Vague d’attentats: Les raisons du maintien de Daech en Syrie

Lors de la deuxième semaine d’août, le groupe terroriste Daech a mené plusieurs attaques contre des soldats du régime syrien (Photo fournie).
Lors de la deuxième semaine d’août, le groupe terroriste Daech a mené plusieurs attaques contre des soldats du régime syrien (Photo fournie).
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Publié le Jeudi 24 août 2023

Vague d’attentats: Les raisons du maintien de Daech en Syrie

  • Daech a mené des milliers d’attaques contre des cibles militaires et civiles depuis sa défaite territoriale en 2019
  • Selon les experts, le groupe terroriste a exploité la géographie et le conflit plus large pour maintenir une présence continue

QAMICHLI, Syrie: Lors de la deuxième semaine d’août, le groupe terroriste Daech a mené plusieurs attaques contre des soldats du régime syrien dans les gouvernorats de Raqqa et de Deir Ezzor, faisant des dizaines de morts et davantage de blessés.

Les attaques dans les régions centrales et orientales de la Syrie ne cessant d’augmenter en fréquence et en gravité, certains pourraient se demander si le groupe a vraiment été éliminé lorsque sa défaite a été annoncée en 2019.

Le samedi 23 mars 2019 a été un moment de joie pour les hommes et les femmes des Forces démocratiques syriennes (FDS), la force multiethnique soutenue par les États-Unis qui a mené la guerre terrestre contre Daech en Syrie, ainsi que pour les habitants des régions autonomes du nord et de l’est de la Syrie.

De Manbij à Kobani, de Raqqa à Hasakah et Qamichli, les rues des villes du nord-est de la Syrie étaient remplies de personnes de tous horizons célébrant la défaite finale de Daech lors de la bataille de Baghouz.

Des combattants de Daech paradent dans les rues de Raqqa, en juillet 2014 (Photo, AFP).

Ils étaient loin de se douter que malgré la perte de territoires, le groupe continuerait à maintenir des bases à l’intérieur et à l’extérieur du pays, qu’il utilise toujours pour mener des opérations en Syrie.

«Daech utilise différents cadres pour poursuivre son idéologie extrémiste», a déclaré à Arab News Sardar Mullah Darwich, journaliste kurde syrien et directeur du réseau Aso News.

Le groupe «s’appuie sur des cellules disséminées dans différentes zones des gouvernorats de Raqqa, Deir Ezzor et du sud de Hasakah, et en particulier dans la Badia, où elles se trouvent dans des zones qui ne sont pas entièrement contrôlées par la coalition, les FDS, ou même les forces armées du régime et d’autres forces militaires», a-t-il déclaré.

Darwich a ajouté que Daech se maintient grâce à l’extorsion financière, en menaçant les résidents riches et ceux qui travaillent avec des ONG internationales ou locales. Il a ajouté que l’utilisation de motos et du voile noir connu sous le nom de niqab sont deux moyens par lesquels le groupe tente de se camoufler parmi les civils.

Un enfant près d’un mur criblé de balles à Raqqa, dans le nord de la Syrie (Photo, AFP).

Daech mène des attaques à la fois contre les zones tenues par le régime et contre les régions tenues par les FDS. Selon Darwich, ces attaques sont des tentatives «pour montrer une présence et une force continues».

La nature divisée de la Syrie complique la réponse.

«Ce qui reste des vestiges du groupe terroriste dans nos régions se limite à des cellules dormantes, et nos forces de sécurité et militaires s’en occupent directement, en coordination et en coopération avec la Coalition mondiale», a déclaré à Arab News Abou Omar al-Idlibi, commandant de la Brigade démocratique du Nord, alignée sur les FDS.

«Quant au reste de la géographie syrienne, Daech est toujours fort car il représente l’une des raisons de la survie du régime syrien ainsi qu’une justification de la présence de ses soutiens, la Russie et l’Iran.»

