Ray Hanania Show: L’UNRWA alerte sur la gravité de la situation humanitaire à Gaza

Juliette Touma, porte-parole de l'Unrwa et l'avocat israélien Daniel Seidemann (Photo fournie).
Juliette Touma, porte-parole de l'Unrwa et l'avocat israélien Daniel Seidemann (Photo fournie).
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Publié le Jeudi 26 octobre 2023

Ray Hanania Show: L’UNRWA alerte sur la gravité de la situation humanitaire à Gaza

  • Selon la porte-parole de l'UNRWA, «les besoins augmentent d'heure en heure» dans la bande de Gaza
  • Un avocat israélien reproche à Benjamin Netanyahou de soutenir le Hamas tout en marginalisant l'Autorité palestinienne

CHICAGO: L'ampleur des souffrances humanitaires dans la bande de Gaza a atteint des niveaux sans précédent alors que les frappes aériennes israéliennes continuent de dévaster de larges zones du territoire, selon Juliette Touma, directrice de la communication de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa).

Lors d'une apparition au Ray Hanania Radio Show, elle a brossé un tableau sombre de la situation sur le terrain, révélant: «L'Unrwa est débordé en ce moment à Gaza. Les besoins augmentent d'heure en heure. Nous ne sommes pas fournis. Nous n'avons pas assez de carburant pour procurer de l'aide.»

Le ministère de la Santé de Gaza a déclaré mercredi que le nombre de morts depuis le début de la guerre, le 7 octobre, avait dépassé les 6 500, 756 Palestiniens, dont 344 enfants, ayant été tués par les frappes israéliennes au cours des seules vingt-quatre heures précédentes.

La crise humanitaire en cours est «sans précédent – quatre fois plus que ce que nous avions prévu dans le pire des scénarios», a signalé Touma. «Nous accueillons aujourd'hui quatre fois plus de personnes que ce que nous avions prévu dans le pire des scénarios.»

Bien qu'Israël ait désormais autorisé l'aide humanitaire à entrer dans la bande de Gaza depuis l'Égypte par le poste frontière de Rafah, le seul lien du territoire avec le monde extérieur, Touma a affirmé que cette aide ne représentait qu'une fraction de ce qui était acheminé avant le conflit.

«Nous avons vu un plusieurs convois passer ces trois derniers jours; 54 camions sont entrés à Gaza», a-t-elle indiqué.

Des Palestiniens cherchent des survivants et les corps des victimes dans les bâtiments détruits par les bombardements israéliens à Khan Younès (Photo, AFP).

«Ce n'est absolument rien. Ce sont des cacahuètes. Ce sont des miettes. Si vous comparez ces chiffres avec ceux des Nations unies et l'UNRWA, chaque jour à Gaza, nous devrions voir 500 camions arriver, consacrés uniquement à l'aide, et 100 pour le carburant. Or, en trois jours, nous avons reçu 54 camions et aucun d'entre eux n'avait de carburant», a-t-elle ajouté.

L'Unrwa, l'une des plus anciennes organisations des Nations unies, est au service de la population de Gaza depuis plus de sept décennies. C'est également la plus grande agence des Nations unies active dans la bande de Gaza, avec 13 000 employés, dont de nombreux enseignants. C'est d'ailleurs la seule agence des Nations unies qui gère des écoles. Or, depuis le début de la guerre, l'UNRWA a été contraint de fermer ses écoles à Gaza, privant ainsi au moins 300 000 enfants d'éducation.

«Beaucoup de nos écoles ont été transformées en abris où les gens ont cherché refuge», a déclaré Touma.

Le conflit a fait payer un lourd tribut à l'agence elle-même et à son personnel.

«Nous avons déjà perdu 35 collègues à l'UNRWA», a signalé Touma. «Ils ont été tués. La moitié d'entre eux étaient des enseignants, la moitié des hommes et la moitié des femmes.»

À la suite de l'attaque du 7 octobre par le Hamas, Israël a imposé un embargo strict sur Gaza, privant sa population appauvrie de 2,2 millions de personnes de l'accès à la nourriture, à l'eau, à l'électricité et aux médicaments. Au même moment, l’armée israélienne a lancé des bombardements quotidiens, tuant des milliers de civils.

