La saga du FSO Safer touche à sa fin avec le lancement d'une opération de transfert de son pétrole

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Publié le Dimanche 04 juin 2023

La saga du FSO Safer touche à sa fin avec le lancement d'une opération de transfert de son pétrole

  • Un transporteur de brut accoste près d'un navire endommagé au large de la côte de la mer Rouge du Yémen pour entamer une mission de récupération complexe
  • Les responsables de l'ONU estiment que les progrès de l'opération sont une bonne nouvelle pour les populations, l'environnement et l'idée de multilatéralisme

NEW YORK: Sauf complications, le transfert du brut du FSO Safer, un navire de stockage de pétrole endommagé au large de la côte de la mer Rouge du Yémen, sera achevé d'ici 10 à 14 jours, selon David Gressly, coordinateur résident des Nations Unies pour le Yémen.

S'exprimant par vidéoconférence à bord du Ndeavor, un transporteur de brut récemment acheté par l'ONU pour ses opérations, Gressly a déclaré que 14 millions de dollars américains (1 dollar américain = 0,93 euro) supplémentaires étaient nécessaires «immédiatement» ainsi qu’un total restant de 29 millions de dollars pour achever l'opération et éliminer la menace écologique.

Le Ndeavor a quitté Djibouti lundi et a accosté au port yéménite d'Al-Hodeïda avant de se rendre mardi à l'amarrage au large du Safer, où il entamera le délicat processus d'enlèvement de 1,1 million de barils de pétrole, qui risquent fort de se déverser dans la mer.

Une fois que cette bombe à retardement écologique aura été sécurisée, sauvant les écosystèmes de la mer Rouge et les communautés de pêcheurs le long de la côte d'un désastre presque certain, le Ndeavor remorquera le Safer jusqu'à un cour de récupération verte.

Achim Steiner, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement, qui dirige l'opération dans le cadre d'une initiative coordonnée par les Nations unies, a indiqué qu'il s'agit d'un «jour très spécial et d'une étape vraiment cruciale pour ceux qui suivent la saga du FSO Safer depuis des années».

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Le navire de soutien Ndeavor en route vers la mer Rouge après que le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et Boskalis ont signé le contrat pour que la filiale SMIT Salvage transfère 1,1 million de barils de pétrole du FSO Safer endommagé vers un navire de remplacement (Photo fournie).

L'arrivée du Ndeavor n'est «qu'une étape supplémentaire dans une opération complexe très critique, mais c'est un grand signal à la fois pour la population et la planète, au Yémen, en mer Rouge, mais aussi pour cette idée du multilatéralisme que les Nations unies illustre vraiment et qui symbolise la prise de mesures préventives», a précisé Steiner mercredi.

«Rien ne peut illustrer de manière plus radicale ce que signifie empêcher une telle catastrophe de se produire. Et ce, pour une fraction du coût que représenterait le nettoyage d'une marée noire de cette ampleur.»

Le Safer, fabriqué depuis 47 ans, a été peu ou pas entretenu depuis le début de la guerre au Yémen en 2015 et s'est tellement détérioré que les experts craignent qu'il ne présente un risque imminent de fuite, d'incendie ou d'explosion.

Les Nations unies ont prévenu que la marée noire pourrait être quatre fois plus importante que la catastrophe de l'Exxon Valdez survenue en 1989 au large des côtes de l'Alaska, qui est considérée comme la pire marée noire au monde en termes de dommages environnementaux.

Les experts estiment qu'une fuite importante du Safer pourrait gravement endommager les écosystèmes de la mer Rouge, dont dépendent environ 30 millions de personnes pour vivre, dont 1,6 million de Yéménites, selon les Nations unies.

Un tel déversement dévasterait les pêcheries le long de la côte ouest du Yémen et détruirait les moyens de subsistance des communautés de pêcheurs, dont beaucoup dépendent déjà de l'aide humanitaire pour survivre à cause de la guerre.

