Frankly Speaking: Quel est le degré de difficulté de l'acheminement de l'aide humanitaire à Gaza ?

En tant que Croix-Rouge internationale, nous parlons toujours à toutes les parties au conflit a déclaré Dalton à Katie Jensen lors d'une interview accordée à Frankly Speaking (Photo, AN).
En tant que Croix-Rouge internationale, nous parlons toujours à toutes les parties au conflit a déclaré Dalton à Katie Jensen lors d'une interview accordée à Frankly Speaking (Photo, AN).
Short Url
Publié le Dimanche 26 novembre 2023

Frankly Speaking: Quel est le degré de difficulté de l'acheminement de l'aide humanitaire à Gaza ?

  • Les travailleurs humanitaires dans l'enclave palestinienne assiégée sont confrontés à des « difficultés incroyables » face à «l'ampleur des besoins»
  • Pour Clare Dalton, les travailleurs humanitaires se sont concentrés sur les moyens de venir en aide aux personnes dans le besoin

DUBAΪ : Malgré les dons destinés à aider la population de Gaza, il est nécessaire d'assurer un « accès humanitaire plus soutenu » aux Palestiniens dans le besoin, selon Clare Dalton, cheffe de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge aux Émirats arabes unis.

Lors de son passage à l'émission « Frankly Speaking » d'Arab News, peu avant l'entrée en vigueur vendredi d'une pause humanitaire de quatre jours dans les combats entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas, Mme Dalton a déclaré que les besoins de la population de Gaza n'étaient pas satisfaits vu le nombre limité de camions autorisés à pénétrer dans le territoire.

« Il faut un accès humanitaire plus soutenu à l'intérieur de Gaza, car c'est là que les gens ont besoin de secours », a-t-elle déclaré, ajoutant que tant qu'Israël n'autorisera pas un plus grand nombre de camions à entrer dans Gaza via le poste frontière de Rafah, en Égypte, les besoins des civils ne pourront pas être satisfaits. 

« Je pense que le grand défi est que beaucoup d'aide a été envoyée pour aider les gens, mais que peu de choses arrivent en réalité », a dit Mme Dalton à Katie Jensen, animatrice de l'émission « Frankly Speaking ».

« Le nombre de camions qui ont pu accéder à Gaza depuis le début de cette terrible crise est vraiment limité ».

« Toute l'aide est vraiment nécessaire et importante. Elle n'est tout simplement pas suffisante. Si l'on considère le nombre de camions qui entraient dans la bande de Gaza avant le 7 octobre... il y en avait environ 500 par jour. Depuis cette crise, je pense que nous n'avons vu arriver que 1 200 camions. C'est un écart énorme ».

Dalton a ajouté : « Non seulement les besoins ordinaires des gens ne sont pas satisfaits, mais en plus, ce conflit dévastateur a ravagé les infrastructures, tué des gens, les a blessés, les a fait fuir, et il n'y a pas assez d'aide. Et il y a encore moins d'aide humanitaire pour eux ».

La pause humanitaire, négociée par des intermédiaires américains, qataris et égyptiens, a été instaurée principalement pour permettre la libération en toute sécurité des otages israéliens et étrangers détenus par le Hamas en échange de prisonniers palestiniens détenus dans les prisons israéliennes.

ds
La haute responsable du CICR a déclaré que les travailleurs humanitaires dans l'enclave palestinienne assiégée étaient confrontés à des « difficultés incroyables » dans les conditions du siège militaire israélien, et que les besoins sont «immenses» (Photo AN).

Les otages ont été capturés par le groupe militant lorsqu'il a lancé son attaque transfrontalière contre le sud d'Israël le 7 octobre, au cours de laquelle 1 200 personnes ont été tuées et environ 230 Israéliens et autres ressortissants étrangers ont été enlevés et ramenés à Gaza.

C'est cette attaque qui a déclenché le bombardement de la bande de Gaza par Israël, la restriction des livraisons humanitaires et commerciales entrant dans le territoire, et une offensive militaire terrestre visant à éliminer le Hamas.

