Comment les initiatives environnementales saoudiennes rétablissent l’équilibre naturel

Saudi Aramco a planté plus de 4,3 millions d’arbres de mangrove sur des sites situés le long des côtes du golfe Persique et de la mer Rouge (Photo, SGI).
Saudi Aramco a planté plus de 4,3 millions d’arbres de mangrove sur des sites situés le long des côtes du golfe Persique et de la mer Rouge (Photo, SGI).
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Publié le Lundi 05 juin 2023

Comment les initiatives environnementales saoudiennes rétablissent l’équilibre naturel

  • La Journée mondiale de l’environnement révème les progrès réalisés par l'Arabie saoudite pour porter le nombre de ses habitats protégés à 30% d’ici 2030
  • Des initiatives telles que l’Initiative verte saoudienne offrent une feuille de route pour la réhabilitation des espèces menacées et la protection des habitats vulnérables

DJEDDAH: Des siècles d’abus aux mains des hommes ont mis à l’épreuve le cycle naturel de biodiversité de la planète. En cette Journée mondiale de l’environnement, les gouvernements œuvrent afin de rétablir l’équilibre, y compris l’Arabie saoudite, un pays dont l’environnement naturel est l’un des plus rudes et des plus divers de la planète.

Presque tous les organismes vivent dans des environnements modifiés, à un degré ou un autre, par les activités humaines, causant la perte d’habitats, la mise en danger d’espèces, la pollution, etc. Le rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) sue les forêts du monde en 2022 indique qu’ «alors que la fenêtre d’action se rétrécit, et que la croissance de la population et les aspirations imposent de nouvelles demandes aux ressources physiques, il semble évident que les écosystèmes naturels sont des actifs vitaux qui doivent être restaurés, entretenus et gérés de manière durable».

Menée par le Programme des Nations unies pour l’environnement depuis sa création en 1973, la Journée mondiale de l’environnement, la plate-forme la plus influente en matière de sensibilisation à l’environnement, rappelle les problèmes et les défis auxquels le monde est confronté, et des millions de personnes s’engagent à protéger la planète.

La conservation, «l’entretien et la préservation des ressources naturelles» ne constituent pas un phénomène récent, bien qu’ils aient été négligés et ignorés jusqu’au XXIe siècle et jusqu’à ce que les dures réalités du changement climatique deviennent plus évidentes, faisant de l’élaboration de politiques environnementales une tâche de plus en plus urgente.

L’Initiative verte saoudienne (SGI), un plan national ambitieux visant à combattre le changement climatique, a été lancée en 2021 (Photo, SGI).

Ce défi s’est souvent avéré difficile à relever. Conscients des conséquences de l’inaction, des campagnes intenses et déterminées ont été menées pour faire avancer la tâche complexe consistant à définir des objectifs à long terme à une époque où la nature est agressée, pour publier des lignes directrices et des lois entraînant de profonds changements dans l’infrastructure environnementale et pour promouvoir la protection et la conservation de l’environnement.

En 2021, l’Initiative verte saoudienne (SGI) a été lancée, un plan national ambitieux visant à combattre le changement climatique, à améliorer la qualité de vie et à protéger la planète pour les générations futures. Elle a utilisé le terme «conservation» en regroupant des initiatives telles que la protection de l’environnement, la transition énergétique, les programmes de durabilité et bien d’autres encore. En moins de deux ans, il est devenu un message central dans tous les projets ambitieux, les objectifs environnementaux des entreprises et les objectifs de responsabilité sociale.

Projets ambitieux

Dans le cadre de la SGI, l’Arabie saoudite s’est engagée à protéger 30% de ses zones terrestres et marines d’ici à 2030. Ses objectifs sont clairs : réduction des émissions, reboisement et protection des terres et des mers, avec 77 initiatives activées. À ce jour, 66 000 km2 de terres et de mers sont protégés, plus de 1 200 animaux ont été réintroduits dans la nature et environ 17% des terres et des mers du Royaume sont protégées.

