La Turquie peut-elle mieux reconstruire ses villes après les derniers séismes meurtriers?

Le nombre de victimes du tremblement de terre en Turquie rend l’application plus stricte des normes de construction et l’amélioration de la conception urbaine un impératif moral. (AFP)
Le nombre de victimes du tremblement de terre en Turquie rend l’application plus stricte des normes de construction et l’amélioration de la conception urbaine un impératif moral. (AFP)
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Publié le Mardi 28 février 2023

La Turquie peut-elle mieux reconstruire ses villes après les derniers séismes meurtriers?

  • Les critiques accusent les autorités turques et les entreprises de construction de ne pas avoir tiré de leçons des erreurs passées, laissant le pays mal préparé à la catastrophe malgré les risques sismiques bien connus dans la région
  • La responsabilité incombe aussi à l’autorité de certification et aux superviseurs qui approuvent ces structures à risque sans procéder aux inspections nécessaires

ANKARA: Près de trois semaines après les tremblements de terre catastrophiques qui ont secoué le sud-est de la Turquie le 6 février, la colère du public s’intensifie en raison des allégations de mauvaise application des normes de construction dans un pays dont l’économie repose depuis longtemps sur le secteur de la construction.

Aujourd’hui, le bilan s’élève à plus de 46 000 morts, ce qui en fait la pire catastrophe de l’histoire moderne de la Turquie. Toutefois, ce chiffre devrait encore augmenter étant donné que plus de 160 000 bâtiments se sont effondrés ou ont été gravement endommagés, et que de nombreuses personnes sont toujours portées disparues.

La recherche effrénée de survivants parmi les décombres a maintenant été remplacée par la recherche de réponses. Nombreux sont ceux qui se demandent aujourd’hui qui est responsable des normes de construction mal appliquées, quelles villes pourraient connaître un sort similaire lors du prochain tremblement de terre et comment éviter un bilan humain aussi lourd à l’avenir.

La situation à Istanbul, qui compte plus de 16 millions d’habitants, est particulièrement préoccupante. Située sur la faille nord-anatolienne, la ville a été touchée par un grand séisme en 1999, qui a fait plus de 17 000 morts et mis en évidence la corruption dans le secteur de la construction.

 

Dans les jours qui ont suivi les tremblements de terre du 6 février, les critiques ont accusé les autorités turques et les entreprises de construction de ne pas avoir tiré de leçons des erreurs passées, laissant le pays mal préparé à la catastrophe malgré les risques sismiques bien connus dans la région.

Lorsque Recep Tayyip Erdogan est arrivé au pouvoir en Turquie en 2002, l’une de ses promesses était de rendre les bâtiments plus sûrs. «Ce sont les bâtiments qui tuent, pas les tremblements de terre», a-t-il tweeté en 2003.

Les réglementations ont été renforcées en 2018, avec de nouvelles exigences pour un béton de haute qualité, renforcé par des barres d’acier. Cependant, de nombreux bâtiments présentant des défauts n’ont pas été correctement rénovés.

Le gouvernement a également accordé des amnisties à neuf reprises, au cours de ses vingt ans de règne, à des bâtiments qui ne respectaient pas ces normes, même dans des régions exposées aux tremblements de terre. C’était souvent le cas à l’époque des élections.

Quelque 205 000 bâtiments à Hatay et 144 000 à Kahramanmaras, dans le sud-est du pays – régions proches de l’épicentre des récents séismes – ont bénéficié d’amnisties en 2019, juste avant la tenue d’élections.

