"Nous ne savons pas ce qui se passe vraiment. Tout est en crise. Les civils et les infrastructures sont constamment pris pour cible ", a-t-il confié à l'AFP.

Au moment où il parlait, un drone s'est écrasé tout près, sans faire de victimes.

Alors que le prix de l'eau a doublé, que celui de la nourriture a augmenté jusqu'à 300 % et que les tarifs des transports ont aussi grimpé en flèche, de nombreux habitants sont désormais, de fait, "encerclés ", selon Kholood Khair.

"Boucliers humains" 

Mohamed Refaat, de l'Organisation internationale pour les migrations, a averti que la ville se rapprochait d'un siège total, les civils pouvant bientôt "ne plus être capables de partir ni de revenir".

Sans aide immédiate, les conditions pourraient "en quelques semaines" ressembler à celles observées à El-Facher, où les civils ont survécu en se nourrissant d'aliments pour animaux pendant 18  mois de siège, a-t-il prévenu.

Selon l'ONU, plus de 6. 000 personnes ont été tuées durant les trois premiers jours de sa chute.

Une source gouvernementale a indiqué à l'AFP que l'armée avait tenté de ralentir l'avancée des paramilitaires.

Une source proche des FSR a elle accusé l'armée d'utiliser des civils comme " boucliers humains ", estimant qu'ils devraient être évacués.

Bien que la composition démographique de la ville diffère de celle d'El-Facher, où les violences ont suivi des lignes ethniques, Noha Eltayeb prévient que les civils "pourraient néanmoins être confrontés à des pillages, des violences sexuelles et des attaques contre ceux accusés de soutenir l'armée".


Liban: nouvelles frappes israéliennes, le chef du Parlement enterre déjà l'accord-cadre

Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté. (AFP)
  • "Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri
  • Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région

BEYROUTH: Israël a mené dimanche de nouvelles frappes dans le sud du Liban, au surlendemain de la signature par les deux pays d'un accord-cadre visant une "paix durable", dont le chef du Parlement libanais affirme qu'il ne sera pas adopté.

"Cet accord ne sera pas adopté, et il ne sera pas mis en oeuvre dans sa forme actuelle", a dit Nabih Berri, allié du Hezbollah pro-Iran, dans un communiqué diffusé par son parti, le mouvement Amal, dénonçant un "accord de +diktats+, pas un accord qui préserve les droits du Liban".

Les bombardements rapportés par l'Agence libanaise d'information ANI (officielle) interviennent alors que la veille déjà, une série de raids israéliens avait fait un mort dans la région.

Le ministère de la Santé a en outre fait état dimanche de deux blessés après le lancement d'une grenade par "l'ennemi israélien" sur une localité du sud.

Dans un communiqué, le Hezbollah "réaffirme que ce qu'a fait l'ennemi est une violation flagrante du cessez-le-feu auquel il s'était tenu jusque-là, et qu'il surveille et recense ces violations, se réservant le droit de défendre sa patrie et son peuple".

De son côté, l'armée israélienne a affirmé cibler des combattants du Hezbollah près de ce qu'elle appelle sa "zone de sécurité".

Elle a aussi annoncé la mort d'un soldat lors de combats, portant à 38 ses pertes dans le pays voisin, où elle affronte le mouvement islamiste. L'auteur, un "terroriste du Hezbollah", a ensuite été localisé et "éliminé par les soldats", a précisé l'armée.

Tunnel détruit 

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense israéliens Israël Katz ont par ailleurs indiqué que l'armée avait détruit un long tunnel construit par le Hezbollah dans le sud du pays.

Celui-ci "s'étendait sur plus de 200 mètres et atteignait une profondeur de plus de 25 mètres, contenait des centaines d'armes ainsi que plusieurs puits de lancement destinés à frapper l'État d'Israël et ses civils", détaille un communiqué conjoint.

Le Liban a été entraîné dans le conflit début mars quand le Hezbollah a ciblé Israël en soutien à l'Iran, après l'offensive américano-israélienne sur Téhéran.

Israël a lancé en représailles de vastes frappes aériennes et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon Beyrouth.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.

Parallèlement, Israël et le Liban ont entamé des discussions directes sous l'égide de Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Et ils ont conclu vendredi un accord-cadre, qualifié d'"historique" par Benjamin Netanyahu.

Dans un entretien téléphonique avec Donald Trump, le président libanais Joseph Aoun a assuré que l'Etat "assumerait ses responsabilités" dans la mise en œuvre de l'accord, qui conditionne un retrait israélien du pays au désarmement du mouvement chiite. Une exigence de longue date que Beyrouth peine à mettre en oeuvre.

"Sédition" 

Le Hezbollah s'était déjà fermement opposé à l'accord, son député Hassan Fadlallah affirmant dès dimanche qu'il "ne serait pas appliqué".

Ce qu'ont fait les autorités "équivaut à une sédition" visant à passer "d'un conflit avec l'ennemi à un conflit interne", avait-t-il ajouté.

Dénonçant une "grave erreur", le chef du groupe Naïm Qassem avait fustigé samedi un texte "humiliant, honteux, qui représente un abandon de souveraineté", accusant les autorités libanaises de "légitimer la poursuite de l'occupation" israélienne.

Des partisans du Hezbollah ont manifesté vendredi soir et un correspondant de l'AFP a vu, sur la route de l'aéroport de Beyrouth longeant la banlieue sud, bastion du Hezbollah, des pancartes portant l'inscription "Le Liban d'abord" incendiées.

L'Iran a, lui, réitéré ses exigences d'un retrait total d'Israël.

"Notre objectif est de mettre fin à la guerre au Liban, permettre le retour des déplacés dans leurs foyers, mettre un terme à l'occupation et obtenir le retrait du régime sioniste du territoire libanais", a souligné le président du Parlement iranien et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, dans un appel avec son homologue libanais Nabih Berri.

 


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.