Casse-tête stratégique

Al-Idlibi estime que la présence de Daech sert à justifier la présence militaire croissante de l’Iran en Syrie. Les milices pro-régime soutenues par l’Iran, notamment le Corps des gardiens de la révolution islamique, les forces Basij, Harakat Hezbollah al-Nujaba, Kataib Hezbollah (également connu sous le nom de Hezbollah irakien), l’Organisation Badr, la milice Abou al-Fadl al-Abbas, les Forces de défense nationale, Liwa al-Quds, Liwa Fatemiyoun et Liwa Zeynebiyoun, sont toutes déployées dans les régions où Daech reste le plus fort.

Abu Omar Al-Idlibi, commandant des forces syriennes libres  (Photo, AN/Ali Ali).

Depuis sa défaite territoriale en Syrie, Daech a mené plus de 1 400 attaques contre des cibles militaires et civiles dans tout le pays, causant la mort de plus de 3 000 personnes.

Ces statistiques, issues d’ensembles de données accessibles au public et compilées par le Armed Conflict Location and Event Data Project, montrent également que plus de 320 de ces attaques ont été menées même après la mort en 2022 du chef de Daech, Abou Ibrahim al-Hachimi al-Quraychi, le successeur d’Abou Bakr al-Baghdadi.

Selon le département de surveillance et de documentation de l’agence de presse locale North Press Agency, les attaques directes de Daech ont coûté la vie à plus de 262 personnes dans le pays au cours du seul premier semestre 2023, la majorité d’entre elles étant des civils.

En outre, le groupe terroriste a enlevé plus de 160 personnes. Un grand nombre des victimes des attaques et des enlèvements de Daech étaient des cueilleurs de truffes, qui parcourent de vastes zones peu sûres de la Badia syrienne afin de récolter les champignons lucratifs dans des conditions économiques difficiles.

La Badia syrienne est un immense désert qui couvre plus de la moitié du territoire du pays et s’étend sur huit des 14 gouvernorats de la Syrie. La région a déjà été utilisée par des groupes d’insurgés, notamment par la résistance irakienne pendant la guerre d’Irak, de 2003 à 2011.

La géographie de la Badia, une vaste étendue vide de désert rocailleux où les établissements habités sont rares, en a fait une base d’opérations idéale pour Daech après sa fuite de Baghouz.

Capture d’écran d’une vidéo appartenant à un média djihadiste, montrant de  jeunes syriens en passe d’exécuter des soldats du gouvernement (Photo, AFP).

La proximité de la frontière irakienne a encore renforcé l’attrait de la région.

«Cette région était bien connue pour être contrôlée par les contrebandiers, même avant la guerre en Syrie», explique Darwich. «Le passage de la frontière entre les deux pays présente de grandes lacunes... et il n’y a pas de contrôle des forces militaires telles que le régime, les FDS ou l’armée irakienne, et Daech compte donc sur cette région pour ses activités.»

Selon Darwich, Daech a creusé ces dernières années un vaste réseau de tunnels dans la région frontalière irako-syrienne pour faciliter ses opérations de contrebande entre les deux pays.

Pour les forces armées chargées de répondre à la menace de Daech, ces tunnels se sont révélés être un casse-tête stratégique.

«Les caractéristiques géographiques de la région entre la Syrie et l’Irak ont un impact important sur la facilité de mouvement de Daech, en particulier dans les zones sous le contrôle de l’Iran et de ses milices à Al-Bukamal et Al-Mayadeen, car ces zones frontalières sont des points de transit pour les organisations terroristes et les milices entre l’Irak et la Syrie», a déclaré Al-Idlibi, le commandant de la Brigade démocratique du Nord.

Malgré le vaste réseau de milices pro-régime soutenues par l’Iran et déployées dans le centre de la Syrie, Al-Idlibi doute que Damas envisage sérieusement d’affronter les vestiges de Daech dans la Badia.