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Le personnel d'un navire autorisé à décharger le pétrole du navire endommagé FSO Safer est photographié au large de Ras Issa, au Yémen, avant le début d'une opération menée par les Nations Unies afin d’éviter une marée noire en mer Rouge (Photo, AFP).

Un déversement pourrait également perturber la navigation commerciale sur la mer Rouge, l'une des voies navigables les plus fréquentées au monde, qui représente 10% de l'ensemble du commerce mondial, et pourrait avoir des conséquences négatives pour les pays riverains, notamment l'Arabie saoudite, Djibouti et l'Érythrée.

Si un incendie se déclarait à bord du navire rouillé, plus de 8,4 millions de personnes pourraient être exposées à des polluants toxiques.

L'opération de sauvetage a été divisée en deux phases. Dans un premier temps, le pétrole sera transféré sur un pétrolier de remplacement, le Nautica, avant d'être acheminé vers une installation de stockage permanente jusqu'à ce que la situation politique au Yémen permette de le vendre ou de le transporter ailleurs.

Bien que l'arrivée du Ndeavor sur le site du Safer marque une étape importante, Gressly s'est empressé de dire qu'il ne s'agit que de «la première étape des opérations», ajoutant qu'il restait encore de nombreuses étapes à franchir avant que les travaux ne soient terminés.

«Nous devons préparer le Safer pour le transfert du pétrole et amener le nouveau navire pour recevoir le pétrole», a-t-il signalé lors de la conférence de presse de mercredi.

«Nous devons détacher l'ancien navire, le remorquer pour le mettre à la ferraille, puis apporter une pièce qui servira à attacher le nouveau navire à l'oléoduc. Tant que ces quatre éléments ne seront pas terminés, nous ne disposerons pas d'un stockage de pétrole entièrement sécurisé ni d'une protection de l'environnement.»

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Le navire FSO Safer endommagé est amarré au large de Ras Issa avant le début d'une opération menée par l'ONU pour le décharger, en mer Rouge (Photo, AFP).

Gressly a souligné «l'environnement très instable dans lequel nous travaillons, sur le plan politique et sécuritaire», ajoutant qu'il serait «naïf de croire que nous pourrons faire tout cela sans le moindre accroc ou obstacle».

Toutefois, «nous avons jusqu'à présent été en mesure de surmonter tous les obstacles qui se sont présentés à nous», a-t-il expliqué, en remerciant le gouvernement yéménite pour son soutien.

«Même si les parties au Yémen sont en conflit, le fait qu'elles considèrent que le danger est plus grand et qu'elles sont plus convaincues de contribuer à ce projet en y consacrant 5 millions de dollars de leur propre budget montre, d’après moi, que tout le monde peut s'unir pour faire face à une menace commune», a-t-il indiqué.

Gressly a remercié l'Arabie saoudite, les Pays-Bas, l'Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Union européenne et 19 autres pays pour leurs contributions. Il a également remercié Djibouti d'avoir accueilli l'opération, diverses entreprises ayant contribué à l'effort des Nations unies et la «contribution très importante des autorités égyptiennes du canal de Suez, qui ont assuré le libre passage du Ndeavor».

En effet, pour en arriver là, le chemin a été extrêmement long et semé d'embûches politiques et financières. «Souvent, les gens se demandent pourquoi cela prend autant de temps», a déclaré Steiner.

 

EN CHIFFRES

* 1,1 million de barils de pétrole stockés à bord du FSO Safer.

* 114 millions de dollars américains = Fond collecté par l'ONU pour l'opération de sauvetage.

* 29 millions de dollars américains nécessaires à l'achèvement de l'opération.

* 30 millions de personnes susceptibles d'être affectées par une fuite.

 

«Permettez-moi de vous dire qu'avec l'arrivée du Ndeavor, nous avons entamé un processus extraordinairement intense pour essayer tout d'abord, dans le cadre des négociations menées par David Gressly au Yémen avec toutes les parties concernées, de créer les conditions et un accord dans le cadre desquels nous pourrions effectivement organiser une telle opération de sauvetage», a souligné Steiner.