Les écosystèmes, en particulier leurs composantes vivantes, ont toujours fourni le capital nécessaire pour alimenter les économies humaines, une notion qui se concrétise en Arabie saoudite où les efforts de conservation et les projets de développement vont main dans la main.

Le giga-projet phare du Royaume, Neom, est considéré comme l’un des projets les plus ambitieux, le développement durable faisant partie de ses valeurs fondamentales.

Bien qu’il n’existe aucune définition pratique universellement acceptable du développement durable, le concept a évolué pour englober trois points de vue importants : économique, social et environnemental.

L’économie est principalement axée sur l’amélioration du bien-être humain, le domaine environnemental se concentre sur la protection de l’intégrité et de la résilience des systèmes écologiques, et le domaine social met l’accent sur l’enrichissement de la vie et des réalisations humaines et sur le renforcement des valeurs et des institutions.

EN CHIFFRES

  • Plus de 1 200 animaux en voie d’extinction réintroduits dans la nature sur 15 sites saoudiens.
  • Fonds de 25 millions de dollars (1 dollar américain = 0,93 euro) pour les efforts de conservation du léopard d’Arabie, gravement menacé d’extinction.
  • Remise en état de 8 millions d’hectares de terres dégradées d'ici à 2030.
  • Plantation de 600 millions d’arbres d'ici à 2030.
  • 10 milliards d’arbres plantés équivalent à la réhabilitation de 40 millions d’hectares de terres dégradées.
  • 16% de zones terrestres et 5,5% de zones marines protégées.

S’adressant à Arab News, le Dr Paul Marshall, directeur de Nature Region, a indiqué que Neom s’est lancée dans une mission de conservation ambitieuse et innovante comprenant le «reverdissement» et le réensauvagement, tout en consacrant 95% du projet à la nature, sur une superficie de 26 500 km2

Pour le «reverdissement», Neom plante de la végétation indigène et réduit la pression exercée sur le paysage par le bétail, ce qui permettra de protéger et d’inverser la dégradation des terres en plantant 100 millions d’arbustes, d’arbres et d’autres plantes d'ici à 2030. Jusqu’à ce jour, plus de 100 000 plantes ont été mises en terre, et plus d’un million d’arbres, d’arbustes et d’herbes seront plantés d’ici fin 2030.

Le ré-ensauvagement consiste à réintroduire des espèces autrefois indigènes dans la région, mais qui ont depuis décliné. Dans un premier temps, les espèces indigènes seront réintroduites dans de vastes zones closes et, au fur et à mesure, lorsque le paysage se rétablira et que le nombre d’animaux augmentera, les clôtures seront retirées.

«La première saison de reproduction de la réserve naturelle Neom est un indicateur précoce de la réussite du projet de réensauvagement. En étroite collaboration avec notre partenaire, le National Center for Wildlife, le premier lâcher d’animaux indigènes dans notre réserve a eu lieu fin 2022 avec des troupeaux de bouquetins de Nubie, de gazelles des sables d’Arabie, de gazelles de montagne et d’oryx d’Arabie réintroduits avec succès. Le deuxième lâcher de 10 autruches à cou rouge et de 40 gazelles des sables a eu lieu au début du mois de mars de cette année. Nous avons déjà obtenu d’excellents résultats, avec 146 bébés nés au cours de la première saison de reproduction», a déclaré Marshall.

Une gazelle des sables d’Arabie lâchée dans la réserve naturelle Neom en décembre 2022 (Photo, Neom).

Il s’agit d’un véritable défi, parce que trois éléments sont incorporés dans la modélisation de la distribution des animaux de Neom. «Le premier consiste à évaluer les zones immédiatement accessibles afin de garantir un environnement sain et sûr pour le lâcher, le deuxième à analyser les contraintes de dispersion potentielles et le troisième à simuler la dispersion dans le temps», a-t-il déclaré.

