Frankly Speaking: Israël commet-il un «génocide» à Gaza?

Craig Mokhiber, ancien directeur du bureau de New York du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, lors d'un entretien avec Katie Jensen, présentatrice de l'émission Frankly Speaking (Photo, AN).
Craig Mokhiber, ancien directeur du bureau de New York du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, lors d'un entretien avec Katie Jensen, présentatrice de l'émission Frankly Speaking (Photo, AN).
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Publié le Lundi 13 novembre 2023

Frankly Speaking: Israël commet-il un «génocide» à Gaza?

  • Un responsable qui a récemment démissionné du HCDH accuse l'ONU de ne pas reconnaître le «génocide» perpétré par Israël dans le conflit actuel
  • Craig Mokhiber affirme que l'objectif du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, n'est pas de sauver les otages ou de renverser le Hamas, mais de déplacer les civils de Gaza

DUBAÏ: Un haut responsable a récemment démissionné de son poste au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme (HCDH), accusant l'organisation mondiale de manquer à ses devoirs envers la population de Gaza et de faire preuve de timidité face au génocide et à l'apartheid qui se poursuivent dans cette région, malgré la multitude de preuves.

Lors de son passage à Frankly Speaking, l'émission d'actualité d'Arab News, Craig Mokhiber a dénoncé «l'hésitation des Nations unies à parler officiellement de l'apartheid israélien en Palestine, alors que toutes les grandes organisations internationales de défense des droits de l'homme [...] ont décidé que le crime d'apartheid était manifeste dans cette région. Ou encore, comme l'a récemment soulevé ma lettre de démission, la question du génocide tel qu'il est défini par la Convention des Nations unies».

Lors de l'entretien, M. Mokhiber s'est demandé si sa démission changerait quelque chose au HCDH, mais aussi les raisons pour lesquelles, selon lui, les lobbyistes israéliens font pression sur les dirigeants de l'ONU, la nécessité de faire preuve de plus d'empathie à l'égard de la population de Gaza et si quelqu'un pouvait mettre fin au massacre des civils palestiniens.

L'apparente incapacité des Nations unies à faire face à l'aggravation de la situation à Gaza a également fait l'objet de critiques lors du sommet extraordinaire conjoint arabo-islamique qui s'est tenu samedi à Riyad.

Dans son discours d'ouverture, le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a déclaré: «Nous assistons à une catastrophe humanitaire qui démontre l'incapacité du Conseil de sécurité (de l'ONU) et de la communauté internationale à mettre fin aux flagrantes violations israéliennes des lois et normes internationales et du droit international humanitaire.»

Le prince héritier a ajouté que la situation à Gaza constituait une menace pour la sécurité et la stabilité internationales et que tous les dirigeants devaient s'unir pour prendre des mesures efficaces pour y remédier.

«Nous avons la responsabilité d'exercer toutes les pressions possibles sur la communauté internationale, sur les Nations unies et sur le Conseil de sécurité, afin qu'ils assument leurs responsabilités en matière de paix et de stabilité internationales», a pour sa part indiqué le prince Faisal ben Farhane, ministre saoudien des Affaires étrangères.

Lorsqu'il a quitté son poste de directeur du bureau de New York du HCDH, M. Mokhiber a qualifié les États-Unis, le Royaume-Uni et une grande partie de l'Europe de complices de l'offensive militaire israélienne en cours à Gaza. Dimanche, plus de 11 000 personnes avaient été tuées à Gaza, dont plus de 4 500 enfants, selon les autorités sanitaires palestiniennes.

Bien qu'il s'agisse d'un terme juridique, le génocide est considéré comme excessivement politisé de nos jours. Mais en tant qu'avocat international spécialisé dans les droits de l'homme, M. Mokhiber est convaincu que les actions d'Israël à Gaza constituent incontestablement un génocide.

«Tout d'abord, je traite cette question en tant qu'avocat spécialisé dans les droits de l'homme, ce qui signifie que je travaille à partir de la définition contenue dans le droit international des droits de l'homme, dans la Convention des Nations unies sur le génocide, qui contient une définition très claire ainsi que les éléments qui la composent», a-t-il indiqué à Katie Jensen, présentatrice de l'émission Frankly Speaking.

«Il y a essentiellement deux éléments. Le premier est l'intention de détruire. Le second, un catalogue d'actes spécifiques, est incontestable. Il s'agit d'un massacre de masse», a-t-il ajouté.