«Daech se déplace librement dans les zones de la Badia syrienne [...] il n’a pas été véritablement confronté dans ces zones en raison du fait qu’elles sont sous le contrôle du régime syrien et de ses alliés.»

Fin 2019, les forces du régime syrien ont été retirées de la région de la Badia pour se concentrer sur la nouvelle offensive de Damas visant à reprendre Idlib à la coalition de l’opposition syrienne et des groupes islamistes qui la tenaient. Bien qu’un cessez-le-feu ait été déclaré à Idlib en 2020, la Badia était entre-temps devenue l’un des nouveaux refuges de Daech en Syrie.

Des membres de brigades anti-terroriste à la base militaire de Qamishli (Photo, AN/Ali Ali).

«Il existe de nombreuses régions vastes et entremêlées entre les zones du régime syrien et les zones de l’Administration autonome (du nord et de l’est de la Syrie), avec de nombreux passages naturels et des routes terrestres et fluviales», a déclaré Al-Idlibi.

«Cela permet à Daech de se déplacer facilement afin d’infiltrer nos zones dans le nord et l’est de la Syrie... Daech trouve également un soutien par le biais de cellules dormantes présentes dans nos régions, et nous voyons donc le groupe terroriste mener des opérations ici de temps en temps.»

Vaincre Daech

Le personnel militaire sur le terrain et les observateurs civils avertissent que les zones de la Badia syrienne tenues par le régime ne sont pas le seul bastion de Daech. Les zones du nord et du nord-ouest du pays tenues par une coalition de milices connue sous le nom d’Armée nationale syrienne (ANS) ont également servi de zone relativement sûre pour les militants de Daech pendant des années.

«Il est devenu évident que l’instabilité sur le plan social, économique et de la subsistance, ainsi que la propagation des organisations armées, de l’idéologie extrémiste, des pratiques inhumaines et criminelles, et la suppression des libertés dans les zones occupées contrôlées par les factions de la soi-disant Armée nationale syrienne et le groupe terroriste Front al-Nosra, sont ce qui fournit un incubateur et un bourbier nécessaire à la survie et à l’existence des dirigeants et des émirs des organisations terroristes, au premier rang desquelles le groupe terroriste Daech», a ajouté Al-Idlibi.

Depuis 2019, les forces de la coalition ont mené plus de 13 frappes aériennes et de drones ciblant Daech dans les zones contrôlées par la SNA, la dernière ayant tué un commandant de Daech dans un village près de Jinderis, dans la région d’Afrin, en avril de cette année.

En outre, un rapport publié en 2021 par Aso News Network a dressé une liste de 95 dirigeants de Daech dans les rangs des groupes de la SNA.

Darwich a déclaré que d’autres recherches menées par Aso News Network ont permis de découvrir des informations suggérant que le soulèvement des prisons de Daech à Hasakah en 2022, qui a coûté la vie à 121 combattants des FDS et à des civils, a été soutenu par des éléments de Daech qui se cachaient dans Ras al-Ain, tenu par la SNA.

Les recherches ont également montré que plusieurs familles de Daech avaient réussi à s’échapper du tristement célèbre camp d’Al-Hol et à s’installer à Ras al-Ain et dans la région voisine de Tal Abyad.

Le général Michael Kurilla, commandant du Commandement central des États-Unis, s’est rendu mercredi dans le nord-est de la Syrie, où il a visité les camps de personnes déplacées d’Al-Hol et d’Al-Roj et a rencontré des responsables des FDS pour faire le point sur la campagne d’élimination de Daech.

«Les États-Unis, les FDS et la coalition mondiale restent concentrés et engagés sur la défaite durable de Daech tout en répondant aux défis humanitaires et sécuritaires dans les camps du nord-est de la Syrie», a déclaré Kurilla dans un communiqué. 

Alors que les FDS et la coalition continuent de combattre le terrorisme, la solution au problème du terrorisme en Syrie, selon Al-Idlibi, est politique.

