Les frappes de drones attisent les tensions alors qu'Israël et le Hezbollah échangent des tirs

Des tirs depuis le nord d'Israël sur le village d’Aïta ach-Chab à la frontière sud du Liban, le 28 octobre 2023, alors que les accrochages transfrontaliers s'intensifient (Photo, AFP).
Des tirs depuis le nord d'Israël sur le village d’Aïta ach-Chab à la frontière sud du Liban, le 28 octobre 2023, alors que les accrochages transfrontaliers s'intensifient (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 29 octobre 2023

Les frappes de drones attisent les tensions alors qu'Israël et le Hezbollah échangent des tirs

  • Dans le sud du Liban, les forces israéliennes ont tiré plus de 20 obus incendiaires sur les environs de Labbouneh à Naqoura
  • Le cheikh Nabil Qaouq, membre du conseil central du Hezbollah a averti: «La résistance est prête à tous les scénarios et a préparé de nombreuses surprises»

BEYROUTH: Des drones israéliens ont tiré samedi trois missiles sur un site à Jabal Safi dans la région d’Iqlim al Tuffah, au Liban, à environ 20 km de la ligne de démarcation frontalière.

Il s'agit de la deuxième violation de l'espace aérien libanais par les forces israéliennes au cours des 21 derniers jours, dans un contexte de tensions croissantes avec le Hezbollah au Sud-Liban, sur fond de guerre à Gaza.

Un obus a également touché la clôture du quartier général de la FINUL à Naqoura, causant des dommages mineurs.

Un missile sol-air du Hezbollah tiré sur l'un des drones a été intercepté et détruit par un missile du dôme de fer.

Des militants ont diffusé sur les réseaux sociaux des images des restes d'un missile Patriot à l'est de Tyr.

La semaine dernière, un drone israélien a pris pour cible la zone de Birket Jabbour dans le Jabal Al-Rihane, au nord du fleuve Litani.

Le dernier échange de tirs a eu lieu après que l'armée israélienne a déclaré qu'elle «visait les infrastructures du Hezbollah sur le territoire libanais».

Des avions de reconnaissance israéliens ont survolé la région frontalière du sud à moyenne altitude.

Avichay Adraee, porte-parole de l'armée israélienne, a déclaré qu'un drone israélien avait pris pour cible une cellule armée du Hezbollah qui tentait de lancer des missiles antichars en direction de Hanita, dans le nord d'Israël.

Dans le sud du Liban, les forces israéliennes ont tiré plus de 20 obus incendiaires sur les environs de Labbouneh à Naqoura.

Des obus israéliens au phosphore ont également mis le feu à des zones proches d’Alma el-Chaab. Les pompiers qui tentaient de se rendre sur les lieux ont été contraints de se retirer à cause des tirs israéliens.

Une association médicale libanaise a mis en garde Israël contre l'utilisation d'obus au phosphore interdits au niveau international et a exhorté les autorités à prélever des échantillons, notamment de la peau en cas de blessures, afin de documenter tout abus.

Elle a également conseillé aux «combattants et aux citoyens de placer un linge humide sur la bouche et le nez pour éviter l'asphyxie».

Washington a réitéré son appel à ses ressortissants au Liban à quitter le pays tant que les vols commerciaux restent disponibles, «en raison de l'imprévisibilité de la situation en matière de sécurité».

L'ambassade des États-Unis a déclaré sur X: «Il n'y a aucune garantie que le gouvernement américain évacuera les citoyens américains et les membres de leurs familles dans une situation de crise.»

Une circulaire publiée vendredi par l'Autorité libanaise de l'aviation civile concernant un plan d'urgence pour l'évacuation de l'aéroport en cas de besoin a semé la confusion parmi le public.

Fadi al-Hassan, directeur général par intérim de l'aviation civile libanaise, a déclaré: «L'aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth fonctionne toujours normalement. À l'heure actuelle, deux compagnies aériennes ont suspendu leurs vols vers Beyrouth, Lufthansa et Saudia, tandis que les autres continuent de fonctionner normalement.»