À gauche: Des sauveteurs fouillent les décombres en Turquie, pays secoué par des tremblements de terre. Des centaines de milliers de bâtiments auraient été détruits dans le sud-ouest du pays. En bas à droite: On craint que de nombreuses réglementations n’aient pas été respectées. En haut à droite: Le nombre de morts s’élève à plus de 46 000. (AFP)
À gauche: Des sauveteurs fouillent les décombres en Turquie, pays secoué par des tremblements de terre. Des centaines de milliers de bâtiments auraient été détruits dans le sud-ouest du pays. En bas à droite: On craint que de nombreuses réglementations n’aient pas été respectées. En haut à droite: Le nombre de morts s’élève à plus de 46 000. (AFP)

Pelin Pinar Giritlioglu, directrice de la branche d’Istanbul de la Chambre des urbanistes, a indiqué à Arab News que des centaines de milliers de bâtiments dans la région touchée par le séisme avaient bénéficié de la politique d’amnistie. Il en va de même pour Istanbul.

«Un séisme potentiel à Istanbul aurait malheureusement un pouvoir destructeur plus important, car la ville est densément peuplée et compte un plus grand nombre de bâtiments. Il pourrait transformer la ville en grand cimetière, car des milliers de bâtiments ont un statut incertain quant à leur résistance à un séisme», explique Mme Giritlioglu.

Une mauvaise conception urbaine, la légalisation des structures par une simple amende aux entreprises de construction sans exiger de rénovation et la mise en œuvre de plans de développement à motivation politique sans application des normes de construction ne peuvent avoir que des conséquences fatales, avertit Mme Giritlioglu.

«Les exigences de résistance aux tremblements de terre n’ont pas été recherchées, même pour les bâtiments de l’État, précise-t-elle. Les hôpitaux et les aéroports ont été construits en grande pompe le long des lignes de faille, malgré toutes les mises en garde. Ensuite, la région n’a pas reçu d’aide humanitaire en temps voulu, car le séisme a également touché les infrastructures publiques.»

Selon Mme Giritlioglu, les autorités devraient lancer dans tout le pays des projets de logements sociaux avec des bâtiments dont la résistance aux séismes peut être régulièrement contrôlée.

EN BREF

* Un séisme de magnitude 7,8 et une réplique de 7,5 quelques heures plus tard ont provoqué l’effondrement de milliers de bâtiments dans le sud de la Turquie le 6 février.

* Quelque 205 000 bâtiments à Hatay et 144 000 à Kahramanmaras, dans le sud-est du pays ont bénéficié d’amnisties en 2019, juste avant la tenue d’élections.

* En Syrie voisine, les autorités ont fait état de plus de 5 900 morts, ce qui est considéré par beaucoup comme un sous-dénombrement.

«Outre la sécurité des bâtiments, nous devrions faire en sorte que les villes soient bien préparées à tout séisme en mettant en place des chemins d’évacuation ainsi qu’en construisant des hôpitaux publics dans des zones sûres, ajoute-t-elle. Nous avons besoin de cela plutôt que de mégaprojets et de plans directeurs à motivation politique.»

Taner Yuzgec, président de la Chambre des ingénieurs en construction, a affirmé à Arab News que le fait d’accorder périodiquement des amnisties générales aux personnes qui violent les normes de construction constitue un crime. «Nous avons réitéré cet avertissement à chaque fois, mais personne ne voulait nous écouter», souligne-t-il.

En effet, une nouvelle amnistie pour les travaux de construction récents attendait l’approbation du Parlement quelques jours seulement avant que le séisme ne frappe la région. Selon un rapport du ministère de l’Environnement et de l’Urbanisation publié en 2018, plus de la moitié des bâtiments de Turquie sont considérés comme dangereux.

Un membre de la famille d’une victime brandit le drapeau national devant les décombres de bâtiments effondrés, alors que les équipes de secours recherchent des victimes et des survivants, à Kahramanmaras, le 12 février 2023. (AFP)
Un membre de la famille d’une victime brandit le drapeau national devant les décombres de bâtiments effondrés, alors que les équipes de secours recherchent des victimes et des survivants, à Kahramanmaras, le 12 février 2023. (AFP)

«L’histoire du non-respect des normes de construction par le secteur de la construction turc remonte à soixante ans et a été principalement déclenchée par une vague d’émigration intensive dans le pays et le désir des entrepreneurs de s’enrichir dans les plus brefs délais», mentionne M. Yuzgec.