«La véritable solution pour débarrasser la Syrie du terrorisme une fois pour toutes réside dans la nécessité de mettre en œuvre une solution politique en Syrie, qui a été approuvée à l’unanimité par le Conseil de sécurité (de l’ONU) en 2015 par le biais de la résolution 2254», a déclaré Al-Idlibi.

«L’application de la démocratie est la solution idéale pour éradiquer les sources de l’extrémisme et du terrorisme... car la tyrannie et le terrorisme sont inséparables et interdépendants ; ils sont les raisons de la survie de l’un et de l’autre.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Liban et Israël au Pentagone vendredi pour des discussions militaires 

Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
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  • Beyrouth "donne la priorité à l'établissement d'un cessez-le-feu", selon une source officielle
  • Les forces israéliennes ont récemment traversé le fleuve Litani, selon une source militaire libanaise.

BEYROUTH : Une réunion entre les délégations militaires libanaise et israélienne, sous l'égide des Etats-Unis, doit avoir lieu vendredi au Pentagone pour lancer un nouveau cycle de pourparlers sur la sécurité entre les deux parties.

Israël et le Hezbollah ont devancé cette réunion en intensifiant leurs opérations militaires, bien qu'à une échelle inégale. Jeudi, des frappes aériennes israéliennes ont touché la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu décidée à Washington le 15 mai sous l'égide des États-Unis, ciblant un commandant du Hezbollah.

Une source officielle libanaise a déclaré à Arab News que "les réunions militaires au ministère américain de la Défense à Washington se poursuivent comme prévu sous le parrainage et la facilitation des États-Unis".

"Le Liban donne la priorité, dans ses discussions directes avec la partie israélienne, à l'établissement d'un cessez-le-feu avant de se pencher sur des questions politiques ou de sécurité plus larges", a déclaré cette personne.

Au cours des dernières 48 heures, Israël a étendu ses opérations militaires au Sud-Liban et à la vallée de la Bekaa, forçant les habitants de Tyr et de Nabatieh à fuir, nombre d'entre eux ayant été tués alors qu'ils s'éloignaient en voiture.


Les ordres d'évacuation israéliens au Sud-Liban se sont étendus au-delà de la rivière Zahrani, à environ 40 km de la frontière sud, dans ce qu'une source militaire libanaise a déclaré être un effort "pour isoler une région entière du pays et la dépouiller de toute présence effective de l'État libanais, laissant l'État incapable de réaffirmer son autorité dans cette région, sauf aux conditions israéliennes".

Mohammed Khawaja, membre de la commission parlementaire de la défense nationale et législateur du mouvement Amal, a déclaré : "Israël cherche à tirer parti des attaques limitées de drones lancées par le Hezbollah en direction d'un certain nombre de colonies, malgré la grande disparité entre ces attaques et l'écrasante supériorité militaire d'Israël.

"Israël s'en sert pour justifier l'intensification de ses frappes sur le Sud-Liban et pour se présenter à la communauté internationale comme la victime, alors que les vraies victimes sont les habitants du Sud-Liban", a-t-il déclaré à Arab News.

Israël a affirmé avoir reçu le "feu vert des États-Unis pour mener une opération terrestre de grande envergure dans le sud du Liban, s'étendant jusqu'à la vallée de la Bekaa", sans indiquer de calendrier pour mettre fin à l'opération, a déclaré M. Khawaja.

Les négociations politiques devraient reprendre samedi, à condition que les pourparlers militaires aboutissent à un cessez-le-feu. La délégation libanaise est composée de six officiers dirigés par le général de brigade Georges Rizkallah, directeur des opérations de l'armée libanaise.

"Israël cherche à élargir la zone jaune qu'il avait précédemment désignée pour ses opérations et je pense que l'escalade militaire ne s'arrêtera pas tant qu'Israël ne s'engagera pas à respecter un cessez-le-feu", a déclaré M. Khawaja.