«Nous parlons de dommages graves causés, y compris des dommages physiques, de l'imposition de conditions de vie conçues pour entraîner la destruction de la population, encore une fois incontestable parce que nous sommes tous bien conscients du bouclage et du siège de la bande de Gaza depuis 2015, qui est spécifiquement conçu pour limiter les produits alimentaires, les médicaments, les logements adéquats, l'eau, l'assainissement, la liberté de mouvement, toutes les conditions de vie nécessaires à la survie», poursuit-il.

«Normalement, lorsqu'on enquête sur un génocide, il faut fouiller dans des archives poussiéreuses pour trouver des documents prouvant l'intention. Dans le cas présent, en raison du climat d'impunité qui règne depuis plusieurs décennies, des responsables israéliens ont exprimé publiquement des intentions génocidaires, notamment le président, le Premier ministre, des ministres influents et des responsables militaires de haut rang, appelant explicitement à l'extermination de tout Gaza, déshumanisant explicitement les Palestiniens, appelant explicitement à ne pas faire de distinction entre les combattants et les non-combattants.»

«Même le Premier ministre (Benjamin Netanyahou) a invoqué un verset biblique, appelant à l'extermination de toute la population, n'épargnant aucun d'entre eux, y compris les femmes, les hommes, les enfants et les nourrissons, ainsi que leur bétail. La citation de ce verset biblique (était une indication claire) de l'intention génocidaire, avec un si long catalogue d'actions spécifiquement énumérées (inscrites dans la convention sur le génocide) ayant eu lieu», explique M. Mokhiber.

«Comme nous avons assisté à des nettoyages ethniques successifs depuis 1948 avec une telle intention, il s'agit du cas le plus évident de génocide que nous ayons vu.»

M. Mokhiber a répondu aux accusations selon lesquelles les civils palestiniens de Gaza étaient complices des attaques menées par le Hamas le 7 octobre dans le sud d'Israël parce qu'ils avaient voté pour le Hamas il y a plus de quinze ans et qu'ils avaient refusé de renverser le parti. Il a déclaré qu'il s'agissait là d'une «nouvelle preuve de la rhétorique génocidaire, qui est allée bien au-delà des responsables politiques et s'est infiltrée dans la conscience du public».

«Si on parle de Gaza, on parle de 2,3 millions de civils dans une prison à ciel ouvert densément peuplée. Ils sont littéralement encagés dans cette zone, ils ne peuvent ni entrer ni sortir, ils sont régulièrement privés de nourriture, d'eau, d'abri, de système d'assainissement de l'eau, de tout ce qui est nécessaire à une vie décente», a-t-il ajouté.

Évoquant son expérience de vie avec les Palestiniens à Gaza dans les années 1990, il a décrit l'enclave actuellement assiégée comme «l'un des meilleurs endroits où j'ai jamais vécu – non pas en raison des conditions sur le terrain, mais grâce aux personnes que j'ai rencontrées».

M. Mokhiber a évoqué son récent départ du bureau des droits de l'homme des Nations unies, accusant l'organisation de manquer à ses devoirs envers la population de Gaza et de faire preuve de timidité face au génocide et à l'apartheid en cours dans cette région (Photo, AN).

«Les images véhiculées par les médias et les hommes politiques ne reflètent pas la réalité du peuple palestinien. Si seulement vous pouviez regarder dans les yeux d'un enfant, d'une femme, d'un homme, d'une grand-mère ou d'un grand-père palestinien, si vous pouviez les connaître en tant que peuple, voir que tout comme vous, ils rient et ils pleurent, qu'ils tombent amoureux et qu'ils organisent des fêtes, toutes les choses que fait votre propre famille.»

«En voyant l'humanité du peuple palestinien, il devient impossible de poursuivre ce type de politiques génocidaires que de nombreux gouvernements mènent. Il devient impossible de les considérer comme “l'autre”. Ils ne sont pas “l'autre”, ils sont “nous”. Ils sont vous. Lorsque vous œuvrez dans le domaine des droits de l'homme, vous ressentez une grande solidarité envers les personnes avec lesquelles vous travaillez dans le monde entier», a révélé M. Mokhiber.

«Les voir tous les jours, voir leurs sourires, leurs larmes et leurs rires. Aimer les gens de cette communauté, cela change tout. Et nous avons besoin de beaucoup plus de cela, y compris de savoir qu'en ce moment même, alors que nous parlons, il y a des enfants, des femmes et des hommes enterrés sous des décombres, les os brisés, la peau brûlée, avec très peu d'oxygène dans l'espace où ils se trouvent; ils meurent lentement, atrocement, alors que les gens au-dessus essaient de les sortir de là à mains nues. C'est de cela qu'il s'agit.»