«Cette histoire est ensuite devenue liée à la politique au fil des ans, car les normes étaient étroitement connectées aux gouvernements en place.»

Selon M. Yuzgec, les fautes professionnelles existent à tous les niveaux, à commencer par l’entrepreneur qui utilise des matériaux de construction bon marché et fait appel à des ingénieurs et architectes inexpérimentés pour maximiser ses profits.

La responsabilité incombe ensuite à l’autorité de certification et aux superviseurs qui approuvent ces structures à risque sans procéder aux inspections nécessaires.

«Les autorités affirment que presque tous les bâtiments qui se sont effondrés étaient plus anciens et construits avant l’arrivée au pouvoir du gouvernement en place», selon M. Yuzgec.

«Pourtant, nous avons également vu de nouveaux bâtiments à plusieurs étages qui se sont effondrés comme un château de cartes parce que plusieurs d’entre eux ont bénéficié d’une amnistie controversée et ont modifié les plans de construction initiaux sans avoir à rendre de comptes.» 

Des amnisties sur les règles de construction sont fréquemment distribuées pour les bâtiments non conformes aux normes, surtout à l’approche des élections. (AFP)
Des amnisties sur les règles de construction sont fréquemment distribuées pour les bâtiments non conformes aux normes, surtout à l’approche des élections. (AFP)

«Nous devrions être en mesure de certifier les aptitudes de tous les ingénieurs et architectes lorsqu’ils sont diplômés. Ils ne devraient pas être autorisés à délivrer des permis pour les bâtiments sans avoir obtenu un certificat d’aptitude», poursuit-il.

M. Yuzgec estime que les énormes pertes en vies humaines et en infrastructures auraient pu être évitées si les autorités avaient écouté au lieu d’accuser d’alarmisme les professionnels du secteur, les scientifiques et les spécialistes de la prévention des catastrophes.

«Des villes bien planifiées et des bâtiments construits conformément aux normes de construction en vigueur auraient résisté à un tel séisme. Reconstruire les anciennes structures dans des régions à haut risque sismique conduirait à une nouvelle catastrophe», affirme-t-il.

D’après les experts, la Turquie dispose déjà d’une législation suffisante en matière de normes de construction, mais la combinaison d’une application peu rigoureuse, de pratiques de construction corrompues et d’un contrôle insuffisant rend ces lois inefficaces.

Toutes les personnes responsables de la construction, de l’inspection et de l’utilisation des bâtiments font l’objet d’une enquête, a annoncé le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag. (Photo fournie)
Toutes les personnes responsables de la construction, de l’inspection et de l’utilisation des bâtiments font l’objet d’une enquête, a annoncé le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag. (Photo fournie)

«Si la législation actuelle était appliquée correctement dans la région, avec un processus de contrôle qualifié, l’ampleur des destructions ne serait pas si élevée», explique Gencay Serter, président de la Chambre nationale des urbanistes, à Arab News

Des dizaines de personnes ont été arrêtées depuis les séismes du 6 février, accusées d’avoir violé les règles de construction. Cependant, aucune action en justice n’a encore été engagée contre les fonctionnaires qui ont approuvé la construction de ces bâtiments, ce qui a suscité un tollé général.

Sur les 612 suspects identifiés à ce jour, 184 ont été placés en détention, 55 sont en garde à vue et 214 ont été libérés sous caution, selon Bekir Bozdag, ministre turc de la Justice. Parmi les personnes arrêtées figure Okkes Kavak, le maire de Nurdagi, l’un des quartiers les plus touchés de Gaziantep. On rapporte qu’il était le constructeur de deux bâtiments qui se sont effondrés pendant les tremblements de terre.

Le ministère turc de la Justice a ordonné la création de départements d’enquête sur les crimes sismiques dans chaque ville et la nomination de procureurs chargés d’engager des poursuites pénales contre les personnes jugées responsables de l’approbation et de la construction des bâtiments en question.