"Le président du Parlement, Nabih Berri, a affirmé à plusieurs reprises qu'en cas de cessez-le-feu, il serait en mesure de persuader le Hezbollah de mettre fin à ses opérations.

Passant en revue les dernières avancées israéliennes, la source militaire libanaise a déclaré : "Les forces israéliennes ont traversé le Litani et avancé vers Zawtar al-Gharbiya et Zawtar al-Sharqiya, tandis que des véhicules télécommandés ont été déployés vers Mayfadoun, une ville surplombant Nabatieh, et vers Shoukin, une autre position surélevée surplombant la ville.

"Ils poussent également vers Yahmar et Arnoun en direction du château de Beaufort (Qalaat al-Shaqif), l'une des positions les plus stratégiques de la région car elle surplombe de vastes étendues du sud, notamment le mont Rihan, la région d'Iqlim al-Tuffah, la route de Khardali, Kfar Tebnit et Ali al-Taher.

"Ces zones sont considérées comme étant sous le contrôle du Hezbollah et contiennent ses positions militaires. Toutes ces zones sont des collines surélevées qui surplombent la rivière Awali et constituent la troisième ligne de défense du Hezbollah. Elles ne peuvent être prises que par une manœuvre de flanc à partir de la vallée de la Bekaa occidentale, qui encerclerait le sud et l'isolerait complètement de la Bekaa."

Fadi Karam, législateur du parti des Forces libanaises et membre de la commission parlementaire de la défense, a déclaré que la guerre dans le sud visait à faire échouer les négociations.

"Nous devons nous rappeler que le Hezbollah, le mandataire de l'Iran qui s'oppose aux pourparlers israélo-libanais, est la partie qui a déclenché ce conflit. L'Iran veut utiliser le Liban comme monnaie d'échange dans ses négociations avec les États-Unis", a-t-il déclaré à Arab News.

"Il n'est pas dans l'intérêt d'Israël que le Hezbollah utilise les négociations comme couverture pour des attaques contre lui. Israël sépare les développements sur le terrain de ce qui se passe à la table des négociations, tandis que l'État et le peuple libanais restent coincés entre les intérêts des gardiens de la révolution et l'agression israélienne."

Lors des réunions du Pentagone, la partie libanaise devrait se concentrer sur la garantie du cessez-le-feu avant d'entamer toute discussion sur les accords de sécurité, compte tenu de l'escalade en cours sur le terrain.

Le commandement de l'armée libanaise a déclaré que "le fait d'aborder les accords de sécurité avant la conclusion d'un cessez-le-feu donnerait pratiquement à Tel-Aviv l'occasion d'imposer ses conditions".

La source militaire s'est inquiétée du fait qu'"Israël n'acceptera probablement pas de restreindre ses opérations militaires dans le sud du Liban et insistera pour préserver la liberté de mouvement sous le prétexte d'empêcher le Hezbollah de se regrouper ou de reconstituer ses capacités".

La source officielle libanaise a déclaré que "lors des contacts intensifs entre le président Joseph Aoun et les États-Unis, Washington a réaffirmé que Beyrouth, la banlieue sud, les infrastructures, les institutions de l'État et l'aéroport international de Beyrouth resteraient épargnés par la nouvelle escalade israélienne, à l'exception des opérations d'assassinat visant les dirigeants du Hezbollah".

La délégation militaire libanaise est une équipe technique de négociation qui n'était pas prévue à l'origine dans les pourparlers. Selon la source officielle, elle agit sur instruction de M. Aoun selon laquelle "la priorité absolue reste d'obtenir un cessez-le-feu et de mettre un terme à la destruction des villes et villages du sud, car le Liban ne peut pas négocier sous le feu alors qu'Israël fait fi de toutes les contraintes".