Touma a exigé la levée du blocus et un cessez-le-feu immédiat.

«Les médicaments, le carburant, la nourriture et l'eau sont des denrées qui manquent cruellement», a-t-elle alerté. «Et je ne pense pas que ce soit trop demander. Ce sont les éléments de base dont les gens ont besoin pour vivre dans la dignité.» Pour cela, «nous devons avoir un cessez-le-feu dès que possible.»

Netanyahou, «soutien» du Hamas

L'avocat israélien Daniel Seidemann, qui a également participé à l'émission de radio de Ray Hanania cette semaine, a déclaré que l'incapacité d'Israël à s'engager correctement auprès de l'Autorité palestinienne et les idées fausses sur la véritable nature du Hamas ont créé les conditions nécessaires à cette attaque sans précédent.

Résident de Jérusalem, membre du barreau israélien et fondateur de l'organisation non gouvernementale Terrestrial Jerusalem, Seidemann a ajouté que la déshumanisation et la répression violente des Palestiniens avaient contribué à cette dernière crise.

Le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza en 2007. Cette milice sunnite, issue des Frères musulmans mais financée et soutenue par l'Iran chiite, s'est engagée dans de multiples conflits avec Israël, qui se sont toujours soldés par des cessez-le-feu fragiles.

Toutefois, l'attaque du 7 octobre, au cours de laquelle 1 400 Israéliens, pour la plupart des civils, ont été tués par des hommes armés du Hamas qui ont franchi la frontière en plusieurs endroits du sud du pays, a marqué un changement fondamental dans ce conflit de longue durée.

«Pendant de nombreuses années, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a soutenu le Hamas, l'a favorisé, ironiquement parce que renforcer le Hamas vous donnerait un prétexte pour ne pas négocier avec l'Autorité palestinienne et Mahmoud Abbas», a déclaré Seidemann à l'émission de radio Ray Hanania, parrainée par Arab News et diffusée chaque semaine sur le réseau américain Arab Radio.

«Il avait une idéologie, fermement ancrée en Israël, selon laquelle le Hamas peut être maîtrisé. Nous n'arriverons pas à la paix. Nous ne devons rien céder. Mais ils peuvent être contenus. Et cette idéologie s'est effondrée le 7 octobre», a-t-il expliqué.

Selon Seidemann, le fait qu'Israël se serve du Hamas comme d'un outil pour saper l'Autorité palestinienne n'a fait que renforcer le groupe armé, tout en ne reconnaissant pas sa véritable nature. Seidemann estime que l'idéologie du Hamas s'inspire de Daech et d'Al-Qaida.

Des employés de l'ONU discutent dans la cour de récréation d'une école gérée par l'Unrwa qui a été convertie en abri à Khan Younès (Photo, AFP).

«C'est quelque chose que je n'avais pas prévu, et je ne crois pas que beaucoup d'Israéliens l'aient envisagé» non plus, a estimé Seidermann.

«L'ancien Premier ministre Ehud Olmert a été le dernier dirigeant israélien à négocier de bonne foi avec l'Autorité palestinienne. Il a fustigé Netanyahou, comme il le fait depuis des années: “C'est un monstre que vous avez créé. Vous avez fait de fausses suppositions à son sujet parce que vous ne vouliez pas traiter avec Mahmoud Abbas.”

«Les Israéliens ont été en sécurité, à bien des égards, grâce à la stabilité de l'Autorité palestinienne. Netanyahou a fait tout ce qu'il a pu pour les marginaliser et le Hamas en a été l'instrument.»

En marginalisant l'AP, les autorités israéliennes ont simultanément déshumanisé le peuple palestinien, a spécifié Seidemann. Un point de vue omniprésent selon lequel «la vie des Palestiniens a beaucoup moins d'importance, voire n'en a pas du tout» en a résulté.

«Je comprends très bien le sentiment qu'il y a deux poids, deux mesures. Il s'agit d'un double standard à l'échelle mondiale, à bien des égards. C’est dangereux pour moi d'exprimer cela parmi les Israéliens ces jours-ci mais, pour être honnête, c'est ce qu'il en est», a-t-il ajouté.