Pour M. Serter, il est désormais essentiel d’identifier tous les bâtiments qui ont été approuvés et construits avant la mise en place des dernières réglementations. «Il est grand temps d’identifier chacun d’entre eux et de prendre des mesures urgentes pour les adapter aux normes de résistance aux séismes», lance-t-il.

De son côté, la Chambre des urbanistes a appelé les autorités locales à désigner des points de rassemblement clairs où le public pourra se réunir en toute sécurité en cas de séisme à l’avenir. On pense que plusieurs espaces ouverts de ce type ont été transformés en centres commerciaux ces dernières années.

«Nous devrions être en mesure de construire des villes où nous pouvons vivre pendant des siècles», a ajouté M. Serter. 

«La résistance aux tremblements de terre est certainement importante, mais nous devrions également envisager l’urbanisme d’un point de vue urbain et ne pas nous concentrer uniquement sur les bâtiments.»

 Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


En Egypte, «la fille du bus» qui a filmé son harceleur insultée et menacée en ligne

Depuis qu'elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky essuie une vague de menaces de mort, reflet d'une société égyptienne où les victimes de harcèlement de rue se heurtent souvent à l'hostilité collective. (AFP)
Depuis qu'elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky essuie une vague de menaces de mort, reflet d'une société égyptienne où les victimes de harcèlement de rue se heurtent souvent à l'hostilité collective. (AFP)
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  • Mariam Shawky crie, mais personne n'intervient. Un passager, chapelet à la main, lui ordonne même de s'asseoir et de se taire. Un autre finit par enlacer l'homme pour le faire asseoir
  • Les images devenues virales ont, au delà de quelques mots de soutien, surtout engendré une avalanche de commentaires vindicatifs encouragés par certaines personnalités publiques

LE CAIRE: Depuis qu'elle a publié le visage de son harceleur sur les réseaux sociaux, Mariam Shawky essuie une vague de menaces de mort, reflet d'une société égyptienne où les victimes de harcèlement de rue se heurtent souvent à l'hostilité collective.

Lundi, la comédienne âgée d'une vingtaine d'années diffuse une vidéo tournée dans un bus bondé du Caire, pour dénoncer un homme qu'elle accuse de l'avoir traquée et harcelée plusieurs fois près de son lieu de travail.

"Cette fois, il est monté derrière moi dans le bus (...) et s'est permis des propos déplacés", dit sur son compte Tiktok celle que les médias ont surnommée "la fille du bus" - et qui n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Elle espère un instant être soutenue par les passagers... "mais les gens se sont rangés de son côté".

Ses images montrent des hommes au fond du bus la toiser tandis qu'elle interpelle son harceleur. Lui, sourire en coin, la traite de "poubelle" et raille sa tenue : "c'est quoi ces vêtements que tu portes?", avant de s'approcher et d'esquisser un geste violent.

Mariam Shawky crie, mais personne n'intervient. Un passager, chapelet à la main, lui ordonne même de s'asseoir et de se taire. Un autre finit par enlacer l'homme pour le faire asseoir.

"Le premier à te tuer" 

Les images devenues virales ont, au delà de quelques mots de soutien, surtout engendré une avalanche de commentaires vindicatifs encouragés par certaines personnalités publiques.

"Elle porte un piercing (...) c'est évident ce qu'elle cherche", lance le chanteur Hassan Shakosh.

"Je serai le premier à te tuer", promet un internaute. "Si on t'éliminait, personne ne te pleurerait", assène un autre.

La séquence ravive une question qui tourmente la société égyptienne depuis des années.

En 2010, le film de Mohamed Diab "Les femmes du bus 678", consacré au harcèlement en Egypte, avait fait le tour du monde. Dans une étude de l'ONU en 2013, 99,3 % des Egyptiennes disaient avoir enduré au moins une forme de harcèlement, plus de 80 % être régulièrement importunées dans les transports.