L'ambassadeur du Liban aux États-Unis, Simon Karam, dirige la délégation en qualité de diplomate et de militaire, ce qui témoigne d'une approche unifiée des négociations en matière de politique et de sécurité.

La source officielle a déclaré que "toute tentative de soulever la question du placement des armes sous le contrôle de l'État avant d'assurer le retrait israélien pourrait déclencher une crise politique intérieure, avec des répercussions potentielles sur la sécurité, car le gouvernement libanais cherche à traiter la question dans le cadre d'un État souverain global plutôt que dans le cadre de la sécurité israélienne".

Mehiedine Chehimi, professeur de droit international et de politique étrangère à l'École supérieure de commerce de Paris, a déclaré : "Il faut distinguer deux types de trêve.

"La première est l'accord actuel qui empêche Israël de cibler les institutions officielles et la capitale, à l'exception des assassinats. Cette condition a été respectée par Israël depuis l'accord de cessez-le-feu de 2024. La seconde est une trêve visant à arrêter les hostilités au Sud-Liban, qui est rejetée par Israël parce qu'elle donnerait au Hezbollah l'occasion de reconstruire ses capacités.

"Cela montre que les États-Unis et Israël traitent différemment l'État libanais et le Hezbollah.

"L'État libanais tente, par le biais de négociations, de restaurer sa souveraineté par des pourparlers directs et de s'assurer que le Liban n'est pas utilisé comme monnaie d'échange entre les mains de ceux qui négocient en son nom", a-t-il déclaré à Arab News.

Il a qualifié la poursuite des négociations libanaises malgré le rejet du Hezbollah de "négociations difficiles, mais elles se poursuivront malgré la situation militaire actuelle, qui devrait s'intensifier".

"Les ambitions et la criminalité d'Israël ne connaissent pas de limites. La bonne chose est que la partie américaine a tracé des frontières pour Israël", a déclaré M. Chehimi.

"D'autre part, le Hezbollah a tout perdu et n'est plus le parti que nous connaissions avant la guerre. Il est devenu une branche des Gardiens de la Révolution et Naim Qassem n'est que son porte-parole, exécutant les ordres des Gardiens de la Révolution. C'est là que réside le danger, car la prise de décision est désormais entre les mains de Téhéran.

"Le Hezbollah tente actuellement de prouver sa supériorité à l'intérieur du Liban afin de conserver le Liban comme carte de pression au service des intérêts iraniens. Le parti ne tient compte ni de son environnement, ni de son peuple, ni de ses pertes", a-t-il déclaré.

"Pendant ce temps, les Israéliens poursuivent l'escalade de leurs crimes parce qu'ils ne sont plus convaincus par les solutions qui ont été essayées précédemment. Aujourd'hui, ils veulent écraser le Hezbollah. Pris entre ces deux dangers, le Liban s'enfonce dans le chaos".

Selon M. Chehimi, pour sortir de l'impasse, l'Etat libanais doit "bénéficier de la médiation d'Islamabad afin de poursuivre sa voie de négociations directes avec Israël, tout en exerçant des pressions par le biais de la communauté internationale sur les parties israélienne et iranienne".

Plus de 3 270 personnes, dont un grand nombre de femmes et d'enfants, ont été tuées et près de 10 000 blessées depuis le début de la guerre, le 2 mars. Les attaques ont visé 16 hôpitaux.

Abdul Rahman Bizri, député de la ville de Sidon, a mis en garde contre les "répercussions sociales de l'escalade militaire dans le sud et le danger que représente la forte division politique".

"Le gouvernement libanais doit contenir les répercussions sociales et économiques de la guerre", a-t-il déclaré à Arab News.

"Un grand nombre de personnes déplacées cherchent refuge à Sidon et ont besoin d'un véritable plan. La densité de population à Sidon a dépassé le triple de son taux normal, ce qui affecte directement la vie quotidienne dans la ville."