«Pour ce faire, nous travaillons en collaboration avec l’équipe chargée du rétablissement des plantes afin de déterminer où se trouveront les sources de nourriture potentielles de nos animaux. Cela nous aide à modéliser les schémas de dispersion probables et nous permet de tracer la régénération de la réserve.

«En ce qui concerne la nécessité d’un changement pour protéger certaines espèces, je pense qu’il convient de dire qu’il y a un siècle, si nous avions les outils, les connaissances, l’expertise et la capacité que nous avons maintenant, le bouquetin de Nubie, la gazelle des sables d’Arabie, la gazelle de montagne et l’oryx d’Arabie n’auraient jamais disparu de la région et seraient au contraire en train de prospérer dans un écosystème dynamique, riche et autosuffisant. C’est ainsi que nous envisageons la terre de Neom et c’est ce pour quoi nous œuvrons.

Dans une déclaration faite à Arab News dimanche, Neom a indiqué que «le nombre total de bébés nés pendant la saison de reproduction est de 31, dont 23 gazelles des sables et huit bouquetins (de Nubie). Le nombre total d’animaux dans la réserve naturelle Neom s’élève maintenant à 146».

L’oryx d’Arabie lâché dans la réserve naturelle Neom en décembre 2022 – la première fois depuis plus d’un siècle que l’espèce foule le sable de cette région (Photo, Neom).

L’Arabie saoudite compte 15 zones protégées gérées par le National Center for Wildlife, dont plusieurs réserves royales et réserves naturelles gérées par d’autres autorités, qui abritent plus de 10 000 espèces d’animaux, près de 500 espèces d’oiseaux, plus de 1 800 espèces de poissons, de baleines et de dauphins, 330 espèces de récifs coralliens, et bien d’autres encore, selon le NCW.

Un enjeu vital

À l’instar de la conservation des terres, la préservation marine est considérée comme l’une des questions scientifiques les plus urgentes au monde. Vue de l’espace, la Terre est un point bleu pâle recouvert de plus de 70% d’eau.

Selon l’Unesco, l’océan fonctionne comme un système de survie pour notre «planète bleue», régulant le climat à l’échelle mondiale et produisant plus de la moitié de l’oxygène que nous respirons. Malgré cela, l’humanité a maltraité ces océans vitaux au point qu’environ 40% des écosystèmes marins ont été endommagés.

Nichée dans l’une des lagunes de la mer Rouge, l’université du roi Abdallah pour la science et la technologie (KAUST) considère l’étendue d’eau qui l’entoure comme son laboratoire le plus grand et le plus unique, et comme l’un des atouts stratégiques les plus vitaux du Royaume.

Récifs coralliens dans la mer Rouge (Photo fournie).

Considérée comme l’une des mers les plus salées et les plus chaudes, elle donne un aperçu des contraintes environnementales auxquelles le reste des mers du monde sera confronté dans un avenir proche, a déclaré à Arab News Michael Berumen, directeur du Centre de recherche de la mer Rouge de la KAUST.

«La vie marine de la mer Rouge s’est adaptée à ces conditions difficiles et nous cherchons à comprendre les mécanismes qui facilitent cette adaptation, depuis les gènes et les génomes jusqu’aux comportements et aux physiologies uniques.

«La gestion prudente des écosystèmes de la mer Rouge est fondamentale pour la conservation et pour garantir que ce trésor national reste aussi sain que possible pour les générations à venir. Une attention particulière a été accordée à l’amélioration de la gestion de la pêche et des capacités de restauration de l’habitat. La faculté du Centre de recherche de la mer Rouge travaille en étroite collaboration avec l’Initiative de restauration des paysages coralliens de la KAUST sur l’île de Shushah, sans doute le programme de restauration corallienne le plus ambitieux au monde», a déclaré le professeur Berumen.

«Les enseignements tirés de la mer Rouge peuvent être transposés dans de nombreuses autres régions du monde. Conformément aux objectifs éducatifs de la KAUST, le Centre de recherche de la mer Rouge facilite la formation et l’éducation des futurs leaders dans le domaine des sciences de la mer en apportant un soutien aux étudiants et aux post-doctorants», a-t-il ajouté.