Le CICR, en tant que partie neutre, a joué un rôle crucial dans l'échange du premier groupe d'otages vendredi. Avant la pause humanitaire, Mirjana Spoljaric, présidente du CICR, s'est rendue au Qatar, où elle a rencontré Ismael Haniyeh, président du bureau politique du Hamas.

« En tant que Croix-Rouge internationale, nous nous entretenons toujours avec tous les protagonistes du conflit afin de faire passer des messages sur la manière dont les civils sont traités et sur toutes les questions humanitaires dont nous discutons », a déclaré Dalton.

« Nous ne négocions pas avec les belligérants. Ce que nous pouvons faire, c'est faciliter la conclusion d'un accord entre les parties. Je ne connais pas les détails de ces réunions. Cependant, en tant que CICR, notre travail consiste toujours à faire de notre mieux pour les personnes sur le terrain, pour répondre aux besoins des civils ».

« Nous avons un mandat spécifique en vertu du droit international pour le faire, mais aussi, comme beaucoup d'autres acteurs, nous faisons de notre mieux pour apporter une aide humanitaire ».

Le CICR dispose d'équipes médicales à l'intérieur de la bande de Gaza, où les infrastructures de santé sont débordées par le nombre de civils blessés, et doivent faire face à une pénurie d'électricité, d'eau potable, de médicaments et d'anesthésiques.

Tout au long du conflit, Israël a accusé le Hamas d'utiliser des tunnels, des caches d'armes et des centres de commandement creusés sous les principaux hôpitaux de Gaza, transformant ainsi le personnel médical et ses patients civils en boucliers humains.

À la question de savoir si les équipes du CICR travaillant à Gaza avaient connaissance de l'existence de tels tunnels, Dalton a répondu que le mandat de l'organisation était très différent. « Ce n'est pas notre travail de vérifier ce genre d'affirmations. C'est autre chose. Pour nous, ce qui est important, ce sont les besoins des gens qui souffrent », a-t-elle déclaré.

ds
Alors que le temps se refroidit à Gaza, le CICR distribue des couvertures et des bâches à près de 5 000 personnes déplacées à Khan Younis (Photo, Fournie).

Lorsqu'on lui a demandé si elle pensait que les civils étaient utilisés comme boucliers humains par le Hamas, Dalton a répondu : « Je l’ignore. Je pense que ce qui nous préoccupe par ailleurs, c'est de cerner les besoins des gens, et comment faire de notre mieux pour les aider ».

Elle a ajouté : « En tant qu'organisation humanitaire internationale, nous ne prenons pas parti. Ce n'est pas notre rôle. Ce sont des questions politiques et je suis sûre qu'il y a des gens qui ont des opinions ou qui peuvent y répondre ».

Elle a réitéré le rôle du CICR en tant que partie neutre au conflit. « En tant qu'acteurs humanitaires, si nous voulons faire notre travail, nous devons être en mesure d'apporter une aide aux populations sur une base impartiale », a-t-elle expliqué. « Nous, CICR, fonctionnons selon ce principe de neutralité. Nous ne pouvons pas prendre parti, et c'est vraiment important pour notre accès humanitaire ».

Les détracteurs de la campagne israélienne visant à détruire le Hamas affirment que la réponse d'Israël à l'attaque du 7 octobre a été disproportionnée et qu'elle a fait payer un tribut bien plus lourd aux civils et à l’infrastructure de Gaza.

Selon les autorités sanitaires locales, qui dépendent du gouvernement du Hamas, plus de 14 000 personnes ont été tuées à Gaza sous les bombardements israéliens, dont une majorité de femmes et d'enfants. Parallèlement, quelque 1,7 million de personnes ont été déplacées par les combats.

« La situation est catastrophique », a déclaré Dalton. « Les gens sont confrontés à des difficultés incommensurables et les civils en particulier souffrent cruellement, vraiment âprement. Depuis le début, la situation s'est progressivement aggravée. La situation dans laquelle se trouvent les civils est très difficile ».

« Gaza est une ville très densément peuplée. Les gens n'ont donc pas beaucoup de lieux dans lesquels ils pourraient se réfugier ».