Affirmant que l'assaut militaire israélien n'est pas «une guerre contre le Hamas», il a déclaré que les habitants de Gaza «ne sont pas des chiffres et des statistiques».

«Il ne s'agit pas d'une population barbare vivant dans un endroit obscur du monde. Ce sont des êtres humains. Ce sont vous et moi. Si nous parvenons à dépasser la déshumanisation et à commencer à considérer tout le monde, chrétiens, musulmans et juifs, comme des êtres humains égaux, c'est là que nous trouverons des solutions», a-t-il affirmé.

Pour M. Mokhiber, l'objectif de Netanyahou n'est pas d'éliminer le Hamas, mais de déplacer les civils ordinaires de Gaza, ce qui équivaut à un cas typique de génocide.

«Netanyahou est certainement responsable des violations qui sont à l'origine de l'existence du Hamas. (Mais) ses motivations en ce moment ne sont manifestement pas de sauver les otages, puisqu'ils larguent des bombes sur les lieux où vivent les otages», a-t-il déclaré.

Se référant aux actions de l'armée israélienne à Gaza, il a ajouté: «Il est clair qu'ils ne se contentent pas de combattre le Hamas, car ils procèdent à des destructions massives et à des massacres.»

«Ce qui se passe actuellement à Gaza est une tentative de purger la partie restante de la Palestine qu'est la bande de Gaza. La majeure partie de la ville sera bombardée, le reste sera rendu invivable dans l'espoir que les Palestiniens survivants seront alors contraints, pour des raisons de survie, de partir vers la frontière de Rafah et de se perdre dans la péninsule du Sinaï ou de rejoindre la diaspora palestinienne. La mainmise sur la Palestine historique sera alors complète.»

M. Mokhiber estime en outre que des pays tels que les États-Unis et le Royaume-Uni ne respectent pas leurs obligations en matière de droit humanitaire international dans la crise palestinienne en fournissant des financements, des armes, des renseignements et un soutien diplomatique à Israël, et qu'ils pourraient donc voir leur responsabilité juridique engagée pour leurs actions.

Cette photo prise le 12 novembre 2023 depuis une position le long de la frontière avec la bande de Gaza dans le sud d'Israël montre un panache de fumée apparaissant lors d'un bombardement israélien sur l'enclave palestinienne (Photo, AFP).

«Les États-Unis et le Royaume-Uni sont parties à ces conventions internationales. Ils sont liés par le droit international humanitaire et le droit international des droits de l'homme, ce qui est clair. Premièrement, les Conventions de Genève n'exigent pas seulement que vous les respectiez dans votre propre conduite, elles exigent que toutes les hautes parties contractantes les respectent vis-à-vis d'autres personnes sur lesquelles elles ont une influence, en l'occurrence Israël.»

«Non seulement les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres pays n'ont pas fait ce qu'il fallait pour mettre fin à cette situation, mais ils ont même été activement complices. Les États-Unis, par exemple, ont fourni des financements, des renseignements en matière d'armement, un soutien, une couverture diplomatique, et ont même utilisé leur droit de veto au Conseil de sécurité», affirme M. Moukhiber.

«Il s'agit là d'actes directs de complicité en violation de leurs obligations en matière de droit humanitaire. Le crime de génocide, tel qu'il est défini dans la convention, comprend l'acte de génocide, la tentative de génocide, l'incitation au génocide, l'entente en vue du génocide et la complicité dans le génocide.»

«Le soutien actif qui se poursuit, alors même que ces actes ont lieu, expose les États-Unis, le Royaume-Uni et d'autres États qui ont été impliqués directement à la responsabilité juridique de leurs actions. Ce qu'ils devraient faire, c'est user de toute leur influence, diplomatique et autre, pour mettre un terme à ce qui se passe, notamment en cessant d'armer, de financer, de soutenir les services de renseignement, de couvrir diplomatiquement (le gouvernement israélien), afin que les responsabilités soient établies, que des vies humaines puissent être sauvées et que la dignité humaine soit protégée.»