Al-Hassan a indiqué qu'entre 4 000 et 5 000 passagers arrivent au Liban chaque jour, tandis que le nombre de passagers qui quittent varie entre 6 000 et 7 000.

«Les chiffres sont très raisonnables compte tenu des circonstances actuelles», a-t-il indiqué.

Le Premier ministre intérimaire, Najib Mikati, et le Grand Mufti du Liban, Cheikh Abdul Latif Derian, se sont rencontrés pour discuter de l'évolution de la situation dans la bande de Gaza.

Mikati a signalé que «le gouvernement est engagé dans des efforts diplomatiques et politiques, tant au niveau régional qu'international, pour mettre fin à l'agression israélienne contre le Sud-Liban et Gaza.»

Il a précisé que le gouvernement avait «un plan d'urgence pour contenir les répercussions de ce qui pourrait arriver».

Le cheikh Nabil Qaouq, membre du conseil central du Hezbollah, a prévenu que «la résistance sur le terrain surveille l'agression contre Gaza».

Il a ajouté: «La résistance est prête à tous les scénarios et a préparé de nombreuses surprises», et a averti que les États-Unis ne devaient avoir aucun doute sur la position du Hezbollah.

«Nous ne souhaitons pas rassurer les États-Unis, mais plutôt les inquiéter de plus en plus», a-t-il soutenu.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


En pleines discussions à Rome, Israël se dit prêt à avancer sur deux «zones pilotes» au Liban

Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient. (AFP)
Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de discussions à Washington
  • Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré que son pays était prêt à "aller de l'avant" dans la mise en oeuvre de deux "zones pilotes", revendication clé du pouvoir libanais

ROME: Israël s'est dit prêt à avancer dans le projet de retrait de ses troupes de deux zones du sud du Liban, au moment où se tiennent mardi de nouvelles négociations à Rome dans l'ombre d'une reprise des hostilités au Moyen-Orient.

Les deux pays, techniquement en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de discussions à Washington.

Mais le Hezbollah, armé et financé par Téhéran, rejette ce texte dont l'application doit commencer par le retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud du Liban.

Le ministre des Affaires étrangères israélien, Gideon Saar, a déclaré que son pays était prêt à "aller de l'avant" dans la mise en oeuvre de deux "zones pilotes", revendication clé du pouvoir libanais.

"J'espère et j'ai bon espoir que cette série de discussions à Rome y contribuera", a-t-il déclaré depuis Jérusalem.

Aucune information n'a filtré à ce stade des pourparlers dans la capitale italienne.

Des journalistes de l'AFP ont vu les voitures des délégations entrer dans l'enceinte de l'ambassade américaine sous haute sécurité mardi matin, tandis que l'ambassade, sollicitée, s'est refusée à tout commentaire.

"Se retirer progressivement" 

La délégation libanaise "a reçu comme instruction de réclamer le début immédiat du retrait des forces israéliennes de deux zones pilotes avant toute autre discussion", avait fait savoir la présidence libanaise lundi soir.

Selon une source diplomatique libanaise informée de la teneur des négociations, "l'armée libanaise est prête à prendre progressivement le contrôle des localités dont l'armée israélienne se retirerait".

"Israël est disposé à se retirer progressivement, à condition que le Hezbollah ne soit pas présent dans les zones évacuées et que l'armée libanaise dispose des capacités nécessaires pour maintenir ces secteurs démilitarisés et empêcher tout retour du mouvement", explique l'analyste israélienne Orna Mizrahi.

Une délégation militaire américaine a d'ailleurs entamé samedi à Beyrouth des discussions avec l'armée libanaise sur les modalités de mise en oeuvre du retrait israélien de l'une de ces "zones pilotes".

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté début mars entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Le mouvement chiite avait entraîné le Liban dans le conflit en bombardant Israël en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran.

L'armée israélienne poursuit cependant des frappes limitées dans le sud, où un drone a visé mardi la localité de Nabatiyé al-Fawqa et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe, selon les médias officiels libanais.