« Les dommages causés aux infrastructures essentielles sont très importants. Et lorsque les populations se déplacent, où vont-elles ? Je pense que tous ces éléments aggravent les difficultés auxquelles les gens sont de toute façon confrontés dans une situation de conflit.

À la question de savoir s'il s'agissait de la pire catastrophe humanitaire dont elle avait été témoin au cours de ses 15 années au CICR, Mme Dalton a répondu qu'il ne fallait pas faire de comparaisons, mais elle a reconnu que les épreuves imposées à Gaza allaient bien au-delà des limites acceptables en temps de guerre.

« La guerre est terrible et son impact sur les populations est dévastateur », a-t-elle déploré. « Qui que vous soyez et quel que soit votre camp, je pense qu'il est vraiment difficile de faire ces comparaisons ».

« Nous aimons dire qu'il n'y a pas de hiérarchie dans la souffrance. Si vous êtes une mère dont l'enfant est tué, où que ce soit et quelle que soit la situation, c'est tout simplement terrible.

ds
En tant que Croix-Rouge internationale, nous parlons toujours à toutes les parties au conflit a déclaré Dalton à Katie Jensen lors d'une interview accordée à Frankly Speaking (Photo, AN).

Notre message est toujours le suivant : les guerres ont lieu, mais elles doivent avoir des limites ».

Le 7 novembre, le CICR a confirmé qu'un de ses convois d'aide humanitaire avait essuyé des tirs dans la ville de Gaza. Deux camions ont été endommagés et un chauffeur légèrement blessé lorsque le convoi, qui transportait « du matériel médical vital destiné à des établissements de santé, notamment à l'hôpital Al-Quds du Croissant-Rouge palestinien », a essuyé des tirs, a indiqué l'organisation sur son site X.

Le CICR s'est déclaré « profondément troublé » par cet incident et a rappelé aux « parties belligérantes l'obligation qui leur incombe, en vertu du droit international humanitaire, de respecter et de protéger les travailleurs humanitaires en toutes circonstances ».

La déclaration n'identifie pas la source des tirs sur le convoi, composé de cinq camions et de deux véhicules du CICR.

« Je ne sais pas qui nous a tiré dessus », a précisé Dalton. « En fin de compte, ce n'est peut-être pas le plus important. Ce qui est important, c'est que des travailleurs médicaux, qui tentent de sauver des vies, risquent leur vie et celle des patients en essayant de faire leur travail. Cela ne devrait pas être le cas ».

« Si nous ne sommes pas en mesure de fournir une assistance vitale, des gens mourront inutilement. Notre message est donc toujours que les médecins, les travailleurs humanitaires et le personnel médical doivent être protégés dans l'exercice de leurs fonctions ».

L'ONU a qualifié le conflit de Gaza de plus meurtrier pour ses travailleurs humanitaires, des rapports faisant état de plus de 100 morts dans les rangs des agences d'aide depuis le début de la guerre.

« Il est très difficile pour les acteurs humanitaires de faire leur travail dans de telles conditions », a affirmé Dalton.

« Nous avons une équipe chirurgicale sur le terrain, une autre dans un hôpital au sud de Gaza, l'Hôpital européen de Gaza, qui est là depuis environ trois semaines. Et lorsque nous les entendons parler de ce qu'ils essaient de faire, des patients qu'ils essaient de traiter, il est évident qu'ils sont confrontés à d'immenses souffrances autour d'eux ».

« Il n'y a pas d'électricité. Il fait souvent nuit. C'est extrêmement accablant. Les produits médicaux ne sont pas suffisants. Les patients arrivent continuellement avec des blessures très graves, des brûlures, des choses qui nécessitent un traitement très spécialisé. C'est donc incroyablement difficile.

« Sans électricité, de nombreux autres services essentiels ne fonctionnent pas. Il n'y a pas assez d'eau. Les gens n'ont pas suffisamment de vivres. Maintenant, il commence à faire plus froid. Il pleut. Les familles se déplacent pour tenter de se mettre à l'abri ».

ds
Du côté israélien de la frontière avec la bande de Gaza montre de la fumée s'élevant au-dessus des bâtiments lors des frappes israéliennes sur la partie nord de l'enclave palestinienne le 22 novembre (Photo, AFP).