L'équipe a ensuite organiser «une importante opération de collecte de fonds qui nous a permis, à l'heure actuelle, d'obtenir la quasi-totalité du financement — le coût total des deux phases ou des deux parties de cette opération s'élève à environ 142 millions de dollars.

«Pour la phase d'urgence, qui consiste littéralement à transférer le pétrole du FSO Safer, il nous manque encore 14 millions de dollars, et c'est quelque chose que nous essayons désespérément d'obtenir dans les prochains jours afin de pouvoir achever cette phase.

«Nous devions également acquérir un grand navire qui est essentiellement construit pour le transport du pétrole, et sur le marché actuel, cela s'est avéré presque impossible. Les prix ont doublé et les navires ne sont pas disponibles.»

«Nous avons finalement réussi à nous en procurer un et à l'acheter, même si nous ne savions pas encore si nous pourrions obtenir tous les fonds nécessaires.»

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À gauche: Achim Steiner, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement ; à droite: David Gressly, coordinateur résident des Nations unies pour le Yémen (Photo fournie).

Afin de trouver les fonds nécessaires, «des mesures préparatoires énormes et complexes ont dû être prises au cours des derniers mois, depuis la recherche d'un courtier maritime, d'avocats maritimes, d'experts en marée noire, jusqu'à l'élaboration de plans d'urgence, de plans de sécurité et la négociation de polices d'assurance», a expliqué Steiner.

Il a ajouté: «En fait, nous n'avons terminé que vendredi soir à minuit la négociation de la police d'assurance nécessaire, ce qui nous a permis de donner immédiatement le signal pour que le Ndeavor parte tôt le lundi matin au lever du soleil de Djibouti et arrive le mardi.»

Interrogé par Arab News sur les raisons pour lesquelles la somme relativement modeste nécessaire à l'opération de sauvetage s'est avérée si difficile à réunir, Steiner a répondu: «Il y a certainement, dans le monde de l'entreprise et dans les secteurs du transport maritime, du pétrole et du gaz, des moments extraordinaires de rentabilité. Et je crois que c'est l'une des raisons pour lesquelles nous espérions également que le pas en avant serait plus important.»

«Cela dit, l'Association internationale des producteurs de pétrole et de gaz s'est engagée à verser 10 millions de dollars et nous sommes en train de faire des appels téléphoniques. Demandant aux chefs d'entreprise: ‘Allez, il faut combler ce manque tout de suite.’ Même des écoliers du Maryland ont fait des dons. Ce serait vraiment ironique et une occasion manquée de ne pas s'engager.»

Ce n'est pas seulement la question du financement qui a retardé l'opération. Depuis des années, la milice Houthie, qui contrôle des zones entières du Yémen, dont Al-Hodeïda, provoque des retards, empêchant les experts d'évaluer l'état du Safer et d'effectuer les réparations d'urgence.

La milice a, à plusieurs reprises, formulé de nouvelles demandes portant sur la logistique et les dispositions en matière de sécurité.

«Nous comprenons que de nombreux États membres, en particulier les donateurs du projet, sont extrêmement préoccupés par ces nouveaux retards. Nous partageons bien sûr ces inquiétudes», a déclaré Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, lors d'un point de presse en 2021.

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Le navire de soutien Ndeavor en route vers la mer Rouge après que le PNUD et Boskalis ont signé le contrat pour que la filiale SMIT Salvage transfère 1,1 million de barils de pétrole du FSO Safer endommagé vers un navire de remplacement. (Photo fournie).

Frustré n'est pas le bon mot pour décrire ce que ressentent les négociateurs, avait-il alerté à l'époque, avant d'ajouter: «Je pense que l'expression ‘inquiétude accrue’ est la bonne.»

«Cela fait deux ans que nous en parlons. Par la grâce de Dieu, il n'y a pas eu de fuite importante. Plus nous attendons, plus les risques d'une fuite importante augmentent. Le temps ne joue en faveur de personne», a prévenu Dujarric.