Interrogé sur les raisons qui l'ont poussé à démissionner alors qu'il avait clairement exprimé son inquiétude quant à l'absence de prise en compte des droits du peuple palestinien, M. Mokhiber a reconnu que la conversation avait débuté en mars entre lui-même et le HCDH à la suite d'une «série d'atrocités israéliennes en Cisjordanie, notamment certaines attaques militaires contre des civils en Cisjordanie et les pogroms perpétrés par des colons israéliens à Hawara».

«À ce moment-là, je parlais assez publiquement de ces violations en public et sur les médias sociaux. L'ONU adoptait une approche plus prudente, voire timorée, à l'égard de ces événements», a-t-il ajouté.

«J'en parlais publiquement avec force, comme je le fais depuis trente-deux ans à propos des situations des droits de l'homme dans les pays du monde. Mais dans ce cas, un groupe d'organisations de lobbying israéliennes ont mené une campagne pour me dénigrer et me salir sur les médias sociaux, mais aussi en (remettant une note de protestation à) l'ONU afin de me punir, en dépit du fait que je suis un fonctionnaire des droits de l'homme de l'ONU, dont le travail est de dénoncer les violations des droits de l'homme.»

«Cela a créé une atmosphère où il y avait encore plus d'inquiétude et de tentatives du côté de l'ONU pour me demander de me taire sur ces questions, ce que je ne pouvais manifestement pas faire.»

«Dès le mois de mars, j'ai écrit et indiqué, premièrement, que je pensais que cette déférence à l'égard des États puissants – parce que la critique venait également des pays occidentaux et de ces groupes de pression – portait atteinte à notre application de principe des normes et standards de l'ONU, et que nous devions nous élever contre ces choses et ne pas nous laisser intimider et réduire au silence par elles. Au contraire, j'encourage à parler plus fort.»

Des soldats de l'armée israélienne reviennent après avoir cherché des restes humains à la suite de l'attaque du 7 octobre menée par des militants palestiniens de la bande de Gaza, près d'une position le long de la frontière avec le sud d'Israël, le 12 novembre (Photo, AFP).

Contrairement à la plupart des hommes politiques qui appellent à une solution à deux États, M. Mokhiber pense que le monde doit soutenir un seul État démocratique et laïque dans toute la Palestine historique, avec des droits égaux pour les chrétiens, les musulmans et les juifs.

À la remarque selon laquelle le seul autre homme politique connu à avoir réclamé cette solution est le défunt dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, M. Mokhiber a répondu qu'il y a beaucoup de personnalités publiques dans le monde qui la réclament depuis «de très nombreuses années, y compris des membres de la communauté des droits de l'homme qui considèrent que cette solution est conforme à nos normes».

Expliquant pourquoi il ne considère pas la solution d'un seul État comme étant non conventionnelle, il a déclaré: «Ce qui est intéressant, c'est que dans toutes les autres situations dans le monde, la communauté internationale appelle à des solutions fondées sur l'égalité entre toutes les personnes présentes sur le territoire. Elle demande un État démocratique et laïque, avec des droits égaux pour tous ceux qui sont impliqués dans l'application des normes internationales en matière de droits de l'homme.»

«C'est seulement dans cette situation particulière que cette cohérence a été en quelque sorte muselée. Il s'agit donc d'une réponse très conventionnelle. C'est juste qu'elle a été limitée par une application dans ce cas précis. La réalité est qu'il y a déjà un État de facto: toute la zone de la Palestine historique en Israël est contrôlée par le gouvernement israélien. Il ne reste plus rien en Cisjordanie et à Gaza pour un État palestinien viable et durable en tant que deuxième État.»

«Même s'ils l'adoptaient, cela ne résoudrait pas le problème central des droits de l'homme, car les Palestiniens à l'intérieur de la ligne verte seraient toujours des citoyens de seconde zone, ils n'auraient pas le droit de rentrer chez eux, et ainsi de suite. (La solution à deux États) n'a jamais répondu à cette question. Et la question est la suivante: si nous exigeons l'égalité partout ailleurs, dans ce cas, l'égalité des droits pour les chrétiens, les musulmans et les juifs, pourquoi ne l'exigeons-nous pas dans le cas d'Israël et de la Palestine?»

M. Mokhiber a fermement rejeté l'idée selon laquelle préconiser un État unique était en réalité un appel à la fin du statut d'État juif d'Israël, l'idée existentielle sur laquelle l'État d'Israël a été fondé il y a quelque 75 ans.

«Le gouvernement de M. Netanyahu n'est même pas d'accord pour arrêter un génocide. Ils ne font pas partie de mon auditoire», a-t-il affirmé.