Selon Seidermann, en réprimant violemment toute forme de dissidence, en pensant que des défenses militaires reposant sur de la haute technologie pouvaient remplacer une solution pacifique et digne et que le monde continuerait à considérer la vie des Palestiniens comme ayant moins de valeur, les conditions d'une réaction violente ont été créées.

«Nous écrasons toute expression politique plus radicale qu'une réunion de scouts, et nous écrasons les réunions pour que les énergies politiques aillent dans la direction de personnes qui ne demandent pas la permission – et certaines d'entre elles sont violentes», a-t-il éclairci.

Le blocage des voies de la résistance pacifique et la poussée de l'opposition palestinienne à l'occupation vers des voies violentes ne sont pas passés inaperçus, ce qui a suscité des efforts pour améliorer les conditions économiques des communautés de Cisjordanie et de Gaza.

«Ces derniers temps, on parle de l'amélioration de la vie des Palestiniens, de l'amélioration de l'économie palestinienne», a indiqué Seidemann. «Non, le déficit dont souffrent les Palestiniens est un déficit de liberté, un déficit de dignité.

«Mes amis de Jérusalem-Est me font part de leur soutien au Hamas sur les réseaux sociaux parce que “nous avons été ignorés pendant des années. Personne ne nous a comptés. Tout le monde nous a contournés. Et malheureusement, le seul langage qu'Israël comprend est celui de la violence”. Et je dois admettre que nous sommes en train de le prouver.»

Interrogé sur la capacité du processus de paix à se remettre de l'attaque du Hamas et de l'assaut sur Gaza qui en a résulté, Seidemann a déclaré que l'issue finale était inconnue, mais que les événements de ces dernières semaines avaient renversé certaines hypothèses de longue date.

«L'opinion publique israélienne est traumatisée et les circonstances ne sont pas propices à une reprise des activités », a estimé Seidermann. «Je pense que l'idée qu'Israël peut intimider et briser la volonté des Palestiniens par une force supérieure a pris un coup et a détruit ce mythe.»

«Oui, vous avez construit ce dôme de fer. Vous avez envoyé des soldats. Vous n'avez pas dit que la seule chose qui peut fonctionner, c'est un accord politique, c'est l'équité et la décence», a-t-il précisé.

Seidemann doute que le gouvernement de Netanyahou change de cap.

«Quel est l'objectif d'Israël? J'aimerais bien le savoir», s’est-il demandé. «Je doute que mon Premier ministre le sache. C'est l'une des raisons, et elles sont nombreuses, pour lesquelles il est temps qu'il parte.»

Un abri pour les Palestiniens déplacés à Khan Younès (Photo, AFP).

«Dans son monde où “nous pouvons reporter ce problème indéfiniment; nous pouvons vivre avec l'occupation sans la traiter; nous pouvons maitriser les Palestiniens; le monde s'en fiche; nous pourrions normaliser et contourner les Palestiniens”, tout cela n'est manifestement pas vrai ou ne l'a pas été pour beaucoup d'entre nous depuis le début.

«Nous entrons désormais dans une guerre. Nous sommes dans une guerre et des opérations terrestres. Je ne vois pas très bien quel est l’objectif. J’entends nos dirigeants, et certains d'entre eux sont d'une bonne foi exemplaire, dire que nous serons victorieux. Qu'entendez-vous par là? Et ils ne l'expliquent pas, si ce n'est qu'ils laissent peut-être entendre qu'ils détruiront le Hamas et que les choses continueront comme avant.»

Si de nombreux membres de la communauté internationale ont exprimé leur solidarité avec Israël à la suite de l'attaque du Hamas, ils ont également appelé le gouvernement et l'armée israéliens à faire preuve de retenue et à permettre à l'aide humanitaire d'atteindre les civils qui ont été empêchés de quitter la bande de Gaza.

Israël a rassemblé des troupes à la frontière avec Gaza en prévision d'une opération terrestre largement attendue. Cette escalade fait craindre que le conflit ne dégénère en une guerre régionale plus large impliquant d'autres mandataires iraniens, notamment le Hezbollah libanais.