Gressly affirme que depuis que les Houthis ont signé un accord avec l'ONU en mars 2022, ils coopèrent. «Je suis convaincu qu'ils continueront à honorer cet accord», a-t-il déclaré à Arab News.

Bien que les Houthis ne participent pas à la mise en œuvre directe des opérations, ils sont impliqués «dans la sécurisation du périmètre. Ils participent aux discussions avec nous sur la manière de procéder. Ils sont également très impliqués dans les détails.»

«Au cours des dernières semaines, nous avons travaillé en détail avec eux pour passer en revue chacune des étapes afin qu'ils soient à l'aise avec tout. Ils ont également leurs propres experts techniques. Une bonne expertise, en fait, tant à Aden qu'à Sanaa.»

Gressly a rendu hommage à l'équipage — «probablement mal payé et mal soutenu» — qui a maintenu le Safer à flot, au cours des dernières années. 

Il a soutenu: «En fait, nous avons rencontré l'un d'entre eux aujourd'hui. Je me devais de le féliciter, car il est l'un des héros méconnus du FSO Safer. En effet, c'est lui qui a maintenu le navire à flot pendant que nous cherchions comment organiser ce type de sauvetage.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Yémen : l’aide vitale de 346 millions de dollars accordée par l’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
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  • Un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens vise les salaires, les pénuries de liquidités et la stabilité de l’État à un moment charnière pour le gouvernement d’Aden
  • Le soutien économique renforce la dynamique des réformes et positionne la sécurité comme fondement du redressement à long terme du Yémen

​​​​​​LONDRES : Lorsque Riyad a annoncé mercredi un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens (346,6 millions de dollars) pour soutenir le budget du gouvernement yéménite, les salaires et les coûts opérationnels, il s’agissait de bien plus qu’un simple geste financier. Cela réaffirmait une doctrine constante : la diplomatie par la stabilisation économique.

L’engagement militaire et humanitaire de l’Arabie saoudite au Yémen attire depuis longtemps l’attention internationale. Pourtant, son rôle économique — à travers un soutien budgétaire direct, des dépôts et de vastes projets de développement — a été tout aussi central dans l’orientation du fragile chemin du pays vers la reprise.

Cette dernière aide traduit la conviction de Riyad que la stabilité budgétaire est le socle d’un progrès politique et sécuritaire durable.

Le Royaume a déployé de nombreuses initiatives économiques et humanitaires ces dernières années.

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Des soldats gouvernementaux circulent à l’arrière d’un pick-up dans la ville portuaire de Mukalla, sur la mer d’Arabie. (Reuters/File)

Le projet Masam, programme de déminage financé par l’Arabie saoudite et lancé en juin 2018 sous l’égide de KSrelief en partenariat avec le Centre exécutif yéménite de lutte antimines, a permis de neutraliser plus de 450 000 engins explosifs.

En septembre 2025, KSrelief et l’agence des Nations unies pour les migrations, Organisation internationale pour les migrations (OIM), ont lancé deux projets d’un montant total de 4,45 millions de dollars : l’un remplaçant l’acheminement coûteux d’eau par camion à Ma’rib par des systèmes d’approvisionnement permanents, l’autre réhabilitant des établissements scolaires à Aden, Lahj et Taëz pour les communautés affectées par le conflit.

Cela s’appuie sur le portefeuille du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen (SDRPY), qui comprend des centaines de projets d’infrastructure couvrant l’éducation, la santé, l’eau, l’énergie, les transports, l’agriculture, la pêche et le renforcement des capacités institutionnelles, offrant une bouée de sauvetage à des millions de personnes au cœur de ce que l’ONU qualifie souvent de pire crise humanitaire au monde.

Cependant, cette orientation, impulsée par les dirigeants saoudiens et mise en œuvre par le SDRPY, intervient à un tournant pour la gouvernance yéménite.

Fraîchement remanié à la suite de récents changements à sa tête, le pays fait face à de graves tensions économiques. Les institutions publiques sont confrontées à de sévères pénuries de liquidités et à des arriérés de salaires qui menacent d’éroder la confiance déjà fragile envers l’État.