« En tant qu'acteurs humanitaires, nous devons faire de notre mieux pour apporter aux gens l'aide dont ils ont besoin. C'est très, très difficile. Les conditions de sécurité sont pénibles pour tout le monde. Par ailleurs, il n'y a pas assez d'aide qui arrive, étant donné les besoins colossaux ».

Le CICR a notamment pour mandat de vérifier si les combattants respectent le droit international humanitaire. Depuis le début du conflit, Israël et le Hamas sont accusés de commettre des crimes de guerre.

« Nous sommes tous les jours témoins d’exemples qui donnent l'impression que, dans certains cas, le droit international humanitaire est remis en question », a précisé Dalton. « Mais nous essayons d’en être les garants, d'en parler aux parties au conflit, de rappeler à chacun ses obligations. Nous ne sommes pas des arbitres ».

Mais ce message passe-t-il ?

« J’imagine que si vous êtes un civil sur le terrain qui subit l'impact de tout cela, vous ne croirez probablement pas que le message passe », a souligné Dalton. « Je pense qu'en ce qui nous concerne, nous faisons ce qui est en notre pouvoir. Et il est très important de continuer à rappeler aux parties leurs obligations ».

« Cela peut sembler un peu sec et ne pas avoir d'impact direct sur les terribles conditions de vie des gens. Pourtant, c'est le cas et cela peut être déterminant ».

« Si les infrastructures essentielles ne sont pas endommagées inutilement, cela a moins de répercussions sur la possibilité pour les gens d'avoir de l'eau, de l'électricité, etc.

À moins que de nouvelles pauses humanitaires ne soient décidées ou, comme l'espèrent les responsables de l'aide, qu'un cessez-le-feu permanent ne soit mis en place, les besoins en dons et en convois continueront de croître.

L'Arabie saoudite et d'autres pays du Conseil de coopération du Golfe ont mis en place des vols et des cargaisons d'aide, tandis que leurs citoyens ont donné généreusement aux organisations caritatives.

« Compte tenu de l'ampleur dévastatrice des besoins dont nous avons parlé, nous avons besoin de beaucoup de soutien », a ajouté Dalton. « En tant que CICR, nous lançons un appel humanitaire, comme le font de nombreuses organisations, et il existe de nombreuses façons de nous soutenir ».

« Nous sommes ici aux Émirats arabes unis, et les pays du CCG ont été très généreux, eux aussi, en envoyant de l'aide et en finançant les acteurs humanitaires. C'est très important ».

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 


Liban: "assiégés" par Israël, les derniers habitants de Tyr résistent

Un panache de fumée et un fragment de béton s’élèvent du site d’une frappe aérienne israélienne à la périphérie est de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Un panache de fumée et un fragment de béton s’élèvent du site d’une frappe aérienne israélienne à la périphérie est de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • À Tyr, des milliers de civils refusent de fuir malgré les bombardements israéliens et la menace d’une invasion, affirmant leur attachement à leur terre malgré la peur et les destructions
  • La ville est presque assiégée : infrastructures détruites, pénuries imminentes et situation humanitaire critique, tandis que les combats entre Hezbollah et Israël s’intensifient

TYR: "Ils devront nous faire partir par la force": malgré les bombes et la menace d'une invasion israélienne, Khalil est de ceux qui ont décidé de rester à Tyr, dans le sud du Liban, désormais très isolée du reste du pays.

Retranché avec sa femme et leur fils de deux ans dans un théâtre de la vieille ville après avoir fui leur maison bombardée, le trentenaire assure qu'il "ne (se) rendra pas": "Nous n'abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici".

Bravant les ordres d'évacuation lancés par l'armée israélienne, environ 20.000 personnes dont quelque 15.000 déplacés des villages environnants s'entassent dans le quartier chrétien - le seul encore épargné - et dans quelques écoles.

Mais beaucoup se demandent combien de temps la ville millénaire pourra tenir.