"Réfléchir à deux fois" 

Depuis le début de ce conflit, ces frappes israéliennes ont fait depuis plus de 4.300 morts, d'après les autorités libanaises. Sur la même période, l'armée israélienne a annoncé la mort de 38 soldats et d'un contractuel civil au Liban.

"Les chances d'une percée à Rome sont assez limitées", estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris, qui voit plutôt dans cette réunion "l'opportunité de montrer que le processus est encore en place (...), qu'il y a des négociations qui perdurent malgré les oppositions et les obstacles qui commencent à apparaître".

Téhéran avait exigé l'arrêt des hostilités au Liban pour conclure un protocole d'accord avec Washington le 17 juin.

Mais ce texte semble avoir volé en éclats après des frappes américaines et iraniennes au Moyen-Orient d'une ampleur inédite depuis la mise en place d'un cessez-le-feu début avril.

"Les Iraniens veulent établir un lien entre les deux dossiers, tandis que nous souhaitons les dissocier", relève Orna Mizrahi.

"Chaque fois qu'ils en auront l'occasion, ils (les Iraniens) chercheront à faire échouer ce qui se passe sur la scène libanaise", ajoute cette chercheuse spécialiste du Liban à l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. Même si Téhéran a actuellement d'autres priorités, notamment le contrôle du détroit d'Ormuz.

Karim Bitar souligne pour sa part que le risque d'une reprise des violences au Liban en raison du contexte régional "n'est bien évidemment pas négligeable".

"Mais je pense que l'Iran aujourd'hui y réfléchira à deux fois avant de demander au Hezbollah de lancer de nouvelles frappes contre Israël", dit-il.

Selon lui, Téhéran "souhaite maintenir le Hezbollah comme instrument de dissuasion à long terme et ne veut pas l'utiliser immédiatement pour ouvrir un nouveau front".


Netanyahu avertit les dirigeants iraniens qu'Israël ripostera en cas d'attaque

Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (AFP)
Un homme tient une pancarte sur laquelle figurent des photos du guide suprême iranien, l'ayatollah Mojtaba Khamenei, aux côtés de l'officier militaire assassiné Qasem Soleimani, alors qu'il assiste à la cérémonie d'adieu organisée en l'honneur de l'équipe nationale iranienne de football avant son départ pour la Coupe du monde de la FIFA 2026, à Téhéran, le 13 mai 2026. (AFP)
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  • Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti mardi les dirigeants iraniens qu'Israël riposterait en cas d'attaque
  • "Je le dis aux dirigeants iraniens : ne comptez pas sur le calme si vous nous attaquez (...), l'époque où l'on pouvait nous frapper sans que nous ripostions de manière décisive est révolue"

JERUSALEM: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a averti mardi les dirigeants iraniens qu'Israël riposterait en cas d'attaque, alors que les frappes américaines et iraniennes ont repris avec une ampleur inédite depuis le cessez-le-feu d'avril.

"Je le dis aux dirigeants iraniens : ne comptez pas sur le calme si vous nous attaquez (...), l'époque où l'on pouvait nous frapper sans que nous ripostions de manière décisive est révolue", a déclaré M. Netanyahu lors d'une conférence, selon une vidéo diffusée par son cabinet.


Le Liban et Israël négocient à Rome sur fond de reprise des hostilités entre l'Iran et les Etats-Unis

De la fumée s'élève du site d'une explosion contrôlée par l'armée israélienne dans le village de Kfar Tibnit, vue depuis la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, avec la forteresse de Beaufort visible au loin, le 13 juillet 2026. (AFP)
De la fumée s'élève du site d'une explosion contrôlée par l'armée israélienne dans le village de Kfar Tibnit, vue depuis la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, avec la forteresse de Beaufort visible au loin, le 13 juillet 2026. (AFP)
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  • Le Liban et Israël reprennent les négociations à Rome, Beyrouth exigeant un retrait israélien de deux zones pilotes avant toute avancée
  • Les analystes estiment qu'une percée est peu probable, les tensions entre Washington et Téhéran risquant de compliquer le processus

BEYROUTH: Le Liban et Israël entament mardi à Rome de nouvelles négociations sous l’égide des États-Unis, sur fond de reprise des hostilités dans la région entre Washington et Téhéran qui pourrait les impacter selon des analystes.