Vue d’ensemble des plantes sur l’eau et de bateaux au loin sur la côte des mangroves (Photo fournie).

La population mondiale s’accroît, avec une augmentation estimée à près de 2 milliards de personnes au cours des trente prochaines années, pour atteindre 9,7 milliards d’ici 2050. La tendance est à la migration vers les villes.

D’ici 2050, on prévoit que plus des deux tiers de la population mondiale, soit près de 7 milliards de personnes, vivront dans des zones urbaines. Une controverse de longue date entoure cependant la mesure dans laquelle la croissance démographique entraîne une dégradation de l’environnement.

Les trajectoires historiques, les politiques locales et les préférences culturelles influent sur la compacité ou la dispersion des zones résidentielles. «Ce qu’il faut, ce sont des solutions qui permettent de protéger et de restaurer la nature, et non de la gâcher par le développement humain et l’urbanisation croissante», a déclaré Marshall.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Des pourparlers entre Israël et le Liban prévus la semaine prochaine à Washington

Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
Des secouristes libanais déblayent les décombres jeudi sur le site d’une frappe aérienne israélienne qui a visé un immeuble la veille à Beyrouth. (AFP)
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  • Des négociations inédites entre le Liban et Israël sont prévues à Washington, mais restent fragiles en raison des désaccords (cessez-le-feu exigé par le Liban, rejet du Hezbollah)
  • La situation demeure tendue avec la poursuite des frappes israéliennes au Liban malgré les appels internationaux à la retenue, menaçant la trêve régionale

JERUSALEM: Des pourparlers entre le Liban et Israël sont prévus la semaine prochaine à Washington, a dit un responsable américain jeudi, après des frappes meurtrières de l'armée israélienne sur le pays voisin qui font peser un risque sur la trêve précaire conclue entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer que le département d'Etat accueillera une réunion la semaine prochaine pour discuter des négociations de cessez-le-feu avec Israël et le Liban", a dit ce responsable à l'AFP sous couvert de l'anonymat.

Après un appel à la retenue de Donald Trump, Benjamin Netanyahu a annoncé jeudi avoir ordonné à son cabinet d'engager des "négociations directes" avec le Liban.

Selon le Premier ministre israélien, ces négociations, inédites depuis des décennies, "porteront sur le désarmement du Hezbollah" et sur "l'établissement de relations de paix" entre les deux pays, toujours techniquement en état de guerre.

Le Liban veut cependant "un cessez-le-feu avant tout début de négociations", a déclaré à l'AFP un responsable libanais requérant l'anonymat.

De son côté le Hezbollah pro-iranien a rejeté toute négociation directe entre le Liban et Israël, appelant au "retrait israélien" du sud du pays.

- Retenue -

Benjamin Netanyahu a toutefois averti auparavant que les frappes contre le Hezbollah se poursuivraient pour rétablir la "sécurité pour les habitants du nord" d'Israël.

Dans la soirée, l'armée israélienne a annoncé ainsi avoir commencé à frapper des "sites de tir" du Hezbollah au Liban.

Après deux jours de cessez-le-feu, la communauté internationale redoute que celui-ci ne soit compromis par la poursuite de la campagne israélienne au Liban.

A Beyrouth, l'heure était encore à la recherche de victimes après les frappes menées simultanément par Israël sur plusieurs régions mercredi, qui ont fait plus de 300 morts et un millier de blessés.

Dans le quartier résidentiel d'Ain el Mreisseh, proche de la mer, des corps gisent encore sous l'amas de pierres et de métal d'où émergent, ici un bulletin de notes, là une peluche.

"Regardez, ce sont des cahiers, des cours, des livres! Où est le Hezbollah ici?" s'est insurgé Khaled Salam, sur place.