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Des habitants se promènent dans le marché traditionnel de Mukalla, dans le Hadramout, au Yémen. (Reuters/File)

Le programme du SDRPY vise à renforcer la stabilité économique, financière et monétaire, à améliorer les capacités gouvernementales, la gouvernance et la transparence, et à donner au secteur privé les moyens de stimuler une croissance durable.

Avec un produit intérieur brut de seulement 19 à 20 milliards de dollars, classé environ au 125e rang mondial, ce plan entend relancer une économie yéménite exsangue et briser le cercle vicieux où l’effondrement alimente la dépendance à l’aide, rendant l’État quasiment ingouvernable.

« Il ne fait aucun doute que le récent soutien saoudien au gouvernement yéménite intervient à un moment important, après la formation du nouveau gouvernement dirigé par le Dr Shaea Al-Zandani et son retour dans la capitale provisoire Aden pour gérer les affaires depuis l’intérieur du pays », a déclaré l’analyste du Golfe Abdulhadi Al-Habtoor à Arab News.

« Comme l’a annoncé le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, ce soutien vise à couvrir les dépenses opérationnelles et les salaires, répondant aux besoins urgents du gouvernement yéménite.

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Un Yéménite déplacé pose pour un portrait avec ses filles dans leur abri à l’intérieur d’un camp à Marib, au Yémen. (Reuters/File)

« À mon avis, cette aide permettra également au gouvernement de poursuivre les réformes économiques engagées récemment, en mettant l’accent sur la transparence, la lutte contre la corruption et l’unification des recettes de l’État sous l’autorité de la banque centrale yéménite. »

La masse salariale publique du Yémen — pilier vital de toute société — s’est presque effondrée. Enseignants, soldats, personnels médicaux et fonctionnaires dans les zones contrôlées par le gouvernement ont passé des mois sans être payés.

Même lorsque les salaires sont versés, la forte dépréciation du rial yéménite en a érodé la valeur, contraignant les familles à emprunter, vendre leurs biens ou sauter des repas pour survivre.

Sur le plan économique, le programme cible le défi structurel le plus grave du Yémen : l’incapacité à rémunérer régulièrement environ un demi-million de fonctionnaires.

Des responsables saoudiens ont indiqué que les fonds soutiendront le volet salarial du budget yéménite, garantiront des décaissements réguliers et poseront les bases d’une stabilité financière à long terme.

« Le Yémen demeure la priorité régionale numéro un de l’Arabie saoudite », a affirmé Salman Al-Ansari, chercheur saoudien en géopolitique, à Arab News. « L’Arabie saoudite est le principal partenaire humanitaire et de développement du Yémen dans le monde, ayant fourni plus de 20 milliards de dollars d’aide au cours de la dernière décennie.

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KSrelief distribue 390 bons d’habillement dans la province de Lahj, au Yémen. (KSrelief)

« Plus de deux millions de Yéménites vivent et travaillent dans le Royaume, reflétant les liens humains profonds entre nos peuples. Le paiement des salaires à nos frères et sœurs au Yémen n’est qu’un volet d’un engagement saoudien plus large visant à aider les Yéménites à reconstruire leur vie et à restaurer la stabilité. »

Les implications dépassent la seule question des salaires. En injectant des liquidités dans les différentes régions du Yémen, le programme vise à restaurer le pouvoir d’achat, stabiliser les revenus des ménages et raviver la confiance dans les marchés locaux.

À terme, cela pourrait relancer les petites entreprises, renforcer les chaînes d’approvisionnement et affaiblir les économies parallèles contrôlées par des milices et des réseaux informels — apportant un semblant de normalité à un pays où le désespoir semblait omniprésent.

« Il ne faut pas oublier que ce soutien saoudien intervient après les récents événements dans l’est du Yémen (Hadramout et Al-Mahra) et les troubles provoqués par le Conseil de transition du Sud avant sa dissolution — des développements qui ont eu un impact négatif sur les conditions de vie des habitants », a ajouté Al-Habtoor.