Dans ce contexte, Seidemann estime qu'une vision à long terme est nécessaire pour instaurer la paix entre Israël et la Palestine.

«Nous devons penser au lendemain», a soutenu. «Il n'y aura pas de paix. Il y aura des gens profondément traumatisés des deux côtés, qui auront subi des horreurs innommables.

«Nous devons nous relever et reconstruire. Et nous le ferons au Moyen-Orient, dont l'architecture est totalement différente de celle que nous avons connue par le passé.

«Ce n'est pas seulement que la situation est inconnue à l'heure actuelle. Elle est inconnaissable. Mais cela ne nous dispense pas de nous y préparer», a conclu Seidemann.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: Israël dit avoir mené mercredi sa "plus grande frappe coordonnée" contre le Hezbollah depuis le 28 février

« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
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  • L’armée israélienne a mené la plus vaste frappe coordonnée contre le Hezbollah depuis le début du conflit, visant une centaine de cibles à Beyrouth, dans la Bekaa et le sud du Liban
  • Malgré le cessez-le-feu avec l’Iran, Israël confirme que le Liban n’est pas concerné et que les opérations contre le Hezbollah vont se poursuivre

BEYROUTH: L'armée israélienne a annoncé avoir frappé mercredi une centaine d'objectifs du Hezbollah à travers le Liban, affirmant qu'il s'agissait de "la plus grande frappe coordonnée" contre le mouvement pro-iranien depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, le 28 février.

"En l'espace de 10 minutes et simultanément dans plusieurs zones, [les forces israéliennes ont attaqué] une centaine de postes de commandement et d'infrastructures militaires" du mouvement islamiste libanais à travers le pays voisin, indique un communiqué militaire israélien.

Les frappes ont visé des objectifs à Beyrouth, dans la plaine de la Bekaa (est du Liban) ainsi que dans le sud du pays, selon l'armée israélienne.

Les frappes israéliennes sur Beyrouth, les plus violentes depuis le début de la guerre, ont provoqué des scènes de panique dans la capitale à une heure de grande affluence, selon des journalistes de l'AFP.

Ennemi d'Israël et allié de Téhéran, le Hezbollah s'était joint le 2 mars à la guerre régionale.

Le cessez-le-feu de 15 jours avec l'Iran décrété dans la nuit par le président américain Donald Trump "n'inclut pas le Liban", a affirmé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. "La bataille continue au Liban, a ensuite déclaré l'armée israélienne

"Nous continuerons de frapper l'organisation terroriste Hezbollah et exploiterons chaque occasion qui se présente sur le plan opérationnel", a dit le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d'état-major de l'armée, cité dans un communiqué militaire.

"Nous ne transigerons pas sur la sécurité des habitants du nord d'Israël [et] nous continuerons de frapper avec détermination", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne avait annoncé mardi avoir achevé dans le sud du Liban le déploiement de ses troupes au sol jusqu'à une "ligne de défense avancée" destinée à maintenir le nord d'Israël à l'abri des tirs de roquettes antichars du Hezbollah, dont la portée est évaluée à une dizaine de kilomètres.


Le Liban fait état de huit morts dans une frappe israélienne à Saïda

Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
Des secouristes se rassemblent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé un véhicule à Saïda, au Liban, le 8 avril 2026. (AFP)
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  • Une frappe israélienne à Saïda, au Liban, a fait au moins 8 morts et 22 blessés parmi les civils, causant d’importants dégâts sur le front de mer
  • L’attaque survient malgré l’annonce d’un cessez-le-feu entre les États-Unis, l’Iran et leurs alliés, dont l’application au Liban reste floue et contestée

BEYROUTH: Une frappe israélienne a fait huit morts dans la ville libanaise de Saïda, a annoncé mercredi le ministère libanais de la Santé, alors que Washington et ses alliés se sont mis d'accord pour un cessez-le-feu avec l'Iran.

"La frappe de l'ennemi israélien sur Saïda, dans le sud du Liban, a fait, selon un bilan provisoire, huit morts parmi la population civile et 22 blessés", a indiqué le ministère dans un communiqué.