Donald Trump a confirmé jeudi à NBC News avoir plaidé la retenue auprès de Benjamin Netanyahu, après que le site d'information Axios a fait part d'échanges téléphoniques mercredi entre les deux hommes et l'émissaire américain Steve Witkoff.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a lui jugé "inacceptable" la poursuite des attaques d'Israël contre le Liban lors d'une tournée dans le Golfe.

- Obstacles -

Le Pakistan, médiateur dans le conflit, avait relevé en annonçant le cessez-le-feu que celui-ci s'appliquait "partout, y compris au Liban" -- ce que démentent Israël et Washington.

Le pays doit accueillir à partir de vendredi des négociations entre Iraniens et Américains, ces dernières étant menées par le vice-président JD Vance.

Mais avant même le début des négociations, les obstacles s'amoncellent, d'autant plus après le message sur X du ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, qui a qualifié Israël de "diabolique" et de "malédiction sur l'humanité", l'accusant de commettre un génocide au Liban.

Un message que les services du Premier ministre israélien ont qualifié de "honteux".

"Ce ne sont pas des déclarations qui peuvent être tolérées de la part de n'importe quel gouvernement, particulièrement d'un qui se revendique comme médiateur neutre pour la paix", ont-ils répondu sur X.

Auprès de NBC News, Donald Trump s'est dit "très optimiste" sur la possibilité de conclure un accord de paix, malgré l'écart entre les positions des deux pays.

- "Mauvais boulot" -

Le chef de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique a lui exclu d'emblée toute restriction du programme d'enrichissement d'uranium de son pays, une demande fondamentale des Etats-Unis et d'Israël qui accusent l'Iran de vouloir se doter de la bombe atomique - ce que Téhéran nie.

Un pétrolier non-iranien, le premier depuis le cessez-le-feu, a franchi jeudi le détroit d'Ormuz, dont la réouverture était une condition du cessez-le-feu.

Mais le trafic via cette voie maritime essentielle au commerce mondial est encore loin d'un retour à la normale, et Donald Trump a mis en garde l'Iran jeudi contre toute volonté de mettre en place un péage.

Le président américain a fait état dans un message sur sa plateforme Truth Social "d'informations selon lesquelles l'Iran fait payer des frais aux pétroliers traversant le détroit d'Ormuz".

"Ils ont intérêt à ne pas le faire, et si c'est le cas, ils feraient mieux d'arrêter maintenant!", a-t-il ajouté, accusant l'Iran de faire "vraiment du mauvais boulot, indigne certains diraient, pour permettre au pétrole de traverser le détroit d'Ormuz".


« Le Hezbollah doit choisir entre le Liban et l’Iran », affirme Jean-Yves Le Drian

Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
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  • Les frappes massives sur Beyrouth marquent une escalade majeure malgré une trêve censée s’appliquer à toute la région
  • Jean-Yves Le Drian met en avant la coopération étroite entre la France et l’Arabie saoudite en matière de sécurité régionale, illustrée par des échanges réguliers au plus haut niveau entre le président français et le prince héritier saoudien

DUBAÏ : Au lendemain de frappes israéliennes inédite sur Beyrouth, la communauté internationale s’inquiète d’une nouvelle phase d’escalade au Proche-Orient. En dix minutes, une centaine de frappes ont visé la capitale libanaise, sans avertissement, causant des centaines de morts et de blessés.

Pour Jean-Yves Le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères, la violence de l’attaque marque un seuil critique, lors d’un entretien accordé à Arab News en français.

Il évoque « un carnage effrayant » et juge ces frappes « intolérable[s] », rappelant qu’elles interviennent alors même qu’une trêve venait d’être acceptée par les principales parties, notamment les États-Unis et l’Iran.

Au cœur de la crise, la trêve apparaît à la fois essentielle et déjà compromise. Selon l’ancien ministre, celle-ci est « claire dans ses principes, sans ambiguïté, et devait s’appliquer à l’ensemble de la région, incluant le Liban ».