« Ce dernier soutien devrait rétablir la normalité dans les provinces libérées, renforcer l’unité des rangs du gouvernement légitime et consolider les efforts pour faire face au groupe terroriste houthi, qui contrôle toujours la capitale yéménite, Sanaa. »

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De la fumée s’élève après une frappe aérienne de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite dans le port sudiste de Mukalla, au Yémen. (SABAA/Reuters)

L’approche de Riyad se distingue par sa continuité.

Depuis 2012, l’Arabie saoudite a injecté environ 12,6 milliards de dollars d’aide économique au Yémen — sous forme de dépôts à la banque centrale, de transferts monétaires et de subventions directes — afin d’éviter un effondrement budgétaire et de freiner la spirale inflationniste qui a sapé la gouvernance locale.

Cette aide s’inscrit dans le récit régional central du Royaume : sécurité et développement sont indissociables.

Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, a récemment souligné que le soutien de Riyad « incarne l’engagement du Royaume à renforcer la sécurité et la stabilité et à contribuer à bâtir un avenir meilleur pour le Yémen et son peuple ».

Cette logique façonne une grande partie de la stratégie actuelle de l’Arabie saoudite au Yémen : privilégier une réhabilitation économique progressive — via un soutien en liquidités et des projets ciblés — plutôt que de vastes promesses de reconstruction.

La déclaration du ministère de la Défense en janvier indiquant que l’Arabie saoudite avait lancé 28 projets de développement d’une valeur de 1,9 milliard de riyals dans des secteurs clés tels que la santé, l’énergie et l’éducation a consolidé cette approche intégrée : stabiliser les services essentiels tout en redynamisant les infrastructures publiques.

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Un projet du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen. (SDRPY)

Au Yémen, de telles mesures revêtent un poids social et politique profond. Des salaires réguliers et un financement opérationnel signalent une forme de légitimité, maintenant les employés publics liés à l’appareil d’État et empêchant l’érosion de la gouvernance.

Dans un paysage longtemps marqué par l’autorité fragmentée, la continuité financière devient un acte simple mais essentiel de construction étatique.

Les critiques soulignent toutefois que l’ampleur des besoins dépasse largement le montant de l’aide. L’économie yéménite — fonctionnant à une fraction de sa capacité d’avant-guerre, confrontée aux blocages des exportations pétrolières, aux flambées inflationnistes et à la baisse du soutien des donateurs — devrait se contracter de 1,5 % en termes réels en 2025 et demeure institutionnellement divisée.

Cependant, du point de vue de Riyad, la stabilisation à court terme doit précéder le changement structurel, une philosophie qui fait écho à ses propres doctrines économiques internes, où les marges budgétaires ouvrent la voie à la diversification.

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Une clinique médicale mobile de KSrelief à Hajjah, au Yémen. (KSrelief)

Le soutien de 346 millions de dollars agit ainsi sur deux fronts étroitement liés : une bouée humanitaire pour des millions de personnes confrontées à l’insécurité salariale, et une ancre géopolitique préservant la souveraineté du Yémen face à un effondrement supplémentaire.

Les analystes y voient une diplomatie calibrée : moins une aide transactionnelle qu’un leadership soutenu dans un voisinage volatil vital pour les intérêts saoudiens.

Alors que le Yémen entame une nouvelle année d’incertitudes, le dernier soutien de l’Arabie saoudite ne résoudra peut-être pas la crise, mais il réaffirme un principe devenu central dans la politique étrangère de Riyad : l’endurance économique est la pierre angulaire de la sécurité.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Echange de 86 détenus entre Damas et des factions druzes à Soueïda

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
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  • Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile
  • Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas"

SYRIE: Le gouvernement syrien et des factions druzes de la province méridionale de Soueïda ont procédé jeudi à un échange de 86 détenus, a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Ces hommes étaient détenus depuis les violences meurtrières survenues à l'été 2025 dans ce bastion des druzes, une minorité arabophone professant une foi issue d'un islam hétérodoxe.

Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile.

Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas".