Mardi, une dizaine d'explosions ont secoué Tyr et ses environs immédiats, ont constaté des journalistes de l'AFP. Il s'agissait des pires bombardements que la ville ait connus depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah le 2 mars.

Avions de chasse et drones israéliens tournoyaient dans le ciel jusqu'à la nuit tombée, larguant des bombes qui ont fait au moins 24 blessés dans le centre et provoquant d'immenses panaches de fumée noire.

Le groupe chiite pro-iranien, dont le drapeau jaune flanqué d'une kalachnikov flotte sur chaque lampadaire, est très implanté dans la cité célèbre pour ses plages de sable et ses ruines antiques.

Véritables maîtres d'une ville quasi-fantôme, ses hommes reconnaissables à leurs vêtements noirs, sont partout: postés aux abords des rond-points, sillonnant à scooter les rues désertes, inspectant les immeubles réduits en poussière.

Avant chaque frappe israélienne, ils tirent en l'air pour prévenir du danger immédiat les rares civils qui s'aventurent à l'extérieur.

Mercredi, l'armée israélienne a accusé le Hezbollah "d'implanter ses infrastructures militaires au sein des zones résidentielles" de Tyr.

- "Tout le monde a peur" -

Mustafa Ibrahim Al Sayed, 50 ans, ne quitte pas l'enceinte de l'école où il s'est réfugié avec ses deux femmes et leurs 11 enfants. Originaires d'un village frontalier, ils avaient déjà échoué à Tyr lors du précédent conflit, en 2024.

Malgré les menaces d'invasion terrestre, "je ne veux pas être déplacé ailleurs (...) Mes enfants se sont habitués à la guerre et ils connaissent tout le monde ici", dit-il.

L'armée israélienne a annoncé mardi son intention de s'emparer d'une partie du sud, dont Tyr, pour créer une zone tampon de 30 km de large.

"Tout le monde a peur pour sa maison et sa terre, mais que pouvons-nous faire?", poursuit M. Al Sayed. "Depuis 1978 (première invasion israélienne, NDLR), c'est la cinquième fois que je suis déplacé, j'ai passé toute ma vie en exil".

Plusieurs responsables de la mairie et des secours ont raconté à l'AFP que des officiers israéliens les ont directement appelés ces derniers jours pour leur ordonner de faire respecter les avis d'évacuation.

"Vous faites votre boulot, je fais le mien!", assure leur avoir répondu Mortada Mhanna, à la tête de l'unité de gestion des catastrophes de Tyr, qui court partout pour aider les déplacés.

"On a conseillé aux gens de partir, on leur a expliqué qu'on pouvait affréter des navettes escortées par l'armée, ils n'ont rien voulu savoir", ajoute-t-il.

Pour ce quadragénaire énergique, hors de question de quitter la ville tant qu'il y a des civils. "Je serai le dernier à quitter cet endroit", dit-il avec aplomb.

- Ville isolée -

Tyr est de plus en plus isolée. L'aviation a bombardé les principaux ponts qui enjambent le fleuve Litani, affirmant vouloir empêcher le Hezbollah de se réapprovisionner en armes.

Un seul relie encore Tyr à la capitale Beyrouth et au nord du pays, sur l'ancienne route côtière.

"Si le dernier pont tombe, nous allons tout droit vers une catastrophe humanitaire", s'alarme Alwan Charafeddine, le maire adjoint de Tyr. "La ville sera assiégée et les convois de ravitaillement ne pourront plus l'atteindre".

"Nos stocks sont déjà presque épuisés", dit-il en énumérant les besoins en nourriture, en kits d'hygiène, mais aussi en carburant pour faire tourner les générateurs qui fournissent une bonne partie de l'électricité.

A 82 ans, Nada Reda Abu Sari n'est pas restée par choix. Cela fait des mois qu'elle dort sur un matelas jeté au sol, dans une salle de classe.

"Je suis malade, je n’ai même pas les moyens de m’acheter des médicaments", dit-elle en brandissant quelques boîtes vides. "Je ne dors plus. A chaque frappe, on se réveille, chaque jour, on meurt un peu plus".