Un photographe de l'AFP présent sur les lieux de l'attaque, qui a touché le front de mer de cette ville côtière, a vu des flammes s'élever d'un café aux vitres brisées qui jonchaient la chaussée.

Les pompiers s'efforçaient d'éteindre l'incendie tandis que l'armée bouclait le secteur. Des voitures stationnées à proximité ont également été endommagées.

"Nous avons été informés d'une frappe sur la route du front de mer à Saïda. Nous avons envoyé deux équipes, mais celles-ci ont demandé des renforts en raison du nombre élevé de victimes", a indiqué à l'AFP Louay Sabeh, secouriste au sein d'une association locale.

Les équipes de secours ont transporté au moins six blessés depuis les lieux de l'attaque, a-t-il précisé.

Cette frappe est survenue peu avant que le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme que les Etats-Unis, l'Iran et leurs alliés avaient accepté un cessez-le-feu de deux semaines "partout", y compris au Liban.

Le Pakistan a joué le rôle de médiateur entre les Etats-Unis et l'Iran dans le but de mettre fin à plus de cinq semaines de guerre au Moyen-Orient.


Moustapha Barghouti : la loi israélienne sur la peine de mort est un permis de tuer des Palestiniens

Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
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  • La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens est perçue par Moustapha Barghouti comme un instrument légal autorisant des exécutions extrajudiciaires et approfondissant l’apartheid 
  • Barghouti appelle à la résilience palestinienne et à une pression internationale concrète, notamment sanctions et boycott, pour contrecarrer la politique israélienne 

PARIS : Au milieu du fracas de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question palestinienne semble occultée. Pourtant, sur le terrain, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël poursuit son entreprise de destruction et de déshumanisation du peuple palestinien, affranchi de toute contrainte.

Profitant du tumulte mondial, le gouvernement israélien a adopté récemment une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens détenus dans ses prisons. Que signifie pratiquement cette loi pour les Palestiniens, et que cherche Israël par son instauration ?

Le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Moustapha Barghouti, explique à Arab News en français que cette loi « marque un tournant d’une gravité historique ».

D’une voix calme, mais empreinte de conviction et de fermeté, le médecin et dirigeant politique palestinien ne mâche pas ses mots : « Cette loi n’est pas seulement un instrument juridique supplémentaire dans l’arsenal israélien, mais l’expression d’une dérive politique profonde qui autorise ouvertement l’élimination des Palestiniens. »

« Ce qui se passe n’est pas simplement l’adoption d’une loi », insiste-t-il. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une dérive fasciste en Israël. »

À la tête de l’Initiative nationale palestinienne, qui n’a pas d’aile armée, Barghouti s’est imposé au fil du temps comme le porte-voix de la cause palestinienne, avec comme marque de fabrique une intonation de voix douce et incisive à la fois, souvent déstabilisante pour ses contradicteurs.

Barghouti attribue l’initiative de ce texte de loi au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite radicale, mais il souligne que « le problème dépasse largement un seul homme. »

Selon ce communiquant hors pair, doublé d’un homme politique d’une profonde connaissance des arcanes de la politique israélienne, la véritable alerte réside dans le soutien massif dont la loi a bénéficié au Parlement israélien.

« Près des deux tiers des députés de la Knesset ont voté en sa faveur, y compris certains représentants de l’opposition, comme Avigdor Lieberman », un consensus qui révèle, selon lui, « une transformation plus profonde de la société israélienne. »

« La loi n’est qu’un symptôme, car la dérive fasciste de la société israélienne est aujourd’hui très avancée », affirme-t-il.

Cette évolution se manifeste à travers plusieurs phénomènes simultanés : la guerre menée à Gaza, l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et, désormais, l’adoption d’une législation qui viserait spécifiquement les prisonniers palestiniens.

Pour Barghouti, la portée réelle de la loi dépasse la question de la peine de mort elle-même, car dans les faits, elle institue « une justice fondamentalement discriminatoire ». « Cette loi approfondit le système d’apartheid », affirme-t-il.