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a menacé jeudi de venger la mort du soldat Rotem Yanai, 20 ans, qui a été "tué au cours d'une activité opérationnelle dans le nord d'Israël", affirmant que "le Hezbollah a payé, paie et continuera de payer un lourd tribut pour ses attaques contre Israël et ses citoyens".

Un certain nombre de membres du personnel israélien ont été tués au Liban depuis le début du cessez-le-feu le 17 avril. Le porte-parole du gouvernement israélien a déclaré que 24 d'entre eux avaient été tués lors des récentes attaques du Hezbollah à l'aide de drones explosifs.


Le Liban dénonce des attaques israéliennes près de ses sites patrimoniaux

 Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays. (AFP)
Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays. (AFP)
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  • Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, "a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales, afin d'attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques"
  • M. Salamé a notamment évoqué la ville antique de Tyr et le château de Beaufort, situé dans le district de Nabatiyé, soulignant qu'"un grand nombre de ces sites bénéficient d'une protection renforcée de la part de l'Unesco"

BEYROUTH: Les autorités libanaises ont dénoncé jeudi les attaques israéliennes menées à proximité de sites historiques et de monuments classés par l'Unesco dans le sud du pays.

Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, "a multiplié les contacts avec ses homologues à travers le monde et les organisations internationales compétentes, afin d'attirer leur attention sur les dégâts considérables causés aux sites archéologiques et aux quartiers patrimoniaux" dans le sud du pays, a indiqué l'Agence nationale d'information libanaise (Ani).

M. Salamé a notamment évoqué la ville antique de Tyr et le château de Beaufort, situé dans le district de Nabatiyé, soulignant qu'"un grand nombre de ces sites bénéficient d'une protection renforcée de la part de l'Unesco, ce qui rend impératif de les préserver de toute attaque aérienne ou d'artillerie israélienne".

Le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré sur X que "rien ne saurait justifier les attaques en cours contre les régions de Tyr et de Nabatiyé, ni la destruction de leurs monuments historiques".

L'armée israélienne a bombardé ces derniers jours la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban. Jeudi, elle a averti qu'elle prendrait pour cible un bâtiment à Tyr, qui, selon une carte jointe, est située tout près de la zone archéologique de la ville.

Environ deux heures après cet avertissement, des images de l'AFP ont montré une boule de feu suivie d'un panache de fumée, alors qu'une frappe touchait le quartier visé.

Mercredi, un correspondant de l'AFP a vu de la fumée s'élever près du château de Beaufort, une forteresse datant des Croisades, après ce qui semblait être des tirs d'artillerie.

La municipalité d'Arnoun, située dans le sud du Liban et abritant ce château, a publié un communiqué sur Facebook dans lequel elle "condamne avec la plus grande fermeté l'attaque qui a visé" le site, imputant la responsabilité aux bombardements israéliens et exhortant les autorités à le protéger "contre de nouveaux dommages".

Les forces israéliennes ont utilisé le château de Beaufort comme base pendant leur occupation du sud du Liban, qui a duré deux décennies et s'est terminée en 2000.

En novembre 2024, lors d'une précédente guerre entre Israël et le Hezbollah, l'Unesco avait accordé une "protection renforcée provisoire" à 34 sites patrimoniaux situés au Liban, dont Tyr et le château de Beaufort.

En avril dernier, l'Unesco a ajouté 39 autres sites libanais à cette liste.


Liban: 14 morts dans des frappes israéliennes dans le sud, bombardement près de Beyrouth

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  • C'est la seconde fois qu'Israël cible une localité tout près de Beyrouth depuis le début du cessez-le-feu, qui n'a jamais été respecté
  • Ces dernières frappes surviennent alors que le Liban et Israël doivent tenir vendredi une réunion militaire à Washington, avant une nouvelle session de négociations prévue les 2 et 3 juin

TYR: Des frappes israéliennes ont fait au moins 14 morts jeudi dans le sud du Liban, où Israël a étendu sa "zone de combat" contre le Hezbollah pro-iranien, malgré un cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a en outre annoncé avoir mené une "frappe ciblée" à Beyrouth, qui, selon une source militaire libanaise à l'AFP, a visé un appartement à Choueifat, une ville en bordure de la banlieue sud de la capitale, fief du Hezbollah. Aucun bilan n'était disponible dans l'immédiat.