Mais la poursuite des opérations militaires en vide largement la portée. En frappant Beyrouth, Israël agit, selon lui, à rebours de la dynamique diplomatique qui avait permis l’instauration de ce cessez-le-feu. Une contradiction qui rend la situation « extrêmement grave » et alimente une méfiance généralisée entre les acteurs.

Dans ce contexte, le Liban apparaît comme un théâtre secondaire d’un affrontement régional qui le dépasse. Jean-Yves Le Drian insiste sur ce point : les combats se poursuivent sur le sol libanais alors même que les protagonistes principaux ne sont pas directement liés au pays.

Cette situation met en péril des éléments fondamentaux de l’État libanais. « Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est l'intégrité et la souveraineté du Liban », souligne-t-il, décrivant un pays pris au piège d’une confrontation extérieure.

Malgré ses failles, la trêve reste, selon lui, une nécessité stratégique. Elle devait permettre de stopper une spirale jugée « inacceptable », tant pour la stabilité régionale que pour l’économie mondiale.

Mais sa fragilité est évidente. « Chacun suspecte l'autre de mensonge, de mauvaise interprétation ou de cacher son jeu », explique M. Le Drian, ajoutant que la poursuite des frappes sur le Liban empêche toute stabilisation réelle.

Dans cette crise, Jean-Yves Le Drian désigne clairement le rôle du Hezbollah, qu’il considère comme à l’origine de l’engrenage initial des frappes contre Israël, en lien avec l’Iran. Mais il dénonce simultanément la riposte israélienne, qu’il juge « complètement disproportionnée ».

Cette dynamique crée une situation paradoxale : loin d’affaiblir le Hezbollah, l’intensification des frappes pourrait renforcer son influence.

« L'aggravation des tensions aujourd'hui et l'aggravation du conflit renforcent indirectement le rôle du Hezbollah qui est en train de s'ériger en protecteur de la nation », ajoute M. Le Drian.

C’est dans ce contexte qu’il formule une mise en garde centrale : « Il faut que le Hezbollah choisisse ou c'est le Liban, ou c'est l'Iran. Il n'y a pas d'alternative. » Un choix qu’il espère voir tranché en faveur de l’État libanais, notamment par une partie de la population chiite.

Il souligne toutefois que le Liban dispose aujourd’hui d’un « gouvernement de qualité », qu’il décrit comme responsable et engagé dans le renforcement de l’État. Celui-ci a notamment affirmé que « seul l'État a le monopole des armes ».

Mais « ce gouvernement est aujourd'hui en difficulté face à l'aggravation de la crise », explique M. Le Drian, insistant sur la nécessité de le soutenir, notamment par les partenaires internationaux et les pays du Golfe.

Malgré l’intensité des combats, une voie politique demeure envisageable. Le gouvernement libanais a récemment proposé l’ouverture de discussions directes avec Israël, une initiative que Jean-Yves Le Drian qualifie d’effort « considérable ».

Il y voit une opportunité rare, estimant que cette initiative pourrait constituer un tournant si elle était saisie. Dans un contexte où la guerre ne produit pas de solution durable, il insiste sur la nécessité de redonner toute sa place à la négociation.

Les pays du Golfe apparaissent également comme des acteurs clés dans cette tentative de désescalade. Indirectement affectés par le conflit, ils ont soutenu les efforts de médiation.

« Il y a eu une offre de négociation […] avec le soutien de plusieurs pays du Golfe, en particulier avec le soutien de l'Arabie saoudite », explique M. Le Drian. 

Depuis le début de la crise, la France continue à soutenir l’Arabie saoudite dans sa défense, souligne M. le Drian. « Nous aidons les Saoudiens à assurer leur propre sécurité et le président français parle très souvent avec Son Altesse le prince héritier pour travailler dans cette direction-là », ajoute-t-il, insistant sur la continuité du dialogue franco-saoudien sur les questions de sécurité régionale. 

Pour Jean-Yves Le Drian, cette implication ouvre la voie à une redéfinition plus large de la sécurité régionale, fondée sur « une sécurité collective ».