La vieille dame n'a jamais revu sa maison de Dhaïra, l'un des villages frontaliers entourés de collines verdoyantes complètement détruits par les soldats israéliens en 2024.

"Nous n'avons plus ni foyer, ni terres, ni vignes, rien (...) mes enfants sont tous éparpillés et je n'ai aucune nouvelle d'eux", confie-t-elle sans pouvoir retenir ses sanglots.

"Est-ce que c'est ça, la vie? Parfois je me dis que je devrais me jeter à la mer".


Au moins 9 morts dans des raids israéliens contre le sud du Liban

Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Des secouristes arrivent sur le site d’une frappe aérienne israélienne ayant visé la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
Short Url
  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait au moins 9 morts et plusieurs blessés, tandis que des ordres d’évacuation ont été donnés dans la banlieue sud de Beyrouth
  • Les tensions s’intensifient : Israël affirme cibler des infrastructures du Hezbollah, tandis que le mouvement riposte par des attaques de roquettes vers le nord d’Israël

BEYROUTH: Au moins neuf personnes, selon les médias officiels libanais, ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids israéliens contre des localités du sud du Liban, qu'Israël considère comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah.

D'après l'Agence nationale d'information (ANI), une attaque israélienne a fait au moins trois morts et 18 blessés dans la région de Nabatiyeh, et une autre quatre morts et un blessé à Aadloun, au sud de la ville de Saïda, également appelée Sidon.

Selon la même source, une frappe israélienne contre un appartement du camp de réfugiés de Mieh Mieh, également près de Saïda, a par ailleurs fait deux morts et quatre blessés.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Elle a aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, avoir "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants du mouvement, sans en préciser le nombre.

De son côté, le Hezbollah a affirmé mercredi matin avoir attaqué un char et des soldats israéliens près de la frontière, et tiré un "barrage de roquettes" vers Kiryat Shmona, dans le nord d'Israël.

Les sirènes d'alerte ont retenti dans cette ville de la vallée de la Houla, proche de la frontière libanaise. Les autorités israéliennes n'ont fait état d'aucune victime.

Mardi, une Israélienne d'une trentaine d'années avait été tuée dans le nord du pays par un autre tir de roquettes depuis le Liban.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

- Traces de sang -

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi, des frappes israéliennes avaient déjà tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud.

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, un village dans les montagnes au sud-est de Beyrouth qui est pourtant à l'écart des zones contrôlées par le Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

Beyrouth accuse les Gardiens de la révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah contre Israël, et a interdit leurs activités sur son territoire.

Mardi, la décision des autorités d'expulser l'ambassadeur d'Iran a provoqué une vive réaction du Hezbollah, qui leur a demandé de se rétracter.

"Nous demanderons à l’ambassadeur iranien de rester à Beyrouth et de considérer la mesure comme nulle et non avenue", a affirmé une source de l'organisation à l'AFP.


Nouvelles vagues d'attaques au Moyen-Orient, les négociations Washington-Téhéran restent à confirmer

Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
Les frappes aériennes israéliennes menées dans la nuit du 24 mars 2026 ont causé d’importants dégâts dans le quartier de Haret Hreik, une banlieue densément peuplée du sud de Beirut, considérée comme un bastion du Hezbollah. (AFP)
Short Url
  • L’Iran a intensifié les frappes (missiles et drones) contre Israël et plusieurs pays du Golfe, tandis qu’Israël poursuit ses bombardements en Iran et au Liban, aggravant le conflit régional
  • Les États-Unis proposent un plan de paix incluant un cessez-le-feu temporaire, des restrictions sur le programme nucléaire iranien et la levée des sanctions, alors que le détroit d’Ormuz rouvre partiellement, faisant baisser les prix du pétrole

TEHERAN: L'Iran a tiré mercredi des salves de missiles et de drones contre ses voisins du Golfe et Israël, et celui-ci continue de bombarder Téhéran et le Liban, malgré la promesse américaine de négociations de paix qui a calmé les marchés.