«Il ne s'agit pas d'un appel à la fin d'Israël, mais au salut d'Israël et de la Palestine. Il s'agit d'un appel à la fin de l'apartheid et du colonialisme de peuplement, et à l'adoption des normes des Nations unies qui appellent à des États démocratiques et laïques, offrant des droits égaux à toutes les personnes qui doivent être protégées.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Israël annonce des frappes sur "plusieurs zones" du Liban contre le Hezbollah

De la fumée s'élève du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé les sommets de la montagne Al-Rihane, dans le sud du Liban, le 9 janvier 2026. (AFP)
De la fumée s'élève du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé les sommets de la montagne Al-Rihane, dans le sud du Liban, le 9 janvier 2026. (AFP)
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  • Israël a mené de nouvelles frappes contre des cibles du Hezbollah au Liban, jugeant insuffants les efforts de désarmement annoncés par Beyrouth malgré l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024.
  • Le Liban, sous pression internationale, a lancé une première phase de désarmement au sud, saluée prudemment par Israël et la France, tandis que le Hezbollah refuse de rendre ses armes au nord du Litani

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé vendredi effectuer des frappes sur le Hezbollah dans "plusieurs zones" du Liban, au lendemain de l'annonce par Beyrouth du désarmement du mouvement islamiste pro-iranien dans le sud du pays, jugé "insuffisant" par Israël.

Les frappes ont "visé des dépôts d'armes et un site de production d'armement, utilisés pour la remise en état et le renforcement militaire de l'organisation terroriste Hezbollah", a affirmé l'armée, sans préciser leur localisation.

"Plusieurs sites de lancement et lance-roquettes, ainsi que des structures militaires", ont également été touchés, précise le communiqué, ajoutant que ces sites étaient "utilisés par le Hezbollah pour mener des attaques" en territoire israélien.

De telles activités "constituent une violation des arrangements entre Israël et le Liban", dénonce l'armée.

L'agence nationale d'information libanaise (Ani) a rapporté pour sa part des frappes sur le sud du pays dans des zones éloignées de la frontière, ainsi que dans la plaine de la Békaa (est), où le Hezbollah est fortement implanté.

Elle n'a fait état d'aucune victime vendredi mais une personne avait été tuée jeudi dans un bombardement près de la ville de Saïda, selon les médias officiels libanais. L'armée israélienne affirme avoir visé un membre du Hezbollah.

Le Liban est soumis à une forte pression des Etats-Unis pour désarmer le Hezbollah, sorti affaibli en novembre 2024 d'une guerre meurtrière avec Israël.

Jeudi, l'armée libanaise a affirmé avoir atteint "les objectifs de la première phase" de son plan, consistant à désarmer le mouvement chiite entre la frontière avec Israël et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

- "Annonces encourageantes" pour Macron -

Comme prévu par l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024, Beyrouth doit ensuite appliquer progressivement ce plan de désarmement au reste du territoire, à commencer par toute la région sud du pays. Mais le Hezbollah a annoncé refuser de remettre ses armes au nord du fleuve.

En principe tenu de se retirer de chez son voisin, Israël continue de son côté d'occuper cinq points stratégiques près de la frontière et mène des frappes régulières au Liban.

Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a jugé jeudi que les efforts de désarmement du Hezbollah constituaient "un début encourageant" mais étaient "loin d'être suffisants", justifiant la poursuite de frappes.

Vendredi, Emmanuel Macron a "salué" à son tour les "annonces encourageantes des autorités libanaises", appelant à poursuivre "résolument" ce processus.

"La seconde phase du plan sera une étape décisive. L'accord de cessation des hostilités doit être strictement respecté par toutes les parties", a déclaré le président français sur le réseau X.

"La souveraineté du Liban doit être pleinement restaurée", a-t-il ajouté, annonçant qu'une "conférence internationale se tiendrait prochainement à Paris" pour donner au Liban et à ses forces armées "les moyens concrets de garantir cette souveraineté".