Selon cette logique, un Palestinien accusé d’avoir tué un Israélien pourrait être condamné à mort, mais lorsqu’un Israélien tue un Palestinien, affirme Barghouti, « l’impunité est souvent la règle. »

Pour lui, la loi fonctionne comme « un permis de tuer des Palestiniens » et légitime également, selon lui, « les exécutions extrajudiciaires déjà observées sur le terrain. »

Barghouti estime qu’entre mille et deux mille Palestiniens à Gaza ont déjà été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de même en Cisjordanie, où il évoque de nombreux cas de tirs mortels sans poursuites judiciaires, dont l’assassinat récent d’une famille civile dans la région de Tubas.

Interrogé sur les détenus concernés par la loi, Barghouti se montre catégorique : « Tous les prisonniers palestiniens sont menacés », affirme-t-il. Même ceux qui ont déjà été jugés pourraient voir leurs dossiers rouverts si « les autorités israéliennes décident de réexaminer certaines affaires. »

Environ 10 000 Palestiniens sont aujourd’hui détenus dans les prisons israéliennes, parmi lesquels 300 enfants et 75 femmes. Un grand nombre d’entre eux sont détenus sous le régime de la détention administrative, qui permet d’emprisonner une personne sans inculpation ni procès, pour des périodes renouvelables.

Les conditions de détention sont particulièrement dures : « Ils sont privés de soins, soumis à la faim, aux abus et à des conditions extrêmement difficiles », explique Barghouti.

Depuis le 7 octobre, affirme-t-il, 90 prisonniers palestiniens seraient morts en détention. Depuis 1967, le nombre total de détenus morts dans les prisons israéliennes atteindrait 322.

La situation dans la bande de Gaza reste, selon Mustafa Barghouti, catastrophique. Il affirme qu’Israël n’a jamais véritablement respecté le cessez-le-feu annoncé.

Depuis son entrée en vigueur, 720 Palestiniens auraient été tués et plus de 2 000 blessés, alors que les bombardements continuent quotidiennement, y compris au cœur de la ville de Gaza.

Mais l’aspect le plus dramatique, selon lui, concerne la situation humanitaire. L’accord de cessez-le-feu prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour ; or, selon Barghouti, les livraisons restent très en deçà de ce chiffre, puisque certains jours, explique-t-il, à peine 56 camions ont été autorisés à entrer.

Plus grave encore, aucun matériel médical n’aurait été autorisé à entrer depuis le début du cessez-le-feu : « Des hôpitaux entiers risquent de cesser de fonctionner », avertit-il. Même les dentistes, dit-il, ont récemment lancé un appel pour signaler qu’ils ne disposaient plus de matériel de base pour traiter leurs patients.

En Cisjordanie, la situation n’est guère plus réjouissante. Barghouti décrit une situation d’escalade permanente : les raids militaires et les arrestations se poursuivent quotidiennement, et les attaques de colons armés se multiplient.

Barghouti assure que ces groupes agissent avec la protection de l’armée israélienne et affirme que 71 communautés palestiniennes ont déjà été expulsées de leurs terres.

Ces expulsions, souligne-t-il, s’inscrivent dans une stratégie visant à s’emparer progressivement de la Cisjordanie, dont « Israël contrôle désormais plus de 40 % ».

Face à cette situation, Mustafa Barghouti balaye du revers de la main un changement interne en Israël : « Cette société s’est tournée vers le fascisme », affirme-t-il.

Pour lui, deux facteurs seront déterminants pour l’avenir. Le premier est la résilience du peuple palestinien sur sa terre, car « le projet sioniste ne peut réussir que s’il parvient à expulser les Palestiniens de leur terre, comme en 1948. »

Le second facteur est la pression internationale. Barghouti estime que les déclarations et condamnations ne suffisent plus : « Israël ne se laissera pas dissuader par des discours. »

La seule solution, selon lui, serait l’imposition de sanctions internationales et d’un boycott global d’Israël.

Malgré la dureté du contexte, Barghouti affirme ne pas se sentir seul : « Ma relation n’est pas avec les gouvernements », conclut-il, « ma relation est avec les peuples, et je sais que les peuples comprennent ce qui se passe. »