La même année, de vastes manifestations contre les violences sexuelles avaient secoué la capitale égyptienne. En 2014, une loi punissant le harcèlement de rue a été adoptée.

Mais depuis, les changements sont peu visibles. L'application de la loi de 2014 reste opaque - les autorités n'ont jamais donné de chiffres de condamnations.

En 2022, l'affaire de l'assassinat filmé de Nayera Achraf, une étudiante tuée par un homme dont elle avait repoussé les avances, avait révolté, et là aussi saturé les réseaux sociaux. Le coupable avait été condamné à mort et exécuté.

A l'époque, "certains exigeaient sa libération", rappelle Nadeen Ashraf, activiste égyptienne pour les droits des femmes.

"Réputation de l'Egypte" 

Dans le cas de "la fille du bus", les autorités ont réagi - même si la société d'autobus a nié tout incident dans un communiqué rediffusé par le ministère des Transports.

Au lendemain de la publication de Mariam Shawky, "l'individu apparaissant dans les vidéos a pu être identifié et interpellé", a annoncé le ministère de l'Intérieur.

"Confronté aux faits", il "a nié avoir commis l'infraction ou avoir rencontré auparavant la victime".

Selon la presse locale, il a été relâché sous caution de 1.000 livres égyptiennes (environ 17 euros), avant d'être détenu à nouveau pour une affaire antérieure de détournement de fonds.

Son avocat a demandé une expertise psychiatrique de la jeune femme. "La réputation de l'Egypte a été salie", a accusé Me Ali Fayez sur Facebook. Ces images disent "au monde entier qu'il y a des harceleurs en Égypte, et que les hommes égyptiens encouragent le harcèlement, le défendent et se taisent".

L'affaire révèle surtout "un problème systémique et structurel" ; un délit "comme celui-ci n'est jamais pris au sérieux", note Nadeen Ashraf pour l'AFP.

Et sa "première justification est toujours liée à l'apparence des femmes".

Elle porte le voile ? "On dira que ses vêtements sont trop serrés". Elle n'en porte pas ? "On parlera de ses cheveux". Et "même si elle est en niqab", on critiquera "son maquillage" aux yeux, énumère-t-elle. "Il y aura toujours quelque chose".


Soudan : le ministre de la Défense qualifie de faux un « document des services de renseignement » après l’attaque d’un convoi

Ministre soudanais de la Défense, le général Hassan Kabroun. (Photo AN)
Ministre soudanais de la Défense, le général Hassan Kabroun. (Photo AN)
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  • Le général Hassan Kabroun affirme à Arab News que les accusations selon lesquelles l’armée aurait dissimulé des armes dans un convoi d’aide sont « totalement fausses »

RIYAD : Le ministre soudanais de la Défense a fermement démenti des informations attribuées aux services de renseignement soudanais, selon lesquelles un convoi ciblé au Kordofan du Nord transportait secrètement des armes sous couvert d’aide humanitaire.

Le général Hassan Kabroun a qualifié ces accusations de « fausses » et a estimé qu’il s’agissait d’une tentative de détourner l’attention de ce qu’il a décrit comme un crime commis par une milice.

La controverse a éclaté après la publication d’articles affirmant qu’un document attribué au Service général de renseignement du Soudan soutenait que le convoi frappé vendredi à Al-Rahad n’était pas une mission purement humanitaire, mais transportait en réalité « des armes et des munitions de haute qualité » destinées à des unités des Forces armées soudanaises opérant dans l’État.

Le rapport alléguait en outre que le convoi avait été présenté comme humanitaire afin d’obtenir un passage sûr à travers les zones de conflit, et que les Forces de soutien rapide (RSF) l’avaient détruit après avoir recueilli des renseignements sur son itinéraire et sa cargaison.

Kabroun a catégoriquement rejeté cette version des faits.