Iran et Etats-Unis négocient "en ce moment" pour tenter de mettre un terme au conflit, a affirmé mardi Donald Trump, ajoutant que son émissaire Steve Witkoff, son gendre Jared Kushner, le vice-président JD Vance et le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio participent au processus.

Plusieurs médias, dont le New York Times et la chaîne de télévision israélienne Channel 12, avancent que l'administration Trump a proposé un plan de paix en 15 points à l'Iran par l'entremise du Pakistan, qui entretient de bonnes relations avec les deux parties.

Selon trois sources non identifiées citées par Channel 12, les Etats-Unis proposent un cessez-le-feu d'un mois, le temps que les autorités iraniennes étudient leurs demandes.

Toujours selon la chaîne israélienne, parmi les 15 points, cinq concernent le programme nucléaire iranien, d'autres imposent l'abandon du soutien aux alliés de l'Iran dans la région, comme le Hezbollah ou le Hamas, et un point insiste pour que le détroit d'Ormuz reste ouvert à la navigation maritime. En contrepartie l'Iran obtiendrait une levée des sanctions internationales à son encontre et un soutien pour son programme nucléaire civil.

- L'Iran desserre l'étreinte sur Ormuz -

L'Iran a justement affirmé que les "navires non hostiles" pouvaient désormais "bénéficier d'un passage sûr par le détroit d'Ormuz en coordination avec les autorités compétentes", selon l'Organisation maritime internationale (OMI).

Près de 20% de la production mondiale d'hydrocarbures transite par ce détroit stratégique, dont le blocage de fait par Téhéran ces dernières semaines a fait flamber les prix du pétrole.

Donald Trump a évoqué mardi "un très gros cadeau" lié aux hydrocarbures, sans donner de précisions, qui pourrait justement être lié à cette réouverture partielle du détroit.

En réaction à ces informations les cours du pétrole retombent mercredi, et les Bourses d'Asie sont revenues dans le vert.

Mais l'Iran, pour l'heure, n'a pas confirmé la moindre négociation.

Mohammad Bagher Ghalibaf, président du Parlement iranien - présenté par le site d'informations Axios comme l'interlocuteur des Etats-Unis - a démenti en bloc. La diplomatie iranienne a juste reconnu en début de semaine avoir reçu, via des "pays amis", des "messages transmettant une demande américaine de négociations".

- Incendie à l'aéroport de Koweït -

La presse américaine évoque en outre l'envoi de 3.000 soldats parachutistes en renfort au Moyen-Orient, où la guerre ne donne aucun signe d'accalmie avec de nouvelles vagues d'attaques israéliennes contre l'Iran et le Liban, et de nouveaux tirs de missiles et de drones iraniens vers Israël, la Jordanie et plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de l'Iran, ont annoncé mercredi avoir lancé des attaques contre le nord et le centre d'Israël, dont la région de Tel-Aviv, ainsi que sur deux bases militaires américaines au Koweït, une en Jordanie et une au Bahreïn.

Selon les secours israéliens, 12 personnes ont été blessées mardi soir près de Tel-Aviv par un ou plusieurs missiles iraniens.

Au Koweït, une attaque de drones a mis le feu à un réservoir de carburant à l'aéroport international de l'émirat, selon l'Autorité de l'aviation civile du pays, qui n'a pas fait état de victime.

De son côté, comme au cours des nuits précédentes, l'armée israélienne a annoncé avoir "lancé une série de frappes visant les infrastructures du régime terroriste iranien à Téhéran".

"Les bruits, les explosions et les missiles font désormais partie de notre vie quotidienne", a confié à l'AFP par téléphone une femme de 35 ans, originaire du Kurdistan iranien et résidant à Téhéran.

- Au moins 9 morts au Liban -

Israël poursuit également son offensive au Liban, où au moins neuf personnes ont été tuées dans la nuit de mardi à mercredi dans trois raids dans le sud du pays, région considérée par Israël comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah, selon l'agence de presse officielle libanaise ANI.

L'armée israélienne a en outre ordonné aux habitants de sept quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, autre fief du Hezbollah, d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, les frappes israéliennes y ont tué plus de mille personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a affirmé mardi que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.