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange.

A un point de contrôle de la localité d'Al-Mtouna, dans le nord de la province et sous contrôle gouvernemental, une équipe de l'AFP a vu deux bus transportant des détenus en provenance de la prison d'Adra, près de Damas.

Escortés par les forces syriennes et le CICR, ils ont pris la route de Soueïda, accompagnés d'une ambulance et d'un véhicule de la Croix-Rouge.

Peu après, un bus transportant des membres des forces de sécurité et de l'armée détenus par la Garde nationale - faction armée druze de Soueïda - est arrivé.

Le chef du CICR en Syrie, Stephan Sakalian, a dit espérer que l'opération ouvre la voie à d'autres libérations et à un dialogue sur le sort des personnes portées disparues depuis les violences de juillet.

Des affrontements avaient alors opposé combattants druzes et bédouins sunnites avant l'intervention des forces de sécurité et de tribus venues d'autres régions pour prêter main forte aux bédouins.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ces violences ont fait plus de 2.000 morts, dont 789 civils druzes. Elles ont été marquées par des exactions et des exécutions sommaires visant cette minorité, d'après des témoignages de survivants et des ONG.

Après la fin de l'échange, Tarek al-Maghoush, chargé du dossier au sein de la Garde nationale, a parlé de négociations indirectes "difficiles".

Le porte-parole de la Garde nationale, Talal Amer, a déclaré à l'AFP que les négociations s'étaient déroulées via les Etats-Unis et "sous la supervision" d'Israël, pays qu'il a remercié pour son "soutien total" lors des violences.

En 2025, Israël, où vivent plus de 150.000 druzes, était intervenu en Syrie en bombardant les forces gouvernementales au nom de la défense de la communauté druze dans le pays voisin.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 20 juillet, mais la situation demeure tendue et l'accès à Soueïda difficile.

Des habitants accusent le gouvernement d'imposer un siège aux zones hors de son contrôle, qui accueillent des dizaines de milliers de déplacés, ce que dément Damas. Plusieurs convois d'aide ont toutefois pu entrer depuis.


Israël vise à imposer «un changement démographique permanent» en Cisjordanie et à Gaza, selon l'ONU

Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
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  • "Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève
  • Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens

GENEVE: Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk.

"Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève.

Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens.

"Les forces de sécurité israéliennes continuent à faire un usage non nécessaire et disproportionné de la force" en Cisjordanie, a ajouté M. Türk.

Les violences ont flambé en Cisjordanie occupée depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

M. Türk a indiqué que, selon des chiffres vérifiés par son bureau, 1.020 Palestiniens avaient été tués depuis cette date "par les forces de sécurité israéliennes" en Cisjordanie.

Pendant la même période, 45 Israéliens, y compris des soldats, ont été tués lors d'attaques palestiniennes, selon les chiffres officiels israéliens.

Le gouvernement israélien a annoncé depuis le début février une série de mesures visant à renforcer son contrôle sur la Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, en facilitant notamment l'achat de terre par des Israéliens.

Ces mesures ont suscité de nombreuses condamnations à l'international. Une haute responsable de l'ONU a estimé qu'elles équivalaient à une "annexion progressive de facto".

Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme a par ailleurs souligné que depuis le début du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, le 10 octobre 2025, "des attaques israéliennes ont tué plus de 600 Palestiniens et en ont blessé plus de 1.600, selon le ministère palestinien de la Santé" de ce territoire.

"N'importe où ailleurs, cela serait considéré comme une crise majeure", a-t-il affirmé.

La quasi-totalité des plus de deux millions d'habitants de Gaza ont été déplacés au moins une fois depuis le début de la guerre, qui a réduit en ruines une grande partie du territoire.

"L'intensification des attaques, la destruction méthodique de quartiers entiers, (...) le refus d'apporter une aide humanitaire (...) conjugués aux transferts forcés qui semblent viser à un déplacement permanent, suscitent des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique à Gaza et en Cisjordanie", avait écrit le Haut-Commissariat dans un rapport la semaine dernière.