« Tout d’abord, nous tenons à souligner que cette information est fausse », a-t-il déclaré à Arab News. « Même le titre évoquant la sécurité de régions telles qu’Al-Dabbah n’est pas un titre que l’armée utiliserait. »

Il a qualifié le document de fabrication à motivation politique, affirmant qu’il visait à « couvrir le crime odieux qu’ils ont commis ».

Le ministre a assuré que la zone visée par des drones est entièrement sous le contrôle des Forces armées soudanaises et ne nécessite aucun transport militaire clandestin.

« Deuxièmement, nous confirmons que la région ciblée par les drones est contrôlée par l’armée et parfaitement sûre », a déclaré Kabroun. « Il n’est pas nécessaire d’y transporter du matériel militaire en utilisant des convois humanitaires comme couverture, car il s’agit d’une zone sécurisée sous contrôle de l’armée, qui dispose de capacités importantes pour acheminer l’aide humanitaire. »

Selon lui, l’armée soudanaise possède les capacités logistiques et les itinéraires sécurisés nécessaires pour déplacer du matériel ouvertement lorsque cela est requis.

« L’armée est professionnelle et n’a pas besoin d’acheminer quoi que ce soit à Kadugli ou Dalang à bord de convois d’aide », a-t-il affirmé. « La route entre Dalang et Kadugli est ouverte. Les forces soudanaises ont emprunté cette route pour entrer et prendre le contrôle de la région. La route est ouverte et, chaque fois que des camions militaires doivent livrer du matériel, ils peuvent le faire sans recourir à une quelconque forme de camouflage. »

Kabroun a également rejeté toute suggestion selon laquelle l’armée utiliserait des opérations humanitaires comme couverture.

« L’aide est transportée par des véhicules humanitaires dédiés vers les zones qui en ont besoin », a-t-il précisé. « L’aide n’est pas transportée par l’armée. L’armée et les services de sécurité n’interfèrent pas du tout avec les efforts de secours et n’escortent même pas les convois. »

Il a souligné que les Forces armées soudanaises maintiennent une séparation institutionnelle claire entre les opérations militaires et le travail humanitaire, en particulier dans le contexte de la crise que traverse le pays.

« Ce sont des accusations mensongères », a-t-il déclaré. « Cette fausse information vise à couvrir le crime odieux qu’ils ont commis. »

Le Soudan est en proie au conflit depuis avril 2023, lorsque des combats ont éclaté entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide, plongeant le pays dans ce que les Nations unies ont qualifié de l’une des pires catastrophes humanitaires au monde.

La dernière controverse autour du convoi intervient alors que les combats s’intensifient au Kordofan du Sud, région stratégique reliant le centre du Soudan aux zones contestées du Darfour et du Nil Bleu.

Le faux rapport suggérait que la surveillance des services de renseignement avait permis aux RSF de frapper ce qu’elles décrivaient comme un convoi militaire déguisé en aide humanitaire. Mais Kabroun a rejeté catégoriquement cette version.

« Les services de renseignement connaissent parfaitement leurs responsabilités », a-t-il affirmé. « L’armée soudanaise dispose de suffisamment d’armes et d’équipements pour ses opérations. Ces accusations sont totalement fausses. »

Il a estimé que le récit diffusé visait à détourner la responsabilité des attaques contre des infrastructures civiles et des mouvements humanitaires.

« Cela montre qu’ils cherchent à dissimuler les atrocités », a-t-il ajouté, en référence à la milice.

Kabroun a soutenu que l’armée a repris l’initiative sur plusieurs fronts et demeure pleinement capable de poursuivre ses opérations sans recourir à la tromperie.