Concernant les opérations israéliennes dans le sud du Liban, M. Le Drian met en garde : « toute intervention d'occupation de la part d'Israël sur le Liban est contraire au droit international. »

Il rappelle que les précédentes opérations de ce type ont favorisé le renforcement du Hezbollah, une dynamique qu’il estime à ne pas reproduire.

Au-delà des enjeux stratégiques, la situation humanitaire se dégrade rapidement. « L'intervention israélienne a mis sur la rue quasiment un million de déplacés qui aujourd'hui survivent », explique M. Le Drian.

Jean-Yves Le Drian alerte sur le risque d’une aggravation rapide, avec des conséquences potentiellement graves pour la cohésion interne du pays.

Face à cette crise, la France maintient son engagement. Elle soutient les forces armées libanaises, notamment par la livraison récente de véhicules blindés, et poursuit son action humanitaire.

L’objectif est clair : renforcer l’État libanais dans ses fonctions régaliennes, en particulier sa capacité à assurer le monopole de la force.

Pour Jean-Yves Le Drian, la poursuite du conflit ne peut mener qu’à une impasse. Tous les acteurs en sont conscients, estime-t-il, ce qui rend d’autant plus urgente la reprise des discussions.

Il réaffirme la nécessité d’une solution diplomatique : « La France a toujours considéré qu'il fallait régler les conflits par la voie de la négociation. »

Les paramètres d’un accord existent déjà : « C'est sur la table, il faut en discuter. »

Dans ce contexte, il élargit la réflexion aux enjeux régionaux et internationaux, en particulier la liberté de circulation maritime. « La libre circulation maritime dans le détroit d'Ormuz est essentielle », explique-t-il, avertissant que toute perturbation engendre « des difficultés considérables pour l'économie mondiale ».

Il souligne enfin que des initiatives sont déjà envisagées pour sécuriser cette zone stratégique, notamment par des dispositifs d’escorte maritime, une fois la désescalade suffisamment engagée. À cet égard, le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, ont permis de mobiliser un ensemble de pays volontaires pour accompagner la sécurisation du trafic maritime dans le Golfe.

Dans une région sous tension, le Liban apparaît ainsi à un moment décisif de son histoire — entre effondrement et sortie de crise par la diplomatie, sur fond d’équilibres régionaux et économiques encore fragiles.


Le prince héritier saoudien et le Premier ministre britannique discutent des développements régionaux

Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
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Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
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Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
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  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré le Premier ministre britannique Keir Starmer pour renforcer la coopération stratégique entre leurs deux pays
  • Les discussions ont porté sur les enjeux régionaux, avec un soutien commun à la stabilité et à un cessez-le-feu durable, notamment concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz

RIYAD : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu mercredi à Djeddah le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Au cours de la rencontre, ils ont passé en revue les relations entre leurs deux pays et examiné les moyens de renforcer davantage leur partenariat stratégique dans divers domaines.

Ils ont également abordé les derniers développements régionaux et internationaux, notamment les évolutions dans la région ainsi que leurs implications en matière de sécurité et d’économie.

Les deux parties ont affirmé leur soutien à tous les efforts visant à renforcer la sécurité et la stabilité de la région. Plusieurs questions d’intérêt commun ont également été discutées.

Keir Starmer est arrivé dans le Royaume plus tôt dans la journée, où il a été accueilli à l’aéroport de Djeddah par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, selon des photos diffusées par l’Agence de presse saoudienne.

Lors de sa visite, Starmer a salué le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, tout en soulignant qu’il restait « beaucoup de travail à faire » pour garantir sa pérennité.

« Il reste également beaucoup à faire concernant le détroit d’Ormuz, qui a un impact à l’échelle mondiale », a-t-il ajouté. 

À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, a rapporté l’Agence de presse saoudienne. Les ambassadeurs respectifs des deux pays étaient également présents.

*Avec SPA, Reuters 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com