Désarmement du Hezbollah: le Liban demande à l'Iran "une nouvelle approche"

Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, serre la main de son homologue iranien, Abbas Araghchi, à Beyrouth, le 9 janvier 2026. (AP)
Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, serre la main de son homologue iranien, Abbas Araghchi, à Beyrouth, le 9 janvier 2026. (AP)
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  • Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, a appelé l’Iran à adopter une nouvelle approche pour le désarmement du Hezbollah et a insisté sur le monopole des armes par l’État libanais
  • L’armée libanaise a achevé le désarmement dans le Sud du pays, mais Israël juge les efforts insuffisants, tandis que Beyrouth renforce sa vigilance face aux pressions et ingérences iraniennes

BEYROUTH: Le chef de la diplomatie libanaise a appelé vendredi son homologue iranien, en visite au Liban, à trouver "une nouvelle approche" pour régler l'épineux problème du désarmement du Hezbollah financé par Téhéran.

Beyrouth est soumis à une intense pression des Etats-Unis pour désarmer le Hezbollah, affaibli par une guerre avec Israël, alors que l'Iran, comme la formation islamiste, ont affiché leur opposition à cette mesure.

"La défense du Liban est de la responsabilité de l'Etat libanais (...) qui doit avoir le monopole des armes", a déclaré le ministre Youssef Raggi à son homologue iranien Abbas Araghchi, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Il a demandé à son interlocuteur "si Téhéran accepterait l'existence d'une formation armée illégale sur son territoire".

Dans ces conditions, le ministre a exhorté l'Iran à "discuter avec le Liban afin de trouver une nouvelle approche concernant les armes du Hezbollah, en s'appuyant sur sa relation avec le parti, afin que ces armes ne soient pas un prétexte pour affaiblir le Liban".

En décembre, M. Raggi avait décliné une invitation de son homologue à se rendre en Iran, et proposé une rencontre dans un pays tiers.

L'armée libanaise a annoncé jeudi avoir mené à terme le désarmement du Hezbollah dans la partie sud du pays proche d'Israël, qui a cependant jugé les efforts du Liban "loin d'être suffisants" et de nouveau frappé son voisin vendredi.

Le ministre iranien, arrivé jeudi au Liban, a également été reçu par le président Joseph Aoun vendredi matin et devait rencontrer plusieurs autres hauts dirigeants libanais.

Il s'était rendu jeudi après-midi au mausolée de Hassan Nasrallah, l'ancien chef du Hezbollah tué dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth en septembre 2024.

Depuis la guerre entre le Hezbollah et Israël, les responsables libanais se sont montrés plus critiques envers l'Iran.

En août, le Liban avait signifié à un haut responsable iranien, Ali Larijani, en visite à Beyrouth, son refus catégorique de "toute ingérence" dans ses affaires internes, après des critiques par Téhéran de la décision du gouvernement de désarmer le Hezbollah.


Le ministre saoudien de la Défense : Riyad engagé pour une solution juste pour le Sud, la dissolution du STC est une décision courageuse

« Le Royaume soutiendra les résultats de la conférence qui seront présentés lors des discussions sur une solution politique globale au Yémen », a-t-il déclaré. (AFP)
« Le Royaume soutiendra les résultats de la conférence qui seront présentés lors des discussions sur une solution politique globale au Yémen », a-t-il déclaré. (AFP)
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  • Riyad affirme son engagement en faveur d’une solution juste pour le Sud, soutenue par la communauté internationale à travers la Conférence de Riyad
  • Le ministre saoudien de la Défense salue la dissolution du STC comme une décision courageuse favorisant une participation plus inclusive des acteurs du Sud.

RIYAD : Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, a déclaré que l’annonce de la dissolution du Conseil de transition du Sud (STC) allait dans le sens de l’intérêt général. Dans son premier commentaire depuis cette annonce, il a affirmé que « la question du Sud dispose désormais d’une véritable voie, parrainée par le Royaume et soutenue par la communauté internationale à travers la Conférence de Riyad, visant à rassembler nos frères du Sud afin d’élaborer une vision globale de solutions justes répondant à leur volonté et à leurs aspirations ».

Dans un message publié sur la plateforme X, le ministre de la Défense a ajouté : « Le Royaume constituera un comité préparatoire, en concertation avec des personnalités du Sud, afin d’organiser la conférence, laquelle réunira des participants de tous les gouvernorats du Sud, sans exclusion ni discrimination. Le Royaume soutiendra les résultats de la conférence afin qu’ils puissent être présentés dans le cadre du dialogue sur une solution politique globale au Yémen. »

Il a conclu en déclarant : « La décision prise par des figures et des dirigeants du Sud de dissoudre le Conseil de transition est une décision courageuse, motivée par la préoccupation pour l’avenir de la cause du Sud et visant à encourager une participation plus large des forces du Sud à la Conférence de Riyad, au service de leur cause. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com