« La région est sécurisée, les routes sont ouvertes et l’armée n’a pas besoin de camouflage », a-t-il conclu. « Nous opérons de manière professionnelle et transparente. »

« Ces accusations sont totalement fausses », a-t-il insisté. « L’armée soudanaise n’utilise pas de convois humanitaires à des fins militaires. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le président somalien à Asharq Al-Awsat: Travailler avec des partenaires de l'Arabie saoudite pour annuler la reconnaissance du Somaliland par Israël

 Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman rencontre le président somalien Hassan Sheikh Mohamud. (File/SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman rencontre le président somalien Hassan Sheikh Mohamud. (File/SPA)
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  • M. Mohamud a souligné que l'unité de la Somalie est une "ligne rouge", ajoutant que Mogadiscio a pris des positions fermes pour protéger la souveraineté nationale
  • S'adressant à Asharq Al-Awsat, M. Mohamud a déclaré que son gouvernement agissait en étroite coordination avec ses partenaires, dont l'Arabie saoudite, pour préserver la stabilité et protéger la Corne de l'Afrique

RIYAD: Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud a dévoilé une stratégie politique et juridique à trois volets pour annuler ce qu'il a décrit comme une reconnaissance israélienne de la région sécessionniste du Somaliland, avertissant qu'une telle décision menace la souveraineté de la Somalie et la stabilité régionale.

S'adressant à Asharq Al-Awsat, M. Mohamud a déclaré que son gouvernement agissait en étroite coordination avec ses partenaires, dont l'Arabie saoudite, pour préserver la stabilité et protéger la Corne de l'Afrique de ce qu'il a qualifié d'"escalade irréfléchie".

Sans nommer de pays en particulier, le dirigeant somalien a déclaré que certains États de la région pourraient voir dans la reconnaissance israélienne une occasion de poursuivre "des intérêts étroits et à court terme au détriment de l'unité de la Somalie et de la stabilité régionale".

"Je ne souhaite pas nommer un ou plusieurs pays en particulier", a-t-il déclaré. "Mais il est clair que certains pourraient considérer cette reconnaissance comme une occasion de réaliser des gains limités.

Il a souligné que l'unité de la Somalie était une "ligne rouge", ajoutant que Mogadiscio avait adopté des positions fermes pour protéger la souveraineté nationale. "Nous mettons en garde contre le risque d'être induits en erreur par l'aventurisme israélien imprudent", a-t-il déclaré.

Trois étapes parallèles

M. Mohamud faisait référence à la reconnaissance, annoncée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, de la République autoproclamée du Somaliland en tant qu'État indépendant.

"J'affirme avec la plus grande clarté et fermeté que toute reconnaissance du Somaliland en tant qu'État indépendant constitue une violation flagrante de la souveraineté et de l'unité de la République fédérale de Somalie", a-t-il déclaré.

Il a qualifié cette démarche de grave violation du droit international, de la charte des Nations unies et des résolutions de l'Union africaine qui prônent le respect des frontières héritées de l'Afrique.

Sur cette base, la Somalie a adopté et continuera à appliquer trois mesures parallèles, a-t-il révélé.

La première consiste en une action diplomatique immédiate par l'intermédiaire des Nations unies, de l'Union africaine et de l'Organisation de la coopération islamique afin de rejeter et d'invalider juridiquement et politiquement cette reconnaissance.

M. Mohamud a déclaré que la Somalie avait demandé et obtenu une session formelle du Conseil de sécurité des Nations unies pour traiter ce qu'il a qualifié de "violation israélienne flagrante" de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de la Somalie.

Cette session, a-t-il ajouté, constitue une victoire diplomatique importante pour Mogadiscio, compte tenu notamment du fait que la Somalie est actuellement membre du Conseil.

Il a exprimé sa "profonde gratitude" pour les déclarations de solidarité et de condamnation émises par l'Union africaine, la Ligue arabe, l'OCI, le Conseil de coopération du Golfe, l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et l'Union européenne, entre autres.

La deuxième étape consiste à coordonner une position arabe, islamique et africaine unifiée. M. Mohamud a félicité l'Arabie saoudite pour avoir été l'une des premières à publier une déclaration claire rejetant toute atteinte à l'unité de la Somalie.