Les deux pays, en état de guerre depuis des décennies, avaient conclu le 26 juin un accord-cadre en vue d'une "paix durable", à l'issue de cinq cycles de négociations à Washington.

Mais le Hezbollah, armé et financé par Téhéran, rejette cet accord dont l'application doit commencer par le retrait israélien de "zones pilotes" dans le sud du Liban.

"La délégation libanaise a reçu comme instruction de réclamer le début immédiat du retrait des forces israéliennes de deux zones pilotes avant toute autre discussion", a annoncé lundi soir la présidence libanaise.

Selon une source diplomatique libanaise informée de la teneur des négociations, "l'armée libanaise est prête à prendre progressivement le contrôle des localités dont l'armée israélienne se retirerait".

"Israël est disposé à se retirer progressivement, à condition que le Hezbollah ne soit pas présent dans les zones évacuées et que l'armée libanaise dispose des capacités nécessaires pour maintenir ces secteurs démilitarisés et empêcher tout retour du mouvement", explique l'analyste israélienne Orna Mizrahi.

Une délégation militaire américaine a d'ailleurs entamé samedi à Beyrouth des discussions avec l'armée libanaise sur les modalités de mise en oeuvre du retrait israélien de l'une de ces "zones pilotes".

- "Chances limitées" -

L'accord-cadre a été conclu après l'entrée un vigueur d'un cessez-le-feu fragile dans la nouvelle guerre qui a éclaté entre le Hezbollah et l'armée israélienne. Le mouvement chiite pro-iranien avait entraîné le Liban dans la guerre le 2 mars en bombardant Israël pour soutenir l'Iran.

L'armée israélienne poursuit cependant des frappes limitées dans le sud et procède à des destructions dans les villages qu'elle occupe selon les médias officiels libanais.

Depuis le début de ce conflit, ces frappes israéliennes ont fait depuis plus de 4.300 morts, selon les autorités libanaises. Sur la même période, l'armée israélienne a annoncé la mort de 38 soldats et d'un contractuel civil au Liban.

"Les chances d'une percée à Rome sont assez limitées (..) Ce à quoi nous pourrions assister, c'est plutôt une sorte d'opportunité de montrer que le processus est encore en place (..) qu'il y a des négociations qui perdurent malgré les oppositions et les obstacles qui commencent à apparaître", estime Karim Bitar, enseignant à Sciences Po Paris.

Téhéran avait exigé le cessez-le-feu au Liban pour conclure un protocole d'accord avec Washington le 17 juin.

Mais ce texte semble avoir volé en éclats après des frappes américaines et iraniennes au Moyen-Orient d'une ampleur inédite depuis la mise en place d'un cessez-le-feu début avril. Dans la nuit de lundi à mardi, les Etats-Unis ont mené pour la troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens.

"Les Iraniens veulent établir un lien entre les deux dossiers, tandis que nous souhaitons les dissocier", affirme Orna Mizrahi.

"Chaque fois qu'ils en auront l'occasion, ils (les Iraniens) chercheront à faire échouer ce qui se passe sur la scène libanaise", ajoute cette chercheuse spécialiste du Liban à l'Institut pour les études de sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv. Mais l'analyste israélienne estime que les priorités de Téhéran aujourd'hui sont le détroit d'Ormuz et le dossier nucléaire.

Karim Bitar affirme pour sa part, que le risque d'une reprise des violences au Liban en raison du contexte régional "n'est bien évidemment pas négligeable".

"Mais je pense que l'Iran aujourd'hui y réfléchira à deux fois avant de demander au Hezbollah de lancer de nouvelles frappes contre Israël", dit-il.

Selon lui, Téhéran "souhaite maintenir le Hezbollah comme instrument de dissuasion à long terme et ne veut pas l'utiliser immédiatement pour ouvrir un nouveau front".