C'est la seconde fois qu'Israël cible une localité tout près de Beyrouth depuis le début du cessez-le-feu, qui n'a jamais été respecté.

Ces dernières frappes surviennent alors que le Liban et Israël doivent tenir vendredi une réunion militaire à Washington, avant une nouvelle session de négociations prévue les 2 et 3 juin. Et en pleines négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, qui veut inclure le front libanais du conflit dans tout accord.

Israël a intensifié ces derniers jours son offensive terrestre et aérienne dans l'est et le sud du Liban, avertissant mercredi soir qu'il considérait comme une "zone de combat" tout le territoire libanais au sud du fleuve Zahrani, à une quarantaine de kilomètres de la frontière.

Véhicule visé 

L'armée a bombardé jeudi dès l'aube plusieurs régions et villes dans le sud du Liban, faisant au moins 14 morts, selon les autorités.

A Saïda, ville côtière qui relie Beyrouth au sud, une frappe a visé vers 02H00 locales (mercredi 23H00 GMT) un immeuble résidentiel et fait cinq morts et 21 blessés, selon le ministère de la Santé.

Le raid a détruit les deux premiers étages du bâtiment, a constaté un correspondant de l'AFP. Les équipes de secours ont travaillé toute la nuit à évacuer les victimes.

Une autre attaque par drone a été menée à l'aube contre une voiture circulant sur une autoroute de la même région, tuant six personnes, dont deux enfants et leurs parents, a indiqué le ministère.

La Défense civile a par ailleurs fait état à l'AFP de plusieurs frappes plus au sud, en plein coeur de la ville côtière de Tyr et dans ses environs, à la suite d'ordres d'évacuation adressés aux habitants. L'une a touché une moto près d'une caserne de l'armée, tuant deux ressortissants syriens, dont un enfant, selon les autorités.

Un photographe de l'AFP a vu à l'aube un épais panache de feu et de fumée s'élever au-dessus de la ville, au milieu de détonations.

L'armée libanaise a de son côté annoncé la mort d'un militaire dans une frappe israélienne, "alors qu'il circulait" dans la région de Nabatiyé, plus à l'est.

"Nous restons ici" 

En frappant la ville millénaire de Tyr, "c'est son histoire et sa civilisation" qu'Israël veut viser, accuse Ghazouane Halawani, qui vit près d'un immeuble touché par une frappe.

Malgré les bombardements, il ne veut pas quitter sa ville. "Nous restons ici, c'est notre pays, notre terre, notre vie", dit-il à l'AFP.

Le Hezbollah continue de son côté de revendiquer des tirs et attaques de drone contre des forces israéliennes qui tentent d'avancer dans le sud.

Depuis le 17 avril, l'armée israélienne a continué ses frappes et ses opérations militaires au Liban.

Le Hezbollah, de son côté, a d'abord concentré ses tirs sur les soldats israéliens déployés dans le sud du Liban avant de multiplier les attaques de drones explosifs sur le nord d'Israël après l'assassinat d'un de ses chefs militaires dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth le 6 mai.

Une soldate israélienne a été tuée jeudi près de la frontière avec le Liban par l'explosion d'un drone tiré par le Hezbollah, a annoncé l'armée israélienne, ce qui porte à 24 le nombre de morts dans ses rangs depuis la reprise des hostilités début mars, quand le Hezbollah a tiré sur Israël en représailles à l'attaque israélo-américaine contre l'Iran.

Les frappes israéliennes ont tué au Liban 3.269 personnes depuis, selon un dernier bilan officiel mercredi.