Il a déclaré que la position saoudienne reflétait l'engagement de longue date du Royaume en faveur de la souveraineté de l'État et de l'intégrité territoriale, renforcé par le soutien "ferme et de principe" du cabinet saoudien à la Somalie dans ce qu'il a décrit comme un moment délicat.

La troisième étape est axée sur le renforcement du dialogue national interne afin d'aborder les questions politiques dans le cadre d'un État somalien unique, à l'abri de toute ingérence ou de tout diktat extérieur.

Sécurité régionale

M. Mohamud a prévenu que si rien n'était fait, la reconnaissance pourrait créer un "dangereux précédent et compromettre la paix et la sécurité régionales et internationales".

Il a ajouté que cela pourrait encourager les mouvements séparatistes non seulement dans la Corne de l'Afrique, mais aussi dans toute l'Afrique et le monde arabe, citant les développements dans des pays tels que le Soudan et le Yémen comme preuve du coût élevé de la fragmentation de l'État.

"Il s'agit d'une artère maritime mondiale vitale et d'un élément essentiel de la sécurité nationale arabe", a-t-il déclaré en faisant référence à la mer Rouge.

"Toute tension politique ou sécuritaire le long de la côte somalienne affectera directement le commerce international et la sécurité énergétique.

Il a ajouté que l'instabilité aurait des répercussions sur les États riverains de la mer Rouge, en particulier l'Arabie saoudite, l'Égypte, le Soudan, l'Érythrée, le Yémen et la Jordanie. "Préserver l'unité de la Somalie est la pierre angulaire de la sécurité collective de la mer Rouge", a-t-il déclaré.

Point d'appui stratégique

M. Mohamud a affirmé que l'objectif d'Israël allait au-delà de la reconnaissance politique.

"Nous pensons que l'objectif va au-delà d'un geste politique", a-t-il déclaré à Asharq Al-Awsat. "Il comprend la recherche d'un point d'appui stratégique dans la Corne de l'Afrique, près de la mer Rouge, permettant d'exercer une influence sur le détroit de Bab al-Mandeb et menaçant la sécurité nationale des États riverains de la mer Rouge.

Il a décrit cette initiative comme un test de la détermination somalienne, arabe et africaine sur les questions de souveraineté et d'unité territoriale, soulignant que l'opposition de la Somalie à la sécession est une position nationale de principe et durable largement soutenue dans les mondes arabe et africain, "en premier lieu par l'Arabie saoudite".

Il a rejeté toute tentative visant à faire de la Somalie un champ de bataille pour les rivalités régionales ou internationales. "Nous ne permettrons pas que la Somalie devienne une arène pour le règlement de conflits qui ne servent pas les intérêts de notre peuple ou la sécurité de notre région", a-t-il déclaré.

Liens avec l'Arabie saoudite

En ce qui concerne les relations entre l'Arabie saoudite et la Somalie, M. Mohamud a décrit le partenariat comme étant "profondément enraciné et stratégique, enraciné dans une histoire et une religion partagées et dans une destinée commune". L'Arabie saoudite, a-t-il déclaré, "reste un partenaire central dans le soutien à la stabilité, à la reconstruction et au développement de la Somalie, ainsi qu'à la sécurité de la mer Rouge".

Il a exprimé son admiration pour la Vision 2030 de l'Arabie saoudite et les gains économiques et de développement réalisés sous la direction du Gardien des deux saintes mosquées, le roi Salman bin Abdulaziz, et du prince Mohammed bin Salman, prince héritier et Premier ministre.

Interrogé sur la récente décision du Cabinet saoudien rejetant toute tentative de diviser la Somalie, M. Mohamud a déclaré que le gouvernement fédéral l'avait reçue avec "beaucoup d'appréciation et de soulagement."

Selon lui, cette position prolonge le soutien historique du Royaume à l'unité territoriale et à la souveraineté de la Somalie, renforce la stabilité régionale et envoie un message important à la communauté internationale sur la nécessité de respecter la souveraineté des États et de s'abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures.